Algérie : chronique des élections



Chronique politique

Mise à jour : 15 janvier 2005
©Pascal Holenweg, Genève, 2005







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Le président Zéroual a annoncé le 11 septembre 
dans une allocution radio-télévisée la tenue d'élections 
présidentielles anticipées avant la fin du mois de 
février 1999. Le président a précisé qu'il ne serait pas
candidat à sa propre succession et qu'il assumerait 
sa tâche jusqu'à l'élection de son successeur.

(AFP, AP, Reuters, Liberté, Corr 11.9, 12.9) L'annonce par le président Zéroual de l'abréviation de son mandat présidentiel et de l'organisation d'élections présidentielles anticipées avant fin février 1999 (la date du 25 février a été évoquée officieusement) a aurpris les partis politiques et l'opinion publique en Algérie, même si des rumeurs couraient depuis plusieurs semaines sur une possible décision de ce type. Liamine Zéroual n'a donné aucune raison de sa décision, sinon sa volonté de "donner à l'alternance au pouvoir une concrétisation réelle". Les observateurs considèrent qu'il était à la fois fragilisé par les attaques menées par la presse privée contre son conseiller, le général Betchine, et par des problèmes de santé. Le climat social s'est en outre aggravé, avec la volte-face du syndicat UGTA qui, après l'avoir soutenu lors de son élection à la présidence, a rompu les discussions avec son Premier ministre le 9 septembre et laisse depuis planer la menace d'une grève générale. Enfin, les derniers mois ont été marqué par les violentes émeutes qui ont secoué la Kabylie, la polémique sur les "disparitions" et la persistance du terrorisme. Le premier président algérien élu au suffrage universel lors d'un scrutin pluraliste est ainsi le troisième président successif dont le mandat est abrégé, après Chadli Bendjedid, "démissionné" par l'armée, et Mohammed Boudiaf, assassiné (par on ne sait toujours pas très bien qui). La démission du président Zéroual laisse en tous cas franchement face à face, au sein du gouvernement et de l'armée, "éradicateurs" et "réconciliateurs", entre lesquels il tentait d'arbitrer depuis son élection.

Dans son intervention, le président a plaidé pour la "consolidation de la démocratie pluraliste" et la réalisation "d'autres précieuses avancées démocratiques". Sa décision de rester à son poste jusqu'à l'élection de son successeur évite une présidence intérimaire qui aurait dû être assurée selon la constitution par le président du Conseil de la Nation (Sénat), Bachir Boumaza, ancien ministre des présidents Ben Bella et Boumediène, accusé d'autoritarisme. En outre, le délai maximum de deux mois en cas d'intérim n'aurait pas permis aux candidats potentiels de se préparer à l'élection et de mener campagne. Le risque était d'ailleurs grand de voir les partis d'opposition boycotter une élection présidentielle organisée dans ce délai de deux mois, et de décrédibiliser cette élection par ce boycott. La décision du président laisse désormais cinq mois à la préparation des candidature, l'organisation des élections et la campagne électorale.

L'élection présidentielle devra être convoquée au plus tard 60 jours avant la date du scrutin. Le décret de convocation doit suivre dans les 15 jours, et la candidats auront ensuite à nouveau 15 jours pour présenter leur dossier, soit un programme électoral et 75'000 signatures de citoyens ou 600 signatures d'élus, recueillies dans au moins 25 wilayas. La campagne électorale officielle commence trois semaines avant la date du scrutin et s'achève deux jours avant cette date. Le président a annoncé que les chefs des partis seraient consultés sur les préparatifs de l'élection et a encouragé la presse à "informer objectivement et dans la transparence pour apporter sa contribution qualitative à la pérennité de la démocratie en Algérie".

Aucune personnalité proche du pouvoir n'a encore émergé pour succéder au président Zéroual, élu en novembre 1995 avec plus de 60 % des suffrages, au premier tour. L'armée est divisée entre les clans des généraux Lamari et Betchine. L'actuel "parti présidentiel" avait quant à lui mis en place une stratégie de succession pour l'échéance normale de l'an 2000. Trois "papables" se dessinent au sein du RND : le Premier ministre Ouyahia, qui disposerait du soutien de Liamine Zéroual mais est très impopulaire, et semble avoir perdu le soutien du syndicat UGTA; ensuite, l'ancien Premier ministre Moktad Sifi, leader de la tendance "moderniste" du RND, soutenu par les cadres du intermédiaires du parti; enfin, le Secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, soutenu par la base du parti et les organisations de la "famille révolutionnaire" de l'ancien système du parti unique (anciens combattants, enfants d'anciens combattants et de "martyrs" de la guerre d'indépendance etc...). La direction du RND s'est réunie le 12 septembre pour essayer de trouver le candidat idéal.

Au cas où le successeur de Liamine Zéroual ne serait pas issu des rangs du RND, l'hypothèse d'élections anticipées en cascade (législatives, régionales et locales) pourrait prendre corps, le RND étant largement sur-représenté dans toutes les instances politiques algériennes. On voit cependant mal d'où pourrait sortir le futur président, sinon du RND ou de l'armée, ou éventuellement du FLN, Les chances de l'opposition de l'emporter dans une élection présidentielle au secrutin majoritaire sont extrêmement faibles, même si plusieurs partis d'une même "mouvance" se coalisaient, et même si certains d'entre eux ont à leur tête des hommes incontestés à leur poste (Mahfoud Nahnah au MSP, Saïd Sadi au RCD, ni l'un, ni l'autre ne semblant cependant pouvoir recueillir une majorité de suffrages). Le FLN est quant à lui divisé entre ailes conservatrices, proche du RND, et rénovatrice, proche de l'opposition démocratique, et ne dispose d'aucun leader incontesté. Le camp islamiste est divisé entre MSP (Hamas) et Nahda, le leader de Nahda étant en outre contesté au sein de sa propre formation. Le FFS a bien un leader incontesté (son fondateur et président, Hocine Aït Ahmed), mais celui-ci a jusqu'à présent refusé de rentrer définitivement en Algérie (le FFS dispose cependant avec son Premier secrétaire national Ahmed Djeddaï d'un candidat potentiel). S'agissant du RCD, si Saïd Sadi est le chef incontesté du parti, son parti n'est pas le principal parti de la mouvance "démocrate". Enfin, les noms habituellement cités en sus des précédents sont ceux de candidats relativement marginaux (Nourredine Boukrouh, Redha Malek), ou purement proclamatoire (Louisa Hanoune) et sans chance d'élection.

Aucun candidat d'aucun parti d'opposition ne peut espérer faire bonne figure lors d'une élection présidentielle sans qu'une coalition la plus large possible se soit formée pour le soutenir. La seule mouvance d'opposition apparaissant capable de former une telle coalition, et encore y aura-t-elle de grandes difficultés, est la mouvance islamiste (MSP, Nahda). La mouvance démocrate, quant à elle, semble irréductiblement divisée entre le FFS et le RCD et risque, si elle participe à l'élection, d'y participer avec deux candidats de deux "sous-coalitions" concurrentes, l'une "républicaine" (RCD, ANR et ex-Ettahadi) et l'autre "socialiste" (FFS, PT), chacune plus préoccupée de dépasser électoralement l'autre que de contester l'élection du futur candidat du pouvoir.

Les commentaires de la presse algéroise après l'annonce de la décision présidentielle sont marqués par l'inquiétude et l'amertume : "Liberté" met en cause le "cénacle du pouvoir aux mille arcanes" qui a précipité des "choses qui n'avaient même pas eu le temps de se stabiliser" et considère que la décision de Liamine Zéroual pourrait bien être "une erreur d'appréciation aux conséquences imprévisibles". "Le Matin" suggère un "Coup d'Etat maquillé" qui "replonge l'Algérie dans les ténèbres d'un passé récent", et considère que "le poids des appareils semble être supérieur à la force de la légitimité constititonnelle". "La Tribune" parle d'un "président à la mine défaite par la fatigue ou l'adversité", dont "Le Jeune Indépendant" se demande s'il a été "victime de ses proches ou de leurs adversaires" et suppose qu'il a préféré "rendre le tablier" plutôt que d'être "l'otage des clans". Seul "L'Authentique" (proche du président) assure que la "continuité de l'Etat" et ses "engagements nationaux et internationaux" seront maintenus, et que "la seule incertitude" réelle est de savoir "qui sera le prochain président de la République".

(AFP, Liberté 13,9) Les partis politiques ont commencé à préparer les échéances imposées par la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat, en réagissant le plus souvent négativement à cette décision. Le Bureau national de Nahda (islamistes) se dit "perplexe et surpris" et demande le report de la date de l'élection présidentielle anticipée. Le Parti des Travailleurs (extrême-gauche) considère que "Zéroual ne devait pas se retirer" et qu'il aurait "fallu désamorcer d'abord les bombes sociales, des droits de l'Homme et de la langue". Le PT donne la priprité "au retour de la paix avant toute autre préoccupation" et demande à Liamine Zéroual de convoquer un "congrès national algérien regroupant les partis et les institutions, y compris les corps constitués, les personnalités influentes, pour ouvrir une issue positive au peuple algérien et sortir l'Algérie de la violence". Le Mouvement démocratique et social (MDS, gauche) considère que le départ de Liamine Zéroual manifeste l'échec de la démarche qui l'avait amené à la tête de l'Etat et remet en cause l'"alliance islamo-conservatrice" au pouvoir, en ouvrant la voie à "une alternance républicaine et démocratique". Le MDS en profite pour exiger le "renvoi immédiat du gouvernement islamo-conservateur de Ouyahia" et la mise en place d'un "gouvernement de sauvegarde de la République pour préparer l'élection présidentielle". Le MSP-Hamas se dit "en consultation avec les autres partis et la société civile" pour évaluer les conséquences de la décision présidentielle. Le FLN affirme "respecter" cette décision et a convoqué son Bureau politique le 13 septembre pour décider de la stratégioe à suivre. Le RCD a exprimé sa "grande surprise". Seul le Parti du renouveau algérien (PRA) a exprimé ouvertement sa satisfaction du départ de Liamine Zéroual, en quoi il voit "une raison d'espoir pour les Algériens" et uine possibilité de "créer une opportunité de sortie de crise pour le pays".

Pour sa part, le FFS considère que la démission de fait de Liamine Zéroual démontre que "les tenants du pouvoir réel ne siègent pas dans les institutions élues" et que "le processus de sortie de crise préconisé par le Pouvoir depuis le Coup d'Etat de janvier 1992, et présenté comme une démission du Président" d'alors (Chadli) a "échoué". Le FFS met en garde "tous les acteurs politiques et sociaux contre toute fuite en avant qui précipiterait le pays dans le chaos".

(AFP, APS, La Tribune, El Watan, Liberté, Le Monde 14.9, 15.9) Le porte-parole de l'instance exécutive du FIS à l'étranger, Abdelkrim Ould Adda, a qualifié le 14 septembre de "démission déguisée" la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat. Cette décision serait, selon Abdelkrim Ould Adda, la manifestation de l'"impuissance" du président algérien à résoudre la crise, et le porte-parole du FIS invite son successeur à emprunter "la seule voie possible, celle d'une solution politique négociée sans exclusion, c'est-à-dire avec le FIS".

"Liberté" annonce que le Premier ministre Ouyahia envisagerait quant à lui de déposer la démission de son gouvernement afin de provoquer la mise en place d'un "gouvernement de technocrates dont la seule mission (serait) de préparer les élections présidentielles", le Premier ministre actuel pouvant retrouver son poste après l'élection du nouveau président (s'il n'est pas lui-même candidat à cette élection, et si, comme prévu, le successeur de Liamine Zéroual est issu de la même "famille" politique, sinon du même clan militaire. Selon "Liberté", un nouveau gouvernement pourrait être présidé par l'ancien ministre des Finances Ahmed Benbitour. Par sa démission, Ahmed Ouyahia pourrait tenter de "prendre de vitesse ses alliés" du MSP-Hamas et du FLN pour mieux profiler sa propre candidature à l'élection.

Pour le président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme (indépendante), Abdennour Ali Yahia, la démission de Liamine Zéroual cache en réalité un "coup d'Etat de Cour" et la question n'est plus que de savoir laquelle des deux tendances au sein de l'armée va l'emporter, celle des "militaires qui veulent éliminer les islamistes du champ politique -y compris les islamistes qui siègent aujourd'hui au gouvernement" ou celle des "militaires partisans d'un dialogue avec les islamistes".

Le département d'Etat américain a souligné le 14 septembre l'importance que les USA attachaient à la tenue d'une élection présidentielle "libre et équitable" en Algérie. Le porte-parole du département d'Etat, James Rubin, a assuré que le gouvernement américain "suivrait de près le développement de ce processus". Quant au ministère français des Affaires étrangères, il s'est contenté de déclarer que la France avait pris acte de la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat et qu'il s'agissait d'une décision de politique intérieure qu'elle n'entendait pas commenter.

(AP 16.9) Le Premier ministre Ahmed Ouyahia, dont la démission avait été évoquée par la presse algéroise le 15 septembre, a été chargé le 16 par le président Zéroual du suivi et de l'organisation des élections présidentielles anticipées de février 1999, et a été désigné à la tête de la "Commission de préparation et d'organisation des présidentielles" -ce qui l'exclut de la liste des "présidentiables". En outre, son gouvernement restera en fonction jusqu'à l'échéance électorale (avec Ahmed Ouyahia à sa tête).

(Hijra 18.9) Dans un communiqué signé de son porte-parole, Ahmed Zaoui, le "Conseil de Coordination à l'étranger" du FIS qualifie de "nouveau coup d'Etat" la démission du président Zéroual et considère que "ceux qui se sont fourvoyés dans les élections truquées de novembre 1995 et les suivantes, en se faisant porter candidats aux supercheries électorales successives (...) auront (appris) qu'ils comptaient pour du vent dans le véritable échiquier des décideurs militaires". "Comme ses devanciers Ben Bella, Chadli et Boudiaf, Zéroual, tout général qu'il est, a sauté du strapontin sur lequel il se croyait fortement assis. Il est remercié sans gloire, s'il ne sera pas demain arrêté et mis en résidence surveillée, voire liquidé comme ses deux prédécesseurs", écrit Ahmed Zaoui, qui accuse le président démissionnaire d'avoir fait "le sale boulot des généraux" et d'avoir "servi de couverture en bonne conscience aux assassinats aveugles de dizaines de milliers d'Algériens", d'avoir "affamé le peuple algérien en signant et appliquant à la lettre les conditions inhumaines du FMI, jetant à la rue près d'un million de travailleurs algériens" et d'avoir "vendu les entreprises algériennes à tous les maffieux du régime au dinar symbolique". Pour le CCFIS, après le "coup d'Etat" que représente la démission de Liamine Zéroual, "personne ne peut faire l'impasse sur les revendications fondamentales du Front Islamique du Salut", notamment "la mise à l'écart des généraux, la fin de l'hégémonie militaire sur les affaires du pays et son devenir, le retour du FIS, la paix civile".

