Suisse-Algérie : chronique



Chronique politique helvéto-algérienne

Mise à jour : 3 janvier 2008
©Pascal Holenweg, Genève, 2008







chronique politique
Les élections en Algérie (5 juin 1997, 23 octobre 1997, avril 1999


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Algérie-Suisse

Résolution du Conseil municipal de la Ville de Genève

En six ans de conflit, la crise algérienne a fait, selon les estimations les plus prudentes, 60'000 morts, et selon les estimations des organisations internationales de défense des droits de la personne humaine 100'000 victimes, à deux heures d'avion de Genève.

Depuis des mois, la violence politique a dégénéré en d'inommables boucheries, aux portes même de la capitale : des milliuers de personnes ont été massacrées, parfois à portée de voix des forces de sécurité, par des groupes armés dont l'identification est souvent douteuse, mais dont les victimes sont toujours des hommes, des femmes, des enfants issus du petit peuple algérien.

Face à ce carnage, nos Etats ont eu pour premier et le plus souvent unique réflexe de fermer leurs portes aux Algériennes et aux Algériens.

La Suisse, en particulier, a adopté une politique extrêmement restrictive à leur égard, notamment en réservant l'octroi du droit d'asile à des responsables islamistes, en le refusant pratiquement à tous les autres requérantes et requérants algériens, en fermant ses services consulaires à Alger, obligeant ainsi Algériennes et Algériens désireux de se rendre en Suisse à en demander l'autorisation à Tunis, et en renvoyant des requérants d'asile déboutés en Algérie, malgré la violence qui y règne, la mort qui y rôde et les risques qu'ils y encourent.

Considérant

Le Conseil municipal de la Ville de Genève

- sursoient à toute expulsion d'Algériennes et d'Algériens vers
  l'Algérie, jusqu'à ce que la situation dans ce pays soit redevenue
  compatible avec le droit des personnes à la vie et à l'intégrité 
  personnelle;
. accordent plus largement et plus facilement aux Algériennes et
  Algériens non requérants d'asile des visas et des droits de séjour
  temporaires en Suisse;
. élargissent les critères d'octroi du droit d'asile aux victimes de la
  violence non gouvernementale en Algérie;
. rouvrent le plus rapidement possible les services consulaires
  suisses à Alger.


Message du Parti socialiste suisse au Front des Forces Socialistes, à l'occasion de son congrès (Tipasa, 24-27 mai 2000)

Le Parti socialiste suisse assure le Front des Forces Socialistes, membre comme lui de l'Internationale socialiste, de sa solidarité à l'occasion de son troisième congrès national. Il espère que ce rendez-vous politique, important pour le FFS et pour l'ensemble du mouvement démocratique algérien, marquera l'affirmation des forces démocratiques et de progrès en Algérie, dans un contexte où la violence et les menées totalitaires de tous bords continuent de faire peser sur toute la population, sur ses droits et sur ses libertés, une menace douloureuse et redoutable, accentuée et nourrie encore des conséquences de politiques économiques et sociales définies en fonction des intérêts des investisseurs étrangers, suisses compris, et non des droits des Algériennes et des Algériens.

Le conflit qui a ravagé l'Algérie depuis l'annulation des élections de 1991 a causé des souffrances innombrables et quasi indicibles. La population suisse a participé avec émotion à l'épreuve endurée par le peuple algérien, en espérant une issue pacifique à une crise dont cependant la complexité échappe à la plupart des citoyennes et des citoyens de notre pays. Pour sa part, le PS Suisse, malgré la modestie de ses moyens -réalité qui n'est pas toujours bien comprise par celles et ceux qui perçoivent la Suisse, à raison, comme un pays riche, dont les formation politiques devraient disposer de ressources considérables- a tenté d'apporter l'appui politique qu'il doit du FFS et à son président, Hocine Aït Ahmed, avec lequel il est en contacts réguliers.

Pour le Parti socialiste suisse, et c'est une position que nous voudrions être partagée par tous les partis membres de l'Internationale socialiste, il n'y a pas de solutioon à la "crise algérienne" en dehors du rétablissement complet d'une démocratie véritable, qui va impérativement au-delà du respect des clauses formelles minimales de la représentation de la volonté nationale. La démocratie que le PSS appelle de ses voeux et qu'il s'engage à soutenir par tous les moyens à sa disposition comprend la liberté de culte et d'opinion, la laïcité de l'Etat, la stricte subordination de l'armée aux autorités politiques, l'indépendance de la justice, la garantie des droits d'opinion, d'expression et d'association, un droit protégeant l'indépendance de la presse et des journalistes, l'essor d'une culture de tolérance et du débat. Le développement économique, la distribution équitable des revenus et de la fortune nationale, la probité des serviteurs de l'Etat et la sécurité de l'ensemble des citoyennes et des citoyens ne pourront être atteints que dans une société démocratique construite patiemment à l'aune de ces critères -démocratie sont nous savons, dans la prétendue "plus vieille démocratie du monde", qu'elle n'est jamais atteinte une fois pour toutes et qu'il appartient à chacune et à chacun, jour après jour, de la construire et de l'améliorer.

C'est ainsi que nous vous disons, chères et chers camarades du FFS en Algérie, que votre combat pour la démocratie est aussi le nôtre -même si nous savons bien que les risques que vous prenez à le mener sont infiniment plus grands, les forces qui se dressent contre vous infiniment plus brutales, les intérêts de ceux auxquels vous faites face infiniment plus violents que ceux auxquels nous avons à faire face chez nous. Mais il arrive que nos adversaires soient les mêmes, et que ceux qui ont intérêt à ce que rien, ou presque, ne change en Algérie, soient aussi ceux qui ont intérêts à ce que rien ne les entrave en Suisse.

Chaque fois que nous contribuerons à l'avancée de la démocratie dans l'un de nos pays, nous contribuerons à son avancée dans l'autre -et chez nous aussi, la démocratie a besoin d'avancer, et avec elle la solidarité.

INTERVENTION ORALE DU REPRÉSENTANT DU PSS AU CONGRÈS DU FFS
(Pascal Holenweg, responsable de la Commission socialiste de aolidarité internationale, membre du Comité central du PSS)

Chers amis, Chers Camarades,

Je vous remercie de nous avoir invités à votre congrès. Cette invitation nous permet d'abord de nous rappeler ce que nous avons, dans nos pays, oublié : que la lutte pour la démocratie et les libertés est une lutte qui peut se payer de la vie. Nous avons oublié, nous, ce qu'il en coûte de se battre pour ses droits. Merci de nous le rappeler. Merci aussi de nous rappeler que la presse peut être utilisée non pour informer, mais pour calomnier, pour dénigrer, pour saboter. Cela aussi, nous l'avions oublié.

Merci, enfin, de me permettre de témoigner que d'autres Suisses que ceux qui sont attirés ici par les privatisations, s'intéressent à l'Algérie. Il y a quelques jours a débarqué à Alger une délégation d'investisseurs potentiels suisses. Que leur a dit le représentant du gouvernement algérien ? Il leur a promis des privatisations "tous azimuts" !

Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela signifie que l'Algérie est à vendre, que c'est le gouvernement algérien qui la vend, et qu'il ne la vend pas cher. Cela signifie aussi que tout est à vendre en Algérie : le gaz, le pétrole, la terre, les fruits, tout... et qu'il faut prendre sa part du marché.

Chers amis, chers camarades,

On vous prend pour des esclaves, et on nous transforme en marchands d'esclaves. Proposer des morceaux d'Algérie aux investisseurs suisses, français, espagnols, américains, n'est rien d'autre qu'un deal mafieux.

L'Algérie à laquelle nos hommes d'affaires s'intéressent est une Algérie "utile" où les hommes et les femmes ne comptent pas, où le peuple algérien n'a pas d'importance, où seuls les profits et le pouvoir comptent.

Les investisseurs suisses en repartiront peut-être avec un morceau d'Algérie dans le portefeuille. Nous, nous en repartirons avec un morceau d'Algérie dans le coeur !

Vive la solidarité internationale !

Vive la lutte du peuple algérien pour la démocratie et les libertés !

Vive le Front des Forces Socialistes !

COMMUNIQUÉ DE L'AMBASSADE DE SUISSE Ã ALGER

Suite à cette déclaration, ou plutôt à la relation qui en a été faite par le quotidien "L'Authentique" (authentiquement bétchinien) du 27 mai sous le titre "L'Algérie est à vendre" , l'Ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, a publié le 28 mai un communiqué, affirmant que ces déclarations, que l'ambassadeur qualifie d'"erronées", "ne correspondent en rien ni aux déclarations qui ont été faites, ni à l'esprit qui régnait lors de la visite de la délégation économique suisse à Alger. Si les représentant des autorités algériennes ont souligné l'aspect de la protection de l'investissement étranger en Algérie, ils ont tout autant insisté sur la nécessité de tenir compte des aspect sociaux et environnementaux lors de la prise de participation ou lors de la création de nouvelles entreprises (...) La délégation suisse qui a quitté l'Algérie le 23 mai n'a fait aucune déclaration dans le sens cité par M. Holenweg qui n'a rencontré aucun homme d'affaire ayant participé à cette visite. Ces propos n'engagent que lui-même". L'ambassadeur affirme que "par un investissement direct en Algérie, les entreprises suisses peuvent contribuer au développement économique de l'Algérie en créant de l'emploi, en transférant du savoir-faire et en apportant du capital. Tant les autorités suisses qu'algériennes encouragent une telle politique et ont pour cette raison décidé de négocier un accord pour la promotion et la protection de l'investissement ainsi que pour éviter la double imposition fiscale". L'ambassadeur de Suisse se dit "convaincu que la visite de cette délégation économique suisse à Alger va contribuer à relancer les relations économiques entre nos deux pays dans un esprit de partenariat dans un monde toujours plus interdépendant".


Une marche et un appel pour la paix en Algérie

Une marche pour la paix en Algérie est partie le 12 octobre 1997 de Genève pour Berne, où elle arrivera le 16 octobre. Les marcheurs entendentmanifester l'horreur qu'inspirent les massacres et les tueries qui ensanglantent quotidiennement l'Algérie et exprimer la solidarité de l'opinion publique suisse avec le peuple algérien.

Sur le trajet de la marche (Genève-Rolle-Lausanne-Yverdon-Neuchâtel-Berne), des haltes seront organisées pour interpeller les élus, députés et membres des gouvernements, afin qu'ils prennent position sur le drame algérien, les massacres des populations civiles et demandent aux autorités fédérales d'infléchir leur réglementation pour faciliter l'accueil en Suisse des victimes de la violence en Algérie.

La marche et l'appel sont soutenus par :

AGORA, le COSDAL, le PS genevois, les Verts genevois et vaudois, l'Association romande contre le racisme, le Groupe pour une Suisse sans Armée, l'Alliance de gauche genevoise, le MODS et le PDC genevois.


L'appel de la "Marche pour la paix"

Les soussignés menifestent l'horreur que leur inspirent les massacres et les tueries qui ensenglantent quotidiennement l'Algérie et leur solidarité avec la population algérienne.

Nous demandons au Gouvernement fédéral :


La Conseillère aux Etats (Sénatrice) genevoise (socialiste) Christiane Brunner a déposé le 22 juin 1999 un projet de "recommandation" au parlement suisse, proposition agendée pour la séance du 1er octobre du Conseil des Etats (Chambre haute du parlement). Contrairement à ce que laisse supposer sa définition, une recommandation acceptée par le Conseil des Etats est contraignante pour le Conseil fédéral (gouvernement).

Le texte de la recommandation de Christiane Brunner est le suivant :


Ahmed Zaoui : un hote encombrant

(ATS 13.11, NQ 14.11) Ahmed Zaoui, l'un des dirigeants de l'aile la plus "radicale" du FIS (opposée à la trève décrétée par l'AIS et à tout dialogue avec le pouvoir en place), jusqu'ici assigné à résidence, a demandé l'asile politique en Suisse au début du mois de novembre et se trouve désormais à Genève. L'information a été confirmée le 13 novembre par l'Office fédéral suisse des réfugiés (ODR). Ancien candidat du FIS aux élections législatives annulées de 1991, Zaoui a fui l'Algérie en 1992 pour rejoindre l'instance exécutive du FIS à l'étranger, avec laquelle il a rompu en octobre 1997 pour créer un "Conseil de Coordination du FIS" (CCFIS) à l'étranger, regroupant les islamistes les plus irréductibles, liés aux GIA, dont il est soupçonné être l'un des dirigeants -ce qu'il nie. Son nom est en tous cas apparu dans la liste des membres du "gouvernement du Califat" annoncé en août 1994 par le GIA. Condamné en novembre 1995 par la justice belge à quatre ans de prison avec sursis pour association de malfaiteurs, détenu pendant un an sous le coup d'un arrêté d'expulsion, il a finalement été assigné à résidence à Bruxelles, faute pour la Belgique de pouvoir le renvoyer en Algérie (où il risque sa vie) ou de lui trouver un autre pays d'accueil. Ahmed Zaoui serait arrivé en Suisse par la route via l'Allemagne, et son "transfert" de Belgique en Suisse aurait été négocié par des représentants officiels belges et suisses.

(TG 29.11) Dans un entretien à la "Tribune de Genève", Ahmed Zaoui récuse l'accusation portée contre lui d'être proche, voire l'un des responsables politiques, des GIA. Se définissant comme un "homme politique religieux", il explique qu'il a été élu démocratiquement en décembre 1991 comme parlementaire du FIS à Cheraga et a été membre du Majis Echoura (Conseil consultatif) du FIS et de sa "cellule de crise" après le coup d'Etat militaire de 1992, et qu'il a participé à la négociation du "Contrat national" de Rome, récusant la violence comme moyen d'accéder au pouvoir. Pour Ahmed Zaoui, "le but du gouvernement algérien est de tout faire pour limiter nos déplacements à l'étranger. En nous mettant des étiquettes de criminels, ils visent à nous placer sur les listes d'Interpol". Le dirigeant islamiste déclare dans l'entretien qu'il a "toujours condamné le recours à la violence" et signale qu'il a publié des articles sur ce thème dans les journaux belges, notamment dans "Le Soir" de Belgique. Pour lui, le FIS est "une victime du terrorisme" et certains massacres de populations civiles en Algérie "sont commis directement par des groupes liés à l'Etat algérien", d'autres l'étant par le GIA "manipulé par la Sécurité Militaire". "Le plus important pour l'instant est que les droits de l'Homme reviennent" en Algérie, conclut Ahmed Zaoui, qui réclame, pour répondre à "la campagne médiatique qui (le) condamne sans (l')avoir entendu", qu'on lui laisse se "battre pour (ses) idées".

(ATS 27.11, JGE 29.11) Ahmed Zaoui s'est vu attribuer le Valais comme canton de résidence et a été transféré avec sa famille dans un centre de requérants d'asile, sous protection de la police valaisanne. Les autorités valaisannes ont qualifié cette décision de "cadeau empoisonné". Les autorités fédérales ont déclaré vouloir tenter par tous les moyens d'expulser Ahmed Zaoui vers un autre pays, mais n'ont pas trouvé pour lui de pays d'accueil. Ahmed Zaoui est inexpulsable en Algérie, où il a été condamné à mort à la fois par le pouvoir et, selon ses dires, par le GIA de Djamel Zitouni, et la Belgique refuse de le laisser revenir sur son territoire. Il n'existe pas d'"accord de réadmission" entre la Suisse et la Belgique. A toutes fins utiles, les avocats belges d'Ahmed Zaoui avaient déposé une requête visant à élargir la zone de résidence à laquelle il était confiné en Belgique, et dont l'étroitesse (elle était limitée à sa rue) avait semble-t-il été l'une des motivations de sa venue en Suisse. Le Département fédéral (ministère) de Justice et police a annoncé le 27 novembre que si Ahmed Zaoui ne pouvait être expulsé de Suisse, des "mesures de remplacement adéquates" pourraient être prises, qui pourraient consister en des restrictions de sa liberté de mouvement. Le groupe parlementaire du "parti de la liberté" (extrême-droite) a demandé le 27 novembre l'expulsion de Suisse d'Ahmed Zaoui.

(NQ 25.11) Dans un entretien au "Nouveau Quotidien" de Lausanne, le chef de la police fédérale suisse (BuPo), Urs von Däniken, récuse les accusations portées contre la Suisse d'être laxiste à l'égard des réseaux islamistes armés et de leurs membres, qu'il s'agisse de réseaux égyptiens ou de réseaux algériens. Selon Urs von Däniken, qui se refuse à donner des chiffres, la Suisse n'abriterait pas "beaucoup" d'islamistes partisans de la lutte armée, et leur nombre resterait difficile à évaluer car "nous avons affaire à des groupes très cloisonnés". Selon le chef de la BuPo, il s'agirait essentiellement d'Algériens "partisans du FIS ou du GIA", dont "beaucoup" ont demandé l'asile et dont "certains font du prosélytisme", "quelques autres" étant "impliqués dans le trafic d'armes". La Suisse ne représenterait cependant pas "une base de recrutement ni même une plaque tournante pour des combattants" et "aucun des auteurs des attentats islamistes perpétrés en France n'avaient de lien particulier" avec la Suisse. Par contre, des armes (essentiellement des armes légères, pistolets et munitions) et du matériel de transmission sont achetés en Suisse au profit de groupes islamistes et "plusieurs enquêtes sont d'ailleurs en cours à ce sujet", mais la Suisse représenterait surtout pour les islamistes "une excellente tribune pour des propagandistes".

(JGE, TG 4.12) Selon la télévision (publique) suisse romande (TSR), la présence d'Ahmed Zaoui en Suisse aurait fait l'objet de consultations avec la Balgique, avant son arrivée, au niveau des services compétents en matière d'asile politique. "Son entrée sur le territoire suisse, le 2 novembre, n'était donc pas une surprise", a annoncé la TSR. Les administrations belge et suisse ont démenti l'information, mais un conseiller du ministre belge de l'Intérieur, Dirk van den Bulck, a néanmoins exprimé la satisfaction de la Belgique du départ d'A. Zaoui de son territoire. Selon la "Tribune de Genève" du 4 décembre, la présence d'Ahmed Zaoui en Suisse permettrait à la Confédération de "préserver un savant équilibre dans (ses) rapports" avec l'Algérie, dans l'hypothèse d'une réouverture de l'ambassade helvétique à Alger -envisagée au début de l'année 1998.

(ATS 22.12) Ahmed Zaoui a été transféré le 22 décembre du foyer pour requérants d'asile de Saint-Gingolph, où il avait été assigné, à un appartement à Sion, où il est assigné à résidence avec son épouse. Selon les autorités valaisannes, ce transfert a été décidé notamment pour des raisons de sécurité et parce que la présence d'Ahmed Zaoui dans le foyer de Saint-Gingolph posait problème "notamment vis-à-vis des autres requérants d'asile". Selon le chef du département de la Sécurité et des institutions du canton du Valais, Jean-René Fournier, la question du renvoi d'Ahmed Zaoui dans un autre pays "n'a pas encore trouvé de solution et il n'y a guère de lueur d'espoir" d'en trouver une "pour le moment".

(Courr 17.2,1998) Dans un entretien au quotidien genevois "Le Courrier", Ahmed Zaoui, porte-parole du Conseil de coordination du FIS à l'étranger, assigné à résidence en Suisse (assignation à résidence qu'il considère "non pas comme une précaution, mais bien plutôt comme une condamnation sans jugement"), réitère le soutien du FIS à la création d'une commission d'enquête sur les massacres en Algérie et accuse les "militaires" d'"infiltrer" les groupes islamistes armés, de les "diviser entre eux" et de les "manipuler à leur guise". "Les militaires maîtrisent parfaitement la violence en utilisant les milices du GIS", déclare Ahmed Zaoui, pour qui le régime algérien "a tout intérêt" à ce que le conflit "reste une guerre non déclarée" tandis que les "occidentaux ne veulent pas de l'islamisme et de l'instabilité (mais) un régime dictatorial stable". Pour Ahmed Zaoui, qui considère comme "un geste irresponsable" le refus de la délégation européenne à Alger de prendre connaissance d'une lettre du FIS, refus par lequel "les députés européens cautionnent le gouvernement algérien", "le FIS a toujours respecté les règles démocratiques dans le partage du pouvoir". Pour Ahmed Zaoui, ce partage ne doit cependant pas s'appliquer aux militaires, car il y a "un principale fondamental : les militaires doivent sortir définitivement de la politique" pour se consacrer au rôle constitutionnel de l'armée, "défendre le territoire algérien". Le porte-parole du CC-FIS dénonce enfin l'"amalgame" qui s'opère "entre tous les musulmans, qui sont tout de même un milliard et demi sur cette planète" et les terroristes auteurs de "dérapages incontrôlés et incontrôlables" dans lesquels les Occidentaux "ont aussi une part de responsabilité", et regrette que "les médias, mais aussi des hommes politiques et même des hommes de science, voire de grands savants", se mettent à "(craindre) l'islamisme comme ils craignaient autrefois le communisme", alors que les islamistes veulent "dialoguer, coopérer, partager et non dominer".

(Le Temps 17.4) Six mois après l'arrivée en Suisse d'Ahmed Zaoui, porte-parole du Comité de coordination du FIS à l'étranger (CCFIS), les autorités suisses, qui cherchent à s'en débarrasser, n'ont toujours pas trouvé de pays acceptant de l'accueillir. "Aucun des pays approchés ne s'est déclaré prêt à accueillir Zaoui", a déclaré la porte-parole du Département fédéral (ministère) de Justice et police, Yasmine Chatila. Le cas a été déclaré "prioritaire" par le Département. Condamné à mort en Algérie, Ahmed Zaoui ne peut y être expulsé et la Belgique, où il résidait sous surveillance avant de se réfugier en Suisse refuse de le voir revenir. Les autorités valaisannes (Ahmed Zaoui réside dans le canton du Valais) insistent pour qu'il soit déplacé dans un autre canton et le font surveiller par la police. Assigné à résidence, tenu de s'annoncer deux fois par jour auprès de la police, Ahmed Zaoui ne ferait cependant l'objet d'aucune écoute téléphonique (du moins officiellement) et est politiquement actif, situation qui a amené l'ambassade d'Algérie en Suisse à protester officieusement auprès des autorités suisses.

