Structure du trou et instances des fossoyeurs


LES RÉSULTATS DEFINITIFS DU VOTE DU 24 AVRIL 2005Résultats définitifs du vote référendaire du 24 avril sur le crédit municipal de 2,5 millions

Un lecteur avisé de la "Tribune de Genève" suggère, précisément dans "le courrier des lecteurs" du quotidien régional d'Edipresse, à toutes les "bonnes âmes" (et elles effectivement fort nombreuses) qui, il y a quelques années, "voulaient de ce stade pharaonique", de "mettre tout bonnement la main à leur porte-monnaie" plutôt que "d'attendre des fonds publics".

Excellente suggestion, mais si les "bonnes âmes" sont peut-être encore quelques unes (à défaut d'être très nombreuses), la note qu'elles auraient à payer est, elle aussi, "pharaonique" (mais plutôt de l'époque de la décadence ptolémaïque).

Fin novembre 2003, la note était la suivante (il convient donc d'y ajouter les intérêts des dettes, et l'augmentation de la facture des travaux restant à réaliser ou à terminer) :

Le stade avait alors, déjà coûté 115,8 millions. Il restait pour un million de travaux à terminer, dans l'Event center et les coursives. Total, 116,7 millions. La fondation avait reçu 99,2 millions. Manquait donc, déjà à l'époque, 17 millions et demi.

Le vote municipal laisse encore ouvertes plusieurs hypothèses, d'inégale crédibilité, quant à l'avenir du Titanic de la Praille :

En attendant, la fondation du stade est à deux doigts de la faillite, et si elle ne trouve pas une source de financement privé nouvelle (ou un financement additionnel des privés déjà sollicités), elle devra entreprendre les démarches d'un dépôt de bilan. En clair, d'une mise en faillite.

Conséquence de la faillite : d'abord, l'ouverture des comptes. Enfin ! L'Inspectorat cantonal des finances s'était plaint de n'avoir pu obtenir tous les renseignements nécessaires à son examen de la situation de la fondation : avec une faillite, on aura enfin les moyens de connaître l'histoire et la situation financière réelles de la fondation, et le contenu des contrats et des accords la liant à ses "partenaires privés".


Résumé de la situation de la fondation du Stade de Genève, fin 2004 :

Les fonds propres de la fondation du Stade de Genève (FSG) sont en très grande majorité d'origine publique. Les apports privés sont presque tous liés à des contreparties financières ou en nature, et impliquent des sorties de trésorerie pendant des dizaines d'années :

Quant à la participation de l'Etat de Genève, elle peut être estimée à 46,2 millions de FS, soit le double de ce que la comptabilité de la FSG annonce (22,9 millions). Outre la subvention initiale de 20 millions, l'Etat a accordé toute une série de prestations en nature et des subventions tacites, dont une dotation immobilière, équivalant à des coûts de 23,3 millions, et engendrant des coûts annuels d'environ 1,3 million, qui correspondent eux aussi à des subventions tacites de l'Etat à la FSG.millions).

A la participation cantonale doivent être ajoutées des participations d'autres collectivités publiques à la construction du Stade de la Praille :

Bref, le financement du Stade a jusqu'à présent essentiellement reposé sur des fonds publics. Et ce sont encore des fonds publics qu'il faudrait mettre à contribution, sur chantage de ces mêmes investisseurs privés (Jelmoli, Crédit Suisse) qui n'ont accordé à la fondation du Stade que des avances de rentes dues (Jelmoli) ou un prêt remboursable (Crédit Suisse) ?

Fin 2004, la fondation du stade va devoir rembourser, pendant près de 60 ans, 70 millions de FS :

Créanciers        Montant dû     Motif
******************************************************
CFF               26 millions     Rente de superficie
Crédit Suisse     20 mios         Prêt 
Etat de Genève     4 mios         Avance
                   3,323 mios     Taxe, impôts, émoluments dus
Ville de Lancy     3 mios         Prêt
Zschokke           14,5 mios      Hypothèque légale
                   0,48 mio       Intérêts au 31.12.04
Brighenti         0,05 mio        Convention de délocalisation

Les perspectives financières de la Fondation du Stade de Genève (que cette fondation soit publique ou privée...)