(FFS 18.9) Le Conseil national du Front des Forces Socialistes réuni en session ordinaire les 17 et 18 septembre a adopté la déclaration suivante:

En provoquant la démission du président Zéroual, le pouvoir réel démontre, une fois de plus, que le processus décisionnel échappe totalement aux " institutions ", dont le caractère factice , sans cesse affirmé par le FFS, ne fait plus de doute. Comme en janvier 1992, et au mépris des règles et procédures qu'ils ont pourtant imposées, les chefs militaires violent une fois de plus la constitution. Le discours sur l'Etat de droit s'avère n'être en définitive qu'une supercherie. Un Etat de droit, en effet, ne suppose-t-il pas que les règles et les lois s'appliquent autant aux citoyens qu'à ceux qui incarnent l'autorité ?

Cet acte apporte en même temps un cinglant démenti au rapport établi par le panel onusien. Il remet en cause totalement l'affirmation selon laquelle l'opération "de mise en place d'institutions " est un processus démocratique. Le FFS dénonce fermement ce rapport qui fait l'impasse sur la tragédie que vit le peuple algérien depuis des années. Comment ne pas être scandalisé par un rapport partial destiné à soutenir et plus grave encore, à blanchir le pouvoir en place, en lui accordant un satisfecit, véritable caution à la poursuite de la politique d'éradication avec son cortège de victimes? Pour le FFS, il s'agit bel et bien d'une démission devant le diktat des autorités algériennes. Sinon, comment expliquer le désaveu affiché dans les conclusions du panel, du rapport publié par le comité des droits de l'homme siégeant à Genève qui a clairement établi la responsabilité du pouvoir dans la torture, les enlèvements, les disparitions et exécutions extrajudiciaires, même quand ils sont perpétrés en réponse aux exactions des islamistes? Le FFS considère que l'ONU s'est éloignée du rôle que lui confère la déclaration universelle des droits de l'homme. En effet, le FFS s'étonne que le Secrétaire général de l'ONU n'ait pas donné mandat explicite pour enquêter sur les violations des droits de l'homme, comme il n'a pas hésité à le faire pour d'autres pays où les violations des droits de l'homme ont été pourtant moins graves et moins durables qu'en Algérie. Le FFS s'élève contre cette attitude discriminatoire, de complaisance et de laisser-faire vécue comme un traitement de mépris par une population recrue de malheurs, d'arbitraires et de misères.

Devant les désastres d'une guerre aggravée par un climat d'impunité et d'opacité, le FFS rappelle la communauté internationale à ses devoirs de solidarité active avec le peuple algérien. Le FFS appelle les instances internationales et à leur tête le Secrétaire général de l'ONU à prendre des initiatives crédibles permettant:

1) Une observation permanente et vigilante de la 
    situation des droits de l'homme dans notre pays.
2) Une médiation en faveur d'un processus de 
    paix et de réconciliations nationale.

Le FFS demeure convaincu que seule une solution politique, pacifique, démocratique et globale peut prévenir les périls pouvant résulter d'explosions sociales. Le FFS demande aux acteurs politiques et sociaux de se ressaisir et d'opérer des révisions déchirantes.Seule une solide volonté d'engager le pays dans la voie de la paix garantira effectivement une réelle transition démocratique.

(AP 20.9) Dix jours après l'annonce de son retrait par le président algérien Liamine Zéroual, la haute hiérarchie militaire a apporté son soutien à cette décision, et s'est engagée à veiller au bon déroulement des élections anticipées de février 1999, dans un communiqué publié le 20 septembre. L'armée s'inscrit ainsi contre les partis qui souhaitaient que le président aille au terme normal de son mandat, à la fin 2000. Elle répond également aux demandes de garanties exigées par la classe politique. Le Front des forces socialistes (FFS), notamment, avait accusé les militaires d'avoir poussé le président Zéroual à la démission. Le général et chef d'état-major Mohamed Lamari, a salué cet ``acte de grande portée politique'', en s'engageant à veiller à la ``sécurité et à la transparence'' des élections présidentielles anticipées, prévues en février 1999, dans un ``ordre du jour'' à ses troupes publié dimanche par l'ensemble de la presse algérienne. Selon le général Lamari, chef de l'un des clans militaires algériens (et d'un clan opposé au général Zéroual, soutenu par le clan rival du général Betchine), la décision annoncée par Liamine Zéroual a pour ``but de consacrer le principe de l'alternance au pouvoir et de générer des comportements nouveaux et des attitudes responsables dans la pratique politique''.

Du côté des partis politiques, le Front de Libération nationale (FLN) a exprimé son intention de présenter un candidat à la présidence en vue des élections anticipées. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a estimé pour sa part que des élections anticipées ne pouvaient avoir lieu qu'en cas d'''empêchement'' ou de ``maladie'', selon la Constitution, conditions qui selon le RCD ne sont pas réunies. Le Front des forces socialistes (FFS) estime que "provoquée par le pouvoir réel, la démission du président Zéroual démontre que le processus décisionnel échappe totalement aux institutions dont le caractère factice ne fait plus de doute". Quant au Rassemblement national démocratique (RND), il tente de se mettre d'accord avec des formations nationalistes et islamistes pour parrainer un candidat unique. Les islamistes du Mouvement de la société pour la Paix (MSP) ont répondu qu'ils n'accepteraient pas d'autre candidat unitaire éventuel que leur leader, Mahfoud Nahnah.

(APS 23.9) Le président Zéroual a adressé le 23 septembre des invitations aux responsables des partis politiques pour des concultations sur les modalités et les conditions de l'élection présidentielle anticipée. La première rencontre entre le président et les partis est prévue le 30 septembre, et concernera les partis représentés au parlement. Une seconde rencontre est prévue ultérieurement pour les partis non représentés au parlement. La commission nationale chargée de la préparation et de l'organisation de l'élection, présidée par le Premier ministre Ouyahia, a tenu sa première réunion le 22 septembre.

(El Watan 27.9, APS 28.9) Selon le quotidien "Al Chaab", Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs, pourrait être candidate à l'élection présidentielle si son parti décidait d'y participer. La veille, dans un entretien accordé à El Watan, Louisa Hanoune avait déclaré que le PT n'avait encore rien décidé mais se préparait à cette échéance, mais que le peuple algérien avait surtout et "plus que jamais besoin d'une véritable Assemblée détentrice de tous les pouvoirs et émanant de la volonté populaire". la décision de Liamine Zéroual d'abréger son mandat "aggrave la situation" algérienne et "ne correspond à aucun artiucle de la Constitution". La porte-parole du PT doutait que les Algériens "aient besoin d'une élection présidentielle anticipée" et affirmait que l'urgence était plutôt "d'asseoir les conditions politiques, économiques et sociales nécessaires pour que le peuple algérien puisse vivre, manger, scolariser ses enfants, les soigner, travailler". "Aucun scrutin ne peut être libre et honnête" en Algérie si "au préalable ne sont pas réunies les conditions politiques, c'est-à-dire la paix, une vie normale, le travail pour tous", a estimé Louisa Hanoune, qui a invité, à l'instar du FFS, le président Zéroual à "convoquer un congrès solennel qui regroupera tous les acteurs politiques -les institutions, les corps constitués, les partzis politiques et les personnalités influentes- pour dégager une issue à la crise".

(AFP, APS 1.10) Les partis politiques représentés au Parlement, à l'exception du RCD qui a boycotté la rencontre, ont été reçus le 30 septembre par le président Zéroual et lui ont demandé de "reconsidérer" sa décision d'écourter son msndat, ou du moins de reporter la date du scrutin. Cette demande, rendue publique par le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï, a été essentiellement motivée par le besoin des partis d'avoir le temps de s'organiser, de définir leur stratégie électorale et éventuellement de désigner leur candidat au scrutin, prévu en principe pour la fin du mois de février. Le président a refusé de revenir sur sa décision d'écourter son msndat, mais n'a pas exclu un report du scrutin de "quuelques semaines" si l'ensemble de la classe politique en est d'accord. Il a affirmé que l'élection aurait lieu "de la manière la plus transparente et la plus réfléchie" et a affirmé que son départ était une décision "mûrement réfléchie", prise en son "âme et conscience" et exprimant sa volonté de "faire jouer le principe de l'alternance". Le président doit encore consultar les partis non représentés au parlement, les associations, les organisations nationales et des personnalités politiques indépendantes. Lors de la rencontre du 30 septembre avec le président, le RND, le MSP-Hamas, le FLN, Nahda, le FFS, le Parti des Travailleurs, l'Union pour la démocratie et les libertés et le Parti républicain progressiste étaient représentés.

(El Watan 7.10) Le Front des Forces Socialistes a fait savoir par la voix de Samir Bouakouir que sa participation ou non à l'élection présidentielle anticipée dépendra de la réponse que donnera le président Zéroual à la demande de "garanties politiques" formulée par les socialistes algériens. La décision de participer ou non à l'élection sera prise le 29 octobre par le Conseil national du parti. Samir Bouakouir a qualifié de "spéculation" les rumeurs quant à une candidature de Hocine Aït Ahmed à la présidence. Pour sa part, le mouvement Ennahda propose le report de la date du scrutin et rappelle que le gouvernement en place, chargé d'organiser l'élection présidentielle, est toujours suspecté d'avoir organisé la fraude lors des élections locales et régionales. Enfin, le Parti des Travailleurs a réitéré sa proposition d'organiser un "congrès national" pour débattre des grands enjeux. Le PT demande également la levée de l'état d'urgence et une amnistie générale.

(APS, Al Chaab, AP 11.10) Le quotidien "Al Chaab" annonce le 11 octobre que "tout porte à croire" que le Premier ministre Ouyahia pourrait se porter candidat du RND à l'élection présidentielle, et que l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi s'y porterait également candidat, comme "indépendant". L'hypothèse d'une candidature du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf est également évoquée à Alger, comme solution de compromis entre un Premier ministre que sa politique économique "libérale" a rendu impopulaire, un Secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, jugé "ambitieux" et Mokdad Sifi, perçu comme "revanchard".

Au sein du FLN, le Secrétaire général Boualem Benhamouda est pressenti par l'aile "conservatrice" du parti, l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche par l'aile "moderniste" et les deux anciens ministres des Affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Taleb Ibrahimi par une partie de la "base", opposée à l'"aventurisme" de Hamrouche et à l'"opportunisme" de Banhamouda.

Le troisième parti de la coalition gouvernementale, le MSP-Hamas, pourrait présenter la candidature de son leader Mahfoud Nahnah si aucun candidat commun de la coalition ne se dessinait.

La mouvance "républicaine" hésite entre deux candidatures, celle de Saïd Sadi (RCD) et celle de Reda Malek (ANR), qui n'ont en commun que leur anti-islamisme, leur opposition au "clan Betchine" et leur allergie au Front des Forces Socialistes.

Au sein de la mouvance "démocrate", la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a fait savoir qu'elle était à disposition de son parti s'il décidait de présenter une candidature, et le Front des Forces Socialistes a annoncé qu'il appuierait son président Hocine Aït Ahmed s'il décidait de rentrer d'exil pour briguer la présidence au nom de la "démocratie plurielle et la paix".

La hiérarchie militaire a pour sa part fait savoir par la voix du général Lamari que l'armée veillerait au bon déroulement du scrutin, mais ne s'est pas publiquement prononcée pour un candidat ou un autre.

(JDD 11.10) Le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a réfuté dans une lettre au "Journal du Dimanche" du 11 octobre les "rumeurs" de "garanties" que lui auraient donné les militaires algériens dans l'éventualité de sa candidature à l'élection présidentielle, rumeurs dont l'hebdomadaire s'était fait l'écho la semaine précédente et que Hocine Aït Ahmed qualifie de "fantaisistes", et à propos desquelles il "refuse d'être mis en cause dans une négociation inventée de toutes pièces" et à laquelle il s'affirme "totalement étranger", n'ayant "rencontré ni directement ni indirectement d'émissaires de l'armée algérienne" et s'étant "toujours préservé des marchandages de coulisse". Le journal maintient quant à lui, non ses "informations" sur des "tractations" entre le président et le FFS et des représentants militaires, mais la possibilité d'une candidature de Hocine Aït Ahmed à la prochaine présidentielle "si toutes les conditions pour un bon déroulement du scrutin sont réunies".

(AFP 31.10) L'élection présidentielle anticipée prévue initialement à la fin du mois de février 1999 a finalement été reportée en avril, sur demandes des partis qui jugeaient le délai trop court pour s'organiser. L'annonce de ce report a été faite par le président Zéroual à la télévision le 31 octobre, lors d'une intervention à l'occasion du 44ème anniversaire du déclenchement de l'insurrection nationale de 1954. Tous les partis importants avaient fait la demande du report, y compris le "parti présidentiel" RND, et ont été informés par lettre de l'acceptation de leur demande. Dans son intervention télévisée, consacrée essentiellement à un hommage aux martyrs de la guerre d'indépendance et aux "victimes du devoir" depuis 1992, Liamine Zéroual a également pris la défense du général Betchine, son conseiller démissionnaire, violemment attaqué par les quotidiens indépendants francophones "El Watan" et "Le Matin" : "La démocratie n'est pas la rumeur, l'insulte ou l'anarchie", a affirmé le président, pour qui la liberté d'expression "ne peut signifier porter atteinte à l'honneur des personnes".

(El Watan 30.11, AP, APS, Liberté 1.12) Rendant compte le 29 novembre de sa rencontre de la veille avec le Président Zéroual dans le cadre de la préparation de l'élection présidentielle d'avril 1999, Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs (PT) a déclaré que "la présidentielle ne constitue pas une priorité", s'est dite favorable à des élections législatives anticipées pour dégager une assemblée nationale "plus représentative" et a déclaré qu'il fallatt "au préalable arrêter l'effusion de sang et apaiser la contestation sociale" en donnant satisfaction aux "revendications du monde du travail" et en opérant "le redressement de l'économie nationale". Au cours de sa rencontre avec Liamine Zéroual, qui s'est déclaré disposé à débattre de tous les sujets, Louisa Hanoune a soulevé les questions relatives aux droits de l'Homme et notamment au dossier des "disparus", et a réitéré sa proposition d'un "congrès national pour la paix" auquel pourraient participer non seulement les institutions de l'Etat et les partis politiques légaux, mais également les dirigeants du FIS. Louisa Hanoune a dénoncé "le pourrissement" de la situation politique, et le fait que "des cercles travaillent dans ce sens car (...) cela leur permet de renforcer leurs privilèges". Selon la porte-parole du PT, Liamine Zéroual aurait affirmé avoir "déployé tous ses efforts pour trouver une solution à la crise", mais reconnu qu'ils avaient tous étaient mis en échec, et a déploré que les partis politiques n'aient pas joué leur rôle de "passerelles" dans la recherche d'une solution, tout en reconnaissant de la part du pouvoir un "déficit de communication" à ce propos. Liamine Zéroual a notamment évoqué une visite aux dirigeants du FIS lorsqu'ils étaient détenus à la prison de Blida : ils auraient alors posé des conditions à leur participation à une solution politique de la crise algérienne. Le président a affirmé que la présidence avait "encouragé" l'initiative prise par l'Armée islamique du Salut (AIS) de décrêter une trève unilatérale. Il a appelé les partis politiques à "prendre leurs responsabilités et à trouver un consensus minimum dans l'espoir de dégager une solution à la crise". Le président s'est déclaré optimiste quant à une "évolution positive des évènements" et s'est donné deux priorités pour le reste de son mandat : la paix et les problèmes sociaux. Liamine Zéroual a affirmé qu"aucun Algérien (n')est contre la paix" et a donné des assurances à son interlocutrice sur un traitement rapide du dossier des "disparus" et de celui des cadres gestionnaires en détention. Le président a enfin démenti l'existence d'"escadrons de la mort", mais n'a pas exclu celle de grouppes occultes liés à des intérêts de personnes.