(ATS, AP, Le Temps 21.4) Le Tribunal cantonal valaisan a rejetté le recours d'Ahmed Zaoui contre son assignation à résidence. Zaoui restera donc assigné à résidence à Sion, sous réserve d'un recours possible au Tribunal fédéral suisse. Par contre, le recours de la femme et des enfants du dirigant islamiste a été accepté et ils sont désormais libres de se déplacer en Suisse. En Valais, le séjour et l'activisme politique de Zaoui ont suscité des réactions inquiètes des autorités : la directrice de la Police des étrangers du canton du Valais, Françoise Gianadda considère qu'e le président du CC-FIS "n'est pas un simple requérant d'asile" et que "son dossier doit être traité à l'échelon supérieur de la Confédération". Le Conseiller d'Etat Jean-René Fournier a souhaité être "mieux appuyé par les services de la Confédération" pour faire face aux activités politiques de Zaoui. Au niveau fédéral, un représentant de l'Office fédéral des étrangers, Christoph Müller, a rappelé que le Tribunal fédéral reconnaissait "le même droit d'expression et d'association aux étrangers qu'aux Suisses", et notamment "le droit de fonder des associations, des partis politiques ou des comités d'action, d'autant que le Conseil fédéral a abrogé un vieil arrêté limitant la liberté d'expression des étrangers. Christoph Müller rappelle cependant que "des mesures de répression peuvent être prises" si la "liberté d'association met en danger la sécurité intérieure ou extérieure de la Suisse", et considère que "le cas de Zaoui est clairement du domaine du Ministère public et de la police fédérale".

(ATS 28.4) Le gouvernement suisse a décidé le 27 avril de limiter les activités politiques du responsable islamiste algérien Ahmed Zaoui, porte-parole du Conseil de coordination du FIS à l'étranger, en estimant que ces activités constituent un "danger potentiel pour la sûreté intérieure et extérieure de la Suisse" et pourraient conduire à des actes de violence, voire des attentats en Suisse. L'accès à l'internet (web et mail) a été interdit à Ahmed Zaoui, dont le fax a été confisqué par la police. Il lui est en outre désormais interdit de participer à "tout effort de changements politiques par la violence" en Algérie. Le Conseil fédéral qualifie, selon un communiqué du Département fédéral de Justice et police (ministère de l'Intérieur et de la Justice) l'activité d'Ahmed Zaoui de "polarisatrice et provocante".

(Reuters, ATS 6.5, 7.5, Le Temps 8.5) Ahmed Zaoui, dirigeant du Comité consultatif du FIS en exil, requérant d'asile en Suisse, a été inculpé le 7 mai par le juge français Roger Le Loire d'"association de malfaiteurs et recel de faux document en relation avec une entreprise terroriste". Il est soupçonné par la justice française d'avoir organisé des réseaux islamistes en Europe, et l'approvisionnement en armes des maquis islamistes en Algérie. Ahmed Zaoui a été interrogé à Berne pendant plus de cinq heures par le juge français, en présence du Procureur de la Confédération suisse, Carla del Ponte. Le juge français a estimé "impossible" de demander l'extradition d'Ahmed Zaoui. On suggère de source officieuse suisse que laisser à la Suisse la responsabilité de surveiller Ahmed Zaoui arrange bien la France, et le porte-parole du Département fédéral de Justice et Police (ministère de l'Intérieur et de la Justice), Victor Schlumpf, qui a déclaré au quotidien genevois "Le Temps" que les autorités suisses seraient "évidemment ravi(e)s si la France (leur) demaidait d'extrader Zaoui", a en même temps exprimé son doute qu'elle le fasse.

(Le Temps, Hijra 7.5) Ahmed Zaoui a décidé de recourir contre les mesures prises contre lui par le gouvernement suisse le 27 avril, l'empêchant notamment de disposer d'un fax et d'utiliser l'internet. Ce recours devrait être déposé auprès de la Cour des droits de l'Homme de Strasbourg. Pour son avocat, Jean Lob, "il s'agit d'une atteinte à sa liberté de communication et de pensée" alors qu'"aucun des messages" d'Ahmed Zaoui "n'appelle à la violence". Dans une "Lettre ouverte au Conseil fédéral" datée du 6 mai, Ahmed Zaoui proteste contre le fait que l'on impute "la violence actuelle régnant en Algérie à ceux qui la subissent dans leur chair", par exemple des villageois massacrée "pour le seul crime d'avoir voté un jour" pour le FIS ou d'avoir refusé de faire partie d'une milice anti-islamiste. Ahmed Zaoui rappelle la répression qui s'est abattue "sur plus de 50'000 cadres, militants et sympathisants du FIS", dont son propre père, le refus du pouvoir de "tout dialogue sérieux et responsable avec l'opposition" après la proposition d'une "solution de sortie de crise sur la base de la Plate-forme de Sant'Egidio", et "de toute commission d'enquête internationale ou nationale afin que vérité soit faite, justice soit dite et responsabilités soient établies". Revendiquant son appertenance au FIS "sont le seul tort est d'avoir gagné les élections", Ahmed Zaoui affirme ne s'être "jamais inscrit dans le registre de la violence" et être un "politique" qui s'inscrit "dans toute solution politique honorable". Il nie toute responsabilité dans des attentats commis en France, qu'il attribue aux "Services spéciaux algériens", en se référant aux déclarations d'un officier algérien rattaché à l'ambassade d'Algérie à Paris et qui avait mis en cause publiquement le colonel Souames Mohammed ("Habib"), et en accusant la Sécurité militaire algérienne d'avoir "éliminé physiquement son agent Touchent, dit Tarek, pour couper la voie à toute investigation juridique un tant soit peu sérieuse". Enfin, Ahmed Zaoui affirme que les autorités suisses n'ont à craindre de lui, ni du FIS, aucune "activité contraire les lois de ce pays hôte".

L'expulsion d'Ahmed Zaoui

(TG 27.1.98) Selon un jugement rendu le 18 décembre 1997 par le Tribunal administratif de Genève, le 28 novembre précédent la police fédérale suisse a, par fax, averti la police genevoise que du point de vue des autorités fédérales suisses, Ahmed Zaoui, réfugié en Suisse depuis le 2 novembre et requérant l'asile politique, est l'un des responsable du GIA. Le Tribunal genevois avait à traiter d'un recours déposé contre un Algérien domicilié à Genève, suspecté d'avoir organisé en 1994 une livraison d'armes et d'appareils radios en Algérie, et ayant fait, comme Ahmed Zaoui, l'objet d'une assignation territoriale (mise en résidence surveillée) le 30 novembre, sur demande des autorités fédérales qui souhaitaient qu'Ahmed Zaoui ne puisse le rencontrer. Le tribunal genevois a cassé la décision de mise en résidence surveillée et alloué au recourant une indemnité de procédure de 500 FS à charge de Genève. Selon la "Tribune de Genève" du 27 janvier, ce verdict a "suscité une vive amertume à Berne" mais un "optimisme mesuré" chez Ahmed Zaoui, qui a déclaré qu'il allait poursuivre son "action politique en Suisse" et qu'il ne craignait "aucun problème" : "plus je m'exprimerai librement et publiquement, plus je serai compris et moins je serai diabolisé". Ahmed Zaoui a lui-même interjeté recours contre sa mise en résidence surveillée en Valais.

(Reuters, AP, ATS, AFP, Hijra 30.10) Ahmed Zaoui, porte-parole du Conseil de coordination à l'étranger du FIS (CC-FIS, aile "radicale" du FIS) a été expulsé avec son épouse et ses quatre enfants le 30 octobre par les autorités suisses vers le Burkina Faso -l'un des rares pays acceptant, contre paiement, de recevoir les islamistes algériens indésirables ailleurs (19 Algériens y avaient par exemple été expulsés de France en 1994). Ancien professeur de théologie, député élu du FIS, âgé de 37 ans, Ahmed Zaoui a été condamné à mort par contumace en Algérie. Comdané en Belgique pour "association de malfaiteurs" (c'est-à-dire la mise en place d'un réseau islamiste), il avait demandé l'asile en Suisse en novembre 1997 où il était sous étroite surveillance policière, et les autorités ont justifié son expulsion par le fait qu'il "était entré en Suisse illégalement" et qie "sa présence était un risque pour la sécurité" du pays, "étant donné son influence dans les cercles radicaux", a déclaré le porte-parole du Département fédéral (ministère) de Justice et Police, Viktor Schlumpf, qui a également exprimé la crainte des autorités que "d'autres ilamistes radicaux ne viennent" le rejoindre. Ahmed Zaoui a été inculpé en mai par le juge français Le Loire, dans la cadre d'une enquête sur un réseau de trafic de faux papiers et d'armes destinées aux islamistes algériens. La justice française voit en lui "l'un des grands patrons du FIS à l'étranger". Le CC-FIS a protesté contre son expulsion, dont les autorités du canton du Valais, où il avait été assigné à résidence, se sont au contraire félicitées. Selon des témoins oculaire, une dizaine de policiers ont fait irruption dans l'appartement d'Ahmed Zaoui pour le conduire avec sa famille à l'aéroport de Sion, où il s'est envolé pour Genève, d'où il a été expulsé vers Ouagadougou. Le même jour, l'Allemagne a expulsé vers la France un militant islamiste algérien, Adel Mechat, soupçonné de faire partie des réseaux du GIA de Hassan Hattab (dissident des GIA d'Antar Zouabri).

(Le Matin 31.10) L'expulsion par la Suisse vers le Burkina Faso du leader de l'aile "radicale" du FIS à l'étranger, Ahmed Zaoui, et de sa famille, a été négociée pendant des mois entre les deux pays. Au terme de ces négociations, et en échange de son acceptation d'Ahmed Zaoui, le Burkina Faso devrait recevoir une aide au développement accrue de la part de la Suisse, qui paierait en outre au Burkina les frais de logwmwnr à Ouagadougou. Ni la Belgique -d'où Ahmed Zaoui venait lorsqu'il est arrivé en Suisse- ni la France -où il a été inculpé d'"appartenance à une organisation criminelle en relation avec une entreprise terroriste", usage de faux documents et recel- n'ont demandé ou accepté de le recevoir. Le porte-parole du Département fédéral (ministère) de Justice et Police. Viktor Schlumpf, a réitéré la conviction officielle de la Suisse qu'Ahmed Zaoui "représentait un danger" pour elle, dans la mesure où, selon les autorités suisses, "il est impliqué dans le soutien logistique aux réseaux islamistes" et où "sa présence en Suisse constitue un aimant pour les extrémistes islamistes". L'avocat d'Ahmed Zaoui, Jean Lob, a protesté contre l'expulsion d'Ahmed Zaoui et de famille, en exprimant son doute qu'"un bébé de six mois (soit) une menace contre la sûreté de l'Etat" et en rappelant que son recours contre l'assignation à résidence de la famille du leader islamiste avait été accepté par la justice du canton du Valais. En outre, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, constemment en contact avec les autorités suisses sur le dossier Zaoui, n'a pas été informé de l'expulsion.

(Hijra 1.11) Dans un communiqué daté du 1er novembre, le Conseil de Coordination du FIS à l'étranger (CC-FIS) proteste contre l'expulsion de son président de Suisse "pays des droits de l'Homme -vers le Burkina Faso, nouvelle de déportation pour les opposants algériens. comme le fut la Nouvelle Calédonie au temps de la colonisation française". Pour le CC-FIS, "rien ne justifie cette attitude des autorités suisses", Ahmed Zaoui n'ayant jamais durant son séjour en Suisse enfreint les lois du pays, était apprécié par son voisinage à Sion et respectait régulièrement l'obligation de faire constater quotidiennement sa résidence par les autorités. Pour le CC-FIS, son président "représente la ligne originelle du FIS, restée fidèle aux idéaux et principes qui ont présidé à la naissance de ce parti sous la direction historique des Chouyoukh Madani Abassi et Ali Belhadj", et c'est "pour avoir défendu avec grande fermeté cette orientation qu'il subit à son tour le même sort que les responsables se réclamant de cette même ligne", comme Anouar Haddam, détenu depuis deux ans aux USA. "Par ces mesures abusives, les autorités helvétiques ont fait le jeu du régime algérien et de certains gouvernements complices", considère le CC-FIS, qui appelle "l'opinion internationale à dénoncer avec force cette utilisation arbitraire du droit sous couvert de la raison d'Etat" et "fait porter la responsabilité de tout ce qui pourrait arriver à M. Zaoui, dont la vie est menacée par les condamnations à mort, ou à sa famille, aux gouvernements concernés par cette expulsion". Le CC-FIS demande enfin "avec insistance" que son président "soit transféré dans un pays offrant une plus grande sécurité que le Burkina Faso".

(AFP 1.11) Dans une interview accordée à Radio-France Internationale le 1er novembre à Ouagadougou, Ahmed Zaoui s'est prononcé pour la trève des hostilités en Algérie et a assuré que le CC-FIS n'y était pas opposé : "on n'est pas contre la trève, on est pour la trève et pour la paix", que refusent "le général Zéroual, qui a dit que le dossier du FIS était clos, et les autres généraux qui refusent de s'exprimer pour une solution politique, pour une solition durable et juste pour le peuple algérien". Ahmed Zaoui a par ailleurs qualifié de "cauchemar" et de "kidnapping" son expulsion par la Suisse.

(ATS 1.11, TG 2.11) Le gouvernement algérien a protesté le 2 novembre contre la présence au Burkina Faso d'Ahmed Zaoui, expulsé de Suisse, en convoquant le chargé d'affaires burkinabé à Alger pour lui demander des "explications" sur le fait que le deader islamiste ait été accepté par les autorités de Ouagadougou. En même temps, l'ambassadeur d'Algérie à Ouagadoudou a demandé aux autorités burkinabé de fournir des explications sur l'accueil accordé à "l'un des planificateurs des actions terroristes en Algérie", alors que le Burkina-Faso préside actuellement l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA). Le porte parole du ministère algérien des Affaires étrangères a déclaré qu'il n'était "pas admissible qu'un pays africain assurant de surcroît la présidence de l'OUA, accueille sur son sol un dirigeant de ces groupes terroristes sévissant dans notre pays, à un moment où le monde se mobilise contre le terrorisme". Pour sa part, Ahmed Zaoui dénonce les "pressions de la junte militaire algérienne pour (...) diaboliser" le FIS, et en particulier son aile radicale. Ahmed Zaoui serait installé dans une villa gardée par des policiers en civil, non loin de l'aéroport de Ouagadougou, et disposerait de la télévision (mais en ne recevant que la chaîne locale burkinabé) et du téléphone. Il dispose de 250 FS par mois (1000 FF) pour couvrir ses frais d'électricité, d'eau et de téléphone. Dans un communiqué le FIS demande qu'un autre pays que le Burkina accorde l'asile politique à Ahmed Zaoui et annonce que "s'il arrive quelque chose à Ahmed Zaoui ou à sa famille", il en tiendra "pour responsable les gouvernements qui sont à l'origine de son expulsion".

(ATS 5.11, Le Temps 4.11) La presse burkinabé a réagi avec une certaine ironie à l'accueil par le Burkina Faso d'Ahmed Zaoui. Le quotidien "L'Indépendant" suggère de créer un "office d'exploitation des islamistes à privatiser, qui rapportent plus que le coton". "Le Pays" considère que le pays est devenu "une poubelle d'islamistes", l'accueil d'Ahmed Zaoui faisant suite à celui des islamistes expulsés de France en 1994. L'un d'eux, Ahmed Tchmouchrak a déclaré à Radio France Internationale que "le droit d'asile devient un négoce entre Etats" et qu'il suffisait désormais "qu'un Etat riche fasse des promesses à un Etat pauvre pour expulser n'importe qui et n'importe comment".

Quant au président Burkinabé, Blaise Compaoré, il a affirmé que le Burkina Faso n'avait accueilli Ahmed Zaoui que "pour des raisons humanitaires".

L'Ambassadeur suisse Walter Füst, directeur de la Direction au développement et à la coopération (DDC) a pour sa part confirmé au quotidien "Le Temps" qu'il avait joué un rôle clef dans l'opération d'expulsion d'Ahmed Zaoui vers Ouagadougou, et qu'il avait été mandaté au début de l'été par le Conseil fédéral Flavio Cotti, ministre des Affaires étrangères de la Suisse, pour "trouver un pays d'accueil à Ahmed Zaoui". Il a par contre démenti devant la Commission des Affaires extérieures du Conseil national que des promesses d'aide supplémentaire aient été faites au Burkina Faso, et affirmé que ce pays n'avait accepté de recevoir Ahmed Zaoui que "par amitié et grâce aux contacts et relations personnes". Selon Walter Fust, "le Burkina a accepté Zaoui à la seule condition que la Suisse paie les frais de séjour et de scolarisation de sa famille. Reste que le Burkina, l'un des pays les plus pauvres de la planète, reçoit une aide bilatérale de la Suisse pour 18,4 millions de FS.

(AFP 9.11) Dans un entretien avec l'AFP, Ahmed Zaoui a accusé la Suisse d'avoir "violé (ses) droits et (sa) liberté", en le "choisissant au sein d'un certain nombre de membres de l'opposition algérienne" pour l'exulser. Ahmed Zaoui a demandé à son avocat d'introduire un recours contre son expulsion auprès de la Cour européenne de Justice. "Plusieurs pays, dont la Suisse, ont choisi d'adopter une attitude coloniale d'oppression", a déclaré le responsable islamiste, qui attribue son expulsion à une campagne de "calomnies" dans les médias et à l'action d'un puissant lobby anti-islamique en Suisse, et s'étonne d'avoir été expulsé au prétexte qu'il était entré illégalement sur le territoire suisse alors que "d'autres membres du Front islamique du salut algérien sont entrés illégalement en Suisse et continuent d'y vivre". Ahmed Zaoui nie constituer "un danger pour la Suisse ou tout autre pays" et déclare ne pas souhaiter rester au Burkina, où ses conditions de vie sont "difficiles" et où sa femme en ses enfants sont "empêchés de quitter leur résidence".

(AI 5.11) Dans une lettre au directeur de l'Office fédéral des réfugiés, Jean-Daniel Gerber, la section suisse d'Amnesty International exprime sa préoccupation après l'expulsion "pour le moins cavalière" d'Ahmed Zaoui, et "le peu de cas qui a été fait, en l'espèce, de la demande d'asile de l'intéressé". Ahmed Zaoui a en effet été "expulsé de Suisse avant même qu'une décision sur sa demande d'asile n'ait été prise, son dossier en étant donc encore au stade de l'instruction". Pour Amnesty, il s'agit "d'une violation de l'un des principes fondamentaux du droit d'asile" et l'expulsion d'Ahmed Zaoui paraît à AI "arbitraire et clairement découler d'intérêts politiques plutôt que d'une application de la loi sur l'asile". Amnesty International se demande en outre "dans quelle mesure la Suisse a demandé et obtenu des garanties des autorités de Ouagadougou en ce qui concerne la sécurité" d'Ahmed Zaoui , compte tenu notamment du fait que la situation des réfugiés islamistes algériens expulsés de France vers le Burkina Faso "reste extrêmement précaire", qu'ils sont "en butte à des tracasseries administratives, sont régulièrement convoqués pour des «entretiens» par la police, sont parfois maltraités ou menacés de renvoi vers leur pays d'origine". Enfin, Amnesty craint que, compte tenu de "la publicité faite autour de l'expulsion de monsieur Zaoui", les autorités algériennes "cherchent, officiellement ou par des moyens illégaux, à récupérer celui qu'elles considèrent comme l'un des plus dangereux opposants".

(Le Matin 15.11) Dans une entretien accordé au journaliste Urs Zurlinden, du quotidien suisse "Le Matin", Ahmed Zaoui revient sur les conditions de son expulsion de Suisse, le 28 octobre, qu'il compare à un "véritable kidnapping" : "on voulait m'expulser, rapidement et discrètement. Exactement comme sont les Suisses : propre en ordre". Le responsable islamiste n'a pas pu appeler son avocat et a été menacé, s'il faisait "des histoires", d'être séparé de sa famille. Arrivé à Ouagadougou, Ahmed Zaoui et sa famille ont été installés dans une maison de cinq pièces et ont reçu 600 francs suisses, ainsi que l'assurance de recevoir ensuite 250 FS par mois pour couvrir leurs frais d'électricité, d'eau et de téléphone. Aucun nom d'une "personne de contact" pour les questions financières avec la Suisse ne lui a été communiqué et il n'a "aucune idée" du contenu de l'accord passé entre la Suisse et le Burkina Faso. Les islamistes algériens que la France avait avant lui expulsés vers le Burkina ont reçu l'interdiction de lui rendre visite, l'accès de sa maison est interdit aux visiteurs, les contacts avec un avocat sont empêchés et Ahmed Zaoui, qui se considère comme "isolé, un prisonnier", ne peux sortir qu'"accompagné d'un policier". Pour lui, "l'attitude de la Suisse n'est rien d'autre qu'une nouvelle forme de colonialisme", qui le rend "furieux".

(AP 20.12.1999) Au terme d'un an de séjour forcé au Burkina Faso après son expulsion de Suisse, Ahmed Zaoui a coûté 145'527,40 FS à la Suisse (env. 560'000 FF), selon un "arrangement (..) d'une grande complexité qui ne créée aucun précédent", selon le gouvernement. Les frais d'entretien d'Ahmed Zaoui à Ouagadougou par la Suisse ne "pèsent" que pour un peu plus d'un cinquième du total, constitué essentiellement par le coût du vol de Suisse vers le Burkina Faso pour le leader du CC-FIS et sa famille.

(AI 12.99) Rencontré à Ouagadougou par des représentants d'Amnesty International, Ahmed Zaoui, dirigeant du Conseil de coordination du FIS (tendance "radicale" du Front, opposée à la trêve de l'AIS), expulsé de Suisse le 18 octobre 1998 avec sa famille, a déclaré être "vraiment traité comme un déchet" et être "enterré" au Burkina Faso sans y être en sécurité et sans mesure de protection particulière, mais se sentant menacé par les services spéciaux algériens alors que pour les autorités suisses, "le Burkina est un pays sûr". Selon le porte-parole du Département fédéral de Justice et Police, Viktor Schlumpf, Ahmed Zaoui figurait sur une "liste noire" (aux côtés notamment d'Abdullah Oçalan) et "n'aurait même pas dû pouvoir entrer" en Suisse pour y déposer une demande d'asile. Vikot Schlumpf ajoute que la Suisse ne se sentirait pas responsable s'il arrivait quelque chose au responsable islamiste algérien qu'elle a expulsé au Burkina, et à qui elle verse 500'000 FCFA (5000 FF, 1250 FS) par mois). Ahmed Zaoui a déposé un recours contre son expulsion auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme, et la section suisse d'Amnesty International a condamné ce qu'elle considère comme une décision "arbitraire et découlant d'intérêts politiques", prise d'ailleurs par le gouvernement suisse et non par l'Office des réfugiés, sans qu'un droit de recours ait été accordé à Ahmed Zaoui. Amnesty s'inquiète "du peu de sécurité qui semble" entourer la famille Zaoui à Ouagadougou et "n'exclut pas que les autorités algériennes cherchent à 'récupérer' officiellement ou par des moyens illégaux celui qu'elles considèrent comme l'un de leurs plus dangereux opposants".