Compte tenu de l'ensemble des charges et des revenus, réels ou potentiels, de la fondation du stade, et pas seulement de celles et ceux mentionnés dans le plan d'exploitation de la fondation (qui date d'avril 2003, et a été mis à jour en novembre 2004), la fondation devrait enregistrer un déficit annuel moyen d'au moins 1,1 million de FS. (que cette fondation soit privée ou publique, ou mixte, n'y change rien)

"Au moins", car cette évaluation minimale tient compte de revenus annulés par la disparition de la société d'exploitation comme source de revenus (la société d'exploitation est en pré-faillite, et la fondation actuelle a décidé d'assumer elle-même l'exploitation du stade.

En outre, cette évaluation minimale ne tient compte ni d'éventuelles charges supplémentaires d'entretien, ni d'éventuelles charges supplémentaires de personnel (il faudra bien qu'un jour la fondation fonctionne avec son propre personnel, au lieu de fonctionner avec des cadres de l'Etat, dont elle n'a pas à assurer le salaire puisqu'il est assuré par l'Etat -ce qui incidemment représente une subvention occulte).

Bref, dans l'hypothèse la plus optimiste, hypothèse déjà caduque puisqu'elle impliquait l'existence d'une société d'exploitation en mesure d'honorer ses engagements, et celle d'une équipe résidente capable de remplir le stade, le déficit moyen annuel de la fondation pouvait être évalué à plus d'un million. Rappelons que le stade est prévu pour durer 50 ou 60 ans...

Et on ne parle là que du déficit, pas (encore) des dettes, qui s'y ajoutent.

La fondation (privée ou publique, peu importe) ne pourra pas réduire ses charges. Sa marge de manoeuvre est pratiquement nulle sur ce plan.

La fondation (publique ou privée, peu chaut) ne pourra que très modestement, très aléatoirement et très hypothétiquement augmenter ses revenus. Bien plutôt ceux-ci vont-ils chuter, du fait de la double disparition de la société d'exploitation et du Servette S.A. Certes, ni l'une, ni l'autre n'avaient honoré leurs engagements à l'égard de la fondation, mais ces engagements, constitutifs de leur double faillite, pouvaient tout de même figurer dans un budget (prévisionnel par définition), puisqu'il s'agissait d'engagements, et dans un bilan, au titre des créances de la fondation.

Effectivement, on ne voit pas pour quelles raisons des privés iraient investir un kopeck (ancienne monnaie des spartakiades) dans une fondation propriétaire, et le cas échéant exploitante, d'un stade dont tout le monde sait aujourd'hui qu'il ne sera jamais rentable, parce qu'il est surdimensionné, qu'il n'est pas assez polyvalent pour être réellement affecté à autre chose qu'à du football.

Ce sont donc les caisses publiques, déjà mises à contribution pour plus de 46 millions, qui vont devoir, année après année et pendant 50 ou 60 ans, boucher les trous.

Boucher les trous, et assurer la couverture des besoins en trésorerie de la fondation. Les besoins immédiats (payer les dettes) et les besoins constants (entretenir le monstre).

Car une chose est le déficit (celui du budget, ou celui des comptes), autres choses sont les besoins de trésorerie liés d'une part à la finalisation de la construction du stade (construction qu'on est beaucoup moins pressé d'achever qu'on ne l'était de commencer, pour pouvoir faire annuler l'initiative populaire pour un stade raisonnable en expliquant qu'elle devenait inapplicable puisque précisément les travaux avaient commencé...), et d'autre part à l'exploitation (puisqu'on s'obstine à la croire possible) du stade.

S'agissant de la construction du stade :

Qui va payer ? Même réponse que précédemment (quand on tient une vache à lait, on la trait) : les collectivités publiques. Ou personne.

S'agissant de l'exploitation de la fondation :

La fondation (encore privée) du stade a donc repris au 1er février l'exploitation du susdit stade. Lequel stade n'aura vraisemblablement plus de club résident capable de le remplir un tant soit peu (et plutôt peu), puisque la société anonyme du Servette a subi le même sort (sous réserve de recours) que la société anonyme d'exploitation du stade.

Cette double défaillance (s'ajoutant à toutes les autres) provoque à la fois des pertes de ressources (réduction du nombre de matches et de spectateurs payants) et un surcroît de dépenses pour la fondation (prise en charge directe des coûts d'exploitation)

Financièrement, quelles seront les conséquences du double naufrage de la société d'exploitation et de la SA du Servette ?