La rencontre entre le Président Zéroual et la porte-parole du PT s'inscrit dans une série de rencontres entre la présidence et les partis politiques. Seule Louisa Hanoune a rendu compte publiquement de ces rencontres, lors desquelles le président de la République a annoncé que la démission du Premier ministre Ouyahia sera l'occasion d'un remaniement ministériel touchant les portefeuilles de la Justice, de la Communication et de l'Intérieur, lesquels seraient attribués à des "personnalités non-partisanes". Le Premier ministre Ouyahia devrait présenter le bilan de son gouvernement le 6 décembre devant le Parlement, et démissionner ensuite. Liamine Zéroual a en outre "sondé" ses interlocuteurs sur l'hypothèse de la nomination de Smaïl Hamdani comme Premier ministre, hypothèse qu'il soutient. Liamine Zéroual a appelé les partis politiques à désigner leurs représentants dans le groupe de travail mixte partis/présidence, installé officiellement le 5 décembre.

(Liberté 9.11) Les partis politiques poursuivent leurs "grandes manoeuvres" de préparation de l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999. Les noms de l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche, de l'aile "réformatrice" du FLN, de l'ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene Abdelaziz Bouteflika ("classé" dans la mouvance "nationale-conservatrice" mais absent depuis longtemps de la scène politique nationale) et de l'un de ses successeurs, Ahmed Taleb Ibrahimi, qui aurait la faveur d'une partie des islamistes, sont notamment citée. Hamrouche aurait déjé installé son bureau de campagne national et plusieurs bureaux régionaux, et aurait eu plusieurs rencontres avec le secrétaire général du RND (l'actuel "parti présidentiel"), Tahar Benbaibèche. La candidature de l'actuel Premier ministre Ahmed Ouyahia est également évoquée comme celle soutenue par le président Zéroual. Du côté des deux partis islamistes légaux, les incertitudes demeurent : le leader de MSP-Hamas, Mahfoud Nahnah, laisse entendre qu'il serait prêt à ne pas se présenter si un candidat "consensuel" de la coalition gouvernementale était trouvé, mais son parti sollicite sa candidature. Le fondateur de Nahda, Abdallah Djaballah, serait tenté par une candidature, ne serait-ce que pour reprendre les rênes du parti où il a été confiné par la nouvelle direction de Lahbib Adami à un poste de président honoraire -laquelle direction préfererait soutenir un autre candidat issu du courant islamo-conservateur.

(Liberté 2.12) Les noms de trois candidats potentiels à l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999 sont évoqués avec de plus en plus d'insistance : ceux des anciens ministres Abdelaziz Boutelika, Ahmed Taleb Ibrahimi et de Mouloud Hamrouche. Selon le quotidien "liberté", les trois hommes, qui "affirment à leur entourage qu'ils sont partants (...) dans n'importe quelle condition et quelle que soit la suite des évènements" ont plusieurs points en commun : tous trois ont exercé "de hautes responsabilités", tous trois ont connu "des traversées du désert" et tous trois seraient des "réconciliateurs". Abdelaziz Bouteflika, qui avait déjà été pressenti lors de l'élection de 1994 et avait finalement renoncé, selon ses proches parce qu'on lui avait interdit d'ouvrir un dialogue avec le FIS, et selon ses adversaires parce qu'on lui aurait refusé les pleins pouvoirs sur l'armée, se définit lui-même comme "ni islamiste, ni laïque" et s'attelerait à "établir le contact avec le FIS, mais pas avec ceux qui ont pris les armes". Ahmed Taleb Ibrahimi, quant à lui, avait proposé d'engager des discussions avec les responsables politiques du FIS "pour enlever leur couverture politique aux groupes armés". Enfin, Mouloud Hamrouche est signataire de l'"appel pour la Paix".

(El Watan 9.12, 10.12) Après la réunion publique organisée par le FFS-Immigration à Paris le 7 décembre, Hocine Aït Ahmed, dans une conférence de presse, a évoqué l'hypothèse de sa propre candidature à l'élection présidentielle anticipée d'avril 1999 en déclarant que toutes les options étaient ouvertes. Le FFS privilégie en tous cas la proposition d'un "pacte national" pour la reconstruction d'un Etat démocratique et de droit, et celle d'un manifeste contre la violence. Dans ces conditions, il ne fait pas de l'élection présidentielle une priorité : "Il faut d'abord et avant tout ramaner la paix, ensuite mettre en place une transition. (...) L'enjeu politique, c'est (...) d'arrêter la spirale de la violence", a déclaré Hocine Aït Ahmed.

(Liberté 12.12) Le groupe de travail mixte présidence/partis politiques chargé de préparer l'élection présidentielle anticipée d'avril a clos ses travaux le 11 décembre en "finalisant" une "plate-forme" instituant la Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP). Les représentants du RCD et du Parti des Travailleurs ont refusé de signer le document final, le représentant du MSP avait quitté la salle avant la fin de la séance et le FFS a boycotté le groupe de travail. Le document final n'a été signé que par le RND ("parti présidentiel" et les petits partis.

(Reuters, AFP, El Watan 15.12) Dans une interview au quotidien "Le Matin", le Secrétaire général du RND ("parti présidentiel"), Tahar Benbaïbeche, affirme que le Premier ministre sortant Ahmed Ouyahia "peut être" le candidat du parti au pouvoir. Les autres noms de candidats les plus fréquemment avancés par la presse sont ceux de l'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche et de l'ancien ministre des Affaires Abdelazig Bouteflika, dont la candidature est ouvertement combattue par un ancien commandant de wilaya pendant la guerre d'indépendance, Youcef Khatib, qui a annoncé sa propre candidature. Dans le camp islamiste, la candidature du chef du MSP-Hamas, Mahfoud Nahnah, pourrait être annoncée à l'issue de la réunion de la direction du parti, le 16 décembre.

(Le Monde, Libération, Le Matin, El Watan 17.12, 18.12) Alors que le principal intéressé n'a toujours pas annoncé sa propre candidature à la présidence, le FLN a désigné Abdelaziz Boutelika comme son candidat à l'élection d'avril 1999, "à l'unanimité" du Comité central, le 16 décembre. Abdelaziz Boutelika est le premier candidat a être ainsi présenté officiellement par un parti gouvernemental. Le quotidien "Le Matin" trouve "inédite" la situation du FLN, "qui s'est prononcé en faveur d'un candidat dont on ne connaît même pas les choix politiques et, encore moins, le projet de société". Le secrétaire général du FLN a toutefois indiqué qu'Abdelaziz Boutelika préparait un programme de "consensus national", et a même précisé que Bouteflika ne serait pas tenu de respecter le programme du FLN. Sa désignation par l'ancien parti unique barre en tous cas la voie électorale à deux autres candidats potentiels issus du FLN, mais en désaccord avec son actuelle direction, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi, lequel avait demandé un congrès extraordinaire du parti pour désigner le candidat du Front et menacé, sinon, de se sentir "délié de toute obligation de discipline de parti quant à la candidature à l'élection présidentielle", ce qui laisse supposer qu'il sera lui aussi candidat à la présidence "afin de consolider l'unité nationale et tourner la page du sang et de la destruction". Mouloud Hamrouche pourrait lui aussi annoncer sa candidature et serait déjé prêt à installer la permanence de son comité de soutien à Alger. La question est désormais posée de savoir si Abdelaziz Bouteflika sera le candidat "consensuel" des groupes au pouvoir, ou si les luttes de clans au sommet de l'Etat vont se traduire par l'affrontement électoral de plusieurs candidats, en sus des candidats de l'opposition et de la mouvance islamiste. L'ancien commandant de la wilaya IV pendant la guerre d'indépendance, Youcef El Khatib, a annoncé sa propre candidature avant même que le FJN ne désigne Bouteflika, membre pendant la guerre, aux côtés de Houari Boumédiene du "groupe d'Oujda" (officiers de l'ALN stationnés au Maroc). Quant au RND ("parti présidentiel", il aurait selon "El Watan" décidé, voire "rteçu l'ordre", de soutenir Abdelaziz Bouteflika. Un congrès extraordinaire devrait ratifier cette décision prise au sommet de l'Etat. Le secrétaire général du RND serait par ailleurs limogé ou démissionné.

(El Watan 17.12) Dans une réunion publique à Souk Ahras, Seddik Debaïli, Secrétaire du FFS,a évoqué la possibilité d'une candidature du Front des Forces Socialistes à l'élection présidentielle d'avril 1999, sans en faire une certitude et en précisant que le parti pourrait aussi soutenir un candidat proche de ses positions, voire même boycotter l'élection si des garanties n'étaient pas données quant à la régularité du scrutin. A Oran, le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï a également confirmé que le parti n'avait pas encore "arrêté la décision de participer ou non à la prochaine élection présidentielle", mais a précisé qu'au cas où il y participerait avec son propre candidat, celui-ci serait "le leader du parti, Hocine Aït Ahmed".

(El Watan 17.12) Le MSP-Hamas (islamiste) a entériné la candidature de son chef, Mahfoud Nahnah, à l'élection présidentielle, malgré l'opposition initiale d'une partie de son Conseul consultatif (comité central) à toute participation du parti au scrutin. Pas plus qu'Abdelaziz Boutelika, Mahfoud Nahnah n'a lui-même annoncé qu'il était candidat. Le président du MSP a par contre réaffirmé l'adhésion de son parti à la coalition gouvernementale.

(Liberté, El Watan 22.12, 23.12, APS 23.12) Selon le quotidien "Liberté", l'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali s'ajouterait, selon ses proches, à la liste des candidats potentiels à la présidence Abdelaziz Bouteflika, Mahfoud Nahnah, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Ahmed Taleb el-ibrahimi). "Ni éradicateur, ni réconciliateur", Sid Ahmed Ghozali considérerait que "le pays n'est pas en état de guerre civile" mais que "la société algérienne a créé des fous de haine (...) qu'il faut arrêter, neutraliser, mais avec lesquels il ne faut surtout pas discuter".

Les "candidats potentiels" Ahmed Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche, ainsi que le FLN, après avoir décidé de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, ont demandé à rencontrer le Front des Forces Socialistes, qui n'a pas encore décidé de présenter ou non son propre candidat mais aurait néanmoins décidé d'être présent lors de l'élection, d'une manière ou d'une autre. Le choix du parti devrait être fait par son Conseil national, les 7 et 8 janvier.

Du côté du "pôle républicain", le jeu des alliances semble particulièrement complexe : l'ANR de Redha Malek et le PRA de Nourreddine Boukrouh tentent de constituer une alliance avec le RCD et le MDS, le RCD semblant quant à lui privilégier une alliance électorale encore plus large, n'excluant que les islamistes et incluant le RND et le FLN. Cette alliance, qui impliquerait que le RCD ne présente pas la candidature de son leader Saïd Sadi aux présidentielles, ne fait cependant pas l'unanimité au sein du parti et est qualifiée par certains de ses cadres et de ses militants d'"alliance contre-nature". Le rapprochement entre l'ANR et le PRA devrait se concrétiser au moins par un meeting commun à Alger. Redha Malek plaide pour un "candidat unique des démocrates" faisant barrage aussi bien aux islamistes qu'aux réconciliateurs et aux conservateurs, ce qui exclut une alliance avec ces derniers (FLN et RND).

Côté islamistes, enfin, la direction du MSP-Hamas a "entamé la préparation des mécanismes de mise en oeuvre de la décision" de présenter Mahfoud Nahnah. Quant à Ennahda, déchiré entreson fondateur Abdallah Djaballah et son secrétaire général Lahbib Adami, la direction du parti devrait choisir le 24 décembre entre l'option d'une candidature spécifique (celle de Djaballah) et le soutien à une candidature non-partisane (celle d'Abdelaziz Bouteflika ou celle de Taleb El-Ibrahimi).

(El Watan 24.12) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) semble toujours hésiter entre deux stratégies pour l'élection présidentielle d'avril 1999, la stratégie de la "convergence démocratique" (alliance avec les partis de la mouvance "républicaine", ANR, PRA, MDS) ou la stratégie de la "grande alliance" anti-ilamiste, avec le FLN et le RND. L'hypothèse d'un boycott des élections n'est en outre pas encore tout à fait exclue. Le leader du RCD, Saïd Sadi, a déjà rencontré Abdelaziz Bouteflika à plusieurs reprises. Parallèlement, les négociations avec l'ANR et le PRA aboutissaient à un échec quant à la constitution d'un "pôle démocratique" (excluant évidemment le FFS et le PT) basé sur un programme commun, mais laissaient ouverte la possibilité d'une coalition électorale RCD-ANR-PRA. Resterait dans cette hypothèse à trouver un candidat commun aux trois formations, le RCD considérant évidemment que son leader Saïd Sadi devrait être ce candidat, et ayant déjà commencé à mettre sur pied des comités de soutien à cette candidature.

(Liberté, El Watan 26.12, APS 27.12) Le mouvement Ennahda a décidé le 25 décembre, à une large majorité de sa direction (majliss echoura), de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, et de renoncer par conséquent à présenter son propre candidat, qui aurait pu être le président du parti islamiste, Abdallah Djaballah, lequel a d'ailleurs quitté la réunion peu avant la décision en déclarant que "les résultats sont connus d'avance". Abdallah Djaballah n'a du reste plus aucun contrôle sur son propre parti et a été privé de presque tous ses pouvoirs par la direction d'Ennahda, menée par le Secrétaire général L'hbib Adami. Djaballah dispose cependant encore d'une "base" régionale à Skikda, Annaba, Guelma, El-Tarf et Constantine. Les responsables régionaux d'Annaba ont d'ailleurs rejeté la décision du parti de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika.