(ATS 25.3.2001) Ahmed Zaoui, dirigeant du Conseil de Coordination du FIS, expulsé de Suisse vers le Burkina Faso en octobre 1998, a quitté le Burkina en janvier dernier, a annoncé le porte-parole du Département fédéral suisse de justice et police (ministère de l'Intérieur et de la Justice). La Suisse n'a été informée que "récemment" du départ d'Ahmed Zaoui du Burkina, a précisé le porte-parole, qui n'a pas indiqué où Zaoui séjournait actuellement. L'accord passé entre la Suisse et le Burkina, aux termes duquel la Suisse devait subvenir aux besoins d'Ahmed Zaoui pendant son séjour à Ouagadougou, est donc caduc. Ahmed Zaoui est condamné à mort en Algérie. L'Algérie cependant a décrété un moratoire sur l'exécution des condamnations à mort -mais le leader du CC-FIS peut toutefois être emprisonné à vie, et/ou être victime d'une exécution extra-judiciaire.

(Dimanche.ch 19.1) L'ancien porte-parole du Conseil de coordination du FIS, Ahmed Zaoui, est toujours détenu à Auckland, en Nouvelle Zélande, six semaines après y être arrivé le 4 décembre, et y avoir demandé l'asile politique, annonce l'hebdomadaire suisse "Dimanche.ch", à qui le porte-parole du ministère néo-zélandais de l'immigration a déclaré que le cas de Zaoui était "prioritaire" et devrait faire l'objet d'une décision "en février au plus tard". En un peu moins de cinq ans, Ahmed Zaoui aura ainsi fait un demi-tour du monde, de Paris à Auckland en passant par la Belgique, la Suisse, le Burkina Faso, le Ghana, l'Afrique du Sud et la Malaisie. Venant de Belgique, il avait séjourné en Suisse de novembre 1997 à octobre 1998, date à laquelle la Suisse l'avait expulsé au Burkina Faso, prenant en charge ses frais de séjour (et ceux de sa femme et de ses trois enfants) à Ouagadougou. Zaoui ne manquait de rien au Burkina Faso, mais ne supporta pas longtemps la vie d'exil confortable et oisif qui lui était imposée. Fin 2000, Ahmed Zaoui tente de passer au Ghana, est intercepté à la frontière et ramené à Ouaga. Mars 2001, le Burkina Faso prévient officiellement la Suisse du départ de l'exilé, qui est passé en Afrique du Sud, puis, qprès quelques mois, en Malaisie, pour aboutir finalement en Nouvelle-Zélande. A la question : Zaoui est-il lié à la Qaeda ?, le porte-parole de l'Office fédéral suisse des réfugiés, Dominique Boillat, répond que rien ne le prouve.

1998

(ATS, Lib. 3.3) La Suisse a décidé de rouvrir son ambassade à Alger avant l'été 1998, et la fera protéger par une douzaine de militaires professionnels (des "garde-fortifications". L'ambassade avait été évacuée en septembre 1994 et ses services transférés dans l'ambassade de Tunis. Trois raisons principales motivent la décision du gouvernement suisse, réclamée depuis longtemps (mais pour d'autres raisons) par le mouvement de solidarité avec l'Algérie : la volonté de mieux défendre les intérêts suisses quand la quasi-totalité des ambassades occidentales en Algérie qui avaient fermé leurs portes les ont rouvertes (à l'exception du Danemark et de la Finlande), la dégradation (pour la Suisse) des termes des échanges économiques (132 millions de FS d'exportations suisses en Algérie en 1990 et 77 millions en 1997, pour 22 millions de FS d'exportations algériennes en Suisse en 1990 et plus de 100 millions en 1997) et enfin, troisième motif officiel, l'amélioration de la sécurité des étrangers en Algérie.


SOS-Algérie :

Appel au Conseil fédéral, lancé par le Comité international pour la dignité de l'enfant

Devant la multiplication des horreurs en Algérie, perpétrées contre des victimes innocentes et notamment des femmes et des enfants, il faut malheureusement constater que le gouvernement est complètement dépassé par des évènements qu'il ne contrôle plus. Par solidarité avec les victimes, la Suisse se doit d'intervenir par tous les moyens pour sauver des vies humaines, et prendre toutes mesures urgentes.

Je vous prie instamment d'assouplir les mesures d'accueil à l'endroit des ressortissants algériens avec une priorité pour les enfants en danger qui sont orphelins ou accompagnés de leur famille.

J'invite mon gouvernement à montrer l'exemple en délivrant un quota de permis humanitaires et ainsi à inciter les autres pays européens à faire de même.

Je vous prie également d'offrir vos bons offices en convoquant une conférence internationale destinée à réunir sur notre sol toutes celles et ceux qui se sentent concernés par ce drame, afin de voir dans quelle mesure il est possible, d'une manière concertée, d'y mettre un terme.


(ATS 15.4) Le Conseil fédéral (gouvernement suisse) a nommé au poste d'Ambassadeur à Alger André von Graffenried, actuel ambassadeur à Copenhague, et qui sera donc chargé de réactiver l'ambassade en Algérie, évacuée en septembre 1994 et que le Conseil fédéral a décidé de rouvrir, sous la protection de soldats de métier (garde-fortifications).

(Courrier 2.6) Interrogé par les quotidiens suisses "La Liberté" de Fribourg et "Le Courrier" de Genève, le nouvel ambassadeur de Suisse à Alger, André de Graffenried, qui a pris son poste le 4 juin en réouvrant l'ambassade fermée depuis 4 ans, a déclaré que cette réouverture symbolisait la volonté de la Suisse "de contribuer à la solution des problèmes algériens", sans péour autant "exagérer" l'importance de la Suisse dans ce domaine et "croire qu'Alger attend les bons offices helvétiques". L'ambassadeur a prôné une coopération "pour combattre le terrorisme et éviter que le territoire suisse ne soit utilisé comme base logistique par des groupes terroristes", ainsi qu'un "dialogue" dans le domaine des droits de l'Homme, "avec le gouvernement algérien comme avec les organisations non-gouvernementales et les représentants de la société civile". Il s'est prononcé pour que soient facilités "les contacts humains entre Algériens et Suisses, au niveau du gouvernement et du parlement, mais aussi entre ONG, enseignants et artistes". L'ambassade de Suisse sera protégée par douze soldats professionnels de l'armée fédérale, relayés toutes les six semaines, et qui n'auront pas l'autorisation de se déplacer libremenrt dans Alger. Le premier détachement de ces soldats (des "garde-fortifications") est composé uniquement de Suisses romands, les détachements suivant comprenant des soldats des autres régions linguistiques.

(ATS 1.10) Le Conseil des Etats a apèprouvé par 14 voix contre 9, malgré l'avis du gouvernement, une recommandation proposée par la socialiste genevoise Christiane Brunner demandant que les Algériennes qui cherchent refuge en Suisse soient mises au bénéfice d'une admission provisoire individuelle. Le chef du Département fédéral de Justice et police, Arnold Koller, avait fait valoir que depuis le début de l'année aucune Algérienne n'avait été rapatriée contre son gré en Algérie et qu'une admission sans condition renforcerait excessivement l'attrait de la Suisse comme pays d'asile.

1999

(APS 4.2) Un "joint venture" portant sur plusieurs millions de dollars devrait être signé entre le groupe ABB et la Sonatrach, a annoncé le 4 février à Zurich le président d'ABB-France, et responsable du groupe pour le Moyen-Orient et l'Afrique francophone, Max Abitbol. La nouvelle société mixte de services industriels qui sera créée sera détenue à 80 % par ABB et 20 % par la Sonatrach. Un deuxième "joint venture" devrait être conclu par ABB avec une société publique algérienne, la Sonelgaz, dans les mêmes proportions de 80/20 %, pour la réalisation de projets électriques. Un troisième contrat du même type est en discussion, avec la Sonatrach, pour la création d'une société d'ingeneering.

(TG, Courrier 4.2) Une cinquantaine de collégiens (lycéens) ont manifesté le 3 février à Genève pour une action de solidarité avec les "disparus" d'Algérie et les manifestantes qui, tout les mercredis, se réunissent à Alger. La manifestation était organisée par "Le Pavé", une organisation de collégiens (lycéens) militant pour les droits de l'homme. "Le Pavé" a lancé une pétition demandant le rétablissement de l'Etat de droit en Algérie, pétition dont le texte sera transmis aux candidats aux prochaines élections présidentielles algériennes. Citant Albert Camus, "Le Pavé" considère que "le terrorisme naît de la solitude, de l'idée qu'il n'y a plus de recours, que les murs sans fenêtres sont trop épais, qu'il faut les faire sauter".

(Courrier 13.3) Le Conseil suisse de la presse désavoue prudemment le quotidien fribourgeois "La Liberté", qui avait publié une prise de position émanant du Consul général d'Algérie à Genève, répondant à un article consacré à la répression de l'islamisme algérien et aux violations des droits de l'Homme, mais avait assorti cette publication d'une republication de l'article contesté par le Contul et d'un commentaire exposant les tractations conduites entre le journal et le consulat (demande d'un droit de réponse, refus d'un premier texte, entretiens, échanges de lettres etc...). Pour le consulat, le journal avait manqué de loyauté en divulguant ces tractations et avait eu une attitude outrageante à l'égard de l'Algérie. Pour le rédacteur en chef du journal, faute d'accord entre le consulat et le journal, celui-ci avait le droit de publier ce qu'il a publié. Pour le Conseil de la presse, cependant, le journal n'aurait pas dû rendre publiques les tractations avec le consulat sans avertir celui-ci, quoique que, s'agissant "d'un Etat, l'Algérie, dont la réputation en matière de liberté de la presse, de transparence démocratique et de communication en général est critique", il ne faut pas être "dupe des effets de propagande qui traversent et impregnent l'affaire du fait du (consulat)", ce qui autorise le journal à "exercer une vigilance particulière à l'égard d'un tel effet de propagande".

(ATS 16.4) L'Ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, s'est déclaré "très déçu" que le retrait de six des septs candidats n'ait pas permi une élection présidentielle réellement pluraliste en Algérie "alors que ce pays ne rêve que d'un président fort et crédible" et d'une "démocratie qui se développe".

(APS 21.5) Le Conseiller national (député fédéral) Jean Ziegler (PS, Genève), reçu le 20 mai par le président Bouteflika, a déclaré qu'il était "miraculeux et très important" que "l'artisan de la politique étrangère d'avant-garde pour le tiers-monde et pour l'indépendance des pays, soit actuellement à la magistrature suprême algérienne". Jean Ziegler a exprimé sa certitude que "les choses vont changer et des choses fondamentales vont se produire", et qu'Abdelaziz Bouteflika "est non seulement capable et désireux" de "réinvestir" les "racines" de la révolution algérienne, mais qu'il y est même "prédestiné". Le député socialiste a déploré l'attitude des pays européens qui ont "abandonné l'Algérie pendant la nuit de la lutte contre le terrorisme intégriste" et a invité l'Europe à "accomplir son devoir de solidarité à l'égard de l'Algérie".

(Tribune de Genève 2.6) Le Conseiller national (député au Parlement fédéral) Jean Ziegler (PS, Genève) qui avait effectué un voyage "quasi-officiel" en Algérie fin mai, où il avait été reçu par diverses autorités et d'où il était revenu très optimiste sur l'évolution de la situation algérienne, devrait rendre un rapport sur sa visite au Conseiller fédéral (ministre) chargé des Affaires étrangères, Joseph Deiss, et au président de la Commission des Affaires étrangères du Conseil national (parlement), François Lachat, avec à la clef le possible échange de délégations parlementaires entre la Suisse et l'Algérie en novembre 1999 -échange dont la fiasabilité à la date prévue est cependant mise en doute par François Lachat, qui relève que "Ziegler n'a visiblement pas pu sortir de son bunker" officiel à Alger et que "les attentats se poursuivent" en Algérie. Une délégation de banquiers et d'industriels suisses emmenés par l'Ambassadeur Thomas Imboden devrait également prendre le chemin de l'Algérie.

(APS 30.5) Une délégation du groupe industriel helvéto-suédois ABB, présent en Algérie depuis plusieurs années, notamment en partenariat avec les entreprises publiques algériennes Sonatrach et Sonelgaz, en juin, après des entretiens à Genève à la faveur du premier "salon international des marchés émergents" (EMA) qui s'est tenu du 26 au 29 mai et lors duquel l'Algérie était fortement présente. Des projets de partenariats nouveaux sont à l'étude avec les sociétés algériennes Poval (équipements hydrauliques et pour hydrocarbures) et AMC (équipements électriques), ainsi que dans le secteur du tourisme et des transports. A l'occasion de l'EMA, le Secrétaire général de la Chambre de commerce et d'industrie Suisse-Algérie a estimé que "les investisseurs suisses jugent de façon positive le marché algérien". Jean-Philippe Faure, de l'Union de Banques Suisses, a estimé que "les prochains mois sinon les prochaines années ne manqueront pas de voire s'accroître les échanges entre l'Algérie et la Suisse", espoir qu'a également exprimé l'Ambassadeur d'Algérie en Suisse, Abdelmalek Guenaizia.

(Algeria Watch, 2.6) L'avocat Mahmoud Khelili, du réseau "Euromed" des droits de l'Homme en Algérie e rendu public un rapport, daté du 18 mai, sur les conséquences de la transmission par un policier genevois de renseignements aux services spéciaux algériens, affaire qui avait abouti en octobre-novembre 1997 à un procès devant le Tribunal fédéral suisse (Cour pénale suprême de la Confédération), procès que Me Khelili qualifie de "bâclé et inéquitable". Le policier genevois, affecté au groupe des investigations spéciales (GIS) de la police genevoise, chargé de la lutte antiterroriste et à la surveillance de l'extrémisme violent (renseignements sur l'OLP, l'Iran, la Libye, le Liban et l'Algérie) avait remis à un membre du Mouvement algérien pour la Justice et le Développement (MAJD), son informateur sur les activité et des mouvements de la communauté de langue arabe à Genève, travaillant en outre pour la sécurité militaire algérienne, une enveloppe contenant un rapport du 20 Mai 1994, établi par la police fédérale suite à une enquête ouverte de Février 1994 à l'encontre des membres du FIS. Dans ce rapport figuraient de nombreux noms d'activistes réels ou supposés du FIS, dont le docteur Bouchelaghem qui fut immédiatement enlevé de son domicile et exécuté sommairement après avoir probablement subi de graves sévices, et cela dès que les documents incriminés remis par le policier suisse eurent été transmis à la sécurité militaire algérienne. L'accusation au niveau de la cour pénale fédérale s'était abstenue volontairement d'évoquer dans son acte d'accusation et ses réquisitions cet assassinat pour s'éviter la peine la peine de requérir en vue de la requalification des crimes reprochés aux deux accusés (le policier et son indic). La cour pénale fédérale avait imposé le huis clos malgré l'opposition des avocats des parties civiles et cédé au fait que de nombreux témoins parmi des policiers aient refusé de comparaître à l'audience du jugement privant le procès de ses principaux éclairages, d'autant plus que les avocats des parties civiles ont été empêchés d'examiner certains aspects du dossier de l'affaire. La cour pénale fédérale avait par ailleurs empêché un avocat algérien de la partie civilede se constituer auprès d'elle pour défendre son mandant détenu à la prison d'El-Harrach après avoir été condamné pour terrorisme à 9 années de réclusion criminelle uniquement sur la base des pièces et renseignements fournis par le policier suisse. Selon Me Khelili, "cette cour de justice s'est alors d'emblée mise dans l'impossibilité de savoir que les agissements criminels des deux accusés ont été à l'origine des violences graves subies par Mohamed Ghedhab dès son kidnapping à sa descente de l'avion et de l'enlèvement (de) deux sœurs greffières au tribunal d'El-Harrach lesquelles sont à ce jour portées disparues". Mohamed Ghedhab a été enlevé le 16 septembre 1996 à l'aéroport d'Alger, à sa descente d'avion, par 4 hommes armés et conduit "manu-militari" dans un centre de détention appelé Chateauneuf òu il fut séquestré pendant plus de 15 jours et soumis à des actes de torture : gégène, chiffon imbibé d'eau sale ingurgitée de force, coups de pieds, coups de poings, électrodes pincées sur les parties génitales, le corps nu et humidifié et le lobe des oreilles, menottes aux poignets derrière le dos, etc. Quant aux deux greffières kidnappées, elles ont toutes deux ont été enlevées le 12 avril 1997 par des hommes armés près du tribunal d'El-Harrach. Toutes deux avaient connu du dossier Ghedhab Mohamed, du fait de leur travail au tribunal d'El Harrach. Pour Me Khelili, "tous ces crimes d'enlèvement, de torture, de liquidation physique subi par feu Bouchelaghem Fouad, Ghedhab Mohamed et les deux sœurs Boughaba Nadjoua et Naima ont un dénominateur commun: l'affaire dite d'espionnage jugée par la cour pénale fédérale suisse dans un procès à huis clos bâclé très critiquable pour ne pas dire plus, au cours duquel elle condamna les deux criminels à 18 et 15 mois de prison avec sursis alors que leur victime Ghedhab a été condamné par le tribunal criminel d'Alger à 9 années de réclusion criminelles, pour... rien".

(APS 26.6) Le président Abdelaziz Bouteflika, arrivé à Genève le 26 juin pour participer au Forum de Crans-Montana en Valais, a eu une entrevue avec le ministre suisse de l'Economie, le Conseiller fédéral Pascal Couchepin, qui lui a assuré que la Suisse voulait "apporter sa contribution à la réussite" de son programme "ambitieux (...) qui a des chances de réussir" et qui est "important pour toute la Méditerrannée". Une délégation économique suisse se rendra en Algérie en septembre, conduite par l'Ambassadeur Nicolas Imboden. Abdelaziz Bouteflika a également rencontré le Conseiller fédéral Joseph Deiss, ministre des Affaires étrangères, le vice-président de la Banque Mondiale chargé de l'Afrique du nord, Kamal Dervis et l'émissaire russe pour les Balkans Viktor Tchernomyrdine.

(Le Matin 1.9) Le Conseiller fédéral Joseph Deiss, ministre suisse des Affaires étrangères, se rendra en visite officielle à Alger, le 6 octobre (sous réserve de l'acceptation de la date par les autorités algériennes), a confirmé le département fédéral des Affaires étrangères. Cette visite répond à l'invitation lancée par Abdelaziz Bouteflika à Joseph Deiss lors du Forum de Crans Montana, fin juin, et concrétise le souhait exprimé par Joseph Deiss le 23 août lors de la conférence des ambassadeurs de Suisse, de développer la politique méditérranéenne de la Suisse. Outre la délégation politique, une délégation d'entreprises suisses, emmenée par l'ambassadeur Nicolas Imboden, devrait se rendre en Algérie, à une date non précisée (la date initiale, du 17 au 20 septembre, ayant été annulée pour cause de référendum en Algérie, le 16). La délégation économique compte d'ores et déja au moins une trentaine de participants, après que les responsables algériens aient multiplié les contacts avec les partenaires économiques et commerciaux potentiels suisses. Parmi les enrteprises inscrites pour le voyage, on trouve des "poids lourds" comme ABB (déjà implantée en Algérie dans le secteur des hydrocarbures), Zschokke (travaux publics), le Crédit Suisse, Novartis, Roche, Nestlé et Holderbank. En ce qui concerne la reprise des vols de Swissair vers/de l'Algérie, interrompus en 1994 pour des raisons de sécurité, la compagnie l'envisage mais la conditionne toujours à des assurances dans le domaine sécuritaire. Selon "un fonctionnaire en poste à Berne", cité par "Le Temps", la police fédérale a rendu en juillet un rapport défavorable à ce sujet, et en a informé l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC), qui décidera de la réouverture ou non des relations aériennes. Un second rapport aurait été demandé à la Police fédérale, pour fin août.

(APS 17.9, 18.9) Une délégation d'hommes d'affaires suisses séjournera à Alger du 18 au 20 septembre pour participer aux travaux de l'assemblée générale de la Chambre de commerce et d'industrie Suisse-Algérie (CCISA), créée en 1997, présidée par l'ancien ambassadeur de Suisse en Algérie Erik Roger Lang et qui tiendra pour la première fois son assemblée générale en Algérie. La délégation suisse sera composée d'une trentaine de représentants des secteurs industriel, agro-alimentaire, bancaire et des services. La CCISA a annoncé le 18 septembre la signature avant la fin de l'année de deux accords pour la création de sociétés mixtes dans le secteur du bâtiment, entre la société holding (publique) algérienne de bâtiment et matérieux de construction et, d'une part ABB, et d'autre part la Holder-Bank. La Suisse occupe le 12ème rang sur la liste des clients de l'Algérie, et la même place sur la liste de ses fournisseurs.

(Le Temps 5.10) Le Conseiller fédéral (ministre des Affaires étrangères) Joseph Deiss se rend le 5 octobre en Algérie pour une visite officielle d'un jour, la première d'un ministre suisse depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962. Joseph Deiss s'entretiendra avec Abdelaziz Bouteflika, ainsi qu'avec le Premier ministre Hamdani, le ministre des Affaires étrangères et les présidents des deux chambres du Parlement. Sa visite sera centrée sur la relance de la coopération entre la Suisse et l'Algérie, et devrait notamment être l'occasion d'évoquer la reprise du trafic aérien de Swissair vers l'Algérie, une délégation de Swissait se trouvant à Alger pour évaluer l'intérêt et la possibilité d'une telle reprise, notamment du point de vue de la sécurité. L'Ambassadeur d'Algérie en Suisse, Abdelmalek Guenaizia, a déclaré au "Temps" que l'Algérie attendait de la Suisse "qu'elle participe à la relance de sa machine économique". La balance commerciale entre l'Algérie et la Suisse reste d'un volume assez modeste, au bénéfice cependant de l'Algérie (en 1998 : 195 millions d'exportations vers la Suisse, contre 100 millions d'importations de Suisse), et en croissance de 29,5 % de 1997 à 1998. Une mission économique suisse de haut rang, emmenée par l'Ambassadeur Nicolas Imboden, devrait suivre de quelques semaines Joseph Deiss à Alger.