Le déficit d'exploitation du stade, tel que budgeté avant la faillite de la société d'exploitation, était déjà de 300'000 FS par an. Mais ce budget sous-estimait les charges (notamment celles de personnel) et surestimait les revenus (en surestimant la fréquentation du stade). Au bout du compte, le déficit annuel d'exploitation du stade devrait atteindre, voire dépasser, les 650'000 FS, et encore : dans une hypothèse optimiste.

Récapitulons donc :

Lorsque stadophiles, stadologues et stadomanes déclarent que "laisser partir le Stade à la vente aux enchères à des privés" équivaut à perdre les millions que les collectivités publiques ont déjà jetés dans le trou de la Praille, non seulement ils se gardent bien de toute (auto)critique sur le gaspillage passé, mais ils se gardent plus encore d'ajouter que, pour les collectivités publiques, "lâcher le stade" aujourd'hui est le seul et unique moyen d'éviter d'avoir à accroître ce gaspillage de plusieurs millions par année pendant encore au moins un demi-siècle.

Les collectivités publiques ont déjà jeté 46 millions dans ce trou. Les citoyens peuvent les contraindre à n'y pas jeter encore des dizaines de millions.

Le "Matin" se penche avec sollicitude sur le trou de la Praille, le 17 avril, et se demande "comment rentabiliser le colosse genevois". Réponse imploicite : c'est pas possible. Mais faut lire entre les lignes.

Résumé : il faut trouver au moins 2 millions par années pour assurer l'équilibre financier de l'exploitation du stade (en plus de son amortissement et de son entretien).

Dans le "montage" du "Matin", les manifestations publiques "non footballistiques" devraient rapporter 200'000 francs par an. Aucune manifestation de ce type n'étant prévue en 2005, et aucune de celles envisagées n'étant a priori rentable, un gros doute place sur ces rentrées.

Un gros doute plane aussi sur les rentrées assurées par les "trois ou quatre rencontres" internationales par année, devant rapporter 500'000 FS annuels. Aucune rencontre de ce type n'est agendée jusqu'en 2008 (celles évoquées ne sont que des projets).

Un gros doute encore, quoique de nature différente, sur la subvention cantonale de 500'000 francs que le Conseil d'Etat veut proposer au Grand Conseil, dans le même temps où il lui proposera de transformer la fondation privée du stade en fondation publique. Un gros doute, parce qu'une telle subvention serait notoirement insuffisante, et qu'il n'est pas du tout évident que le Grand Conseil acceptera la création de la fondation de droit public et la subvention. Et que même dans ce cas, le mot magique sera prononcé : "référendum" !

Un ultime gros doute sur les rentrées attendues des matches du Servette M21 : le "montage" en attend 120'000 francs, en vingt rencontres. Soit 6000 francs par rencontre. Ce qui suppose deux choses : d'abord un public (les derniers matches du Servette M21 à la Praille ont attiré 1000 personnes dans ce stade de 30'000 places), et la gratuité de l'utilisation du stade pour l'équipe -parce que si elle paie une location, la totalité des recettes de billetterie y passera. La disparition du SFC a représenté pour le stade un manque à gagner (théorique) de près de 700'000 FS.

Au final, Mark Schipperjin (de la fondation du stade et du DAEL) estime que les "rentrées" atteindront le million de francs par année, dans le meilleur des cas. Or il faudrait le double (toujours dans le meilleur des cas) pour équilibrer les comptes d'exploitation. Plus trois millions pour l'entretien et l'amortissement.

La conclusion coule de source : ce truc est financièrement impossible à rentabiliser. Et selon les "sources" du "Matin", "le Crédit Suisse, qui craint pour son image" (pourquoi donc ?) a classé le dossier du Stade de Genève dans une cellule de crise. Il y a une sorte de courant tellurique qui mène de la Praille à une cellule (de crise ou de Champ Dollon).


Début décembre 2003, la presse annonçait que la fondation du stade avait jusqu'à fin juin 2004 pour payer les factures de Zschokke (plus de 10 millions) en souffrance (muette) depuis des mois.