(AFP 27.12) Abdelaziz Bouteflika a finalement confirmé le 26 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril.

(AFP 28.12) L'ancien Premier ministre Mouloud Hamrouche a annoncé le 28 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril, tout en précisant qu'il poursuivait des consultations avec des personnalités et ses "comités de soutien". Mouloud Hamrouche a justifié sa candidature par la volonté d'éviter une "élection fermée" et de faire de l'élection présidentielle "une opportunité de sortie de crise". Il bénéficierait du soutien de l'aile supposée "réformatrice" du FLN, d'une partie des "enfants de chouhada" (martyrs de la guerre d'indépendance) et de plusieurs "comités de soutien de citoyens".

(AFP 29.12) L'ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali a annoncé le 29 décembre sa candidature à l'élection présidentielle d'avril.

(Liberté 30.12) Après que "El Watan" ait annoncé le 29 décembre qu'une rencontre avait réuni la veille les représentants de six partis politiques (RND, FLN, MSP. Ennahda, FFS et PT), "Liberté" annonce le 30 décembre une rencontre (la même ?) de quatre partis (FFS, PT, RND et MSP) dont l'objectif aurait été, selon le journal, d'élaborer une stratégie commune pour "barrer la route à Bouteflika", au besoin en soutenant la candidature de Mouloud Hamrouche, qui a dénoncé la candidature d'Abdelaziz Bouteflika comme celle d'un "homme du passé". Le Front des Forces Socialistes prendra sa décision lors de la réunion de son Conseil national, les 6 et 7 janvier.

(El Watan 2.1.99, Liberté 3.1.99) Annoncée au conditionnel par la presse, la candidature à l'élection présidentielle de l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi serait, selon "El Watan", une quasi-certitude. Ahmed Taleb se présenterait en candidat indépendant, ce qui lui laisse fort peu de chance de succès électoral, mais compterait sur des comités de soutien installés au fur et à mesure que s'amplifiera la campagne électorale. Il miserait également sur le soutien d'une partie au moins de la base militante de son parti, le FLN. L'ancien ministre résume son programme en se proclamant "contre la violence par laquelle on veut arriver et rester au pouvoir, contre l'exclusion et l'instauration des premier et deuxième collège parmi les citoyens", et affirme que "la solution du dialogue est préférable à celle de l'éradication. Il devrait mener, si sa candidature se confirme, campagne sur le thème de la réconciliation nationale et pour l'instauration d'un Etat de droit dans une république démocratique. Le quotidien "Liberté" évoque pour sa part la possibilité d'une autre candidature issue du FLN, celle de Mohammed Salah Yahiaoui, pour lequel "des dizaines de comités de soutien ont été créés ces derniers jours par des militants du FLN et des citoyens". Mohammed Salah Yahiaoui se présenterait pour "faire barrage" à son vieil adversaire au sein du parti, Abdelaziz Bouteflika.

(Reuters 28.12) L'instance exécutive du FIS à l'étranger a déclaré le 28 décembre dans un communiqué qu'elle accordait "une importance majeure" à l'élection présidentielle d'avril, et vouloir oeuvrer à ce qu'elle constitue "un véritable début de solution politique juste et globale dans le cadre de la réconciliation nationale, du retour à la paix et à la sécurité et du rétablissement de la souveraîneté complète du peuple en matière de chois de ses dirigeants". L'instance a affirmé que le FIS "aura une forte présence dans ces élections", à laquelle elle invite "tous ses militants, ses sympathisants et l'ensemble du vaillant peuple algérien" à participer pour "choisir l'homme qui va concrétiser la réconciliation nationale globale". L'instance assure que le FIS exposera ses "recommandations électorales" après que les candidats se seront exprimés "clairement sur les grands sujets nationaux comme la réconciliation nationale, la solution politique juste et globale, la trêve de l'Armée islamique du Salut".

(El Watan 3.1) Diverses positions contradictoires ont été exprimées, émanant des diverses tendances du FIS, à propos des élections présidentielles d'avril. D'une part, l'instance exécutive du FIS, dirigée d'Allemagne par Rabah Kebir, a appelé dans un communiqué les sympathisants du Front à participer activement à l'élection (sans pour autant préciser encore pour qui voter). D'autre part, la tendance plus radicale, éditant à Londres le bulletin "Saout El Djebbha" proche du Conseil de coordination à l'étranger, a dénoncé dans le dernier numéro du bulletin les "partisans de la trêve et du dialogue" favorables à une présence dans une campagne électorale qui ne "profite qu'à nos ennemis". D'anciens responsables du FIS (Djeddi, Boukhamkham) soutiennent plus ou moins ouvertement Taleb Ibrahimi, d'autres (Zebda, Hachemi Shanouni) soutiennent Abdelaziz Bouteflika, d'autres encore (Kerrar, Merrani) soutiennent Mouloud Hamrouche.

(El Watan, Liberté 2.1) Dans une lettre commune du 28 décembre, quatre personnalités (dont deux candidats déclarés ou probables à l'élection présidentielle d'avril), Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah, Youcef Khatib et Mohamed Salah Yahiaoui, appelle le président Zéroual à assurer "la transparence et la crédibilité" du prochain scrutin et la possibilité de l'"alternance au pouvoir". Partant de déclarations du secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, qui aurait affirmé avoir reçu des "instructions" pour engager son parti dans le soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, les quatre personnalités -fort dissemblables par ailleurs quant à leurs engagements politiques- craignent un non-respect des engagements pris par le président Zéroual, et que "les prochaines élections (ne soient qu') une simple formalité" pour un candidat auto-désigné par des cercles du pouvoir. Les quatre signataires de la lettre demandent au président Zéroual de "libérer de toute tutelle" l'activité des partis politiques et de veiller à ce que l'armée ne se mêle pas aux divergences partisanes. Ils plaident pour une "concurrence loyale" entre les candidats, et pour la neutralité effective des institutions de l'Etat. Ahmed Taleb Ibrahimi et Youcef Khatib sont annoncés comme probables candidats à l'élection. Abdallah Djaballah, président de Ennahda, mais dépossédé de tout pouvoir sur son parti par son secrétaire général Adami -lequel a engagé le parti à soutenir Abdelaziz Bouteflika- est également évoqué comme un candidat potentiel.

(El Watan, Liberté 2.1, 3.1) Les quatre partis (FFS, MSP, PT et RND) qui ont commencé fin décembre à tenter de coordonner leur attitude dans la perspective des élections présidentielles, et qui ont été rejoints par un représentant du président de Ennahda, Abdallah Djaballah, en conflit avec son propre parti, ont eu une nouvelle rencontre le 31 décembre au siège du FFS. Cette réunion était préparatoire d'une rencontre des chefs de partis, prévue autour du 9 janvier, et qui devrait réunir Tahar Benbaïbèche pour le RND, Louisa Hanoune pour le PT, Abdallah Djaballah pour une partie d'Ennahda et Ahmed Djeddaï pour le FFS (la possibilité d'une présence de Hocine Aït Ahmed étant évoquée). Les partis concernée pourraient en outre inviter le RCD et le FLN à les rejoindre, afin d'élaborer une sorte de "plate-forme" à partir des propositions de chaque parti, réclamant la garantie d'élections libres, honnêtes et transparentes, face au danger d'élections déjà "réglées" par la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Pour autant, il ne semble pas, contrairement aux rumeurs qui circulaient, qu'une candidature commune (celle de Mouloud Hamrouche, par exemple) soit concevable, et l'on s'acheminerait plutôt vers une pluralité de candidature (une par courant, voire même une par parti). Par ailleurs, l'hypothèse de la présentation par le RCD de son leader Saïd Sadi semble prendre corps, compte tenu de la création de nombreux comités de soutien locaux à cette candidature.

1999

(Reuters, El Khabar 4.1) Youssef al Khatib, candidat potentiel à l'élection présidentielle, et ancien conseiller du président Zéroual, affirme dans un entretien publié le 4 janvier par El Khabar que c'est l'armée qui a "ordonné" au FLN de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, candidature à laquelle selon el- Khatib la direction du FLN était au départ hostile, mais à laquelle elle aurait dû se plier sur ordre "de l'institution militaire" -laquelle ferait également pression sur les autres partis politiques pour qu'ils endossent la candidature de Bouteflika.

(APS 7.1) Le Premier ministre Smaïl Hamdani a assuré le 7 janvier l'Assemblée nationale que son gouvernement veillera au "strict respect de l'impartialité" de l'administration en charge de l'organisation de l'élection présidentielle d'avril, et que la commission indépendante de surveillance de cette élection disposera des "moyens adéquats". Le gouvernement a annoncé qu'une révision exceptionnelle des listes électorales sera opérée dès les électeurs convoqués aux urnes par le président Zéroual.

(Reuters 8.1, APS, El Watan 9.1) Le Front des Forces socialistes a annoncé le 8 janvier qu'il présentera un candidat à l'élection présidentielle d'avril, si l'armée prend "une position claire et explicite en s'engageant à la neutralité dans cette élection anticipée", a déclaré le Secrétaire général du FFS Ahmed Djeddaï. Le FFS convoque un congrès extraordinaire le 4 février pour désigner son candidat (qui pourrait être Hocine Aït Ahmed) si les conditions de vote sont crédibles et si les observateurs (algériens et internationaux) ont les mains libres. Ahmed Djeddaï a en outre déclaré, à propos des accusations portées notamment par "El Watan" et Youssef al Khatib selon lesquelles Abdelaziz Bouteflika aurait été imposé comme candidat au FLN par la haute hiérarchie militaire, qu'une telle hypothèse ne pourrait que "ternir l'image de l'armée, de l'institution présidentielle et du gouvernement". La décision de la participation du FFS au scrutin présidentiel et de la convocation du congrès extraordinaire du 4 février a été prise le 7 décembre par le conseil national du parti.


L'élection présidentielle de 1999

La candidature de Hocine Aït Ahmed à la présidence

(El Watan 12.1) Les représentants des cinq partis réunis depuis plusieurs semaines pour adopter une attitude (mais non une candidature) commune lors de l'élection présidentielle (FFS, RND, MSP, PT et Ennahda-Djaballah) se sont réunis une nouvelle fois le 11 janvier au siège du FFS pour apporter les dernières retouches au projet de déclaration commune qui sera finalement adoptée et présentée par les leaders des cinq partis (lesquels ont invité notamment Mouloud Hamrouche, Youcef El Khatib et Abdelhamid Mehri à rejoindre leur démarche. D'autres partis, invités de même (le RCD, l'ANR, le PRA, le MDS et le FLN) ont repoussé l'invitation. Le "groupe des cinq" va interpeller le Président de la République à propos des garanties concrètes quant à la régularité du scrutin d'avril.

(Liberté 13.1, Al Chaab 14.1) La "rencontre au sommet" des leaders nationaux des partis du "groupe des cinq" (FFS, PT, MSP, Ennahda-Djaballah et RND) a, selon "Liberté", été reportée du 13 au 16 janvier. La dernière version de la proposition de déclaration commune des cinq partis, qui devra être ratifiée lors de cette rencontre, a été mise au point le 12 par les représentants des cinq partis, qui selon un communiqué sont arrivée à un "accord politique" portant sur la situation sécuritaire, les élections présidentielles, la conjoncture politique, la politique sociale et les droits de l'Homme. Selon "Al Chaab", la "rencontre au sommet" devrait accueillir, outre les leaders des partis, plusieurs personnalités, dont des candidats annoncés ou potentiels à l'élection, parmi lesquelles Sid Ahmed Ghozali, Abdeslam Belaid, Ahmed Taleb Ibrahimi, Mohammed Salah Yahiaoui.

(APS 13.1) Le chef du gouvernement Smaïl Hamdani a assuré le 12 janvier devant l'Assemblée nationale que le gouvernement était déterminé à donner un "caractère de crédibilité, de transparence et de régularité" à l'élection présidentielle d'avril. Smaïl Hamdani a annoncé que le gouvernement allait réduire d'un millier le nombre de bureaux itinérants, et entendait ouvrir les bureaux de vote destinés aux membres des forces de sécurité aux représentants de la Commission nationale de surveillance de l'élection (CNISEP) et aux représentants des candidats, qui pourront également assister aux opérations de dépouillement. Des copies conformes des procès-verbaux de dépouillement seront en outre remises aux représentants des candidats. Smaîl Hamdani a également réitéré la volonté de son gouvernement de veiller au respect de la neutralité de l'administration, des media publics et des agents de l'Etat dans l'organisation et le déroulement de l'élection présidentielle.

(El Watan 13.1, 14.1) Selon "El Watan", le leader du MSP, Mahfoud Nahnah, pourrait être empêché de se présenter à l'élection présidentielle par les nouvelles dispositions introduites dans la Constitution (art. 73), et qui imposent comme condition d'éligibilité à la présidence d'avoir participé à la guerre de libération nationale (pour autant qu'on soit né avant 1942, ce qui est le cas de Mahfoud Nahnah). Or Mahfoud Nahnah n'est pas enregistré comme "moudjahid" par le ministère des Moudjahidines. Le Conseil consultatif (Madjliss Echoura) du MSP s'est contenté de réagir à cette information en appelant à la "vigilance" face à la publications d'informations "tendancieuses", et en rappelant que son président a déjà été candidat à la présidence (mais c'était en 1995, et la disposition en question n'avait pas encore été introduite dans la constitution).

(APS, El Watan 16.1) La direction (Bureau national) du Rassemblement National Démocratique (RND) a démenti avoir reçu une pétition signée par 154 membres du Conseil national du parti, soutenant la candidature présidentielle d'Abdelaziz Bouteflika, pétition rendue publique le 15 janvier. Le communiqué signé par le Secrétaire général du RND, Tahar Benbaïbèche, affirme qu'"un nombre appréciable" de personnes dont les noms sont apparus sur la liste rendue publique lui ont affirmé n'avoir pas signé cette pétition et n'avoir mandaté personne pour le faire à leur place, alors que d'autres auraient été "induits en erreur". Le communiqué de T. Benbaïbèche accuse un "groupe" de vouloir se constituer "en cellule de soutien à un candidat, transgressant (...) le statut et le réglement intérieur du parti" en menant une opération de "falsification" et de "désinformation", et an agissant "sans prendre connaissance du programme du candidat". La pétition ("motion de soutien" à Abdelaziz Bouteflika a été transmise le 15 janvier à la presse. Elle affirme que le soutien à la candidature Bouteflika a "recueilli l'adhésion d'une large majorité des cadres et des militants du parti", et un nombre de "signatures effectives des membres du Conseil" national du RND (154 sur 253) suffisant pour "prendre toutes les mesures et décisions conformément aux textes fondamentaux du parti", notamment la convocation de son Conseil national. Le RND semble désormais divisé en trois courants, celui de l'ancien Premier ministre Ouyahia, qui soutient la candidature Bouteflika, celui de l'ancien Premier ministre Mokdad Sifi, qui soutient une candidature propre au parti et celui du secrétaire général Benbaïbèche.