(AP, APS 6.10) Pour la première visite officielle d'un ministre suisse en Algérie depuis l'indépendance, le Conseiller fédéral Joseph Deiss, ministre des Affaires étrangères, a annoncé le 6 octobre son souhait de relancer la coopération algéro-suisse. Joseph Deiss a été accueilli à l'aéroport d'Alger par son homologue algérien Ahmed Attaf, puis s'est entretenu avec le président Bouteflika (photo). Joseph Deiss était accompagné d'une délégation de la compagnie aérienne Swissair. "La Suisse salue le mouvement de réconciliation nationale" en Algérie, a déclaré le Conseiller fédéral à son arrivée. Le Conseiller fédéral a déclaré au terme de sa visite avoir trouvé une Algérie "calme et sur la voie de la démocratie", et a assuré les Algériens "que les Suisses les admirent et les accompagnent dans leur choix".

(Le Temps 1.12) Considérant que l'élection d'Abelaziz Boutzeflika à la présidence algérienne y ramené un semblant de paix en Algérie, la Suisse a repris ses expulsions de requérants d'asile algériens, suspendues jusqu'à l'élection présidentielle. 33 requérants d'asile ont été renvoyés en Algérie depuis avril. 416 Algériens ont demandé l'asile politique en Suisse en 1999, 25 l'ont obtenu, 33 ont obtenu une admission privosire, 325 ont été déboutés. Parmi les déboutés et les expulsés, on note désormais la présence de sympathisants islamistes, alors que jusqu'à présent les Algériens les mieux placés pour obtenir l'asile politique, en tant qu'ils faisaient partie d'une mouvance d'opposition interdite, étaient précisément les sympathisants du FIS. De plus, alors que les membres dirigeants ou supposés tels du FIS étaient généralement préservés du risque d'expulasion (quoique Ahmed Zaoui ait été expulsé -mais vers le Burkina Faso, non vers l'Algérie-, le nouveau porte-parole du Conseil de coordination du FIS (aile Zaoui, précisément), Mourad Dhina, a reçu une décision de renvoi, deux jours avant l'assassinat à Alger d'Abdelkader Hachani. Cet assassinat devrait cependant permettre à Mourad Dhina de ne pas être expulsé, dans la mesure où il illustre le risque que les dirigeants du FIS courent en Algérie (cela d'autant que Hachani était réputé plus "modéré" que les membres du CC-FIS).

(Courrier 2.12) La section suisse d'Amnesty International a qualifié d'"incompréhensible" la position de l'Office fédéral des réfugiés (ODR), qui déclare vouloir "attendre la fin du ramadan avant de réévaluer" sa politique de renvoi des réfugiés algériens. Selon le quotidien "Le Temps", la situation ne sera pas reconsidérée avant fin janvier, alors que, comme le rappelle Amnesty, le ramadan est une période d'accroissement de la violence. Amnesty demande donc à l'ODR d'introduire un moratoire immédiat sur les renvois, que la Suisse avait d'ailleurs suspendus jusqu'à l'élection d'Abdelaziz Bouteflika. 33 Algériens ont ensuite été expulsés vers l'Algérie. Sur 416 demandes d'asile déposées par des Algériens en Suisse depuis le début de 1999, 25 ont été acceptées, 33 ont fait l'objet d'une décision d'admission prévisoire et 325 ont été rejetées.

(TG 31.12) L'association humanitaire Handicap International (Suisse) a annoncé son intention de s'engager en Algérie pour améliorer les conditions de l'accueil hospitalier et psychosocial des handicapés : "Les structures des hôpitaux pour handicapés sont dans un état lamentable", a déclaré le directeur de la section suisse de Handicap International, Paul Vermeulen.

2000

(APS 17.1) Le sociologue et ancien Conseiller national (député fédéral) socialiste genevois Jean Ziegler, en visite dans le sud algérien, a apporté le 15 janvier, dans une déclaration à l'agence officielle algérienne APS, son soutien à la "stratégie de la réconciliation et de la paix du président Bouteflika", qu'il a qualifiée d'"exemple pour les peuples du monde". "Le président Bouteflika a eu le courage extraordinaire de soumettre au peuple algérien une stratégie de réconciliation qu'il a accepté".

(TG 20.1) Quinze diplomates algériens ont commencé à recevoir à l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève une formation intensive (de deux semaines) dans le cadre du programme "Sirius" du département fédéral (ministère) suisse des Affaires étrangères.

(APS 26.1, 27.1) Cinq représentants algériens (l'ambassadeur d'Algérie aux USA, Driss Djazairi, envoyé spécial du président Bouteflika, et quatre chefs d'entreprises) participent du 27 janvier au 1er février au Forum de Davos, pour, selon Arselan Chikaoui, Directeur de "Transactions nord-sud", "faire du lobbying au profit de l'Algérie" et créer "non pas un lobby algérien à l'étranger, mais plutôt un lobby pro-algérien dans le monde". La revue du "world economic forum" a de son côté salué la politique économique du président et du gouvernement algérien.

(El Watan, Liberté 21.3) Selon "El Watan", l'ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, participant à la rencontre internationale organisée par le Haut Conseil Islamique algérien (officiel) sur le thème "Islam et démocratie", et présentant l'expérience démocratique suisse, aurait accusé "les communistes et les ahtées" d'avoir "engendré des régimes totalitaires" et relevé que "les conflits entre une société pluraliste et ouverte et une société homogène et repliée sur elle-même" se constatent "des deux côtés de la Méditerranée", à quoi le secrétaire général de la Ligue des universités islamiques (90 universités, dont trois algériennes) lui a répondu en invitant la Suisse à "rejoindre l'Union européenne et ne pas rester à la traîne"..L'ambassadeur von Graffenried a en outre rappelé que "les femmes suisses (n'ont obtenu) le droit de vote qu'en 1971" au niveau national, soit neuf ans après les femmes algériennes, et que la Constitution suisse commence par la référence à Dieu ("Au nom de Dieu Tout-puissant") ce qui, selon lui, ne remet pas en cause le "principe de laïcité" dans un pays où vivent 200'000 musulmans (3 % de la population)

(APS 20.5, 21.5, El Watan 21.5, El Moudjahid 21.5, Le Matin 21.5) Une délégation d'une quarantaine de personnes représentant les autorités et des entreprises suisses, conduite par le Secrétaire d'Etat Jorg Al Reding, a effectué une visite en Algérie dans le cadre de "journées sur le partenariat algéro-suiisse" du 19 au 22 mai à Alger. La délégation, représentant essentiellement des petites et moyennes entreprises, mais également des représentants de l'UBS, d'ABB, de Roche, de Novartis ou de Nestlé a eu plusieurs rencontres avec des représentants des autorités et des entreprises algériennes, sous l'égide du ministère de la Participation.

Les échanges globaux algéro-suisses pour l'année 1999 ont atteint environ 160 millions de dollars et ont à la fois "en recul par rapport au volume des échanges enregistrés par le passé et bien en deçà des possibilités de coopérations que recèlent les deux pays", a déclaré le ministre algérien du Commerce, qui a appelé les opérateurs économiques algériens et susses à dépasser le simple stade des échanges commerciaux. Cela étant, lors du premier trimestre 2000, les exportation Algériennes d'hydrocarbures vers la Suisse ont augmenté de 300 % et les exportations suisses vers l'Algérie ont baissé de 5 % (par rapport au premier trimestre 1999).

Le ministre algérien du Commerce, Mourad Medelci, invitera les opérateurs économiques suisses à prendre connaissance des changements introduits par la "nouvelle politique économique algérienne" et les priorités du président Bouteflika, et à chercher des opportunités de coopération et de partenariat dans les télécommunications, les institutions financières, l'agriculture, l'énergie, l'hydraulique, le tourisme, les mines, l'industrie et bien d'autres secteurs porteurs. "Les Suisses doivent comprendre qu'ils ont bnesoin d'établir une présence permanente en Algérie pour mieux suivre et défendre leurs affaires et leurs intérêts", dira encore M. Medelci, qui a qualifié l'Algérie de marché "de plus en plus ouvert et au sein duquel il faut être vigilant". Des projets de partenariart existent, à des stades divers de réalisation, dans les domaines de l'agro-alimentaire, des produits pharmaceutiques, des matériaux de construction, de l'énergie, des hydrocarbures et des banques. Des banques suisses sont représentées au sein de la délégation en visite en Algérie, mais ne songent pas (du moins pour l'instant) à ouvrir des succursales en Algérie, mais à concourir à la formation de cadres bancaires algériens.

La délégation suisse proposera aux Algériens la conclusion de trois textes d'accords : un accord de libre-échange entre l'Algérie et l'AELE (ou ce qu'il en reste, c'est-à-dire la Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein), un accord de protection, de promotion et de garantie des investissements et un accord de double imposition. Un représentant de l'Union suisse du commerce et de l'Industrie (organisation patronale) a déclarl que "la situation s'améliore nettement en Algérie" même s'il y subsiste encore des "difficultés de type bancaire, bureaucratique, foncier, réglementaire et autres". L'Ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, a exprimé la même critique. Un membre de la délégation suisse a confié à "El Watan" que ce qui poussait les Suisses à ouvrir des négociations avec les Algériens était le risque qu'un accord d'association entre l'Union européenne et l'Algérie marginalise les entreprises suisses sur le marché algérien, "incontournable".

Des femmes entrepreneurs algériennes seront invitées en septembre 2000 à une journée spéciale "femmes, chefs d'entreprises", lors du "salon international des marchés émergents" (EMA) à Genève.

(Algerie-Confidentiel 31.5) "La délégation d'hommes d'affaires helvétiques qui a séjourné à Alger du 19 au 21 mai est rentrée déçue", écrit "Algérie Confidentiel" dans son bulletin du 31 mai, qui précise que le Secrétaire d'Etat suisse à l'Economie, chef de la délégation, n'a pu s'entretenir qu'avec des "intérimaires", en l'absence des principaux décideurts économiques en tournée au Canada, et qu'aucun des trois principaux points à l'ordre du jour de la visite (l'association de l'Algérie à l'AELE, la protection réciproque des investissements et le non-double imposition) n'a réellement pu être développé.

(MAOL 28.6) Le MAOL ("Mouvement algérien des officiers libres") dénonce les "banques buandières", notamment suisses, qui "traitent avec les généraux algériens" et accueillent leurs fonds, et cite plusieurs cas de généraux ayant des comptes dans des banques suisses (le MAOL donne non seulement le nom des banques, mais également le numéro des comptes et le nom des gestionnaire, toutes informations dont nous n'avons pu vérifier la véracité) : le général Larbi Belkheir disposerait de plusieurs comptes au Crédit Lyonnais de Genève; le général Mohamed Lamine Mediene disposerait d'un compte à l'Union bancaire privée de Genève; le général Smaïn Lamari disposerait d'un compte au Crédit Suisse. Le MAOL demande la levée du secret bancaire pour les généraux algériens, le gel de leurs comptes bancaires, la collaboration des banques concernées avec les instances judiciaires nationales et internationales, et met "au défi" le président Bouteflika "de prendre toutes les mesures qui s'imposent en commençant par ouvrir le dossier de son ami Larbi Belkheir".

(El Watan 2.7) Swissair n'envisage pas un retour immédiat à Alger, mais cette destination est encore inscrite comme une priorité dans ses prévisions. Le retard du retour de la compagnie aérienne suisse sur la liaison avec l'Algérie est expliqué par l'un de ses porte-parole, Marcel Biedermann, par des motifs de rentabilité. Le porte-parole a assuré qu'aucune raison de sécurité n'empêchait la reprise des vols pour l'Algérie et de l'Algérie, et que les autorités suisses avaient donné leur feu vert pour leur reprise, mais que la compagnie n'avait "pas d'appareils disponibles", sauf pour des vols de nuit, qui ne trouveraient pas leur public. Avant l'interruption de la relation Swissair avec l'Algérie, en 1994, onze vols hebdomadaires desservaient Oran, Alger et Annaba. La possibilité est encore ouverte d'une liaison algérienne par l'une des dompagnies contrôlées par Swissair (Air Liberté, Air Littoral ou AOM).

(TG 22.7) Le groupe industriel suisse ABB, avec le groupe américain Petrofac, a décroché un contrat de 961 millions de FS en Algérie. Les deux groupes doivent y construire une installation de traitement du gaz naturel. Le mandat a été alloué par un consortium dirigé par le groupe australien BHP Petroleum. Le complexe sera édifié sur le gisement d'Ohanet, au nord du Sahara. La production devrait commencer en 2003.

(L'Hebdo 17.8, Le Courrier 18.8) Le président du Groupe de travail sur les "Suisses spoliés d'Algérie", l'avocat Jacques Lambelet du Gay, a annoncé lors du congrès des "Suisses de l'étranger" à Zoug, le 20 août, la dissolution de ce groupe. Dans une lettre adressée le 29 juillet à l'ancien secrétaire général de l'association des "Suisses spoliés d'Algérie et d'outre-mer" (ASSAOM), avec copie au Conseiller personnel du Conseiller fédéral Pascal Couchepin (ministre de l'Economie), le président du groupe de travail écrit que "face au peu de conviction de nos plus hautes autorités pour arriver à une solution", il se voit "contraint de clore ce dossier pour lequel (il se) bat depuis 1993" et pour lequel "la solution gériatrique continue sournoisement à produire ses effets", les personnes concernées mourant de vieillesse les unes après les autres... Lors de l'accession de l'Algérie à l'indépendance, en 1962, les biens de 140 Suisses établis en Algérie ont été nationalisés. Aucun d'entre eux n'a obtenu réparation, ni de l'Algérie (qui s'y refuse par principe), ni de la Suisse. Guy de Chambrier, ancien secrétaire général de l'ASSAOM, dénonce le "mépris foncier des ronds-de-cuir au sein des Affaires étrangères pour la question des indemnisations". En 1989, le Conseil fédéral avait décidé de suspendre toutes les démarches auprès des autorités algériennes, et de n'en tenter de nouvelles que loresque "les circonstances s'y prêteront". En janvier 1991, l'ASSAOM avait déposé plainte contre le gouvernement en l'accusant de n'avoir pris aucune mesure d'aide efficace depuis 1962 en faveur des "spoliés" d'Algérie. Lorsque le Conseiller fédéral Joseph Deiss (ministre des Affaires étrangères), préparant son récent voyage en Algérie, a repris contact avec le ministère algérien des Affaires étrangères pour tenter de relancer le dossier, il s'est, comme prévisible, vu opposer une fin de non-recevoir, la position de principe de l'Algérie (non indemnisation des intérêts étrangers saisis ou nationalisés dans le cadre de la lutte pour l'indépendance) n'ayant pas changé. En mai 2000, lorsque l'ambassadeur Reding, à la tête d'une délégation économique, s'est rendu en Algérie, la même réponse, à la même tentative, lui a été faite, et le Conseiller fédéral Deiss a écrit au président du groupe de travail sur les "spoliés d'Algérie" qu'il "n'existe aucune base juridique de droit international permettant d'engager une procédure contre l'Algérie". Pourtant, d'autres solutions semblent exister, ou avoir existé. Ainsi, en 1974, lorsque la Suisse a restitué à l'Algérie environ 50 millions de FS provenant du "trésor du FLN" (les "fonds Khidder") amassé pendant la Guerre d'Algérie, elle aurait pu en prélever une partie pour indemniser les "pieds noirs" suisses, l'Algérie ne réclamant pas forcément la totalité des fonds en question. Le Tribunal fédéral avait d'ailleurs autorité les banques à prélever sur ces fonds un montant de 32 millions de FS pour les "spoliés" d'Algérie, et c'est le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Pierre Graber, qui avait mis son veto à cette solution, au nom des bonnes relations algéro-suisses...

(http://www.algeria-inferface.com, CSSI 29.9) Deux conférences sur le thème "investir en Algérie" ont été organisées par la Chambre de commerce et d'industrie Suisse-Algérie (CCI/SA) lors de la deuxième édition du "salon international des marchés émergents", qui s'est tenu à Genève du 19 au 22 septembre. Les conseillers algériens présents lors des conférences, dont Bachir Dehimi, Conseiller auprès du directeur du holding mécanique et électronique, a déclaré que "ées entreprises non-productives doivent être fermées" et assuré que l'Etat n'injecterait plus de capitaux dans les entreprises publiques déficitaires ou en difficulté. Une cinquantaine de projets, totalisant plusieurs centaines de millions de dollars, ont été présentés par les exposants algériens, qui ne sont pas repartis avec des contrats en poche, mais qui ont pris de nombreux contacts. Le président de la CCI/SA, l'ancien président du gouvernement genevois Claude Haegi, s'est rendu à Alger début octobre pour rencontrer notamment le ministre du Commerce, Mourad Medelci. Bref, la vente de l'Algérie se poursuit.

(ATS 28.9, Hijra 4.10) L'ONG islamiste "Hijra" a adressé le 4 octobre une lettre aux ministres suisses de la Justice et de la Police, la Conseillère fédérale Ruth Metzler, et des Affaires étrangères, le Conseiller fédéral Joseph Deiss, mettant en évidence les incohérences de la politique suisse des droits de l'homme, s'agissant de l'Algérie. La diplomatie suisse avait appelé les ressortissants suisses à quitter l'Algérie à cause des dangers qu'ils y couraient, alors que les responsables de la politique d'asile justifiaient le renvoi de requérants d'asile algériens en déclarant que leur pays était un pays "sûr". Hijra dénonce les refoulements en Algérie, depuis la Suisse, de requérants d'asile algériens, alors que les autorités savent, et disent, que l'Algérie est un pays "dangereux". Hijra dénonce donc dans les politiques d'asile occidentales en général, et suisse en particulier, une "non-assistance à personnes en danger" et demande "l'instauration d'une politique libérale de délivrance du statut du réfugié avec un large accès à l'asile territorial (...), l'arrêt des renvoi forcés d'Algériens" et le respect des normes internationales en matière de droits de l'homme, de droit humanitaire et de droit d'asile.

(Le Matin 11.10, Horizons 12.10) Une délégation de huit députés suisses, représentatif des partis politiques membres de la coalition gouvernementale suisse (socialistes, démocrates-chrétiens, radicaux et "union démocratique du centre", c'est-à-dire droite de la droite), est en visite en Algérie depuis le 7 octobre afin de se faire une idée de la situation sécuritaire, politique, juridique et économique du pays. Pour le président de la commission des Affaires étrangères du Conseil national suisse (chambre basse du Parlement fédéral), Walter Frey, la situation sécuritaire et celle des droits de l'homme auront un impact direct sur les relations de partenariat entre la Suisse et l'Algérie. Les femmes membres de la délégation parlementaire suisse ont rencontré le 11 octobre des représentantes de plusieurs partis politiques algériens : Khalida Messaoudi pour le RCD, Dalila Taleb pour le FFS, Taous Drif pour le RND. Les députées suisses Lisbeth Fehr (UDC, droite) et Vreni Müller (PS) ont fait part à leurs homologues algériennes de leur souhait de s'informer du processus de réforme du système éducatif, de la situation en ce qui concerne le chômage et la pauvreté, du code de la famille et des conditions sociales des femmes. Les parlementaires algériennes ont souligné que depuis l'indépendance, des efforts considérables ont été fait pour l'alphabétisation de la population, mais que depuis dix ans s'est enclenché un processus de "déscolarisation" engendré par la paupérisation et par le terrorisme. Selon "Horizons", les parlementaires suisses se sont montrées "fortement impressionnées par les exposés de leurs homologues algériennes" et ont "salué les efforts considérables engagés par la classe politique et le mouvement associatif en faveur de l'amélioration des conditions (de vie des) femmes", mais ont également considéré que cette amélioration "devrait connaître une courbe ascendante" et qu'elle constitue pour le Suisse ("un préalable (à) tout soutien en faveur du processus de réformes économiques engagées par l'Algérie". La délégation suisse a rencontré notamment le ministre de la Participation et des réformes, sur le thème des privatisations. La socialiste Vreni Müller-Hemmi a estimé "très important que l'Algérie s'ouvre aux organisations internationales des droits de l'homme parce que les ONG jouent un rôle déterminant dans la promotion de la démocratie", et le radical Marc-Frédéric Suter a plaidé pour une révision du Code de la famille.

(TG 17.10) Un "Centre pour le contrôle démocratique des forces armées" dans les pays en transition vers la démocratie va s'ouvrir à Genève, le 27 octobre, à l'initiative des ministères suisses de la Défense et des Affaires étrangères. L'ambition de ce centre est de faciliter la transformation d'Etats militarisés en Etats "civils", et de développer le contrôle démocratique des forces armées. Pour l'Ambassadeur suisse Theodor Winkler, qui va diriger le futur centre, "l'absence d'un tel contrôle représente un phénomène répandu dans les pays en transition ou en développement", et "les forces armées constituent dans beaucoup de pays des acteurs politiques très importants", voire "un Etat dans l'Etat", mobilisant des ressources excessives et affaiblissant le processus de démocratisation. Une vingtaine d'Etats (dont la Russie, l'Ukraine, la Macédoine, les USA) seront représentés au sein de la Fondation (de droit suisse) créée, et 26 personnalités formeront un comité consultatif. Le centre sera formé d'une trentaine de personnes. Il disposera d'une "section analytique", s'attachant notamment aux problèmes du contrôle parlementaire des activités de l'armée, de la mise à la retraite de soldats, du développement d'une société civile poliitiquement active. Le centre créera une bibliothèque sur interet, organisera des conférences, lancera des projets. Il sera essentiellement financé par la Confédération suisse.

(ATS 26.10, Le Matin 28.10) En visite officielle en Suisse, le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a lancé le 27 octobre un appel pour la mise sur pied d'une commission d'enquête internationale sur les violences au Proche-Orient. Dans une conférence commune avec son homologue algérien, le ministre suisse Joseph Deiss a déclaré que la Suisse était prête à faire partie de cette commission. Au plan des relations bilatérales algéro-suisses, Joseph Deiss a fait état d'une "excellente compréhension mutuelle". Abdelaziz Belkhadem s'est également entretenu avec le président de la Confédération, et ministre de la Défense, le Conseiller fédéral Adolf Ogi, et la ministre de la Justice et de la police, la Conseillère fédérale Ruth Metzler. Abelaziz Belkhadem a assuré que les Algériens réfugiés en Suisse, islamistes compris, "peuvent rentrer chez eux quand ils le veulent. Ils sont les bienvenus et nous ne faisons pas de différence entre les couleurs des uns et des autres".