Fin juin 2004, évidemment, la fondation n'avait rien payé. Les factures étaient toujours en souffrance (la souffrance, c'est comme les places vides dans les stades vides : on s'habitue). Et Zschokke n'a, évidemment, pas réclamé la réalisation du stade, gage de sa créance.

Fin décembre 2004, même topo : les factures souffrent, mais les grandes douleurs étant muettes, Zschokke les laisse souffrir en silence.

Fin avril 2005, les factures sont au paroxysme de la douleur. Et Zschokke n'a toujours pas fait mine de menacer de demander la réalisation de son gage. Il y a au moins quelqu'un qui sait compter dans ce foutoir : l'entreprise qui a achevé la construction du stade, et qui sait pertinemment qu'il n'y a rien à en tirer financièrement.

Mais qui compte sur les contribuables pour payer ses factures.


LES SOURCES DE FINANCEMENT DE LA FONDATION DU STADE DE GENÈVE

Le capital de l'actuelle fondation du stade (fondation privée) est composé de dotations en espèces etg de dotations immobilières, mais seules les dotations en espèces du canton, de la Ville et du Crédit Suisse (5000 FS chacun, soit 15'000 FS en tout) figurent dans les comptes de la FSG (la dotation de 5000 du canton est incluse dans le crédit de 20 millions accordé parf le Grand Conseil).

Quant aux dotations immobilières (constitution d'un droit de superficie au profit de la FSG), elles ont été accordées à titre gratuit, et ce beau cadeau n'apparaît pas dans les comptes. Il s'agit pourtant d'une subvention tacite qui peut être estimée à 20 millions (voir plus loin)...

En plus du capital de la fondation, les collectivités publiques ont casqué pour financer la construction du stade :

Toutes ces subventions sont comptabilisées par le Conseil de fondation comme dotations, constitutives du capital de dotation de la fondation, alors qu'elles n'ont été octroyées que pour construire ou équiper le stade.

La fondation a en outre lancé une campagne de souscription publique, qui a rapporté environ 3,6 millions (les membres souscripteurs devenant membres fondateurs du Stade de Genève, et se retrouvant donc aujourd'hui aux côtés des collectivités publiques au nombre des victimes de l'opération.

Aux dotations initiales des collectivités publiques se sont ajoutés des prêts et des avances, de collectivités publiques (qui avaient déjà casqué précédemment) ou de "partenaires" privés, ceux-ci prenant toutefois la précaution de ne pas investir de fonds propres :

On constatera donc que si les collectivités publiques et les souscripteurs privés (le public) ont engagé dans la construction du stade des montants considérables à fonds perdus, les "investisseeurs" privés n'y ont consenti que des prêts ou des avances, remboursables et en échanges de contre-prestations importantes.

L'apport des collectivités publiques dépasse donc largement les 30 millions de dotation initiale à la fondation du stade. Il s'y ajoute les sept millions d'avance cantonale et de prêt lancéen. Il s'y ajoute aussi la valeur de la dotation immobilière, en pleine propriété ou en droit de superficie, accordée par l'Etat, et qui constituent ce que l'Inspectorat cantonal des finances (ICF) considère comme des "subventions tacites" :

D'autres "subventions tacites" s'ajoutent encore à celles constituées par les dotations immobilières :

D'abord, pour l'anecdote, une subvention tacite au Servette FC (ce qui répond d'ailleurs à l'accusation portée contre les collectivités publiques de n'avoir "pas donné un sou au club phare du football genevois), constituée par la mise à disposition gratuite des terrains de Balexert, pour une valeur équivalente à la rente du droit de superficie qui pourrait être demandé.

Ensuite, nombre de subventions tacites à la fondation ou à la défunte société d'exploitation du stade :

A ce stade (si nous osons dire), nous en sommes à 46,2 millions de dotations, aides directes et subventions tacites, pour le seul canton, plus trois millions pour la Ville, cinq millions pour la Confédération et six millions pour Lancy, soit un total (provisoire) de 60,2 millions. Total provisoire, car s'y ajoutent :

Fin 2004, les collectivités publiques ont donc déjà casqué réellement pour la Praille un total de plus de 61,5 millions de FS. A quoi pourraient donc s'ajouter :

Résumons donc :

En outre

- La participation de Jelmoli (La Praille SA) consiste en une avance de loyer (versement anticipé de rentes de droit de superficie) qui implique une diminution des entrées de trésorerie pendant plus d'un demi-siècle.