(El Moudjahid, APS 17.1) Selon "El Moudjahid", Louiza Hanoune, porte-parole du Parti des Travailleurs (PT) pourrait se présenter à l'élection présidentielle d'avril, ce qui, ajoute le journal, "constituerait une petite révolution dans les moeurs politiques, car il s'agirait alors de la première candidature féminine" à un tel poste dans l'histoire (contemporaine) de l'Algérie. Le PT se prononcera sur les élections présidentielles le 22 janvier.

(APS 17.1) Le président Zéroual a procédé officiellement le 16 janvier à l'installation de la Commission nationale indépendante de surveillance des élections présidentielles (CNISEP). Il a réaffirmé à cette occasion son engagement "ferme" à "veiller au respect des conditions légales d'équité entre tous les candidats. Ceux-ci peuvent commencer à retirer leurs dossiers de candidature. Chaque candidat doit présenter une liste comportant soit au moins 6000 signatures d'élus locaux, départementaux ou nationaux répartis dans 25 wilayas, soit au moins 75'000 signatures d'électeurs inscrits dans 25 wilayas, avec au moins 1500 électeurs par wilaya.

(APS, El Watan 20.1) Douze ministres du gouvernement Hamdani ont signé la "motion" de soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, adressée au RND, ce qui, selon "El Watan", laisse planer un doute sur "la neutralité de l'Exécutif, en charge de la préparation locale et transparente de cette importante échéance politique". Le quotidien obserbe que "les ministres RND du gouvernement Hamdani sont, en l'état actuel de la précampagne, seuls à avoir pris position de la sorte", alors que les ministres du FLN gardent une "prudente réserve" (alors que leur parti soutient officiellement Bouteflika), ainsi que ceux du MSP. "Beaucoup (...) soulignent la dichotomie qu'il y a entre un gouvernement réputé neutre quant à l'enjeu final et des ministres qui sont déjà entrée en campagne en affichant publiquement leur préférence", écrit "El Watan". La motion de soutien à Abdelaziz Bouteflika a en outre recueilli quinze nouvelles signatures de membres du Conseil national, ce qui porterait le nombre des membres de ce conseil qui l'ont signée à 169, sur 253.

(El Watan 24.1) Le soutien explicite de onze ministres en place à la candiodature d'Abdelaziz Bouteflika a suscité l'envoi d'une lettre au président Zéroual, par Ahmed Taleb Ibrahimi, Youssef Khatib et Abdallah Djaballah, qui demandent au président de "prendre les dispositions appropriées pour que soit assurée l'impartialité effective des administrations de lEtat dans les différentes phases d'élections libres, démocratiques et transparentes". Le président de l'Union pour la démocratie et les libertés (UDL), Moula Boukhalfa, a dénoncé quant à lui le fait que "les ministres du gouvernement piétinent leur devoir de réserve en prenant ouvertement position pour un candidat", et demande leur démission. Le secrétaire général du PRA de Noureddine Boukrouh, Sofiane Djilali, a considéré pour ra part que le "déficit de moralité de l'Etat" était aggravé par la prise de position de ces ministres, même si dans des conditions normales (qui ne sont pas celles de l'Algérie), le soutien de ministres à un candidat ne porterait pas à douter de leur neutralité. Le Front des Forces Socialistes a émis également des doutes sur la nautralité de l'administration lorsque des ministres, des préfets (walis) et des chefs de daïras sont engagés dans le soutien à l'un des candidats. Le porte-parole du gouvernement, Abdelaziz Rehabi, a répondu en affirmant que l'engagement des ministres "n'affectera pas la régularité de l'élection".

(El Watan 21.1) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a adressé aux élus et militants du RND une "lettre ouverte", publiée dans "El Watan", dans laquelle il se déclare "prêt à être le candidat du RND à l'élection présidentielle si les élus et la base du RND le veulent", et où il fustige les partisans d'Abdelaziz Bouteflika, qui sont selon lui en train de "tuer" le RND pour "offrir ses restes aux nouveaux maîtres du moment, qu'ils s'empresseront de trahir comme ils ont trahi leurs maîtres d'hier" et "abandonné" le RND "au lendemain de l'annonce du départ du président Zéroual", comme des "rats (abandonnent) un navire en naufrage". La diatribe vise notamment (sans les citer) Mohammed Betchine et Ahmed Ouyahia, lequel est accusé de vouloir "faire du parti un simple comité de soutien" au profit "d'un candidat qui n'en a pas besoin". Moddad Sifi tente, selon "El Watan", se se "positionner" comme une alternative aux deux tendances qui "tiraillent" le RND, celle d'Ahmed Ouyahia (pro-Bouteflika) et celle du secrétaire général du parti, Benbaïbèche, qui serait partisan de la candidature de Mouloud Hamrouche. Mokdad Sifi invite les "nationalistes-démocrates" à "s'unir pour faire du RND un parti indépendant", et souhaite que l'élection présidentielle anticipée permette au moins au parti "de se débarrasser des opportunistes et des fraudeurs"

(El Watan 21.1) Dans un "point de vue" publié par "El Watan", Mohamed Salah Yahiaoui dénonce la décision de la direction du FLN de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à l'élection présidentielle, décision dont il conteste la légitimité au regard des statuts et du fonctionnement du parti et de l'intérêt même du parti de "présenter son propre candidat, porteur de ses idées et de sa vision" : "Nous avons toujours considéré le Front comme une locomotive et non pas comme un wagon", écrit Yahiaoui, qui considère que la désignation du candidat du FLN, ou soutenu par le FLN, doit être le fait d'un congrès extraordinaire du parti et qui remercie "tous ces militants et citoyens honorables qui, animés de leur bonne foi et leurs sentiments sincères, ont pris l'initiative dans diverses régions du pays (...) de constituer des comités de soutien à ma candidature à la prochaine élection présidentielle", candidature dont il ne précise pas s'il la maintiendra ou non contre celle du candidat soutenu par la direction du FLN, Abdelaziz Bouteflika.

(El Watan 21,.1, corr.) Une "rencontre de la dernière chance" pour trouver un "candidat représentatif du camp démocratique" (mouvance "républicaine", c'est-à-dire le RCD, l'ANR, le PRA et le MDS)devait se tenir le 20 janvier entre ces formations et le CCDR (Comité de citoyens pour la défense de la République), lequel se prononcera à la fin du mois de janvier. Le risque, pour cette mouvance déjà très minoritaire, de présenter en ordre dispersé, à raison d'un candidat par formation, est de n'obtenir que des scores "marginaux" face d'une part au(x) candidat(s) proche(s) du pouvoir, d'autre part au(x) candidat(s) des partis islamistes légaux, enfin au(x) candidat(e)(s) de l'autre mouvance démocratique, celle des "réconciliateurs" (FFS, PT). Le chef de l'Alliance nationale républicaine (ANR), l'ancien Premier ministre Rheda Malek, aurait déjà fait retirer le formulaire de souscription des signatures pour sa propre candidature, tout en déclarant que la "mouvance démocratique républicaine" n'a "pas dit son dernier mot. Il apparaît cependant peu probable qu'elle arrive à présenter une candidature unitaire crédible, les forces électorales des quatre partis en présence étant très inégales, et le principal parti de cette "mouvance", le RCD, étant directement confronté au FFS dans leur fief commun de Kabylie.

(Liberté, APS 23.1, El Watan 24.1) Louisa Hanoune pour le Parti des Travailleurs, Redha Malek pour l'Alliance nationale républicaine, Noureddine Boukrouh pour le PRA et Cherif Belkacem, ancien ministre de Houari Boumediène, ont annoncé ou laissé annoncer par leurs partis leur candidature à l'élection présidentielle. Les candidatures de Redha Malek et de Noureddine Boukrouh marquent l'échec de la tentative du CCDR (Comité des citoyens pour la défense de la République) de faire émerger une candidature unique du courant "républicain".

(APS 23.1) Le Comité central du Parti des Travailleurs a décidé le 22 janvier de présenter à l'élection présidentielle la candidature de la porte-parole du parti, Louisa Hanoune. Celle-ci a affirmé dans une conférence de presse avoir pour seule ambition d'"aider à la mobilisation du peuple pour la restauration de la paix, le respect des droits de l'Homme et la résolution des problèmes sociaux". La candidature de Louisa Hanoune est la première émanant du camp "démocrate dialoguiste", et est la seule candidature féminine annoncée.

(APS 23.1) Les divergences continuent à s'exprimer au sein du RND à propos de l'élection présidentielle. Un congrès extraordinaire, qui pourrait se tenir avant le 15 février, a été demandé par les responsables de wilayas du parti. Les auteurs de la motion de soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika ont pour leur part annoncé avoir recueilli les signatures de 182 des 249 membres du Conseil national du RND et ont mis en demeure le secrétaire général du parti, Tahar Benbaïbèche, de convoquer le Conseil national avant le 24 janvier, sans quoi ils le convoqueraient eux-mêmes pour le 26. L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a annoncé le 21 janvier sa disponibilité à être le candidat du parti, et Abcelkader Belhai, ancien membre du Conseil national de tranition (CNT) a annoncé sa propre candidature.

(AFP, Liberté 24.1, APS 28.1) Pas moins de 24 candidats à la candidature à l'élection présidentielle sont déjà, officiellement ou officieusement en lice pour récolter les signatures d'élus ou de citoyens nécessaires à la présentation de leur candidature ou pour constituer des comités de soutien. Deux femmes seraient candidates : Louisa Hanoune pour le Parti des Travailleurs et Chalabia Mahdjoubi pour le Mouvement de la jeunesse démocratique (MJD). Parmi les 22 hommes candidats les principaux sont Abdelaziz Bouteflika, présenté par le Front de libération nationale (FLN), Redha Malek pour l'Alliance nationale républicaine (ANR), Nourredine Boukrouh pour le Parti du renouveau algérien (PRA). Sont également candidats Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi et Mohamed-Salah Yahiaoui, tous membres dirigeants ou anciens dirigeants du FLN mais opposés à Abdelaziz Bouteflika, Mokdad Sifi, membre du Rassemblement national démocratique (RND) et ancien Premier ministre, et enfin, pour le Mouvement de la société pour le Paix (MSP) Mahfoud Nahnah (s'il peut se présenter). Cherif Belkacem, Youcef Khatib, Belaid Abdessalam et Sid Ahmed Ghozali sont également candidats à la candidature. Les candidatures de Hocine Aït Ahmed pour le Front des Forces socialistes et de Saïd Sadi pour le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) sont encore du domaine de l'hypothèse. Chalabia Mahdjoubi, présidente du Mouvement pour la jeunesse et la démocratie (MJD) a formellement démenti le 27 janvier être candidate à l'élection présidentielle, et a rappelé qu'elle avait pris position en faveur de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Louisa Hanoune est donc, du moins pour l'instant, la seule femme candidate à la présidence.

(APS, El Watan 31.1) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi, qui se revendique du courant "moderniste" du RND a annoncé le 30 janvier sa candidature à l'élection présidentielle, avec un programme placé sous le slogan "oui à l'espoir" et ayant pour objectif de "libérer l'Algérie de la terreur et de la misère". Mokdad Sifi est membre du RND, démissionnaire de son Bureau national mais toujours membre du Conseil national et député à l'Assemblée nationale. Opposé à la fois à la tendance Benbaïbèche et à la tendance Ouyahia , il avait demandé un "changement de la direction et la convocation d'un congrès extraordinaire" du RND pour qu'il puisse "survivre aux échéances électorales", et a affirmé sa conviction que la majorité des militants du parti trouveront "les moyens de rester fidèles au RND originel, né de l'espoir et des engagements de novembre 1995" (élection de Liamine Zéroual à la présidence).

(APS 30.1, Liberté 31.1) Les représentants des partis du "groupe des cinq"(FFA, PT, MSP, MRN (ex-Ennahda-Djaballah) et RND-Benbaïbèche) ont réussi le 28 janvier à se mettre d'accord sur le texte de la plate-forme politique commune, annoncée le 30 janvier par leurs leaders respectifs (Ahmed Djeddaï pour le FFS, Louisa Hanoune pour le PT et Mahfoud Nahnah pour le MSP, accompagnés de Tahar Benbaïbèche pour sa propre tendance du RND et Abdallah Djaballah pour son nouveau parti, ainsi que de Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef Khatib et M'hammed Yazid). La plate-forme, qui sera soumise au président Zéroual, demande qu'il soit mis fin aux pressions exercées sur les partis politiques, que les promesses d'élections équitables soient respectées, que l'armée reste neutre et que le champ médiatique soit équitablement ouvert à toutes les sensibilités politiques. Elle "condamne le terrorisme et demande la poursuite de la lutte antiterroriste dans le cadre de l'Etat de droit et du rejet de la violence". Le texte final, en douze points, a été expurgé de tous les éléments ne faisant pas consensus entre les cinq partis. Les cinq formations ou tendances formant le "groupe des cinq" présenteront cependant chacune leur propre candidat à la présidentielle, même si elles participent d'une opposition commune à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, qualifiée par le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, de "démarche de la fitna" (discorde). Le "groupe des cinq" envisage d'"élargir le consensus" trouvé entre ses membres "aux autres partis politiques et personnalités nationales". Ahmed Djeddaï a déclaré à l'occasion de la présentation de la plate-forme que "le multipartisme est aujourd'hui en danger" en Algérie, où il importe de réhabiliter la politique "par la diffusion de l'éthique politique et du principe de la non-violence dans la parole et l'action", et de faire du principe de l'alternance au pouvoir une réalité et "non pas une alternance clanique ou régionaliste".

(El Watan 31.1) La légalisation des signatures nécessaires à la présentation d'une candidature à la présidence se fait "au ralenti" pour certains candidats, affirment les représentants de ceux-ci, notamment de Taleb el Ibrahimi, dont le porte-parole affirme que "certains agents d'APC (leur) ont fait comprendre que ce n'était plus la peine de se fatiguer à légaliser les signatures puisque le (prochain) président de la République est déjà connu" en la personne d'Abdelaziz Bouteflika. Le porte-parole de Sid Ahmed Ghozali affirme que des signataires se sont vu refuser la légalisation de leur signature par leur commune de domicile. Le porte-parole de Mouloud Hamrouche reproche aux agents de l'administration d'exiger des signataires leur carte d'identité plus leur carte d'électeur lorsqu'ils soutiennent certaines candidatures, et de se contenter d'enregistrer les formulaires pour d'autres candidatures.