(Jeune Indépendant 11.11, CSSI) Selon le "Jeune Indépendant", le ministre algérien des Affaires étrangères, Belkhadem, aurait lors de son récent voyage en Suisse, et "en marge de ses activités officielles", "pris contact avec nombre" d'exilés islamistes algériens résidant en Suisse pour "les convaincre de retourner au pays et de bénéficier de l'amnistie, avec à la clé une réinsertion sociale et professionnelle garantie". Le contact aurait pris à la demande des islamistes eux-mêmes, qui se seraient déclarés "prêts à rentrer au pays". Selon le quotidien, "les autorités helvétiques auraient même donné leur caution à la démarche" et se seraient déclarées prêtes "à apporter leur concours pour le rapatriement de tous les islamistes algériens désireux de rentrer chez eux, notamment ceux en situation précaire" -ce qui, si cela se vérifiait, n'aurait d'ailleurs rien de surprenant, les autorités suisses n'ayant jamais fait mystère du désagrément que leur causait la présence en Suisse de militants islamistes algériens , ni de leur souhait de s'en débarasser (elles avaient déjà négocié avec l'Algérie et le Burkina Faso l'expulsion vers ce dernier pays de l'actuel chef du Conseil de coordination du FIS, Ahmed Zaoui). Un demi-millier d'islamistes algériens, dont de très nombreux requérants d'asile ou réfugiés statutaires, résideraient actuellement en Suisse.

(ATS 1.12) Un ressortissant algérien qui avait aidé en 1996 à cacher des munitions dans une voiture pour les islamistes algériens ("pour le Front islamique du salut", assure la dépêche de l'ATS) a été condamné à deux mois de prison avec sursis par un tribunal bernois, qui a également condamnà, à un mois de prison, deux de ses compatriotes, pour les mêmes faits.

2001

(DFAE, La Suisse et le monde 1/2001) A l'occasion de la visite à Alger du ministre suisse des Affaires étrangères, le Conseiller fédéral Joseph Deiss, en octobre 1999, le président Bouteflika lui avait suggéré l'organisation conjointe entre l'Algérie et la Suisse d'un colloque pluridisciplinaire sur Saint-Augustin dans le cadre de l'année du "dialogue des civilisation", au printemps 2001. Saint Augustin est né en 354 dans l'actuelle Algérie, et ce qui était alors la province romaine de Numidie. Il vécut en Italie et en Afrique du nord. La préparation du colloque associe des responsables du Haut Conseil Islamique algérien, des professeurs de plusieurs universités d'Europe, l'archevêque d'Alger, l'Ambassadeur de Suisse en Algérie, le Département fédéral (ministère) suisse des Affaires étrangères et l'Université de Fribourg. Le colloque se tiendra en partie à Alger, en partie dans des villes où vécut Augustin, et s'accompagnera d'une exposition, en Algérie et en Suisse, sur le thème de l'"universalité et l'africanité" du Père de l'Eglise catholique (mais également inspirateur, 1100 ans après sa mort de la Réforme protestante).


DEUX INTERVENTIONS AU PARLEMENT FÉDÉRAL SUISSE

01.3339 - Interpellation.
Algérie. Le Conseil fédéral fait-il confiance aux généraux?

Déposée par le Conseiller national Jean-Nils de Dardel (PS, Genève) 
Date de depot 20-06-2001
Déposé au Conseil national
Etat actuel Pas encore traité au plénum

1. Alors que plus de 900 requérants d'asile algériens résident en Suisse, comment le Conseil fédéral peut-il envisager de conclure un accord de réadmission avec un régime accusé de crimes contre l'humanité?

2. Le Conseil fédéral n'éprouve-t-il pas un malaise d'avoir participé, sous l'égide d'un tel régime, à un colloque sur Saint-Augustin? Est-il digne d'évoquer une aussi grande figure de l'histoire en une compagnie aussi discréditée?

3. Le Conseil fédéral ne regrette-t-il pas d'avoir signé en mars dernier à Alger un accord de protection et de promotion des investissements avec le régime des généraux? N'estime-t-il pas opportun de renoncer à faire ratifier cet accord par l'Assemblée fédérale?

4. La délégation parlementaire algérienne, se rendant en Suisse du 17 au 21 juin 2001, est composée exclusivement de députés des partis de la coalition gouvernementale et exclut tout député de l'opposition démocratique. Compte tenu de la révolte populaire en cours en Algérie, les autorités suisses n'auraient-elles pas été plus avisées de recevoir uniquement une délégation de l'opposition démocratique ou, pour le moins, une délégation équilibrée comprenant des partisans du gouvernement et des représentants de l'opposition? Est-il digne de recevoir des députés algériens qui viennent de voter un code de la presse qui menace de prison les journalistes qui ne sont pas à la botte du régime?

5. Pourquoi le Conseil fédéral se contente-t-il de déclarations lénifiantes à l'égard du régime d'Alger, alors que l'Union européenne (UE) et la France expriment au contraire leur compréhension envers une population qui se révolte?

Développement

Des révélations toujours plus nombreuses mettent en cause les généraux de l'armée algérienne et les forces d'insécurité à leur service dans les massacres qui se sont succédé en Algérie depuis de longues années et que le régime d'Alger attribue exclusivement au terrorisme islamique.

Récemment le Général Nezzar a réussi à fuir de France quelques heures avant son interpellation par la justice suite à une plainte pénale dirigée contre lui.

Depuis avril 2001, les manifestations populaires contre le régime prennent une importance extraordinaire et grandissante. Elles expriment un rejet complet du régime des généraux, accusés de se livrer à la torture et à des tueries et de s'accaparer les richesses du pays.

Les observateurs de la scène algérienne admettent que le régime des généraux entretient une façade pseudo-démocratique, où les partis politiques de la coalition gouvernementale, les parlementaires de ces partis, les ministres et le président de la république sont aux ordres des véritables maîtres du pouvoir

Cosignataires: Berberat Didier, Cavalli Franco, Garbani Valérie, Maillard Pierre-Yves, Mugny Patrice, Fässler Hildegard, Rechsteiner Paul, Schwaab Jean-Jacques, Strahm Rudolf, Vermot-Mangold Ruth-Gaby, Zisyadis Josef

01.1029 - Question ordinaire.
Voyage en Algérie. Dialogue des civilisations ou caution politique?

Déposée par  le Conseiller national Jean-Claude Rennwald (PS, Jura)
Date de dépôt  07-05-2001
Déposé au Conseil National
Etat actuel Pas encore traité au plénum

Le conseiller fédéral Joseph Deiss s'est récemment rendu en Algérie dans le cadre de l'année 2001 consacrée par l'ONU au dialogue des civilisations. A cette occasion, le chef de la diplomatie suisse a lancé, avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika, une série de manifestations autour de Saint Augustin, sur "l'africanité et l'universalité" de cette figure emblématique du Maghreb, de la Méditerranée et de la chrétienté. En raison de la situation politique qui prévaut en Algérie, nous demandons au Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes:

- N'y a-t-il pas un risque que cette opération académique, que l'on peut saluer en tant que telle, n'ait été exploitée et récupérée politiquement pour occulter les aspirations vitales de la population algérienne, épuisée par une guerre qui en est à sa dixième année?

- Ce voyage était-il opportun au moment où la communauté et les institutions internationales s'interrogent sur l'implication du pouvoir et des forces de l'ordre dans des violations massives des droits humains et des massacres collectifs?

- Au moment où l'opinion internationale commence à découvrir les réalités algériennes, et alors que les tensions sont vives en Kabylie, la Suisse officielle n'a-t-elle pas pris le risque de perdre son capital historique édifié par sa diplomatie lors de la guerre d'Algérie (Evian)? Et partant, le risque de perdre une opportunité historique de jouer un rôle de bons offices pour promouvoir une solution politique afin de mettre fin au drame que vivent aujourd'hui la grande majorité des Algériens?

- Le fait que le chef du Département fédéral des affaires étrangères et ses services aient demandé au président de la Confédération de ne pas émettre de critiques à l'encontre de l'Algérie devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU n'est-elle pas déjà l'une des conséquences (négatives) de ce voyage?


(Quotidien d'Oran 4.2) Nestlé est "intéressé par le marché algérien", annonce "de source sûre" "Le Quotidien d'Oran", qui précise que la multinationale suisse (si une multinationale a une nationalité...) a pris des contacts "officieux" avec des hommes d'affaires algériens pour une étude de marché avant un "probable investissement" du groupe en Algérie. Une délégation de trois "prospecteurs" aurait séjourné "récemment" à Alger et aurait pris contact avec des représentants gouvernementaux (des ministères du Commerce et des privatisations) et des opérateurs économiques.

(AAI, APS, El Watan 7.2, 8.2) Un colloque algéro-suisse sur le thème "soutien et formation pour la prise en charge des victimes de la violence" s'est ouvert le 7 février à Chlef, en présence de l'ambassadeur de Suisse. Le colloque, qui se terminera le 9, a été organisé par l'Association des médecins de Chlef, l'association algérienne de psycho-trauma, l'association algérienne de psychiatrie avec l'hôpital universitaire de Genève (départements de psychiatrie et de médecine communautaire), la Coopération suisse au développement et la wilaya de Chlef. Il est sponsorisé par plusieurs entreprises algériennes et étrangères, notamment Saidal et Pfizer. Dans son intervention d'ouverture, l'Ambassadeur de Suisse, André von Graffenried, a souligné que la réconciliation en Algérie devait se faire également sur le plan humanitaire, et que l'impact du terrorisme se faisait sentir jusque dans le futur : "La réconciliation doit aussi se traduire par des gestes humanitaires concrets sur le terrain, comme la prise en cgarge psycho-sociale des victimes de la violence, d'autant plus que le terrorisme peut constituer une menace grave pour la santé mentale des personnes touchées". Il a réaffirmé en outre l'intention du gouvernement suisse d'apporter son soutien à l'Algérie dans le domaine médical, de renforcer la coopération bilatérale et le partenariat économique algéro-suisses. Le professeur Andreoli (Hôpital universitaire de Genève) a appelé à "contrebalancer les effets spectaculaires des reportages des medias sur la violence en Algérie". Le colloque doit aborder plusieurs thèmes liés à la prise en charge thérapeutique des victimes de la violence , comme la "gestion du stress des patients", "le praticien face à la violence" et la "violence sur l'enfant".

(AFP 29.3, Le Temps 31.3, APS, El Watan 1.4, 2.4, Horizons, Le Courrier 2.4, Le Matin 2.4) La série de colloque co-organisée par l'Algérie et la Suisse autour de Saint Augustin s'est ouverte le 1er avril, à l'initiative du président Bouteflika, et en présence du ministre suisse des Affaires Etrangères, Joseph Deiss, à qui Bouteflika avait précisément suggéré la co-organisation de ces colloques lors de la dernière visite effectuée par le ministre suisse en Algérie. Ces colloques et manifestations, qui dureront en Algérie jusqu'au 7 avril, ont, selon le Conseiller culturel du président algérien, Mahmoud Bouayad, pour but de montrer "l'africanité et l'universalité" du philosophe chrétien, et s'inscrivent dans le cadre du "dialogue des civilisations" proclamé pour 2001 par l'ONU.

Outre les débats et conférences, les participants aux manifestations devraient se rendre sur les lieux de vie d'Augustin, notamment à Souk Ahras (alors Thagaste), où il est né en 354 et Annaba (alors Hippone) où il est mort en 430, après en avoir été évêque pendant plus de 30 ans, et où une basilique lui est dédiée. Une exposition consacrée à Augustin se tiendra à Alger et dans neuf autres villes algériennes, puis en Suisse, à Fribourg et à Genève, pour la clôture de l'"année du dialogue des civilisations". Deux timbres à l'effigie (ou du moins en référence) à Augustin devraient être émis par les postes algériennes, et le comité d'organisation a demandé, sans encore l'obtenir, aux autorités de donner le nom d'Augustin à un lieu "symbolique" en Algérie. "El Watan" évoque même l'hypothèse d'un "rapatriement à Annaba des ossements de Saint Augustin", déposés en Italie, rapatriement pour lequel en 1998 une pétition avait été lancée. Par ailleurs, selon "El Watan", des habitants de Souk Ahras, notamment des enseignants, intellectuels et artistes, ont protesté contre le caractère "furtif" de la visite accordée par les responsables de l'organisation du colloque à la ville natale d'Augustin, et ont notamment regretté qu'aucune partie du colloque consacré au "fils de Thagaste" n'at été organisée précisément à Thagaste, alors que depuis octobre 2000 une association locale se préparait à marquer l'événement. Le Secrétaire générale de la wilaya a cependant assuré qu'une grande fête était prévue le 6 avril à Souk Ahras en l'honneur d'Augustin et de la population de "sa" ville. Le "club culturel augustinien de Thagaste" promet pour sa part d'organiser à l'occasion de l'anniversaire de Saint Augustin (le 13 novembre) une grande manifestation culturelle.

Les manifestations augustiniennes en Algérie, qui vont rassembler plusieurs dizaines de conférenciers venant de toute l'Europe, mais aussi du Brésil, des USA et du Japon, ont suscité deux sortes de réticences : de la part des islamistes, d'abord, voyant évidemment d'un assez mauvais oeil la célébration d'un des fondateurs du christianisme, fût-il algérien, et eût vécu, comme l'a rappelé M. Bouayad, deux siècles avant l'avènement de l'islam -le président Bouteflika assurant pour sa part que le fait qu'"Augustin ait vécu et pensé avant la révélation coranique ne saurait disqualifier son oeuvre comme support et aiguillon d'une réflexion commune de notre point de vue de musulmans", et rappelant que "le message révélé à notre Prophète Mohamed s'est inscrit dans le prolongement de ceux qu'on enseignés Abraham, Moïse et Jésus", et donc de celui dont témoigne Augustin.

De la part d'une partie de l'opposition "laïque" ensuite, on a exprimé la crainte de la récupération politicienne d'une célébration culturelle, et son utilisation pour la promotion de la politique de "concorde nationale" du président -lequel a d'ailleurs directement placé son intervention sous la référence à une mosaïque romaine découverte à Tipaza, et proclamant "in Deo pax et concordia" (La Paix et la Concorde en Dieu"), ce qui pour "El watan" donne "implicitement une connotation politique" (par l'allusion à la concorde) au colloque.

En ouverture du colloque, le 1er avril, en présence du Premier ministre Benflis, le président Bouteflika a évoqué "la fracture culturelle" intervenue en l'Occident (cherétien) et le monde musulman, et qui a généré "un climat de méfiance ou d'hostilité" et des "foyers de tention ou de crise", jusqu'à faire naître "dans l'imaginaire des sociétés occidentales un péril vert" remplaçant le "péril rouge de la guerre froide". Parallèlement, pour le président algérien, on a constaté "dans l'espace musulman des attitudes de rejet et de repli sur soi et le passé", alors que "les deux ensembles (chrétien et musulman) s'enracinent (dans des cultures qui prônent) fondamentalement les mêmes valeurs humaines". Pour Abdelaziz Bouteflika, les mouvements extrémistes violents qui se réclament de l'histoire en "dévoient le véritable enseignement", mais ile s'expliquent aussi par "l'entreprise de domination" du monde musulman par la colonisation, qui s'est accompagnée "d'une dévalorisation infériorisante, voire de la négation culturelle et du dépouillement identitaire de l'autre". Et de saluer l'amorce d'un "vrai dialogue" entre les cultures et les civilisations issues des trois religions du Livre, dialogue dont il voit des exemples notamment dans la reconnaissance par l'église (catholique) de "ses erreurs et sa responsabilités dans les dérives de l'histoire", dans la dénonciation par "des hommes de bonne volonté" des "errements et (des) crimes de l'entreprise coloniale", dans la dénonciation par des voies juives des "dénis par Israël des droits légitime du peuple palestinien".

Le Conseiller fédéral Joseph Deiss a pour sa part estimé que le colloque international sur Saint Augustin devait permettre à l'Algérie, qui subit "un sort tragique", d'envisager "le pluralisme comme une chance, et la diversité comme une réalité". Joseph Deiss a également estimé que "le traitement de la violence en Algérie requiert une prudence de manière à savoir quand il faut être fort et quand il faut être clément", mais que la justice et la vérité étaient un préalable à toute réconciliation. Selon le porte-parole du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères suisse, Livio Zanolari, la participation officielle de la Suisse aux manifestations augustiniennes manifeste l'un des buts de la Suisse : "être présente enn Algérie afin de participer au dialogue qui conduit à la paix et à la société civile". Et pour l'Ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, "peu importe que les journaux présente Augustin comme un "philosophe algérien", ce qui est un peu réducteur. L'important est qu'ils en parlent, et en première page. C'est déjà une façon d'intégrer leur passé".

(CCFIS 12.3) Selon le Conseil de Coordination du FIS (CCFIS), l'ancien président Liamine Zéroual est arrivé à Genève le 10 mars pour recevoir des soins médicaux. Ce n'est pas la première fois que Liamine Zéroual se rend en Suisse pour être soigné. Le CCFIS suggère que "Liamine Zéroual qui a été chef d'Etat pendant la période des pires massacres de civils et de disparitions forcées pourrait faire l'objet de poursuites". Un ancien ministre tunisien de l'Intérieur, menacé d'être poursuivi par des victimes de la répression tunisienne, réfugiées en Suisse, alors qu'il se trouvait à Genève pour y recevoir des soins, avait du quitter précipitemment le terrotire helvétique il y a quelues semaines, et selon le CCFIS, le général algérien Gheziel avait également "dû plier bagage à la hâte et quitter la Grande Bretagne" alors qu'il s'y était également rendu pour y recevoir des soins.

(ATS 25.3) Ahmed Zaoui, dirigeant du Conseil de Coordination du FIS, expulsé de Suisse vers le Burkina Faso en octobre 1998, a quitté le Burkina en janvier dernier, a annoncé le porte-parole du Département fédéral suisse de justice et police (ministère de l'Intérieur et de la Justice). La Suisse n'a été informée que "récemment" du départ d'Ahmed Zaoui du Burkina, a précisé le porte-parole, qui n'a pas indiqué où Zaoui séjournait actuellement. L'accord passé entre la Suisse et le Burkina, aux termes duquel la Suisse devait subvenir aux besoins d'Ahmed Zaoui pendant son séjour à Ouagadougou, est donc caduc. Ahmed Zaoui est condamné à mort en Algérie. L'Algérie cependant a décrété un moratoire sur l'exécution des condamnations à mort -mais le leader du CC-FIS peut toutefois être emprisonné à vie, et/ou être victime d'une exécution extra-judiciaire.

(ATS 2.4) Alors que le Conseiller fédéral Joseph Deiss donnait, en compagnie du président algérien Abdelaziz Bouteflika, le coup d'envoi le 1er avril au colloque international sur Saint Augustin, des voix se sont élevées pour mettre en garde la Suisse contre le danger d'une récupération politique, par le pouvoir algérien, de sa participation à ce qui est essentiellement présenté comme un événement culturel dans le cadre de l'année du dialogue des civilisations instaurée par l'ONU. Pour un porte-parole du Département fédéral (ministère), Pierre-Yves Fuchs, "parler de Saint Augustin en Algérie, de son universalité et de son africanité, c'est une manière de réfléchir sur la nature de l'identité nationale" de l'Algérie, mais pour la directrice de "La Nation", Salima Ghezali, "il y a fort à craindre que le président Bouteflika se serve de ce colloque pour démontrer son ouverture d'esprit aux gouvernements occidentaux. Une ouverture qui, dans les faits, n'existe pas". Pour Salima Ghezali, les débats suscités par des opérations du type du colloque sur Augustin ne permettent en fait qu'à une partie de l'élite francophone "qui a pris en otage les symboles de la démocratie" et à une partie de l'élite arabophone de s'opposer spectaculairement, hors de toute réalité algérienne concrète. "Il est surréaliste de voir des manifestations culturelles de ce type se tenir dans un pays où les autorités n'ont pas un mot à dire sur les violences qui continuent de frapper les gens", estime Salima Ghezali, qui avoue n'avoir "pas très bien compris pourquoi la Suisse s'est impliquée directement dans une démarche (...) purement conjoncturelle et politicienne", déclare Salima Ghezali, pour qui cette implication n'est pas très profitable aux relations entre les populations, et qui aurait préféré +que la Suisse s'intéresse à la tragédie algérienne, aux violations des droits de l'homme, à la violence impunie, à toutes ces questions vitales -au sens propre du terme- pour la population algérienne". La directrice de "La Nation" relève en outre que le colloque augustinien met systématiquement en avant l'"africanité" (voir l'"algérianité") du philosophe, en occulant non moins systématiquement sa berbérité, ce qui revient, "de facto, à continuer à nier la dimension et la culture berbères". La participation active de la Suisse aux manifestations augustiniennes a également pour le moins surpris certains députés, comme le Conseiller national (député au Parlement fédéral) socialiste Nils de Dardel, pour qui "il est très troublant de cautionner" le régime algérien quand "les témoignages se multiplient pour dénoncer l'implication de l'armée dans les massacres".

(RSI 23.4) Le Président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, interpelle la Commission des droits de l'Homme de l'ONU à Genève et demande à la Suisse de se distancier d'un régime qui tôt ou tard devra "rendre des comptes" pour les actes commis depuis 1992. Dans une lettre ouverte adressée à la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, Hocine Aït Ahmed réclame en particuler l'envoi d'une commission d'enquête internationale en Algérie. Face à la fuite en avant du régime algérien (qui se concrétise notamment par l'armement de milices entraînant une "militarisation de la société"), Hocine Aït Ahmed place ses espoirs dans la communauté internationale et demande à la Suisse de prendre ses distances à l'égard du pouvoir algérien.