- La participation du Crédit Suisse consiste en un prêt remboursable annuellement pendant 80 ans, et donc une sortie de fonds pendant une durée plus longue que la durée de vue du stade lui-même.

LES PERSPECTIVES FINANCIÈRES DE LA FONDATION DU STADE

On peut (et l'Inspectorat cantonal des finances l'a fait) évaluer les perspectives financières de la fondation du Stade en prenant comme base le "Business Plan" établi en avril 2003 par la fondation, adressé en mai au Conseil d'Etat et réactualisé en novembre.

Il faut cependant prendre garde au fait que ce "business plan" ne tient pas comptes des charges et des revenus non monétaires et qu'il se fonde sur des éléments qui ont changé (notamment par la disparition de la Société d'exploitation du stade, et donc des redevances qu'elle devait verser à la fondation, mais également par la disparition du Servette "d'élite", et donc des revenus qu'il était, en tant qu'équipe "phare" et résidente du stade, supposé générer en jouant à la Praille).

LES CHARGES DE LA FONDATION

Selon l'estimation a minima du plan prévisionnel d'exploitation établi en 2003 par la fondation, ses charges devaient osciller entre 410'300 FS en 2004 et 517'800 FS en 2012, avec une augmentation continue entre les deux.

Mais ce plan ne tient compte que des frais administratifs et de la principale rente de superficie versée aux CFF pour les terrains dont ils sont propriétaires. Le plan prévisionnel omet (sciemment ?) d'intégrer des charges de 2,3 à 2,450 millions par an :

Au total les charges de la fondation ne devraient donc pas totaliser entre 410'300 FS en 2004 et 517'800 FS en 2012, mais entre 2,812 en 2004 et 2,955 millions en 2012, soit quatre fois plus qu'annoncé !

L'ICF doute que la fondation puisse réduire ses charges, celles-ci découlant essentiellement d'amortissements et de conventions. Et ça n'est pas en économisant sur les frais administrarifs que la fondation pourra réduire significativement ses charges.

LES REVENUS DE LA FONDATION

Si les charges vont exploser (en quadruplant), les revenus, eux, risquent de fondre, puisque dans le plan prévisionnel d'exploitation, près des trois quarts des revenus provenaient de la société d'exploitation... et qu'il n'y a plus de société d'exploitation.

La société d'exploitation assurait à la fondation des revenus sous forme de redevances annuelle fixe, de droits d'exploitation fixes, de loyers d'espace fixes, et d'une redevance basée sur la fréquentation du stade (fréquentation estimée à partir de l'hypothèse, désormais caduque, d'un stade utilisé par un Servette FC présent en "superleague").

En ne tenant compte ni des revenus différés provenant de la souscription publique, ni des revenus locatifs, ni des revenus différés provenant de la redevance capitalisée de Jelmoli (La Praille SA), mais en tenant compte en revanche des revenus qui devaient provenir de la société d'exploitation, les revenus totaux prévus par le plan prévisionnel d'exploitation allaient de 489'000 FS en 2004 à 891'400 FS en 2012.

On pourrait ajouter à ces revenus ceux (revenus différés et revenus locatifs) dont le plan d'exploitation n'a pas tenu compte, mais on devrait en retrancher ceux dont le plan a tenu compte mais que la fondation a perdus par la disparition de la société d'exploitation.

Les revenus différés de la souscription publique seraient de 300'000 FS par an, les revenus locatifs iraient de 20'000 FS en 2004 à 97'400 FS en 2012, les revenus différés provenant de la redevance capitalisée (c'est-à-dire de l'avance de loyer) versée par Jelmoli seraient de 654'500 FS par an. Soit au total, et en tenant compte de tous ces revenus, grosso modo un million FS par an. Toutefois, les revenus locatifs sont toutefois dépendant de travaux de rénovation des locaux loués, travaux que la fondation est actuellement incapable de financer.