(APS 2.2, Le Matin 3.2) Abdelaziz Bouteflika a présenté le 1er février à Alger "dans une ambiance d'anarchie qui a très vite cédé la place à une atmosphère frisant le délire lorsque le candidat est finalement apparu après près d'une heure de retard" ("Le Matin"), les grands axes de son programme électoral en affirmant la "nécessité de consacrer la démocratie, de mettre fin à la violence et de rétablir la confiance et l'espoir". Il a souhaité que la campagne électorale soit l'occasion de "larges confrontations d'idées qui puissent contribuer à éclairer l'opinion publique et à permettre à chaque citoyen de former son choix en connaissance de cause". Plaidant pour une "poursuite énergique de la lutte anti-terroriste", le candidat du FLN, d'Ennahda et du RND-Ouyahia a toutefois considérer qu'il était "nécessaire de ne négliger aucune initiative ou contibution à même de favoriser, dans le respect des principes constitutionnels et de la loi, le rétablissement de la concorde civile". Abdelaziz Bouteflika a également affirmé qu'il fallaitt lutter contre la corruption et les discriminations, encourager le pluralisme médiatique, mettre en oeuvre avec "célérité" la resurtcturation industrielle, stimuler l'investissement privé, transformer le système bancaire et démanteler les monopoles. Les réactions des principaux acteurs politiques algériens à la déclaration d'Abdelaziz Bouteflika ont été généralement négatives : Redha Malek (ANR) n'y a vu que des généralités "dites et redites depuis longtemps", Louisa Hanoune (PT) a dénoncé le fait que Bouteflika soit déjé présenté comme le prochain président, El Hachemi Chérif (MDS) a estimé que Bouteflika ne proposait qu'"un retour à zéro", Sofiane Djillali (PRA) a considéré qu'il avait "parlé pour ne rien dire" et que sa première intervention en tant que candidat était une "montagne qui a accouché d'une souris". Le FFS, le RND-Benbaïbèche et le RCD ont également considéré très négativement le discours d'Abdelaziz Bouteflika.

(ATS, APS, Reuters 4.2, 5.2) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a décidé le 4 février de boycotter l'élection présidentielle d'avril, estimant que rien n'en garantissant la transparence. Le RCD adopte ainsi lors de cette élection l'attitude de "boycott actif"qu'avait adoptée le FFS lors de la précédente, alors que le FFS participera à l'élection d'avril comme le RCD avait participé à la précédente. Le retrait du RCD de la compétition électorale joue d'ailleurs en faveur du FFS, dans la mesure où il réduit considérablement le handicap de la division de l'électorat kabyle. Selon plusieurs observateurs de la scène politique algérienne, la décision du RCD a beaucoup à voir avec le risque que la candidature de Saïd Sadi, pourtant souhaitée par une bonne partie de la base du parti, ne "fasse pas le poids" face à celle de Hocine Aït Ahmed.

(Reuters 3.2) Ahmed Taleb Ibrahimi, candidat à l'élection présidentielle, a affirmé le 3 février qu'il voulait dégager le pays "de l'extrémisme et de la haine" et a exhorté l'armée à rester neutre, pour que l'élection soit "libre et honnête". Il a dénoncé "certaines intrigues (...) donnant à penser que la volonté des électeurs pourrait ne pas être respectée". Ancien ministre de la Culture, puis de l'Information sous Boumédienne, et des Affaires étrangères sous Chadli, membre du FLN (qui soutient officiellement Abdelaziz Bouteflika), partisan d'un dialogue avec le FIS, Ahmed Taleb Ibrahimi a annoncé qu'il se présentait à l'élection en tant que candidat indépendant (sous-entendu : "réellement indépendant", contrairement à Bouteflika, qui se présente lui aussi comme "candidat indépendant" mais est accusé d'être le candidat de l'un des clans au pouvoir).

(APS 3.2) Mohamed Bedjaoui, président de la Cour international de Justice de La Haye, a été pressenti pour présider la Commission national indépendante de surveillance des élections présidentielles et a donné le 2 février son accord de principe à cette proposition.

(APS 4.2, 5.2) L'organisation nationale des enfants de moudjahidines (ONEM, l'une des organisations de la "famille révolutionnaire") a annoncé (comme prévu), le 3 février, son soutien à Abdelaziz Bouteflika. Le 4 février, c'est la Coordination nationale des enfants de chouhada (CNEC, une autre organisation de la même "famille révolutionnaire" qui a apporté son soutien à Abdelaziz Bouteflika -lequel a également reçu le soutien de l'Union générale des commerçants et artisans (UGCAA).

(APS 4.2, 5.2) Un groupe de petits partis politiques a annoncé le 4 février la création d'une alliance dénommée "Groupe des forces nationales" (GFN), regroupant le Mouvement national de la jeunesse algérienne (MNJA, le mouvement de l'entente nationale (MEN), le Rassemblement national constitutionnel (RNC), le Rassemblement pour l'unité nationale (RUN) et le Mouvement nationale pour la nature et le développement (MNND). Le Groupe se dit "ouvert à l'adhésion des formations politiques et des associations nationales", mais a d'ores et déjà décidé de soutenir la candidature de Mouloud Hamrouche à l'élection présidentielle.

(Le Matin 4.2) Plusieurs petits partis du camp "républicain" (l'ANR, le PRA, le CCDR) envisagent de suivre l'exemple du RCD et de boycotter l'élection présidentielle, dont le premier tour pourrait alors se réduire à n'être qu'un "galop d'entraînement" pour un second tour opposant Abdelaziz Bouteflika et Hocine Aït Ahmed (ou, selon "El Watan", Bouteflika au "camp de Sant'Egidio"). L'Alliance nationale républicaine (ANR) de Redha Malek en particulier, dénonce le parti pris de l'administration dans la légalisation des signatures nécessaires à la présentation d'un candidat, et l'accuse de se mettre au service d'Abdelaziz Bouteflika. Dans certaines régions, "les citoyens qui se présentent aux APC pour légaliser leur formulaire de souscription sont pris à partie par des (partisans) de Bouteflika qui leur font toute une leçon sur leur choix". Redha Malek a adressé le 31 janvier une lettre au Président de la République pour dénoncer "les sabotages en cours qui compliquent l'opération de collecte de signatures". Le PRA de Nourredine Boukrouh envisage également de se retirer de l'élection "parce que le jeu est verrouillé" (au profit de Bouteflika). Enfin, le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) s'acheminerait lui aussi vers le boycott, après avoir vainement tenté de convaincre la mouvance "républicaine" de présenter un candidat unique.

(El Watan 7.2) Contrairement à ce que certains journaux avaient cru pouvoir annoncer, ni le PRA de Nourredine Boukrouh ni l'ANR de Redha Malek n'ont encore, du moins officiellement, renoncé à participer à l'élection présidentielle, et ces deux formations continuent à récolter des signatures en faveur de la candidature de leurs chefs respectifs, tout en dénonçant les pressions et les entraves exercées par l'administration, et en laissant planer la menace d'un retrait de la course à la présidentielle. Aucun des deux candidats n'a d'ailleurs la moindre chance de figurer au second tour de ladite élection, d'autant qu'au sein du courant "républicain" dont se revendiquent le PRA et l'ANR, deux formations ont appelé au "boycott actif" : le RCD et le MDS.

(APS 7.2) Dans une long entretien avec "El Watan", Louisa Hanoune, candidate du Parti des Travailleurs à l'élection présidentlelle, "demande aux Algériens de construire, à travers leur soutien à (sa) candidature, (leur) propre citoyenneté" en démontrant notamment qu'"en Algérie, pays musulman, l'aspiration à la citoyenneté et à l'émancipation pour toutes et tous est massive et nationale" et peut s'exprimer par le soutien à la candidature d'une femme. Pour Louisa Hanoune (comme pour Hocine Aït Ahmed), *la priorité est de rétablir les conditions normales de vie, d'arrêter (la) violence et de faire taire les armes". Dans ces conditions, la paix n'est pas pour la candidate du PT un thème de campagne électorale, et "est plus qu'une priorité" mais une nécessité "vitale". Louisa Hanoune annonce son intention d'appeler Abassi Madani, Hachani, Ali Benhadj "et les corps constitués à conjuguer tous les efforts pour arrêter avant tout la violence et permettre aux Algériens de vivre normalement et de débattre ensuite de leur avenir". Revenant sur "des dossiers brûlants à prendre en charge, tels le Code de la famille, tamazight, les droits de l'Homme", Louisa Hanoune demande "que le dossier des disparus soit réouvert" et considère qu"il faut des actions courageuses et hardies, à la mesure de (la) situation". Cela étant, la candidate ne considère l'élection que comme "un moyen" et rappelle que "trois élections ont eu lieu depuis 1995" et "n'ont rien changé à la situation du pays", au point que "c'est quasiment un miracle que ce pays soit encore debout". S'agissant de la candidature "de consensus" de Bouteflika, Louisa Hanoune considère que "le consensus est la négation de la démocratie" et affirme : "nous n'accepterons pas qu'une candidature serve de rouleau compresseur pour écraser le multipartisme". La candidate dénonce d'ailleurs les "dépassements" commis par l'administration dans la légalisation des signatures de soutien à sa candidature. Enfin, Louisa Hanoune se dit "fière d'avoir participé et contribué à créer" le "grand évènement" qu'a été la signature de la plate-forme de St-Egidio, qui a démontré "qu'il y avait une issue" à la crise et que des Algériens d'options politiques adversaires pouvaient se réunir "pour dégager une offre de paix publique". La candidate rappelle cependant que "depuis la plate-forme de Rome, nous avons fait autre chose" : l'appel à la paix, la conférence de Boumerdès, l'appel à un congrès pour la paix, les réunions du "groupe des cinq" et l'adoption dûne plate-forme commune des cinq partis concernés, qui "iront jusqu'au bout de leur démarche" et mèneront "des actions plus hardies" pour sauver le multipartisme.

(Le Matin 6.2, APS 7.2) L'ancien Premier ministre Belaïd Abdessalam a annoncé le 5 février sa candidature à l'élection présidentielle et l'a inscrite dans une volonté de "bâtir ensemble une Algérie fondée sur la justice sociale, la liberté, la démocratie et le respect de sa souveraîneté". Belaid Abdessalam estime que "le succès obtenu dans la lutte contre la subversion doit avoir comme corollaire une politique visant à panser les blessures" qui ont affecté le peuple algérien.

(AP 12.2) Le président Zéroual a annoncé le 12 février dans une allocution radio-télévisée que l'élection présidentielle anticipée aura lieu le 15 avril. Le président Zéroual a assuré que le résultat de cette élection n'est pas "connu d'avance" et a appelé l'administration et le gouvernement à la "neutralité et à la réserve", en précisant qu'il prendrait "les mesures qui s'imposent" si le scrutin devait dévier de l'objectif de laisser jouer l'alternance politique.

(Liberté 10.2) Youcef Khatib a annoncé qu'il annoncera officiellement sa candidature après la convocation des électeurs par le président Zéroual. Cette candidature de cet adversaire résolu d'Abdelaziz Bouteflika (dont il dit qu'il est "pire que Zéroual") est néanmoins déjà à peu près certaine.

(Liberté 10.2) Le Parti des Travailleurs a dénoncé dans un communiqué les entraves mises par l'administration à la récolte des signatures de soutien à la candidature de Louisa Hanoune : "absence volontaire des élus, refus de légalisation des formulaires sur le champ, propos et comportements agressifs, tentative de corruption (...) (et) pressions policières (sur) les militants" sont évoqués par le PT, qui "exige que cessent les harcèlements (et) la discrimination entre les candidats". Le Communiqué du PT cite plusieurs exemples de "dépassements" dans les régions de Sétif, d'Annaba, de Tiaret et de Naâma.

(APS, El Watan 11.2) Les partis du "groupe des cinq" ont décidé le 10 février (en l'absence toutefois du Parti des Travailleurs, qui a préféré se consacrer pleinement à la "précampagne" et à la récolte des signatures) l'organisation d'un sommet de leurs leaders respectifs, et des candidats indépendants (Youcef El Khatib, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi). Le "groupe des cinq" organisera en outre un meeting populaire le 25 février au stade du 5 juillet, à Alger, meeting lors duquel les chefs des partis (Hocine Aït Ahmed, Louisa Hanoune, Mahfoud Nahnah, Abdallah Djaballah, Tahar Benbaïbèche) et les candidats indépendants (Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef El Khatib, Mouloud Hamrouche) prendront la parole.

(AFP, APS 11.2) Les cinq partis (FFS, RND-Benbaïbèche, MSP, MRN -ex Ennahda-Djaballah- et PT) du "groupe des cinq" ont dénoncé le 11 février l'attitude partiale des autorités et les "pressions et menaces" du pouvoir à l'encontre de certains candidats opposés à Abdelaziz Bouteflika, désigné comme "candidat du consensus" et qui bénéficierait un "traitement de faveur" en passe de fausser l'élection. Les cinq partis, qui ont approuvé une sorte de code de bonne conduite et ont été rejoints dans leur démarche de protestation par des candidats indépendants (Mouloud Hamrouche, Redha Malek, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youcef El Khatib) demandent l'ouverture des moyens d'information à tous les candidats, un scrutin "transparent et juste" et la "neutralité" de l'administration, conformément aux engagements du président Zéroual. Ahmed Taleb Ibrahimi a déclaré que si l'"administration est résolue à frauder au profit du candidat qu'elle cautionnera", il ne se prêtera pas à "une parodie d'élection". Redha Malek a rencontré le président Zéroual pour lui faire part des "entraves créées par l'administration" lors de la collecte des signatures de soutien aux candidatures. Le président Zéroual a également rencontré Hocine Aït Ahmed pour évoquer "les conditions et modalités générales de préparation de la prochaine élection présidentielle".

(El Watan 11.2) L'UGTA s'apprête à adresser aux candidats à l'élection présidntielle un "mémorandum", qui devrait être adopté le 14 février, et qui répertorie les revendications prioritaires du syndical, tout en dénonçant l'islamisme politique (qualifiée dans l'avant-projet d'"entreprise maléfique" et en condamnant par avance les "alliances, rapprochements ou accointances politiques (...) outrancièrement contre nature, excessivement dangereux pour l'avenir républicain et démocratique du pays, outrageusement offensants pour la mémoire de nos martyrs et des victimes du terrorisme intégriste", ainsi que des "jeux machiavéliques, des ambitions personnelles malsaines, des compromissions, des repêchages et des réanimations infiniment menaçants". L'UGTA demande aux candidats à la présidence de retenir dans leurs programmes "la question centrale du règlement juste, durable et progressif des problèmes de l'emploi, du pouvoir d'achat, des salaires impayés". Elle rappelle qu'elle demande également l'arrêt du démantèlement du tissu industriel et de la dissolution des entreprises publiques, et une sorte de moratoire des privatisations.