(La Suisse et le Monde 2/2001) Dans un article paru dans la revue du Département fédéral (miniistère) suisse des Affaires étrangères "La Suisse et le Monde", l'ambassade de Suisse en Algérie, André von Graffenried, explique que "l'Afrique du Nord, et en particulier l'Algérie, est importante pour l'Europe et donc pour la Suisse du point de vue économique et de la politique de sécurité. Nous avons intérêt à ce que le Maghreb soit stable. Le développement d'un islamisme militant en Algértie déstabiliserait le Etats voisins que sont le Maroc et la Tunisie et aurait des répercussions négatives sur l'Europe : pression migratoire plus forte, radicalisation des musulmans en Europe, risque de terrorisme etc.". L'ambassadeur ajoute que l'"Algérie, qui dispose de revenus considérables provenant de ses matières premières et d'un marché de 30 millions de consommateurs, est potentiellement un partenaire intéressant". Sur les raisons de la crise algérienne, André von Graffenried livre son analyse en ces termes : "Le passage à une économie de marché et à une démocratie pluraliste est toutefois intervenu à une époque de crise économique et sociale. Les islamistes qui, outre leurs traditionnels partisns, ont pu gagner à leur cause bien des électeurs déçus, en ont profité. La comparaison avec les mouvements fascistes des années 30 en Occident est pertinente à bien des égards. L'interruption par l'armée des élections. en 1992, a certes sauvé le caractère républicain de l'Algérie, mais elle a suscité un regain dramatique de violence et de répression. Bien que le terrorisme n'ait pas encore été éliminé, la situation s'est améliorée depuis deux à trois ans. Les causes de la crise algérienne sont profondes et si diverses qu'une amélioration plus durable de la situation ne peut être espérée qu'à moyen terme". Sur les relations entre la Suisse et l'Algérie, l'ambassadeur écrit que "les Etats européens tentent de jeter des ponts vers l'Algérie, de renforcer les forces démocratiques dans le pays et de promouvoir le développement économique" et que "la Suisse participe elle aussi à cette tentative de reconstruire des ponts", ce qu'illustrent la réouverture du bureau des visas de l'ambassade, mais également les tentatives de "faire rapatrier les Algériens qui séjournent illégalement en Suisse, notamment les requérants d'asile expulsés".

(Le Matin 6.5) Selon le quotidien lausannois "Le Matin", le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, aurait été "censuré" par le ministre des Affaires étrangères, Joseph Deiss, alors que le premier voulait, intervenant devant la Commission des droits de l'Homme de l'ONU le 30 mars, énumérer plusieurs exemples de pays où les droits de l'homme sont particulièrement peu respectés -et, au nombre de ces pays, l'Algérie, aux côtés de l'Afghanistan, du Soudan et des pays du Proche-Orient. Alors que le discours de Moritz Leuenberger était prêt, le Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, et le Conseiller fédéral (ministre) Joseph Deiss lui-même, seraient intervenus et auraient obtenus que plus aucun pays ne soit nommément évoqué. Trois jours plus tard, Joseph Deiss se rendait en Algérie pour inaugurer, aux côtés d'Abelaziz Bouteflika, les manifestations en l'honneur de Saint-Augustin. Pour le porte-parole du ministère, Livio Zanolari, "il n'y a pas eu censure (du discours de Leuenberger), simplement échange d'appréciation". L'Ambassadeur François Nordmann, représentant de la Suisse auprès de l'ONU à Genève, précise que le ministère consulte systématiquement les diplomates en poste dans des pays qui pourraient être évoqués par la Suisse devant la Commission des droits de l'Homme de l'ONU, avant que de décider si finalement ces pays seront ou non cités. En l'ocurrence, donc, l'Ambassadeur de Suisse en Algérie, André von Graffenried, aurait donc été consulté.

(AAI 5.6) Dans un entretien accordé à la revue de la Chambre de commerce et d'industrie Suisse-Algérie, l'Ambassadeur de Suisse à Alger, André von Graffenried, déclare qu'il serait "heureux de voir la compagnie (Swissair) reprendre ses vols vers l'Algérie", mais précise qu'il s'agit d'une décision "strictement commercial" de la compagnie aérienne, entreprise privée. A propos des réformes économiques en Algérie, l'ambassadeur, pour qui la transition d'une économie administrée vers une économie de marché est de toutes façons "difficile et complexe", considère que le programme de privatisation permettra un accroissement de la productivité à moyen terme, permettra la création d'emplois et facilitera la diversification de l'économie algérienne, ce qui permettra selon lui à l'Algérie de renouer avec l'investissement et la croissance. Pour André von Graffenried, les entreprises suisses devraient pouvoir jouer un rôle important dans ce processus, grâce au capital de confiance et à la réputation dont elles bénéficient, mais également grâce à l'importance du tissu des petites et moyennes entreprises suisses. Cependant, actuellement la Suisse n'accueille que 0,65 % des exportations algérienne et ne fournit que 1,10 % des importations en Algérie, ce qui n'en fait pas (encore ?) un partenaire de très grand poids.

(ATS, SI 20.6) "Le moment est venu d’investir en Algérie. C’est un marché potentiellement intéressant", a déclaré l’ambassadeur de Suisse à Alger, André von Greffenried, à l’ATS, en prévision de la visite qu’effectue une délégation parlementaire algérienne (composée uniquement de parlementaires pro-gouvernementaux) en Suisse, visitedont l'ambassadeur considère qu'elle doit être l’occasion pour la Suisse de renforcer la démocratie au niveau politique et de trouver des "opportunités économiques" en Algérie. Le secrétaire d’Etat suisse à l’économie, qui a rencontré la délégation algérienne le 19 juin, est plus prudent : David Syz estime certes que l’Algérie offre de bonnes perspectives à moyen terme, mais ajoute que le gouvernement algérien doit encore "approfondir les mesures de confiance à l’égard des investisseurs étrangers". Quant aux cinq députés algériens - tous membres de la commission des affaires étrangères de l'APN, et de la majorité gouvernementale, ils ont tenté de convaincre leurs interlocuteurs helvétiques des bonnes dispositions de leur gouvernement, et évoqué le plan de relance économique d’une quinzaine de milliards de dollars annoncé récemment par le président Bouteflika, et la perspective d’une libéralisation totale ou partielle du secteur des hydrocarbures (un domaine déjà profitable à certaines entreprises suisses, comme le groupe ABB, qui a annoncé le 19 juin avoir décroché un contrat de 70 millions de dollars avec la compagnie nationale Sonatrach pour l’élargissement d’un important pipe-line en Algérie. Sur le plan politique en revanche, le gouvernement suisse n'entend pas mener de démarche particulière en lien avec les manifestations qui enflamment l'Algérie depuis avril, et leur brutale répression. Des interventions parlementaires vont cependant l'inviter à exprimer clairement sa condamnation des méthodes du pouvoir algérien. Le ministre suisse des Affaires étrangères, Joseph Deiss, a bien fait part aux parlementaires algériens de son inquiétude face à la crise, mais nullement d'une quelconque condamnation de la répression.

(Corr 23.6) Quelques centaines de personnes, dont une majorité d'Algériennes et d'Algériens résidant en Suisse et dans la région frontalière française de Genève, ont participé le 23 juin à Genève, devant le Palais des Nations (siège de l'ONU) à un rassemblement de solidarité avec les victimes de la répression en Algérie, et en particulier en Kabylie. Ce rassemblement était organisé par la communauté kabyle de Suisse romande. Les intervenants ont transmis de nombreux témoignages sur la violence de la répression exercée contre les manifestants, en Kabylie mais également dans le reste de l'Algérie, depuis deux mois.

Des représentants des partis de gauche de Genève (Salika Wenger pour le Parti du Travail, Pierre Vanek pour solidaritéS, Pascal Holenweg pour le Parti socialiste, ont adressé aux manifestants des messages de solidarité, et les ont informé des démarches faites au Parlement genevois et au Parlement fédéral suisse pour que la Suisse prenne une position ferme de condamnation du régime algérien et de ses pratiques répressives. Les intervenants suisses ont mis en évidence les liens d'intérêt existant entre la Suisse et l'Algérie officielles, liens qui conduisent la Suisse à affirmer qu'en Algérie "elle ne fait pas de politique mais des affaires", et à accepter que des généraux algériens disposent de comptes en banque largement provisionnés en Suisse.

Au terme de la manifestation, la déclaration suivante a été adoptée :

"(...) le doute n'est plus permis : Le pouvoir algérien est prêt à tout pour se maintenir et préserver ses propres intérêts, y compris à entraîner le pays dans la guerre civile.

La manifestation du 14 juin à Alger a abouti à une situation jamais vue, une situation porteuse de tous les dangers. Des Algériens ont fait la chasse aux Kabyles ! Qui ont offert leurs torses aux forces de répression pour que toute l'Algérie vive libre et démocratique, certains ont été lychés sous l'oeil bienveillant, voire avec la complicité des services de sécurité.

Des contre-manifestants se sont même mis du côté des cordons policiers pour pouvoir agresser sans danger les marcheurs venus de Kabylie.

De son côté, la télévision, sous les ordres du gouvernement, a traité les faits dans le but évident de créer un climat de haine entre la région kabyle et le reste de l'Algérie. Elle est devenue la "télé-division algérienne".

L'intérêt supérieur du pays ne pèse pas lourd dans ce cas-là devant l'intérêt d'un groupe. En d'autres contrées, cela s'appelle de la trahison, de l'antipatriotique.

Mais le pouvoir s'obstine. Il refuse d'admettre que le peuple ne veut plus de lui et que, par conséquent, il doit partir.

S'il lui reste un minimum de dignité et d'honneur, il doit prendre conscience que jeter de l'huile sur le feu en montant une région contre une autre est peine perdue. La manoeuvre est trop grosse et tous les Algériens le comprennent très bien.

L'aspiration à la démocratie est irréversible. Le monde actuel ne laisse plus de place aux apprentis dictateurs."

(Corr) Un ancien ministre algérien, Ali Benouari (ministre délégué au Trésor en 1991), naturalisé suisse, est candidat à la députation à Genève, sur la liste du parti d'extrême-droite UDC. Ali Benouari, 50 ans, membre de la Chambre de commerce et d'industrie Suisse-Algérie, représente les 28 % d'actionnaires privés algériens présents dans le capital de la Société Générale d'Algérie. Il est directeur d'Ecofinance (Société économique et financière SA) à Genève (société au capital de 500'000 FS, domiciliée chez Akli Rahal, et dont l'administrateur unique est Pierre Richa, par ailleurs administrateur, généralement avec signature individuelle, d'une trentaine de sociétés diverses. )

2002

(Le Matin 14.4 / El Watan 15.4) La Chambre de commerce Suisse-Algérie (CCISA) ouvre un bureau à Alger, et a organisé le 13 avril à Alger une journée d'étude sur les activités boursières dans les pays émergents (et sur la pratique du crédit bancaire en Suisse). Le président de la CCISA, l'ncien Maire de Genève Claude Haegi, a expliqué que la Chambre avait décidé d'ouvrir une antenne à Alger pour "mieux travailler ensemble" (avec les Algériens, "car nous avons trouvé certaines difficultés pour mettre en contact les hommes d'affaires suisses avec leurs homologues algériens". Pur amener les Suisses à investir en Algérie, "il faut d'abord qu'il y ait un environnement économique et politique très transparent" et un "consensus national" autour des réformes, a estimé Claude Haegi, pour qui il faut en Algérie "résorber les résistances au changement et avoir en vue les changements qui ont lieu à l'échelle mondiale". La CCISA a été créée en 1999 et compte 130 membres.

Le non-droit d'asile des Algériens en Suisse

Comment les autorités suisses justifient-elles la possibilité de renvoyer des Algériens en Algérie ?

(OSAR 7.8.97) Selon la loi suisse, l'exécution d'une décision de renvoi d'un étranger ne peut être raisonnablement exigée si elle implique sa mise en danger concrète. La question est d'une pertinence particulière en ce qui concerne l'Algérie, en raison de la situation générale de violence qui y règne, alors que les autorités suisses affirment possible des renvois vers Alger. La commission de recours en matière d'asile (CRA) admet que règne en Algérie une tension extrême, mais constate qu'il est difficile de la décrire de manière simple :

L'Algérie ne se trouve pas dans une situation de guerre civile, à savoir un conflit armé interne mettant aux prises le gouvernement établi avec un ou plusieurs mouvements insurrectionnels dont les buts tendent soit à renverser le gouvernement ou le régime de l'Etat, soit à obtenir la sécession d'une partie de cet Etat (...). En effet, le GIA n'est pas un mouvement insurrectionnel qui s'est mué en autorité de fait et exerce d'une manière effective, stable et durable, la puissance publique sur une partie du territoire soumis au contrôle de sa propre administration. L'Algérie n'oppose pas deux camps, l'armée et les GIA. Au contraire, les groupes d'obédience islamique ont éclaté en plusieurs milices parfois rivales, sans compter les faux islamistes qui cherchent à rançonner la population. Il se trouve aussi des comités d'autodéfense créés par le pouvoir, de faux gendarmes, des mafias locales qui entretiennent leurs propres milices". (CRA, 1ère Chambre, décisions du 30 janvier et du 25 février 1997)

La Commission de recours va donc essayer de détailler des "zones d'insécurité" et des "zones de sécurité" pour justifier les possibilités de renvoi vers les secondes. en janvier-février 1997, elle affirmait que "les zones d'insécurité concernent surtout l'Algérois et le Nord-Constantinois avec une partie de leurs régions rurales".

En mars 1996, l'Office fédéral des réfugiés affirmait donc déjà que "la possibilité est offerte aux individus redoutant d'être pris à parti par (des groupes islamistes armés) de s'établir sur une partie du territoire national où ils ne seraient pas menacés". On verra ce type d'argumentation être régulièrement offerte pour justifier le refus de renoncer aux renvois d'Algériens en Algérie : à l'automne 1997, l'ODR affirmait que si des massacres avaient lieu dans l'Algérois, on pouvait trouver une "relative sécurité" dans l'Oranais. En décembre 1997, après que de grands massacres se fussent produits dans l'Oranais, l'ODR constatait qu'on se massacrait moins dans l'Algérois et que l'on pouvait donc y renvoyer des Algériens (par contre, l'ambassade de Suisse à Aéger restait fermée pour des raisons de "sécurité". Et l'ODR de s'appuyer, assez paradoxalement, sur le morcellement de la mouvance islamiste armée pour justifier son obstination à affirmer qu'il y a en Algérie des zones sures :

A supposer une direction commune aux divers mouvements de guérilla, on ne saurait cependant considérer que cette seule circonstance autoriserait à conclure qu'il n'existe en principe pas de possibilité d'échapper à des menaces islamistes en déménageant. (...) sachant que le 90 % des actions terroristes ont lieu dans des villes concernées par le couvre-feu (...), il est permis d'estimer qu'il est possible à un individu menacé par un groupe islamiste de s'établir sur une région du territoire national où il serait en sécurité (préavis de l'ODR à la CRA du 27 juin 1996).

Par ailleurs, les autorités suisses tentent de définir de groupes sociaux particulièrement visés par la violence non-gouvernementale (ou réputée telle) : en 1995, la CRA énumérait ainsi "les étrangers et les membres de certaines professions (par exemple : journalistes, enseignants, avocats, politiciens libéraux et autres personnalités occidentalisées) ainsi que (...) les personnes exerçant des fonctions étatiques spécifiques (par exemple : juges, employés du fisc, imams nommés par le régime)", et y ajoutait les "membres des forces armées et policiers". Mais les personnes appartenant à ces groupes étant réputées être menacées non par l'Etat ou des groupes étatiques mais par les groupes islamistes, il ne leur est pas possible d'obtenir l'asile et dans le meilleur des cas, seule une admission provisoire est accordée.

Il en est ainsi, outre les personnes relevant des catégories sus-mentionnées, des militantes des droits des femmes.

De 1992 à avril 1994, 1789 demandes d'asile ont été
déposées en Suisse par des Algériens. De ces 1789
demandes, seules 12 ont été acceptées (et encore : à
la suite d'une bavure policière rendant leur refus impossible).
68 personnes ont fait l'objet d'une admission provisoire et
1286 d'une décision de refus d'asile, suivie en principe 
d'une décision de renvoi. Plus de 230 demandes ont été
retirées, et les autorités ne sont même pas entrées en
matière sur plus d'une centaine de demandes.

De 1992 à 1994, d'entre les personnes ayant fait l'objet
de décisions de refus et de renvoi, 220 ont volontairement
quitté la Suisse, 203 ont été renvoyées directement en 
Algérie malgré les risques encourus, 27 ont été renvoyées
dans des pays tiers, 455 ont purement et simplement disparu
(qu'elles soient restées clandestinement en Suisse ou aient
non moins clandestinement quitté le pays).

La quasi totalité des requêtes d'asile déposées en Suisse 
par des Algériens l'ont été par des hommes (99 % des cas
en 1994), en général jeunes, célibataires, chômeurs ou en
formation.

La politique suisse d'asile est à l'égard des Algériens
une politique de la porte fermée. Les seules demandes acceptées
ont été déposées par des islamistes, la loi sur l'asile privilégieant
les personnes menacées par le gouvernement de leur pays et
ne tenant pas grand compte de celles qui sont menacées par 
des groupes d'opposition.

Résolution commune du MODS et du COSDAL

Lors de leur journée commune d'information sur la situation des réfugiés algériens en Suisse, le 14 septembre 1996 à Berne, le COSDAL et le MODS, considérant que la situation en Algérie reste dramatique, ont dénoncé la politique inacceptable de la Suisse en matière d'asile et adopté la résolution suivante :

1.
Les autorités fédérales sont appelées à adapter leur politique
d'asile à la situation algérienne, marquée par la violence qui
est pratiquée aussi bien par des groupes armés islamistes que
par des organes de l'Etat.
2.
Les violations des droits de la personne humaine visant spécifi-
quement les femmes, violations exarcerbées par l'interprétation
fondamentaliste de traditions religieuses, doivent être reconnues
comme raisons valables pour l'octroi du droit d'asile.
3.
De même, les facteurs d'oppression venant de forces non-
gouvernementales doivent être pris en compte. De plus en plus
d'Etats dont les structures étatiques sont ébranlées connaissent
cette forme primaire de violence. Seule la prise en compte de 
ces facteurs permet d'appliquer le droit international, en premier
lieu la convention de l'ONU en faveur des réfugiés, la 
convention pour la prévention de la torture et la convention
européenne des droits de l'Homme.
4.
Les autorités suisses sont priées d'accorder au moins 
l'admission provisoire aux Algériens qui font valoir de manière 
crédible les menaces pesant sur le sécurité et leur vie.
5. 
Les responsables de la politique d'asile sont priés de
permettre le regroupement des membres d'une même famille
et de ne plus les répartir isolément dans différents cantons.  


Déclaration commune du MODS (Mouvement pour une Suisse ouverte, démocratique et solidaire, Berne) et du COSDAL (Comité de soutien à la démocratie et aux libertés en Algérie, Genève)

Défendre le droit d'asile des Algériennes et Algériens

Compte tenu des horreurs dont est victime presque chaque jour la population civile algérienne, la Suisse a le devoir d'agir sans délai. Terrorisme aveugle, meurtres, massacres systématiques, arrestations arbitraires, tortures et enlèvements sont le lot de la population. Une partie de ces exactions est imputable aux divers groupes du GIS; d'autres aux forces de sécurité gouvernementales. Aucun civil algérien n'est à l'abri de ces menaces mortelles.

Face à cette situation dramatique, que fait la Suisse ? Non seulement la Suisse officielle s'est tue face à l'intensification de la violence en Algérie, mais elle est a même accéléré les procédures visant les requérants d'asile algériens et leur expulsion. En 1996, 396 Algériens ont soumis une demande d'asile à la Suisse; l'Office fédéral des réfugiés n'y a accédé que dans 14 cas et n'a délivré que 29 permis provisoires. En 1997, la pratique de l'Office fédéral est devenue encore plus restrictive : Au cours des trois premiers mois, sur les 96 demandes présentées, une seule a été acceptée, alors que 79 autres ont été rejetées.

Ce faible taux d'acceptation de réfugiés algériens et le petit nombre d'asmissions temporaires accordées témoignent du formalisme juridique avec lequel la Suisse interprète la notion de "besoin de protection". Les Algériens n'ont obtenu le droit d'asile que dans les cas où ils ont été en mesure d'apporter les preuves d'une persécution directe et personnelle par l'Etat. En d'autres termes, seuls des hommes proches du FIS ont quelque chance d'obtenir un statut de réfugié. Parmi les nombreux autres requérants d'asile algériens, une véritable panique s'est installée dont témoignent les tentatives de suicide intervenues à la prison de l'aéroport de Zurich.

Toutes les personnes qui se sentent touchées par les massacres dont est victime la population algérienne peuvent maintenant agir en exigeant des autorités suisses :

(Tribune de Genève 3.8) La Suisse a été condamnée par le Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg, pour avoir prononcé l'expulsion d'un Algérien marié à une Suissesse, mesure jugée disproportionnée par les juges européens eu regard du délit reproché à l'Algérien. Bien que reposant sur une base légale, cette expulsion a été considérée comme "pas nécessaire dans une société démocratique" par l'arrêt publié le 2 août. Le recourant est un ressortissant algérien arrivé en Suisse en 1992, après un séjour en Italie. Il a épousé une Suissesse en 1993 et a été arrêté l'année suivante après une agression contre un homme. Condamné à 18 mois d'emprisonnement avec sursis, peine aggravée à deux ans ferme en appel, il a purgé sa peine jusqu'en août 1999, mais a vu son autorisation de séjour annulée. Le Tribunal fédéral suisse avait estimé qu'au vu du délit commis, l'expulsion se justifiait et que l'épouse suisse de l'Algérien pouvait parfaitement sller s'installer avec lui en Algérie, et s'y intégrer. La Cour européenne a considéré au contraire que le recourant n'ayant pas commis d'autre délit de 1994, ayant travaillé avant et après sa détention, et n'ayant posé aucun problème pendant celle-ci, l'expulsion ne se justifiait pas, d'autant que l'intégration du couple en Algérie était problématique.

(ATS 20.9) Un requérant d'asile algérien a été retrouvé pendu dans une cellule de la police de Coire le 20 septembre. Hamid Bakiri, 30 ans, devait être expulsé le soir même de Suisse. Il s'était déjà opposé à deux reprises à son expulsion vers l'Algérie, depuis Genève puis depuis Zurich, où il devait pour une troisième tentative d'expulsion prendre l'avion pour l'Algérie, via Lyon. Le groupe zurichois pour la défense des droits de l'homme "Augenauf" avait dénoncé récemment les conditions de détention de Hamid Bakiri, en cellule d'isolement, et exigé sa libération, et l'abandon de son expulsion.