Les revenus que la fondation tirait (ou devait tirer) de la société d'exploitation, et dont elle ne peut plus bénéficier puisqu'il n'y a plus de société d'exploitation, étaient prévus pour être les suivants :

Compte tenu de ces revenus additionnels, mais également de ces revenus précaires, la fondation devrait constater entre 2004 et 2012 un déficit annuel moyen allant de 1,2 ou 1,3 million (en imaginant que les revenus tirés de la défunte société d'exploitation puissent être assurés par une nouvelle société d'exploitation) à 2 millions.

Ce déficit ne pourra vraisemblablement pas être réduit, sauf à imaginer une hausse des revenus impliquant une renégociation des contrats passés avec Jelmoli (La Praille SA) et la conclusion avec une nouvelle société d'exploitation de contrats plus favorables qu'avec l'ancienne.

Bref, la conclusion de l'ICF est sans appel : l'équilibre financier de la fondation est impossible à atteindre, à moins de dons privés considérables. Ou de subventions publiques récurrentes.
Rappelons que ce stade était supposé s'autofinancer, et ne rien coûter à la collectivité...

LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA FONDATION

Compte tenu des charges et des revenus étudiés par l'Inspectorat cantonal des finances (ICF), à l'heureuse époque où le stade de la Praille disposait encore d'une société d'exploitation et d'un club résident, la fondation devrait, selon l'ICF, supporter un déficit annuel moyen d'au moins 1,1 million. La disparition de la SA d'exploitation et du club résident (du moins en tant que club de "superleague" devraient au moins doubler ce déficit, et le faire atteindre plus de 2 millions, et encore : sans compter les charges d'entretien et les charges de personnel.

Ce déficit ne pourra pas être réduit par une augmentation des revenus : près de 60 % des revenus de la fondation sont constituée de revenus fixes et des revenus différés de la redevance capitalisée versée par La Praille S.A. (Jelmoli) Ces revenus sont, pour les uns (ceux en provenance de la société d'exploitation) perdus, et pour les autres fixés par contrats.

Quant aux revenus variables, ils dépendent essentiellement du chiffre d'affaire du Centre commercial, de la location d'espaces, des droits d'appellation, de la fréquentation du stade, et d'une souscription publique.

- 1 franc 50 par spectateur de concert ou d'autres manifestation hors matchs de football

- 1 franc par spectateur de match de football n'engageant pas le Servette FC de superleague

- 1 franc par spectateur de match de football engageant le Servette FC de superleague, les premiers 15'000 spectateurs ne donnant lieu à aucune redevance

La disparition du SFC de superleague annule cette dernière redevance.

L'extrême rareté des matchs prévus et prévisibles (trois matchs internationaux prévus en tout et pour tout jusqu'en 2008) renvoie l'avant-dernière redevance à un niveau proche du symbolique.

L'encore plus extrême rareté des spectacles et autres manifestations prévues (aucune à ce jour), et l''extrême difficulté d'utiliser le stade de la Praille pour autre choise que du football, renvoie la première redevance au même niveau voisin du symbolique.

Bref, Les revenus de la Fondation n'ont aucune chance d'être augmentés par rapport aux prévisions existantes, qui se fondaient sur l'existence d'une société d'exploitation distincte de la fondation (et il n'y en a plus) et d'un club résident classé en Superleague (et il est tombé en première ligue).

Ces prévisions aboutissaient à un déficit annuel minimum, c'est-à-dire dans la meilleure des conjonctures économico-sportive possible, de 1,1 million par année. Dans les conditions actuelles, les pré.visions les plus optimistes (ou les moins pessimistes) doivent tabler sur un déficit annuel d'au moins 2 millions, et vraisemblablement bien plus.

Et comme aucune source de financement supplémentaire régulier n'est envisageable, la fondation, qu'elle reste privée ou qu'elle soit transformée, comme le souhaite le Conseil d'Etat et la majorité du Conseil municipal de la Ville, en fondation de droit public, devra se tourner, année après année, vers les collectivités publiques pour boucher les trous de son budget, puis ceux de ses comptes, en sus des dettes déjà accumulées.

Tout cela, rappelons-le, pour un stade surdimensionné, inoccupé, et sur lequel le "peuple souverain" n'a jamais pu se prononcer jusqu'au 24 avril prochain.