(Liberté 11.2) Le bulletin officieux du FIS "El Ribat", qui avait déjà appelé les islamistes à participer à l'élection présidentielle d'avril, a réaffirmé dans son édition datée du 12 février l'importance que le FIS (du moins sa tendance la moins "radicale") attache à cette échéance, qu'il considère comme "plus sérieuse" que celle de novembre 1995, compte tenu de la participation de candidats aux "garabits politiques autrement plus sérieux et crédibles" que ceux d'alors. Ces candidatures "sérieuses et crédibles" sont, pour "El Roibat", qui ne se prononce pas entre elles, celles d'Abdelaziz Bouteflika, Taleb Ibrahimi et Hocine Aït Ahmed, "les autres (étant) secondaires". Pour "El Ribat", les élections présidentielles sont "une occasion et une chance à saisir pour l'émergene de personnalités politiques à dimension nationale qui vont ouvrir le dialogue sans exclure ou marginaliser". Le bulletin du FIS relève que "tous les candidats ayent leurs efforts sur la nécessité du retour à la paix et à la sécurité, ce qui en soi un bon signe", et considère que l'élection doit aboutir à "la réintégration dans le champ de l'expression et de l'action politique de ceux qui ent ont été exclus", c'est-à-dire le FIS.

(Liberté, El Watan, APS 13.2, 14.2) La fermeté des engagements pris par le président Zéroual lors de son intervention télévisée du 12 février, s'agissant de l'impartialité de l'administration dans le processus pré-électoral et électoral, a été relevée par plusieurs candidats. Youcef Khatib a relevé "la fermeté du ton" du président, mais a néanmoins ajouté que c'est "l'application sur le terrain" des engagements pris qui comptera. Sid Ahmed Ghozali a également relevé "l'accent très fort" mis par Liamine Zéroual sur la transparence des élections, mais a déclaré qu'il ne voyait pas de "traduction concrète" de ces engagements, et dénoncé la "discrimination" entre les candidats, "sinon comment expliquer qu'on oblige les signataires pour certains postulants à se présenter devant les bureaux de légalisation alors que pour d'autres on ne le fait pas ?". Ahmed Taleb Ibrahimi a pour sa part estimé que le discours de Liamine Zéroual était "en deçà des attentes de l'opinion publique et d'une grande partie de l'opinion publique". L'un des responsable de la campagne de Louisa Hanoune, Abdelhamid Boubaghla, a regretté que le président se contente d'envoyer des messages sans les accompagner de "mesures concrètes" pour la "création d'un climat social favorable à le tenue d'une élection transparente", et a dénoncé les "facilités" accordées par l'administration aux "candidats proches du pouvoir" (comme celle de ne pas exiger la présence des signataires lors de la légalisation des formulaires, alors que pour d'autres candidats, cette présence est exigée). Le directeur de campagne de Mouloud Hamrouche s'est déclaré satisfait de l'engagement du président "à faire respecter les règles de la compétition électorale". Les responsables de la campagne d'Abdelaziz Bouteflika se sont contentés de prendre acte du discours de Liamine Zéroual, sans le commenter. Redha Malek, satisfait des engagements du président, n'en a pas moins déclaré ne faire foi qu'à leur "impact concret" et a dénoncé des "irrégulartités" dans l'opération de collecte de signatures. Le FLN a applaudi le discours "empreint de clarté et de fermeté" de Liamine Zéroual, discours que Youcef Khatib a également approuvé, tout en estimant que "l'épreuve du terrain" reste à faire. Le porte-parole de Mokadadad Sifi a salué "la teneur de ce discours qui vient mettre un terme aux différentes spéculations entretenues par certains concernant le déroulement de l'élection présidentielle". Nahda a également émis un commentaire positif des engagements pris sur la "régularité de la prochaine élection présidentielle".

(El Watan 13.2) Le Rassemblement patriotique républicain (RPR) d'Abdelkader Merbah a officiellement apporté son soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika le 12 février. Abdelkader Merbah a assuré que ce choix avait été fait après avoir examiné les autres candidatures, mais a précisé que son parti s'était "interdit d'approcher, d'une manière ou d'une autre, les partis de Sant'Egidio et leurs alliés politiques" et que les démarches entreprises en direction de la mouvance "républicaine" (ANR, RCD, MDS) avaient échoué car "trop de considérations subjectives minent ce courant".

(El Watan 15.2) Les candidats à l'élections présidentielles (sauf Abdelaziz Bouteflika) continuent de dénoncer les entraves qu'ils rencontrent dans l'opération de collecte des signatures. La permanence de Ahmed Taleb Ibrahimi dénonce des "anomalies" dans la wilaya de Batna et à Biskra (rétention de documents d'identité et de renseignements d'état-civil des signataires), ainsi qu'à Annaba (fausses dates portées par l'administration communale sur des formulaires). La permanence de Mouloud Hamrouche dénonce également des irrégularités à Tlemcen et Aïn Témouchent (suspension de fonctionnaires partisans de Mouloud Hamrouche). Au Front des Forces Socialistes, on évoque également des entraves (pressions sur les notaires pour ne pas légaliser les formulaires en faveur de Hocine Aït Ahmed).

(APS 15.2) Le ministre des Affaires religieuses, Bouabdallah Ghlamallah, a affirmé le 14 février qu'aucune mosquée algérienne n'avait été utilisée jusqu'à présent à des fins de propagande électorale, contrairement à ce que la presse privée francophone a à plusieurs reprises affirmé. Par contre, le ministre a reconnu que l'"associations des imams" avait soutenu un candidat, mais a qualifié cette association de "syndicat autonome" de relevant pas de la tutelle de son ministère.

(APS 15.2) Le directeur général des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l'Intérieur, Abdelkader Belhadj, a indiqué le 14 février que 47 candidats à la candidature à l'élection présidentielle s'étaient annoncés en retirant les formulaires de souscription des signatures nécessaires. Chaque candidat a retiré près de 200'000 formulaires de signatures de "simples citoyens" et près de 2000 formulaires de signatures d'élus locaux et nationaux. Abdelkader Belhadj a également annoncé que dix plaintes avaient été déposées par des candidats ou leurs représentants concernant des "lacunes" (que les candidats considèrent comme des entraves à la récolte de signatures) dans 40 communes.

(AFP 21.2) Mahfoud Nahnah a annoncé le 21 février sa candidature à l'élection présidentielle du 15 avril, pour le MSP.

(AFP, Reuters, Le Matin 21.2) Abdelaziz Bouteflika aurait, selon "Le Matin" du 21 février, qui cite des "sources concordantes", été hospitalisé à Genève entre le 16 et le 18 février, après une évacuation "en urgence" et pour une "maladie non encore précisée qu'il traîne depuis au moins 5 ans". L'information n'a pu être confirmée ni en Suisse ni en Algérie, où elle a même été démentie par les proches du candidat à la présidence.

(Liberté 23.2) Le président de la Commission indépendante de surveillance de l'élection présidentielle (CNISEP), M. Bedjaoui, a déclaré le 22 février dans une lettre n'être "pas responsable des délibérations et décisions prises depuis le 18 février" par la CNISEP, et invite les membres de cette instance à "s'abstenir de toute déclaration (et) de toute attitude à même de causer un préjudice (pour) la crédibilité de la CNISEP". Est en cause notamment le refus de certains membres de la commission d'accepter que Larbi Ould Khelifa soit désigné par M. Bedjaoui comme président intérimaire de l'instance, en lieu et place de l'un de ces deux vice-présidents. Il semble que ce soit surtout le fait que la CNISEP soit dirigée depuis La Haye par M. Bedjaoui, qui y siège en tant que juge au Tribunal international, qui déplaise à plusieurs représentants de partis politiques, qui accusent également le représentant du ministère de l'Intérieur de vouloir "torpiller" la CNISEP en raison de son refus de "rouler" pour Abdelaziz Bouteflika.

(Liberté 23.2) Bien qu'ayant officiellement annoncé sa candidature à l'élection présidentielle, le leader du MSP Mahfoud Nahnah ne sait toujours pas s'il pourra s'y présenter, compte tenu de l'incertitude qui pèse sur sa qualité ou non d'ancien moudjahid -condition sine qua non d'une candidature pour toutes les personnes ayant l'âge d'avoir participé à la lutte de libération nationale (avant 1962). Son nom de figurerait pas sur le "fichier national des moudjahidines" dressé par le ministère concerné, fichier qui comporte 500'000 noms (de membres du FLN, de l'ALN ou de leurs organisations "civiles").

(El Watan 24.2) Selon "El Watan", six membres de l'Armée Islamique du Salut (AIS, branche armée du FIS) qui procédaient à la collecte de signature au profit de la candidature de Taleb Ibrahimi à la présidence, ont été arrêtés le 23 février à Médéa. Selon le quotidien, "depuis plusieurs semaines" des "terroristes" sont impliqués dans "l'opération de préparation des élections au profit de Taleb Ibrahimi" dans toutes les localités où est implantée l'AIS. L'opération serait coordonnée par A. Hachani, ancien "numéro trois" du FIS.

(El Watan 23.2, 24.2) Youcef Khatib, candidat à la présidence et qui avait rejoint le "groupe des cinq", pourrait s'en dissocier, compte tenu de la présence aux côtés de ce groupe de Taleb Ibrahimi, autre candidat à la présidence, pour qui le FIS ferait activement campagne. Le "groupe des cinq" et les représentants des candidats indépendants Khatib, Hamrouche et Taleb-Ibrahimi ont cependant adopté le 22 février leur "charte électorale", document de détails techniques et de garanties générales proposés afin d'assurer un "bon déroulement" du scrutin présidentiel. En principe, un meeting populaire du "groupe des cinq plus trois" (ou plus deux si Youcef Khatib prend ses distances) devrait se tenir le 4 mars à Alger (stade du 5 juillet).

(Liberté 24.2, Le Matin 25.2) Le Comité des citoyens pour la défense de la République (CCDR) de Salah Boubnider, qui avait envisagé et tenter de présenter à la présidence un candidat commun à toutes les organisations de la mouvance "républicaine", appelle désormais à reporter l'élection présidentielle, sur laquelle il considère qu'"un grave discrédit (est) jeté" à la fois par les méthodes "d'un autre temps" utilisées pour promouvoir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, et par le risque d'une victoire islamiste. Le CCDR dénonce "l'intervention conjuguée de l'administration et des mosquées en faveur des uns et contre les autres". Une rencontre a eu lieu le 24 février entre plusieurs partis, organisations politiques et même candidats à la présidence afin de débattre de la possibilité de lancer un appel commun pour le report de l'élection. Etaient présents, outre le CCDR, le PRA de Noureddine Boukrouh, le RCD, le MDS et l'ANR de Redha Malek, ainsi que Sid Ahmed Gjozali et Youcef Khatib. Cherif Belkacem et Mokdad Sifi, égalements candidats à la présidence, s'étaient annoncés mais ne semblent pas avoir été présents. Tous ces partis et candidats ont pour seul point commun de n'avoir aucune chance de passer le premier tour de l'élection, certains d'entre eux (le RCD et le MDS) en ayant d'ailleurs suffisamment conscience pour avoir décidé de recommander le "boycott actif" d'un scrutin dont ils craignent qu'il aboutisse à une "réhabilitation du FIS", que ce soit en cas de victoire d'un candidat "consensuel" (type Bouteflika) ou en cas de victoire d'un candidat islamiste ou soutenu par les islamistes. Le PRA et l'ANR, par contre, tentent de présenter leurs leaders respectifs, Noureddine Boukrouh et Redha Malek.

(APS, corr. 24.2, El Watan 25.2) L'opération de légalisation des signatures en faveur des candidatures à la présidence de la République sera close le 28 février à 17 heures, et les dossiers de candidature devront être déposés le même jour à minuit auprès du Conseil constitutionnel. Selon des sources "bien informées", Abdelaziz Bouteflika, Hocine Aït Ahmed et Mouloud Hamrouche auraient déjà obtenu les signatures nécessaires. Dans la wilaya de Bejaïa, selon "El Watan", 11'000 formulaires auraient été remplis en faveur de Hocine Aït Ahmed, 2300 en faveur d'Abdelaziz Bouteflika, 1800 en faveur de Louisa Hanoune et 1200 en faveur d'Abdallah Djaballah. Par contre, la récolte de signatures en faveur des candidatures Sifi, Ghozali, Redha Malek et Mouloud Hamrouche semble laborieuse dans cette wilaya -fief du FFS. Au plan national, le "numéro deux" du PRA, Sofiane Djillali, a annoncé que les 75'000 signatures requises pour la présentation de Noureddine Boukrouh avaient été récoltées. Le directeur de la campagne de Mouloud Hamrouche a annoncé le 25 février que M. Hamrouche annoncera officiellement le 28 février sa candidature à la présidence, et qu'il avait d'ores et déjà récolté plus de 90'000 signatures de citoyens en sa faveur.

(Corr 26.2) Le bulletin officieux du FIS "Al Ribat", dans son édition du 26.2, considère que "la trêve de l'AIS a stratégiquement ouvert la voie à une réelle recomposition du champ politique" après l'annonce par Liamine Zéroual de son départ anticipé, qui a "pris de vitesse tous ceux qui n'ont pas cessé de donner des leçons au FIS". "Al Ribat" s'en prend, s'en les nommer directement, aux "partis et personnalités politiques d'envergure" qui ont eu "l'outrecuidance de considérer la trêve de l'AIS comme une reddition, pire comme une manipulation des services spéciaux algériens, au lieu de se féliciter de cette décision (allant dans le sens) du règlement de la crise par des moyens politiques et pacifiques". S'agissant de l'élection, "El Ribat" se demande si le "pouvoir réel" laissera "le jeu électoral suivre son cours et se dérouler librement et normalement" ou s'il tentera de "l'influencer". Le bulletin du FIS constate que "la lutte d'influence entre les clans au pouvoir continue (et même) s'intensifie", et évoque "trois attitude au sein de l'équipe dirigeante" : celle de "tous ceux qui s'opposent à la tenue de cette élection et font tout leur possible pour qu'elle n'ait pas lieu" ou soit reportée, d'une part; celle qui est "plutôt favorable au déroulement du scrutin mais à la condition qu'il soit strictement sous contr'ole, c'est-à-dire soumis au trafic et à la fraude", d'autre part, et celle, enfin, qui "s'est engagée en faveur d'un scrutin (...) le plus libre, le plus honnête et le plus transparent possible", tendance qui serait celle du président Zéroual.