(Corr 8.10) Deux candidats d'origine algérienne (devenus citoyens suisse par naturalisation) se présentaient sur des listes de droite aux élections législatives genevoises qui se sont déroulées le 7 octobre (et qui ont vu la majorité du parlement genevois passer de la gauche à la droite, avec l'entrée au parlement de l'extrême-droite avec 10 siège sur 100). Aucun de ces deux candidats n'a été élu. L'un, Benaouda Belghoul, se présentait sur la liste démocrate-chrétienne, et l'autre, Ali Benouari, ancien ministre délégué algérien au Trésor, sur la liste d'extrême-droite (UDC). L'un et l'autre sortent, selon les résultats provisoires de l'élection, en dernière place des candidats de leur liste, et ont été massivement "biffés" par les électeurs de leur parti, pour des raisons qui de toute évidence tiennent à de la xénophobie pure et simple. Deux autres candidates d'origine algérienne se présentaient sur une liste de gauche (Alliance de Gauche); elles non plus n'ont pas été élus, mais elles ont néanmoins obtenu de bien meilleurs résultats que les deux "Algériens" précités, et se retrtouvent donc en position théorique d^'accéder au parlement par le jeu des démissions et des remplacements.

(Le Temps 20.10) L'Ambassadeur de Suisse en Algérie, André von Graffenried, a ouvert le 18 octobre à Fribourg le "volet suisse" des manifestations d'hommage à Saint-Augustin, dont le "volet algérien" avait eu lieu en avril 2001, sous le patronage du président Bouteflika et du ministre suisse des Affaires étrangères Joseph Deiss. A Fribourg se tient une exposition consacrée à Augustin (né à Thagaste-Souk Ahras en 354, mort à Hippone-Annaba en 430), dans le cadre de l'"année du dialogue des civilisation" proclamée par l'ONU. L'exposition présente Augustin, la vie quotidienne à son époque, ses voyages, ses oeuvres. Elle entend également créer un "pont" entre le passé et le présent, l'Algérie et la Suisse, l'islam et le christianisme (Augustin n'ayant évidemment pas connu l'islam, puisqu'étant mort deux siècles avant son apparition). L'exposition présente également des photographies algériennes de Michael von Graffenried (un cousin de l'ambassadeur).

2002

(TG 9.1) 828 ressortissants algériens ont sollicité l'asile politique en Suisse en 2001, soit 4 % du total (20'633) des requérants d'asile recensés dans l'année (la plus grande partie des requérants proviennent de l'actuelle Yougoslavie, dont 90 % de Kosovë).

(TG 28.2) Un requérant d'asile algérien de 34 ans, toxicomane arrêté la veille à Genève pour vol, lésions corporelles et violation de domicile, a été retrouvé mort le 27 février dans un cachot de l'Hôtel de police de Genève, pendant sa garde à vue. Selon les autorités, il pourrait être mort d'une intoxication. Il avait reçu de la méthadone (substitut de l'héroïne) à faible dose avant d'être enfermé pour la nuit avant son interrogatoire.

(El Moudjahid 15.5) Une équipe médico-chirurgicale de l'hôpital universitaire (CHU) de Genève (HCUG) a entamé le 11 mai à Alger une collaboration inaugurant un programme de partenariat entre les hôpitaux universitaires de Genève et d'Alger dans le domaine de la chirurgie coronarienienne. Ce programme vise notamment à développer la pratique des interventions de ce type en Algérie même, afin d'éviter le déplacement de malades à l'étranger. La délégation suisse est composée de six spécialistes en chirurgie cardiaque et cardiovasculaire. Elle a constaté que les spécialistes algériens étaient compétents, et que seules leur manquient l'expérience pratique, la chirurgie cardiaque n'ayant été introduite dans les établissements hospitaliers algériens qu'en 1984 (alors que des cardio-chirurgiens étaient formée depuis 1970). Un accord de coopération est prévu entre les hôpitaux de Genève et d'Alger.

(AFP, ATS 6.10 / Le Temps, La Tribune de Genèved 7.10) Le physicien Mourad Dhina, ancien porte-parole du Conseil de Coordination du FIS (autodissout en septembre, après le congrès organisé en Belgique, au nom de l'ensemble du FIS), a été désigné (parmis trois candidats, et "à titre intérimaire" tant qu'Abassi Madani et Ali Benhadj ne sont pas libres) à la tête du FIS, le 5 octobre. Mourad Dhina réside à Genève depuis 1994, après avoir résidé en France et avoir quitté ce pays à la suite d'une enquête policière aboutissant à son inculpation. Il ne dispose pas en Suisse du statut de réfugié politique (sa demande d'asile politique a été rejetée en 1996, et le recours qu'il a déposé contre cette décision est pendant depuis), avec une "tolérance" des autorités suisses. Il avait été mis en cause en 1994 dans une affaire de trafic d'armes à destination de l'Algérie, mais n'avait finalement pas été poursuivi et moins encore condamné. Il a assuré que le FIS n'entendait faire de la Suisse un "centre de l'agitation islamiste" (dans un moment où la Suisse en général, et Genève en particulier, sont désignées précisément comme étant un tel centre, du fait notamment de l'activisme, autour du Centre islamique de Genève -distinct de la Mosquée- de la famille Ramadan, et de la mouvance issue des Frères Musulmans). "Nous n'avons nullement l'intention de faire de Genève une base pour le FIS. Pour nous, la place forte de notre parti est l'Algérie".

(L'Expression 7.10 / Tribune de Genève 8.10 / APS 9.10 / Le Courrier, Tribune de Genève 10.10) La présence à Genève du nouveau président (ad interim) du Bureau exécutif national du FIS, issu du congrès organisé par le Conseil de coordination du FIS, Mourad Dhina, semble assez peu émouvoir les autorités suisses -mais un peu plus les autorités algériennes, qui sont intervenues auprès des premières pour protester contre la tolérance dont Dhina semble bénéficier en Suisse.

Les autorités algériennes ont exprimé le 9 octobre aux autorités suisses leur "préoccupation" et leur "incompréhension" de la tolérance dont bénéficiens, à leurs yeux, les membres du FIS en Suisse. L'Ambassadeur algérien auprès de l'ONU à Genève, Mohamed Salah Dembri, estime que cette tolérance "touche à des points qui ne respectent pas le droit international tel qu'il est formulé aujourd'hui, et le droit international humanitaire". Dembri estime que le droit international interdit aux gouvernements de dolérer sur leur sol des "activités politiques et subversives (dirigées contre un) pays avec lequel ils ont des relations diplomatiques", et que "la Suisse doit prendre les mesures qu'il faut pour arrêter (les) regroupements et (les) activités criminelles" des membres du FIS, en particulier de ceux, dont Mourad Dhina, dont les antécédents sont "connus", et dont il réclame qu'il soit remis à l'Algérie, où il a été condamné en 1997 à vingt ans de réclusion criminelle, et qui a lancé contre lui un mandat d'arrêt international.

Pour le diplomate algérien, la tolérance dont font preuve les autorités suisses à l'égard des islamistes algériens est "un encouragement aux activités terroristes", et correspond à une "utilisation exorbitants et abusive du droit d'asile". Dembri estime que l'"obligation de discrétion et de réserve" liée au statut de réfugié politique "ne semble pas, en l'occurrence, avoir été respectée" par Dhina, qu'il accuse de justifier "la violence contre les autorités et la population" et de se livrer à "une apologie du crime" en justifiant l'usage de la violence et de la force pour renverser le régime en place. L'arrêté fédéral de 1948 interdisant aux étrangers de tenir des "discours politiques" a cependant été abrogé en 1998, et le porte-parole de l'Office fédéral des réfugiés précise qu'un requérant d'asile (c'est le statut actuel de Dhina, dont le recours contre la décision de refus d'asile qui lui avait été signifiée est toujours pendant) dispose de la même liberté d'opinion et d'expression qu'un citoyen suisse, à un "devoir de réserve" près.

L'ambassadeur a indiqué que sa démarche avait été enregistrée par les autorités suisses et transmise "au plus haut niveau de l'Etat fédéral, c'est-à-dire aux ministres des Affaires étrangères (Joseph Deiss) et de l'Intérieur (en réalité, de la Justice et de la Police, Ruth Metzler)", et a assuré que "dans les jours à venir, les autorités suisses nous informeront des mesures concrètes qu'elles auront prises pour mettre fin à cette situation de violation du droit". Le Département fédéral des Affaires étrangères a "pris connaissance" du message algérien, a déclaré comprendre les "sensibilités" algériennes au sujet du FIS, mais a estimé que "tant que M. Dhina se conforme à la législation, il n'y a pas de raison de prendre des mesures à son égard", selon la porte-parole du DFAE. Cette position a été communiquée à l'ambassadeur algérien. Quant à Mourad Dhina, il s'est déclaré "pas du tout surpris" de la démarche algérienne, et a estimé que les "gesticulations" des "représentants de la junte au pouvoir à Alger" ne démontrait que "l'affolement d'un régime malheureusement dictatorial".

En réalité, l'"élection" (ou la nomination) de Dhina à la tête du "Bureau exécutif national" du FIS n'est guère qu'un changement de titre, Dhina étant déjà porte-parole du Conseil de Coordination du FIS avant le congrès organisé en août en Belgique, congrès qui a procédé à la dissolution du CCFIS. De plus, Dhina réside en Suisse depuis huit ans, et ses nouvelles fonctions ne semblent pas si différentes des précédentes que l'on puisse en déduire, ou en craindre, une activité très différente : en clair, Mourad Dhina président du Bureau exécutif du FIS ne fera vraisemblablement rien d'autre que ce que faisait déjà Mourad Dhina porte-parole du Conseil de coordination du FIS -et il le fera sous la surveillance des autorités suisses.

En outre, en Algérie même, et au sein des cadres du FIS exilés à l'étranger, la nomination de Dhina, comme la tenue du congrès dont elle procède, sont d'ailleurs toujours contestées, voire tenue pour nulles et non avenues, par la tendance concurrente au sein du FIS (c'est-à-dire la tendance personnifiée, en Allemagne, par Rabah Kébir, et en Algérie par Madani Mezrag).

"Nous restons vigilants et nous évaluons la situation de jour en jour", a déclaré la porte-parole de la police fédérale suisse, Danièle Bersier. La police fédérale (Office fédéral de la police) rappelle d'ailleurs que le FIS n'est pas interdit en Suisse. Le Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères est encore plus serein : "Nous ne craignons pas que la présence en Suisse (de Dhina) nuise à nos relations avec l'Algérie, tout au moins tant que l'intéressé respecte la Constitution et la loi de notre pays", a déclaré la porte-parole du ministère, Daniela Stoffel-Fatzer (déclaration faite avant la protestation algérienne).

Reste que le statut de Mourad Dhina est ambigu : il n'est pas un réfugié politique, puisque se demande d'asile a été refusée, mais un requérant d'asile, puisque le recours contre ce refus est pendant. Si le refus d'asile était confirmé, Mourad Dhina se retrouverait sans statut, mais ne pourrait non plus être renvoyé en Algérie puisqu'il y a été condamné (et que par ailleurs sa sécurité n'y serait pas assurée). Il lui faudrait alors soit déposer une nouvelle demande d'admission provisoire, soit être expulsé (comme le fut avant lui Ahmed Zaoui) vers un Etat tiers "où il a des attaches" et qui l'accepterait.

(Tribune de Genève 11.10 / Le Matin, Le Jeune Indépendant 13.10) Le porte parole de l'Office fédéral suisse de la Justice, Folco Galli, a annoncé le 10 octobre que la Suisse avait refusé en février 2002 d'extrader vers l'Algérie Mourad Dhina, alors porte-parole du Conseil de coordination du FIS, et désormais président ad intérim du Bureau exécutif du FIS. L'Algérie avait demandé l'extradition de Dhina en octobre 2001. Le responsable islamiste, qui réside à Genève depuis 1995, avait été condamné en Algérie en 1997 par contumace à vingt ans de réclusion criminelle. L'extradition de Dhina a été refusée par la Suisse au motif que les infractions reprochées ne sont pas "punissables en droit suisse", ce qui laisse supposer qu'il s'agissait d'infractions politiques. En outre, les autorités suisses ont précisé que le FIS, interdit en Algérie, ne l'était pas en Suisse. Enfin, la Suisse n'a encore jamais extradé de ressortissants algériens en Algérie (elle a cependant expulsé de nombreux immigrants clandestins et requérants d'asile algériens déboutés).

La présence de Dhina en Suisse, et sa subite visibilité en tant que président du Bureau exécutif du FIS, a suscité une protestation de l'Ambassadeur d'Algérie auprès des Nations Unies à Genève, Mohammed Salah Dembri. Pour Dhina, "c'est la réaction logique d'un ambassadeur représentant une junte, un Etat totalitaire qui n'admet aucune opposition". Dhina assure qu'il "respecte les lois" suisses, mais ajoute qu'il n'est pas question pour lui "de négocier les conditions de (sa) présence" en Suisse.

La porte-parole du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, Daniela Stoffel, a déclaré le 7 octobre que la présence de Mourad Dhina en Suisse, ni son élection controversée à la tête d'un Bureau exécutif du FIS, "ne saurait affecter les relations entre la Suisse et l'Algérie, qui sont excellentes"

(Algeria-Interface 18.10 / AP 24.10) "Algeria-Interface" signale que le poste d'Ambassadeur d'Algérie en Suisse est toujours vacant, deux ans après le départ de son précédent titulaire, l'ancien chef d'état-major de l'armée Abdelmalek Genaïzia, en poste depuis novembre 1993. L'Algérie n'est plus reprentée à Berne que par un chargé d'affaire, nommé il y a deux mois. Elle est par contre représentée à Genève, mais auprès des organisations internationale, par l'ancien ministre des Affaires étrangères Mohammed Salah Dembri -et c'est lui qui a exprimé la désapprobation des autorités algérienne à l'égard de la tolérance dont font preuve les autorités suisses à l'égard du nouveau président (ad interim) du FIS, Mourad Dhina.

Cette "tolérance" a été singulièrement réduite par les décisions du Conseil fédéral (Gouvernement suisse) communiquée le 24 octobre : Mourad Dhina se oit interdire de faire de la "propagande" depuis le territoire suisse, sous menace, s'il ne se conforme pas à cette interdiction, d'en être expulsé comme avant lui Ahmed Zaoui (expulsé vers le Burkifa Faso). Le Conseil fédéral craint que Dhina focalise en Suisse les forces du FIS exilées à l'étranger, et que le conflit entre le FIS (en l'ocurrence son aile radicale) et le pouvoir algérien soit attisé depuis la Suisse. Dhina se voit donc interdire de faire de la propagande, de prôner ou de soutenir l'usage de la violence, de justifier, d'encourager ou de soutenir matériellement des actes de terrorisme ou d'extrémisme violent. Il lui est également interdit de confier de telles activités à des tiers. En fait, Dhina est pratiquement interdit de toute activité politique, et plus précisément encore, d'exercer les fonctions auquel il a été désigné de président ad intérim du Bureau exécutif du FIS, formé après le congrès tenu en août, vraisemblablement en Belgique.

(Le Temps, La Tribune de Genève 26.10) Le président intérimaire du Bureau exécutif du FIS, Mourad Dhina, a réagi à la décision du Conseil fédéral (gouvernement) suisse de lui interdire, sous menace d'expulsion, pratiquement toute activité politique en déclarant qu'il comprenait "parfaitement les motivations du Conseil fédéral" et qu'il allait "se plier" à cette décision : "je ne vois pas de contradiction entre mes responsabilités et la décision du Conseil fédéral", a déclaré Mourad Dhina au quotidien genevois "Le Temps". Mourad Dhina a assuré n'avoir "jamais utilisé les méthodes auxquelles le Conseil fédéral fait allusion" (justification, voire prône, de l'usage de la violence, notamment), et de "jamais" les employer. "Rien dans les activités du FIS ne permet de nous placer en dehors du cadre défini par le Conseil fédéral", déclare le chef de la nouvelle instance du FIS, qui explique que celui-ci "exerce une action politique et se refuse à la lutte armée", même s'il refuse d'être "réduit à un complexe d'auto-justification" : "notre parti a gagné les élections et a été victime d'un coup d'Etat", déclare Dhina, pour qui la violence "a été initiée et entretenue par les putschistes à l'origine du coup d'Etat de 1992", et l'action armée de groupes d'opposition "formés en réaction au régime de terreur imposé par le coup d'Etat" étaient "légitimes", mais ne le sont plus : "nous voulons que la violence cesse et que les conditions d'un retour à la paix soient réunies par le pouvoir". Dans un communiqué transmis à la presse, Mourad Dhina écrit : "Je compte poursuivre mon rôle qui vise à dénoncer les crimes contre l'humanité commis en Algérie et oeuvrer pour traduire devant les juridictions compétentes les criminels de guerre qui ont commis les pires atteintes aux droits humains en Algérie".

(El Watan 29.10) Dans une conférence de presse en marge du colloque international d'Alger sur le terrorisme, le général Touati, Conseiller pour les questions de Défense auprès du président Bouteflika, aurait, selon la relations faite de ses propos par "El Watan", accusé la Suisse (et d'autres Etats européens) d'être complaisante à l'égard des activistes islamistes, déclaration faite en relation avec le "cas Mourad Dhina" (président intérimaire du Bureau exécutif du FIS, auquel le gouvernement suisse a intimé l'ordre, sous menace d'expulsion, de ne pas se livrer à des activités politiques publiques).

(Jeune Indépendant 3.11) La compagnie "Antinéa Airlines", appartenant au groupe Khalifa, a obtenu des autorités suisses de l'aviation civile l'autorisation d'effectuer deux fois par semaine une liaison entre Alger et Genève. Air Algérie effectue également cette liaison deux fois par semaine.

(Le Courrier 6.11) L'Office fédéral de l'aviation civile a accordé à la compagnie aérienne Khalifa Airways l'autorisation d'exploiter deux fois par semaine (le mercredi et le vendredi) une liaison entre Genève et Alger, mais le porte-parole de l'aéroport de Genève, Philippe Roy, a déclaré le 5 novembre que "la compagnie ne dispose d'aucun bureau ni de ligne téléphonique au niveau de l'aéroport de Genève", et qu'aucune demande d'ouvertires de bureau n'avait été faite, à la veille du début théorique de l'exploitation de la ligne. Le responsable de Khalifa à l'aéroport franco-suisse de Bâle-Mulhouse ne sair quant à lui rien de la présence éventuelle d'un bureau de la compagnie à Genève, ni de la manière dont on pourra acheter un billet de KA en Suisse.

Khalifa exploite des liaisons aériennes entre l'Algérie et Marseille, Nantes, Lilles, les Comores, Londres, Johannesburg et Dubaï, et dispose d'une flotte de 34 avions, dont la plupart en leasing.

2003

(La Tribune 2.3) Un représentant de la direction du développement et de la coopération, dépendant du département fédéral (ministère) des Affaires étrangères suisse, Hans Schellenberg, a effectué une visite en Algérie à l'invitation du ministère de l'Aménagement du territoire et de l'environnement. Le responsable suisse a rencontré des représentants des secteurs de l'environnement et du mouvement associatif dans plusieurs wilayas, et déclaré que le gouvernement suisse souhaitait établir des liens et développer des activités avec le mouvement associatif et les ONG d'Algérie.

(CercleFinance 16.12) Le groupe helvéto-suédois ABB a annoncé le 16 décembre la signature d'un contrat de 31 millions de dollars avec la Sonelgaz. Le contrat porte sur l'installation de deux centrales électriques en Algérie. Le contrat sera finalisé dans un délai de quinze mois.

2004

(Courrier de Genève, 15.4) Des Algériens résidant en Suisse ont créé à Genève une association "Suisse-Algérie-Harmonie", dont ils entendent faire une "nouvelle passerelle de dialogue et de respect mutuel" et répondre à la montée de l'intolérance et des préjugés. L'association envisage de mettre sur pied plusieurs évènements socioculturels tel qu'une journée débat sur le code de la famille en Algérie en partenariat avec des associations de femmes Algériennes du pays. Elle espère lancer en septembre un "rituel de fête de la fraternité sous le modèle de la fête de l'Huma à Paris", une fête qui serait co-organisée par l'association, la Ville de Genève et des médias locaux.

(Tribune de Genève 5.6) La Suisse a versé six millions de francs (soit environ quatre millions d'Euros) pour obtenir du groupe armé qui les avait enlevés dans le sud saharien la libération des otages suisses. Cette somme apparait dans les comptes de l'Etat 2003, au titre d'un dépassement de crédit du Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, sous le poste concernant la protection diplomatique et consulaire. Selon une ordonnance du Conseil fédéral (gouvernement), les otages devront participer aux frais de leur libération, dans une mesure fixée en fonction de leur revenu.

(Le Temps 16.6) La "guerre des services" qui oppose en Suisse le Service d'analyse et de prévention (SAP, chargé de surveiller les extrémistes violents et d'organiser la coopération avec les services étrangers dans la lutte contre le terrorisme), le Ministère public fédéral et la police judiciaire fédérale, chargés tous deux des enquêtes antiterroristes, et le Service de renseignement stratégique (SRS, renseignements militaires) semble avoir eu quelques répercussions en Algférie, lors des négociations qui ont abouti à la libération des otages occidentaux (dont quatre suisses) enlevés par un groupe armé dans le sud saharien en février 2003 et libérés plusieurs mois après contre paiement d'une rançon. Selon "Le Temps", qui fait état d'une enquête parlementaire sur cet "guerre des polices", la Suisse avait dépêché sur place deux agents (l'un de la police judiciaire fédérale et un du SRS), mais des policiers du SAP se sont invités, puis "incrustés", sur place, "au motif qu'ils entretiennent des relations officielles avec les services algériens" (vraisemblablement le DRS, Sécurité Militaire). Les policiers du SAP auraient même fait mettre sur écoutes l'agent du SRS, et tenté de le poursuivre pénalement pour "service de renseignements prohibé".

(El Moudjahid 23.6 / corr.) Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a reçu le 22 juin le Secrétaire d'Etat suisse Franz von Däniken, pour évoquer les divers dossiers internationaux (dont l'Irak et le Proche-Orient et les relations entre l'Algérie et la Suisse. Franz von Däniken a exprimé au ministre algérien "l'intérêt de la Suisse pour le rôle de l'Algérie au sein du Conseil de Sécurité", et a transmis à Abdelaziz Belkhadem une invitation au président Bouteflika à se rendre en visite officielle en Suisse pour "parfaire le cadre juridique de la coopération entre les deux pays".