A PROPOS DU BUDGET DE TRÉSORERIE DE LA FONDATION DU STADE

A. Le déficit de financement de la construction du stade

Selon le décompte de construction du stade, au 31 décembre 2003, le déficit de financement de sa construction s'élevait à 14,5 millions, dont 4,4 millions de travaux non engagés.

Pour couvrir ce déficit, la fondation attend de la Ville de Genève qu'elle accorde le prêt de 2,5 millions, sans intérêt et remboursable sur trente ans, voté par le Conseil municipal. On verra le 24 avril si les citoyennes et citoyens de la Ville en pensent.

La fondation espère également que Jelmoli (par l'intermédiaire de La Praille SA) acceptera d'augmenter de deux ou trois millions la "redevance capitalisée" déjé versée. Mais Jelmoli veut, en échange, une autorisation de construire des salles de cinéma.

La fondation espère enfin un nouveau prêt du Crédit Suisse, de 2,5 millions s'ajoutant aux vingt déjà prêtés.

Cependant, même si tous ces financements étaient obtenus, ils ne totaliseraient au plus que huit millions de francs. Or au 31 décembre 2003, le trou de trésorerie atteignait déjà 14,5 millions.

Et à ces 14,5 millions se sont ajoutés depuis

Au total, l'Inspectorat cantonal des finances estime que le déficit de financement de la construction du Stade "pourrait s'élever jusqu'à F 19 millions" au 31 décembre 2004.

B. Le déficit d'exploitation de la fondation

En se basant sur le plan prévisionnel d'exploitation établi par la fondation elle-même, sur le bilan 2003 de la fondation, et sur l'hypothèse pour le moins optimiste (et désormais caduque) selon laquelle la société d'exploitation (de profundis...) était en mesure d'honorer ses engamements et que le stade disposait d'une équipe résidente (requiescat in pace) évoluant en ligue d'élite), l'Inspectorat cantonal des finances estimait en octobre 2004 que la fondation aura besoin de 2,9 millions de francs d'ici à 2012, rien que pour assurer son propre fonctionnement.

Pour chacune des années entre 2004 et 2012, le déficit de fonctionnement de la fondation dépasse le million (il se situe, au minimum, entre 1,011 et 1,348 million par an).

Ce déficit de fonctionnement aboutit à un manco de trésorerie en tous cas pour les années 2004 et 2005, et à des besoins de trésorerie pour les années 2004 à 2012 se situant entre 250'000 et 464'000 francs par an (ces besoins sont déterminés par les remboursements à effectuer au Crédit Suisse et à la Ville de Lancy, et éventuellement à la Ville si le prêt de 2,5 million soumis au vote populaire est octroyé).

A ce stade (sans jeu de mot), on ne tient pas compte pour évaluer les besoins de trésorerie de la fondation des charges liées à des investissements à réaliser : la fondation n'en a prévu aucun. Or le stade est, en l'état, inutilisable pour toute autre activité que le football, et cette activité ne peut suffire ni à le rentabiliser, ni à le justifier, depuis la faillite du SFC S.A. De nouveaux investissements seront donc nécessaires, et donc de nouveaux besoins de trésorerie à ajouter à ceux déjà cités.

La disparition (par faillite) de la société d'exploitation du stade va quant à elle entrainer la perte d'une entrée de 300'000 FS, dus par l'exploitant failli à la fondation au titre du réglement d'une partie du passif (près d'un million FS au 31 décembre 2003) de l'exploitant précédent.

A partir de toutes les hypothèses optimistes sur lesquelles elle a basé son analyse (existence d'une société d'exploitation et d'une équipe résidente, notamment), l'ICF a estimé les besoins de trésorerie (autrement dit : un apport d'argent immédiatement disponible) de la fondation dans une fourchette allant de 734'000 FS en 2005 à 2,845 million en 2012.

Avec la double faillite de la SA du SFC et de la SA d'exploitation, et en restant prudents, il convient de doubler ces chiffres.Et d'y ajouter les investissements à réaliser.

Question : qui va payer ?

Réponse (automatique, instinctive, quasiment pulsionnelle) de la fondation actuelle et de ses supporters privés et publics (partisans de sa transformation en fondation de droit public) : les collectivités (communes et canton).

LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA FONDATION DU STADE, EN CAS DE REPRISE DE L'EXPLOITATION DU STADE

(ce cas correspond à la situation actuelle, après la faillite de la société d'exploitation)

L'Inspectorat cantonal des finances a tenté d'évaluer l'impact d'une reprise de la société d'exploitation par la fondation. "A tenté", parce qu'il lui manquait des éléments essentiels, notamment un plan prévisionnel d'exploitation, que la société d'exploitation ne lui a pas remis, parce qu'elle n'en avait pas établi.

L'ICF a donc du évaluer l'impact d'une reprise de l'exploitation du stade sur les finances de la fondation , en partant d'une simulation du budget 2005-2007 de la société d'exploitation, simulation élaborée par "Aton" et fondée sur trois hypothèses, dont deux sont aujourd'hui réalisées, la troisième l'étant très vraisemblablement aussi (voire même dépassée par la réalité) :

1. La fondation doit reprendre l'exploitation du club (c'est fait)

2. il n'y a plus de club résident (c'est fait)

3. l'activité du stade est réduite à deux matchs ASF, un concert et des événements privés, par année (c'est encore plus que ce qui est désormais prévu)

La fiabilité du budget 2005-2007 de la société d'exploitation est sérieusement mise en doute par l'Inspectorat cantonal des finances, sur plusieurs points importants, où les dépenses sont sous-estimées, et les revenus sur-estimés :

Bref, conclut l'ICF, les charges de la société d'exploitation sont sous-estimées, les revenus sur-estimés, et par conséquent le déficit sous-estimé.

Pour la période 2005-2007, la fondation devait assumer un déficit annuel se situant, dans la meilleure des hypothèses (avec une société d'exploitation, avec un club résident, avec un stade terminé, utilisable, utilisé et fréquenté), entre 1 million et 1,25 million par an. Avec la disparition de la société d'exploitation et celle du club résident, ce déficit devrait se situer au minimum à 1,76 million. Et cela sans compter un éventuel remboursement des souscripteurs, ni les charges d'entretien du stade, ni de nouvelles charges de personnel.

L'ICF conclut donc qu'un déficit de 1,8 million par an est "un minimum".



Le Servette FC (et la SESGE)

Le 14 février 2004, Marc Roger obtient la totalité des parts de la Société (anonyme) d'exploitation du Stade (SESGE) et 87 % de celles de la Société (anonyme aussi) du Servette FC (SFC), les 13 % restant se répartissant entre Francisco Vinas, avec 10 %, la famille de l'ancien président Weiller, avec 2 %, et Olivier Maus, avec un pourcent. Une nouvelle société est créée le 4 mars : "Avenir Football Investissements" (AFI), qui prend le contrôle de la SESGE et du SFC.

Avenir Football Investissements

Selon Marc Roger, lui-même possède "quelques actions" de AFI, Lorenzo Sanz (qui nie être actionnaire du SFC, mais pas de AFI) en possède 20 %, Santos Marquez (agent de joueurs et ancien propriétaire du club de Lorca, qu'il a mené à la faillite) et Claude Makelele (joueur de Chelsea) possèdent également des actions, en nombre indéterminé. Au départ, Marc Roger possède 998 actions, Heiko Schröder une (à titre fiduciaire) et Eduardo Varela une autre (à titre fiduciaire). Au moment de la création d'AFI, Marc Roger en détenait directement donc 99,8 %, les deux autres (juristes du groupe zurichois de services financiers et fiscaux Orconsult) 0,2 %, mais comme il agissaient pour le compte de Roger lui-même, celui-ci était l'actionnaire unique de la société. Les actions étant au porteur, une fois AFI créée, il pouvait les céder à un autre investisseur sans que cela figure au Registre du Commerce. On ne sait donc pas en réalité qui contrôle AFI, et on ignore donc qui contrôle réellement, par l'intermédiaire d'AFI le Servette et la Société d'exploitation du Stade. On sait seulement que si Roger a pu s'offrir le SFC c'est que les dirigeants du club (à l'époque Christian Lüscher et Alain Rolland) l'ont accepté, et que s'il a pu s'offrir la SESGE par la même occasion, c'est que les représentants de l'Etat au sein de la Fondation n'ont rien fait de concret pour l'en empêcher.

AFI est dotée d'un capital de 100'000 FS. Ses buts sont la participation à d'autres entreprises, en particulier dans le domaine du football et autres activités sportives.





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