Deux accord de coopération entre l'Algérie et la Suisse sont été signés, le premier sur le dialogue politique bilatéral et le second sur l'"encadrement des transports". Plusieurs autres accords sont en préparation, notamment sur l'encouragement aux investissements et la circulation des personnes, voire un accord de "réadmission" en Algérie des ressortissants algériens refoulés par la Suisse, notamment les requérants d'asile déboutés, ce qui impliquerait que la Suisse considère désormais officiellement l'Algérie comme un "pays sûr"

(APS 3.7) Le Président du Conseil des Etats (Chambre haute du parlement suisse), Fritz Schiesser, reçu par le président de l'Assemblée populaire nationale (Chambre bassse du parlement algérien), Amar Saïdani, a exprimé "son admiration à l'égard de l'expérience démocratique algérienne, de son système bicaméral et du progrès réalisé dans les domaines de la sécurité et de l'économie", ainsi que la volonté de la Suisse de fournir à l'Algérie "l'aide nécessaire à la réussite de (son) expérience". De son côté Amar Saïdani a salué le "niveau et la qualité des relations traditionnelles" entre la Suisse et l'Algérie, qu'il a qualifiées de "bonnes et fortes", et a souligné la nécessité de les renforcer encore. Amar Saïdani a en outre exprimé son souhait de voir l'Algérie tirer profit de "l'expérience démocratique suisse".

(ATS 22,7) Le groupe helvético-suédois ABB a annoncé le 22 juillet avoir été mandaté par Sonelgaz pour moderniser le réseau de distribution électrique algérien. Le contrat porte sur 85 millions de dollars.

(AP 29.8) Un Algérien de 27 ans, détenu dans le pénitencier suisse de Thorberg (canton de Berne) s'est suicidé dans sa cellule le 24 août.

(Courrier 24.11) Le président Abdelaziz Bouteflika se rendra en Suisse, le 30 novembre, pour la première visite d'Etat d'un président algérien en Suisse depuis 1962. Cette visite devrait être dominée par les questions économiques, et représente surtout, en l'absence de contentieux entre les deux pays, l'occasion de tenter d'inciter des investisseurs suisses à investir en Algérie. Plusieurs patrons et représentants des plus grands groupes privés suisses (ABB, UBS, Crédit Suisse, Nestlé, Novartis, Roche, etc...) entendront les responsables politiques algériens vanter les opportunités d'investissement en Algérie. Le président algérien sera accompagné d'une importante délégation, notamment des ministres des Affaires étrangères, des Finances, du Commerce, et de plusieurs patrons d'entreprises algériens. Un accord sur la protection mutuelle et la promotion des investissements devrait être signé. L'Algérie souhaite par ailleurs le retour de la compagnie aérienne suisse (SWiss, ex-Swissair) sur le desserte d'Alger, et manifeste son intérêt pour le système financier et bancaire helvétique. L'Algérie demande également le soutien de la Suisse à son entrée dans l'OMC.

La Suisse est le cinquième fournisseur de l'Algérie en machines, produits agroalimentaires, pharmaceutiques et chimiques, et le troisième client de l'Algérie en hydrocarbures, mais le volume total des échanges entre les deux pays reste modeste (environ 269 mios FS, environ 170 mios Euros).

(Le Courrier, L'Expression, Le Quotidien d'Oran 1.12 / L'Expression 2.12) Les présidents algérien et suisse ont appelé le 30 novembre, à l'occasion de la première visite d'Etat d'un président algérien en Suisse depuis 1962, à une intensification des relations économiques entre leurs deux pays. Ils ont signé un accord sur la protection et la promotion des investissements, dont le président Bouteflika a estimé qu'ils ne reflétaient actuellement pas "les potentialités de l'Algérie", le président Deiss (par ailleurs ministre de l'Economie) ajoutant que "bien que les relations commerciales (algéro-suisses) aient enregistré une croissance de 30 % dans les deux sens (en 2004), il est nécessaire d'aller au-delà", l'Ambassadeur de Suisse en Algérie, André de Graffenried, proclamant que "le moment est venu d'investir en Algérie", qui est un "marché pétentiuellement intéressant" et l'Ambassadeur d'Algérie en Suisse, Kamel Houhou, que "désormais les entreprises suisses pourront avoir davantage confiance dans notre pays".

L'accord signé entre la Suisse et l'Algérie sur la protection et la promotion des investissements est supposé donner des garanties supplémentaires aux investisseurs suisses en Algérie. Le président Bouteflika a pour sa part assuré que du point de vue de la sécurité des investissements, il n'y avait "pas plus de problèmes en ce domaine en Algérie qu'en Suisse". Un plan de coopération dans les domaines de la recherche et de la formation professionnelle pourrait être signé début 2005. En revanche, les autorités suisses n'ont pu donner aucune réponse à la demande algérienne de réouverture de la desserte d'Alger par la compagnie aérienne Swiss, car il s'agit, a précisé Joseph Deiss, d'une "compagnie privée" (même si la Confédération en est actionnaire), "et il appartient à son Conseil d'administration de choisir ses destinations".

L'Algérie n'est que le cinquième marché pour la Suisse en Afrique, qui y a exporté en 2003 pour 140 millions de FS (90 mios euros) mais elle est le troisième fournisseur de pétrole de la Confédération, vers laquelle elle a exporté en 2003 pour 128 mios FS (80 mios euros).

Joseph Deiss a par ailleurs exprimé le soutien de la Suisse à la candidature de l'Algérie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). De son côté, la délégation algérienne, forte de plusieurs ministres accompagnant le président Bouteflika (ceux des Affaires étrangères et des Finances, notamment), a évoqué la possibilité de reconversion d'une partie de la dette algérienne en investissements.

(6.12) En réponse à une question de la Conseillère nagionale (députée au Parlement fédéral) communiste vaudoise Marianne Huguenin, à propos de la visite d'Etat du président Bouteflika en Suisse, le Conseil fédéral (gouvernement suisse) a déclaré que "lors de la visite officielle du président Bouteflika à Berne, la question de la situation des droits de l'homme en Algérie a été abordée" et a ajouté : "Le Conseil fédéral a salué et encouragé les progrès de l'Algérie dans le domaine des droits de l'homme. Il a en même temps fait part de ses préoccupations face aux informations selon lesquelles des détenus sont victimes d'actes de torture et d'autres formes de mauvais traitements, et maintenus au secret pendant de longues périodes avant d'être jugés."

A PROPOS DE LA VISITE DU PRÉSIDENT BOUTEFLIKA EN SUISSE :

LE GOUVERNEMENT SUISSE "SALUE ET ENCOURAGE LES PROGRÈS DE L'ALGÉRIE DANS LE DOMAINE DES DROITS DE L'HOMME" MAIS FAIT PART DE SES "PRÉOCCUPATIONS" A PROPOS DE LA TORTURE ET DES DÉTENTIONS AU SECRET

Question de la Conseillère nationale Marianne Huguenin (Parti Ouvrier & Populaire, Vaud) au Conseil fédéral (gouvernement suisse), et réponse du gouvernement

Abdelaziz Bouteflika, président algérien. Visite officielle

Déposé par Huguenin Marianne
Date de dépôt 06-12-2004
Déposé au Conseil national (Chambre basse)

Texte déposé

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika vient d'effectuer en Suisse une visite officielle et a été reçu par le président de la Confédération accompagné par une large délégation du Conseil fédéral. Les préoccupations économiques ont visiblement été au premier plan de ces entretiens, qui se sont conclus par un accord sur la protection et la promotion des investissements offrant des garanties aux entreprises suisses en Algérie.

Or, l'Algérie est un pays dans lequel la situation des droits de l'homme est préoccupante: manifestations pacifiques interdites, absence de libertés syndicales, torture, emprisonnements arbitraires et disparitions, violence des forces de sécurité ....

La délégation du Conseil fédéral a-t-elle profité de cette opportunité pour faire part au président algérien de ses préoccupations sur la situation des droits de l'homme en Algérie?

Réponse du Conseil fédéral

Lors de la visite officielle du président Bouteflika à Berne, la question de la situation des droits de l'homme en Algérie a été abordée.

Le Conseil fédéral a salué et encouragé les progrès de l'Algérie dans le domaine des droits de l'homme (1). Il a en même temps fait part de ses préoccupations face aux informations selon lesquelles des détenus sont victimes d'actes de torture et d'autres formes de mauvais traitements, et maintenus au secret pendant de longues périodes avant d'être jugés.

(1) Note de la CSSI : la situation des droits de l'Homme en Algérie était si désastreuse qu'elle ne pouvait évoluer qu'en faisant des "progrès", sauf à y appliquer le "principe de Fellag" : quand l'Algérien est au fond du trou, il ne remonte pas, il creuse encore... Bref, le gouvernement suisse se satisfait de peu -mais ce peu est évidemment déjà "quelque chose"...

(Cercle Finance 21.12) Le groupe helvéto-suédois ABB a remporté un contrat de 25 millions de dollars avec Sonelgaz, pour l'amélioration de huit sous-stations d'alimentation électrique dans un délai de quinze mois. Le groupe ABB a remporté pour 105 millions de dollars US de commandes depuis le début 2004 -mais son action a reculé de 0,5 % à la bourse de Zurich, le 21 décembre, jour de l'annonce du dernier contrat.

2005

(AFP 4.1) Un requérant d'asile algérien a été tué à coups de couteau par un autre requérant d'asile algérien, lors d'une altercation dont on ignore le motif, le 3 janvier à Zoug.

(Liberté 2.6) L'agence suisse de garantie contre les risques à l'exportation (GRE) a décidé le 9 mai, à la suite d'une décision semblable de son homologue allemande, et d'une évaluation de l'OCDE, de classer l'Algérie dans une "catégorie de risque plus favorable" que l'actuelle (3 au lieu de 4), afin d^"encourager les entrepreneurs suisses à s'engager dans des relations d'affaire avec l'Algérie", selon une source du ministère algérien des Affaires étrangères.

(Quotidien d'Oran 21.6) Réfugié en Suisse depuis 1994, mais sans avoir obtenu le statut plein et entier de réfugié politique, l'ancien porte-parole du Bureau exécutif du FIS, Mourad Dhina, a été condamné (par défaut) le 20 juin par le tribunal criminel d'Alger à la réclusion criminelle à perpétuité pour "appartenance à organisation terroriste à l'étranger". Son beau-frère, Reddouane Ben Tafat, lui aussi réfugié en Suisse, a écopé de la même peine. Tous deux font l'objet de mandats d'arrêt internationaux délivrés par le juge d'instruction en charge de leur affaire, mandat inexécutable vu le refus déjà exprimé par les autorités suisses, en 2002, d'extrader Mourad Dhina vers l'Algérie, où il avait déjà été condamné à 20 ans de réclusion criminelle..

Selon la justice algérienne, Mourad Dhina et Redouane Ben-Tafat auraient été en contact avec un certain "Samir Bacha H.", propriétaire d'un avion localisé en Suisse depuis septembre 1999, avion qui selon les "fortes présomptions" de l'instruction algérienne aurait, été "acheté avec l'argent des terroristes" pour "servir leurs intérêts

(El Watan 14.9) Le Centre des archives nationales algériennes a accueilli le 13 septembre un colloque de trois jours sur les relations entre la Suisse et l'Algérie, depuis la colonisation. Le colloque, ouvert par l'ambassadeur de Suisse Michel Gottret, est accompagné de l'exposition de nombreux documents relatifs à la diplomatie algérienne et aux activités de la représentation du FLN en Suisse, notamment pendant la conférence d'Evian.

(Le Courrier 21.9) Le colloque tenu à Alger sur le thème "La Suisse, les espoirs algériens et les accords d'Evian" s'est achevé dans une certaine confusion, après la tentative du directeur des archives algériennes Abdelmadjid Chikhi d'interrompre la projection du film "La Guerre sans images" du réalisateur algéro-suisse Mohamed Soudani (un documentaire dans lequel le cinéaste raconte son retour en Algérie, accompagné du photographe Michael von Graffenried, et fait notamment témoigner des victimes du terrorisme). Pour Abdelmadjid Chikhi, "ce film n'a pas sa place dans ce colloque", et "en pleine campagne pour la réconciliation nationale", il est inadmissible de projeter un film qui "ne montre que des témoignages de personnes qui disent ne pas pardonner aux terroristes. Les participants suisses au colloque ont exigé que la projection du film continue, ce qu'ils ont finalement obtenu.

(Tribune de Genève 29.10) Deux ressortissants d'Afrique du nord, dont un Algérien de 41 ans, requérant d'asile dont la demande d'asile a été refusée et qui vivait dans la clandestinité, ont été arrêtés à Genève le 27 octobre pour avoir "suqatté" des ordinateurs de l'Université afin de diffuser sur internet des messages incitant à la haine raciale et faisant l'apologie de la Qaeda. Les deux hommes ont été incarcérés à la prison de Champ-Dollon.

(ATS 2.11 / Jeune Indépendant 5.11)Les autorités suisses ont décidé d'inciter les requérants d'asile algériens à un retour volontaire damns leur pays, en contrepartie d'une aide financière. Cette opération devrait aussi concerner les autres requérants d'asile originaires des pays du Maghreb. Selon l'Office fédéral des migrations, le programme d'"aide au retour" concernerait 2400 requérants d'asile algériens, tunisiens, marocains, libyens et mauritaniens ayant déposé une demande d'asile avant le 1er novembre 2005. Le programme, valable jusqu'au 31 octobre 2007, prévoit une aide financière de 2000 FS (environ 1250 euros) par adulte concerné, de la moitié par mineur, et des aides ponctuelles de soutien à des projets individuels ou de formation, jusqu'à 3000 FS. L'organisation du voyage de retour, l'assistance à l'obtention des dlocuments de voyage, seraient également pris en charge. 97 rapatriements volontaires (et quinze renvois dans des Etats tiers "sûrs") ont été organisés dans le cadre de programmes similaires concernant des requérants d'asile subsahariens, depuis le début de l'année. En 2004, 480 ressortissants algériens étaients requérants d'asile en Suisse.

2006

(El Watan 8.1) L'association genevoise Suisse-Algérie Harmonie projette un jumelage entre Relizane et une ville genevoise (vraisemblablement pas Genève elle-même, qui ne pratique pas de jumelage). L'association a également pour intentions, notamment, l'organisation d'un camp de vacance en Suisse au profit des enfants défavorisés ou victimes du terrorisme, des échanges réguliers entre éclaireurs (scouts) suisses et algériens, des séjours de médecins et chirurgiens suisses à Relizane et l'organisation à Mostaganem d'une semaine culturelle suisse.

(Le Matin Bleu 24.3) Le constructeur ferroviaire suisse Stadler a annoncé le 23 mars avoir décroché un contrat de 600 millions de francs (un peu moins de 400 millions d'euros) avec l'Algérie. le contrat porte sur la libraison de 64 trains légers (quatre voitures) entre fin 2008 et fin 2010.

(Le Matin 7.5) Un ancien ministre algérien, Ali Benouari (ancien ministre délégué au Trésor en 1991 et 1992), résidant désormais à Genève, et devenu citoyen suisse, a annoncé vouloir créer à Genève une association des musulmans pour la laïcité, pour que "les musulmans laïcs fassent entendre leurs voix". Ali Benouari a, à Genève, d'abord adhéré au parti populiste de droite UDC, avait de "découvrir" que la présence d'un musulman y "gênait certains", et de passer au parti radical (droite traditionnelle).

(AP 22.5) Sept militants islamistes soupçonnés d'être membres, ou sympathisants, ou en lien avec le GSPC, ont été arrêtés le 12 mai à Bâle et à Zurich, sur le soupçon d'avoir préparé un attentat contre un avion de la ckmpagnie israélienne El Al à Genève. Trois des personnes arrêtées ont été ensuite remises en liberté.

(Corr. / Le Temps 2.6 / Le Courrier 3.6 / Quotidien d'Oran 4.6 / Algerie-dz.com, L'Expression 2.7) La Conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des Affaires étrangères et vice-présidente de la Confédération, est arrivée à Alger le 1er juin, à la fois pour une visite officielle de trois jours destinée à conclure différents accords bilatéraux algéro-suisses, et pour présider une conférence régionale des ambassadeurs de Suisse en poste dans les pays du sud et de l'est de la Méditerranée. Cette conférence était notamment vouée à discuter des questions de visas et de migrations. Quant à la visite officielle, lors de laquelle Micheline Calmy-Rey a rencontré son homologue algérien, Mohamed Bedjaoui, et le président Bouteflika, elle a abouti à la signature de trois accords bilatéraux, sur la circulation des personnes, l'entraide judiciaire en matière pénale et la suppression de la double imposition fiscale.

Comme le notent les quotidiens "Le Courrier" de Genève et "La Liberté" de Fribourg, "en Algérie aujourd'hui, les lois économiques l'emportent sur toutes autres considérations", et la Suisse s'y plie comme les autres, sans trop se préoccuper de la situation des droits humains, des libertés démocratiques et des conditions de vie de la population. Les trois accords signés par la Suisse ne bénéficieront d'ailleurs qu'à une toute petite frange d'Algériens : l'accord sur la circlation des personnes permettra aux hommes d'affaires algériens de décrocher plus facilement des visas pour la Suisse, et à la Suisse de refouler plus facilement vers l'Algérie les immigrants algériens illégaux, l'accord sur la suppression de la double imposition fiscale bénéficiera aux entreprises.

En mars 2006, la société suisse Stadler Bussnang a remporté un contrat de 600 millions de francs suisses (environ 400 mios €) pour la réalisation du premier tronçon du train de banlieue d'Alger.

Bref, comme l'a déclaré Micheline Calmy-Rey à la presse à l'issue de la signature des trois accords bilatéraux, les relations entre l'Algérie sont "étroites" et "bonnes", l'Algérie est un pays "important" pour la Suisse et les deux pays ont des "intérêts communs". Ce qui n'a pas empêché des députés socialistes et Verts suisses (les Conseillers nationaux Rennwald et Recordon) d'interpeller le gouvernement suisse sur l'attention qu'il devrait porter à l'état des droits humains, des droits démocratiques et des libertés syndicales en Algérie, ainsi que sur la situation sociale de la population algérienne. Cette interpellation fait suite à la visite d'une délégation de représentants des syndicats autonomes algériens, qui ont rencontré des parlementaires suisses à Berne, ainsi que des représentants des syndicats à Berne et Genève, pour les alerter précisément sur les violations des libertés syndicales en Algérie.

(20minutes.ch 28.9) La Suisse s'apprêterait à expulser 360 ressortissants maghrébins en situation illégale, sdont une grande majorité d'Algériens, a annoncé le quotidien Echourouk Al Yaoumi. L'Ambassade de Suisse en Algérie n'a ni infirmé ni confirmé l'information, mais l'Office fédéral suisse des migrations l'a démentie, tout en ajoutant que 505 ressortissants Algériens illégalement installée en Suisse devront quitter le pays.

(L'Expression 22.11) Une convention pour la prise en charge des enfants algériens atteints de cardiopathies congénitales a été signée le 21 novembre à Alger, entre la Caisse nationale algérienne des assurances sociales et l'Hôpital universitaire de Genève, en présence de l'ambassadeur de Suisse, Michel Gottret. Cette convention permet la prise en charge des enfants algériens concernés (entre 1000 et 3500), soit en Algérie même grâce à la collaboration entre l'hôpital de Genève et des cliniques spécialisées algériennes (notamment celle de Bou Ismaïl), soit à l'étranger, en particulier en Suisse

2007

(L'Expression 30.5) Le ministre suisse de l'Intérieur, et vice-président de la Confédération, Pascal Couchepin, a effectué le 24 mai une visite en Algérie. Il a à cette occasion invité l'Algérie à signer avec l'Association européenne de libre-échange (AELE, qui rassemble la Suisse, la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein) un accord s'inscrivant dans le cadre d'une grande zone de libre-échange euro-méditerranéenne. Des accords de ce genre ont déjà été signée avec la Tunisie, le Liban et la Turquie, et sont en négociation avec l'Egypte. Pascal Couchepin a par ailleurs qualifié de "ridicule" l'initiative populaire lancée par la droite populiste suisse pour interdire la construction de minarets en Suisse. Le 26 mai, le Conseiller fédéral a signé un mémorandum de coopération culturelle algéro-suisse, portant sur le patrimoine architectural, la littérature, les bibliothèques.

(Tribune de Genève 17.7) L'entreprise suisse Jelmoli (centres commerciaux) à ouvert à Alger fin juin le chantier d'un Centre commercial inspiré de celui de la Praille, à Genève. Ce sera le premier centre commercial algérien, après celui de Riadh el Feth. Il s'étendra sur 32'000 m2, comprendra en sus 17'000 m2 de bureaux, emp,oiera un millier de personnes et sera situé dans le quartier de Bab Ezzouar, entre Alger et son aéroport. L'ouverture du centre est prévue à l'automne 2008. Le devis du projet atteint 70 millions de francs suisses. Jelmoli espère pouvoir ensuite construire d'autres centres commerciaux à Oran, Annaba, Constantine, et un second centre à Alger. Jelmoli a créé en Algérie une société par actions au capital de 10 millions de dinars (en viron 180 millions de francs suisses), détenu à 45 % par Jelmoli et à 55 % par deux sociétés genevoises, Darsi et Valartis. Le partenaire bancaire algérien du projet est le Crédit populaire algérien (CPA), en voie de privatisation, ce qui, déclare le directeur général de Jelmoli, Alain Rolland, a "renforcé notre confiance". Alain Rolland a en outre souligné "les excellentes conditions d'implantation" dont Jelmoli a bénéficié en Algérie, "grâce à une administration efficace et rigoureuse", et a affirmé n'avoir jamais rencontré en Algérie "la moindre forme de corruption".

(Le Temps 17.7) La justice suisse a conformé le 16 juillet l'expulsion "pour des raisons de sécurité publique" vers l'Algérie en juin d'un Algérien soupçonné, avec au moins six autres ressortissants nord-africains, d'avoir des liens avec la Qaeda et d'avoir préparé (sans l'avoir commis) un attentat contre la compagnie aérienne israélienne El Al à Genève en 2005. Les sept suspects avaient été appréhendés au printemps 2006, et remis en liberté provisoire en 2007. Les six non-expulsés se trouvent toujours en Suisse, certains sous contrôle judiciaire. Le juge Perraudin a expliqué que les preuves de leur "complot" se trouvaient en Algérie, m ais que l'Algérie n'avait pas coopéré avec la Suisse sur ce dossier.


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