(APS 26.2, Le Matin 27.2) Les leaders des partis du "groupe des cinq" (Hocine Aït Ahmed pour le FFS, Louisa Hanoune pour le PT, Tahar Benbaïbèche pour "son" RND, Abdallah Djaballah pour le MRN et Mahfoud Nahnah pour le MSP) et deux candidats à l'élection présidentielle (Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi -Youcef Khatib ayant décidé de prendre des distances avec le "groupe des cinq" pour se rapprocher d'un virtuel "groupe des six" appelant au report, voire à l'annulation de l'élection) ont signé le 25 février une "charte électorale" commune, en présence de représentants du "groupe des forces nationales" qui rassemble plusieurs petits partis (le mouvement national pour la nature et le développement MNND, le Rassemblement pour l'unité nationale RUN, le Mouvement de l'entente nationale MEN, le Mouvement national de la jeunesse algérienne MNJA et le Rassemblement national constitutionnel RNC). Le Groupe des forces nationales a d'ailleurs annoncé son adhésion à la démarche du "groupe des cinq". La charte électorale ainsi signée souligne la nécessité de respecter le choix libre du peuple et de concrétiser les engagements pris par le Président Zéroual, de respecter l'impartialité de l'administration et des institutions de l'Etat pour concrétiser "l'Etat de droit et la crédibilité de l'élection" et l'égalité des chances entre les candidats. La charte insiste sur l'"obligation" de la remise des procès-verbaux de dépouillement et du décompte des voix aux représentants des candidats et des commissions communales de surveillance des élections présidentielles. Le "groupe des cinq" demande en outre une révision de la composition et des prérogatives de la Commission nationale de surveillance de l'élection (CNISEP), à laquelle les représentants des candidats doivent être associés, et qui doit pouvoir surveiller effectivement l'élection. Les signataires demandent notamment que les représentants des candidats et les membres des commissions indépendantes soient présents dans les salles de dépouillement et exigent "la levée des entraves et des pressions qui s'exercent sur la presse nationale et internationale concernant la couvertuire de toutes les étapes de l'opération électorale". Au plan des principes, la charte affirme l'attachement de ses signataires à une élection présidentielle libre et régulière, respectant le choix du peuple et une compétition politique régulière bannissant "la culture de la haine", la discrimination, la violence verbale et physique.

(Reuters 26.2, Le Matin, El Watan 27.2, 28.2) Un appel commun a été lancé par Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Mahfoud Nahnah, Louisa Hanoune, A bdallah Djaballah et Ahmed Taleb Ibrahimi, tous candidats à la présidence, pour la supervision de l'élection présidentielle par des observateurs internationaux "crédibles, spécialisés et (...) en nombre suffisant". Selon Taleb Ibrahimi, "la présence d'observateurs étrangers et d'organisations internationales est une nécessité et elle ne peut être assimilée à une quelconque forme d'ingérence". Hocine Aït Ahmed, qui a pesé de tout son poids pour faire accepter cette idée auprès de responsables américains qu'il en rencontré aux USA récemment et auprès des autres candidats, considère que cette présence doit être "massive et rigoureuse". Les autorités algériennes auraient, selon "Le Matin" donné leur accord à cette proposition, à laquelle Mahfoud Nahnah ne s'est pas rallié considérant que les institutions algériennes peuvent à elles seules garantir suffisemment la transparence des élections. et des universitaires américains, notamment, se rendraient à Alger pour assister à l'élection présidentielle. Hocine Aït Ahmed a lui-même pris contact à ce sujet avec le National Democratic Institute, et cette ONG aurait accepté le principe de sa venue en Algérie. Du côté de l'Union européenne, aucune position n'a encore été prise.

(Liberté, APS, El Watan Le Matin 28.2) Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi se sont prononcés, dans un communiqué commun, contre le report de l'élection présidentielle, demandé notamment par plusieurs candidats à la candidature peinant à récolter les signatures nécessaires (Sid Ahmed Ghozali, Youcef El Khatib, Cherif Belkacem) et plusieurs partis se prononçant pour le boycott (RCD, MDS, CCDR) . "Toute décision de report de l'élection présidentielle anticipée pour des raisons politiques ne peut être qu'une tentative de perdurer la crise", considèrent Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi. Hocine Aït Ahmed a insisté : "nous n'avons absolument aucune raison de demander le report" de l'élection, et "la question qui se pose aujourd'hui est de savoir dans quelle mesure nous pouvons profiter de cette élection pour tourner le dos à la violence et ramaner la paix". Les quatre candidats prennent acte des assurances du président Zéroual, du chef d'état major de l'armée et du Premier ministre de "veiller au bon déroulement des opérations électorales et à la neutralité de l'administration et des agents de l'Etat", et réitèrent leur demande de "venue (d')observateurs internationaux, impartiaux et en quantité massive, pour constater la sincérité des engagements et la régularité du scrutin", venue qui "ne peut être que bénéfique à l'image de marque du pays et de ses institutions". Par contre, les partisans (MDS, RCD, CCDR, une tendance du mouvement culturel berbère MCB etc... , l'ANR de Rheda Malek ayant formellement démenti en faire partie) du report de l'élection récusent la venue d'observateurs étrangers. Quant au gouvernement, son chef Smaïl Hamdani a affirmé que "l'idée de report ou d'annulation des élections n'est pas du tout à l'ordre du jour", qu'iil n'y a "rien qui milite en faveur de cela" et qu'il ne voit "pas pourquoi on alarme la population" à ce propos.

(Liberté 27.2, Le Matin 28.2) Le candidat islamiste Abdallah Djaballah a présenté le 25 février son programme : réhabilitation du FIS, amnistie en faveur des membres de l'AIS et des partisans de la trêve, indemnisation des familles de "disparus", y compris lorsqu'il s'agit de familles de membres des GIA, car "les enfants et les femmes de criminels n'ont pas à assumer les fautes de ces derniers", libération des détenus d'opinion, amendement de la constitution afin de donner plus de pouvoirs au Haut Conseil islamique, qui devrait être habilité à vérifier la conformité des textes de loi existants avec l'"esprit de l'islam", et veiller au respect de la morale islamique par les pouvoirs publics. Pour Abdallah Djaballah, le terrorisme est le pur fruit de l'ignorance et de la misère, et sa matrice idéologique importe peu. La candidature d'Abdallah Djaballah a reçu un appui massif des militants et des cadres de son ancien parti, Nahda, dont la direction actuelle (qui l'en avait chassé de facto alors qu'il en était encore le président) appuie Abdelaziz Bouteflika, dont l'un des proches a confié au "Matin" que cet appui est "un marché de dupes" passé avec "une coquille vide et des dirigeants qui ne représentent qu'eux-mêmes".

(Liberté, El Watan corr. 28.2) L'opération de collecte des signatures de soutien aux candidatures à l'élection présidentielle a pris fin le 28 février. Les dossiers de dépôt des candidatures devaient être déposés à minuit . Les "staffs" électoraux des principaux candidats affirment tous avoir recueilli le nombre nécessaire de signatures : celui de Mouloud Hamrouche déclare 100'000 signatures dans 30 wilayas, celui de Mokdad Sifi "largement" plus de 75'000 signatures dans 25 wilayas, celui d'Abdallah Djaballah 90'000 signatures dans 27 wilayas. Le MSP (pour Mahfoud Nahnah, dont on ignore encore s'il pourra obtenir l'attestation de participation à la lutte de libération nationale, nécessaire pour être candidat) affirme avoir "largement dépassé" les 120'000 signatures. Le FFS (pour Hocine Aït Ahmed) déclarait le 27 février 138'325 signatures, dont celles de 811 élus (y compris des élus du RCD, de Nahda, du FLN et du RND). Le Parti des Travailleurs (pour Louisa Hanoune) affirme également avoir recueilli les 75'000 signatures nécessaires dans 32 wilayas, mais exprime quelque appréhension sur leur validation par le Conseil constitutionnel. Enfin, le PRA (pour Nourredine Boukrouh) reconnaît avoir eu "d'énormes difficultés dans l'opération de collecte des signatures", et en avoir même perdu 3000. Quant à Abdelaziz Bouteflika, candidat "indépendant" (c'est-à-dire candidat de la direction du FLN, de la direction du RND, de Ennahda, de la "famille révolutionnaire" et d'une partie de l'armée), il n'a évidemment eu aucun problème pour recueillir plusieurs centaines de milliers de signatures.

(APS 27.2, 28.2) Plusieurs candidats se sont retirés de la course à la présidence, faute d'avoir pu recueillir les 75'000 signatures nécessaires : tel est notamment le cas de Mohammed Hadel (Mouvement national de l'espérance) et de Redouane Hamidou (Association pour le droit au logement et au travail), qui a appelé à voter pour Abdelaziz Bouteflika. Un nouveau candidat s'est en revanche annoncé le 27 février en la personne de Sedik Menassel.

(APS 1.3) Le FLN "rejette catégoriquement toute démarche visant à boycotter ou à reporter l'élection présidentielle", a déclaré le 28 février le porte-parole du parti, Ali Mimouni, qui s'est dit "étonné par l'attitude de ceux qui appelle à reporter l'élection et oeuvrent dans le même temps à collecter les signatures" pour présenter des candidats.

(Reuters, AFP, Le Matin, Corr 1.3, 2.3) Onze des 48 candidats à la candidature à la présidence ont recueilli au moins les 75'000 signatures de soutien nécessaires à leur participation au scrutin, et ont déposé leur dossier de candidature au Conseil constitutionnel le 28 février : Abdelaziz Bouteflika (plus de 400'000 signatures), Hocine Aït Ahmed, Mahfoud Nahnah (plus de 160'000 signatures) , Louisa Hanoune (plus de 80'000 signatures), Nourredine Boukrouh, Mouloud Hamrouche (90'000 signatures), Sid Ahmed Ghozali, Mokdad Sifi, Abdallah Djaballah (plus de 80'000 signatures), Youssef Khatib et Ahmed Taleb Ibrahimi (100'000 signatures) seront donc, sous réserve de validation de leurs dossiers de candidatures, candidat(e)s à l'élection présidentlelle. Par contre, Abdessalam Belaïd n'a pas réussi à réunir les signatures nécessaires (il a notamment invoqué les intempéries qui ont touché le pays pour expliquer cet échec), et Redha Malek a également échoué à franchir la barre des 75'000 signatures. Il a évoqué pour expliquer cet échec des "entraves" et des "obstructions administratives", que les autorités ont démenties. Elles ont également démenti que le siège de du parti de Redha Malek, l'ANR, à Saïda, ait été l'objet comme il l'a affirmé d'un "acte criminel visant la destruction de 1900 formulaires légalisés et de 1100 autres en attente de légalisation". Plusieurs candidats semblent avoir bénéficié de signatures provenant d'autres partis que le leur, y compris de partis opposés au leur : ainsi, des militants du RCD, du FLN et de Ennahda auraient signé en faveur de la candidature de Hocine Aït Ahmed. Par contre, Louisa Hanoune a confirmé n'avoir pu compter que sur les militants de son propre parti pour collecter les signatures en faveur de sa candidature, malgré sa participation du "groupe des cinq plus deux". Enfin, il est désormais de notoriété publique que le candidat "indépendant" (mais soutenu par les directions du FLN, du RND et de Ennahda) Abdelaziz Bouteflika a bénéficié d'une particulière sollicitude de l'administration.

(Le Matin 1.3) Le président Zéroual a confirmé, lors du Conseil des ministres du 28 février, que l'élection présidentielle aura lieu le 15 avril, et donc refusé de la repousser comme le lui demandaient plusieurs candidats à la candidature et plusieurs organisations politiques. Le président a également déclaré que l'échéance électorale ne saurait "en aucun cas être exploitée pour tenter de semer le désordre, de nourrir la haine ou d'assouvir des intérêts étroits", et a ajouté que l'Algérie "ne saurait sacrifier sur l'autel d'une quelconque autre considération les grands acquis démocratiques" pour lesquels elle a "si chèrement payé un lourd tribut", ce que certains commentateurs interprètent comme un avertissement aux islamistes.

(Le Matin 3.3) Prévu initialement le 25 février, puis reporté au 4 mars, le meeting que devaient organiser ensemble les partis et candidats du "groupe de cinq" (plus deux) au stade du 5 juillet est renvoyé sine die. Après l'adoption de leur charte électorale, les membres du groupe semblent désormais courir chacun pour soi-même avant le premier tour.

(Le Matin 3.3) Selon "Le Matin", plusieurs signataires de l'"appel pour la paix" (Mouloud Hamrouche, Abdallah Djaballah, Louisa Hanoune, Abdelhamid Mehri, Ali Yahia Abdenour), reprenant l'essentiel du "contrat national" de Sant'Egidio, tenteraient de reconstituer le groupe en prévision de l'élection présidentielle, afin de donner éventuellement une consigne de vote en faveur du (ou de la) candidat(e) qui défendra de la manière la plus crédible les thèses de l'appel pour la paix.

(Liberté, Corr 3.3) Les partisans d'un report ou du boycott de l'élection présidentielle abordent cette échéance avec des analyses différentes, voire contradictoires, du rôle qu'ils peuvent y jouer. Le RCD maintient son appel au bocott, affirme son intention de ne "soutenir personne, même pas au deuxième tour si un candidat se disant démocrate passe le 1er tour" et considère que "le camp démocratique n'est pas représenté" dans l'éventail des candidats. De même, le CCDR annonce qu'il s'alignera sur la "position du boycott" si "la proposition de report est écartée par le Président de la République" (et tout indique que tel est déjà le cas). Le MDS maintient lui aussi sa position de boycott et sa demande d'annulation du scrutin. Par contre, Rheda Malek (ANR) déclare : "nous ne sommes pas prêts à céder le terrain" face au "retour en force des réconciliateurs, des intégristes et des Sant'Egidiotes", et appel à une mobilisation "pour faire barrage à l'intégrisme", en laissant ouverte la possibilité d'un appel à voter pour Noureddine Boukrouh (PRA). Le Secrétaire général du PRA considère d'ailleurs que son candidat se trouve par la force des choses être le seul pour lequel puissent voter les "démocrates", dans la mesure où "Ghozali et Sifi ont été dans le système", où "Khatib s'est grillé dans la campagne de Zéroual" et où pour la mouvance "républicaine" Hocine Aït Ahmed n'est plus électoralement fréquentable depuis Sant'Egidio. Reste que cette mouvance est électoralement très faible et que ses appels au report du scrutin l'ont quelque peu décrédibilisée, comme le reconnaît d'ailleurs l'éditorialiste du quotidien "Liberté" : "A la différence du boycott qui découle d'une logique de disqualification du scrutin, le report (...) suggère un état d'impréparation, voire carrément une incapacité d'y participer". Quant à Noureddine Boukrouh lui-même, il a appelé dans une intervention à la télévision à dépasser la pensée idéologique pour résoudre la crise. Opposé à la présence d'observateurs internationaux lors du scrutin, qui "ne serad'aucune efficacité et portera atteinte à la dignité des Algériens", le candidat à catégoriquement récusé toute idée de négociation avec les "groupes terroristes".

(Liberté 3.3) Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), qui appelle au boycott du scrutin présidentiel, a dénoncé dans un communiqué l'élimination par l'administration de ses membres des listes des personnes habilitées à surveiller les bureaux de vote, et voit dans cette élimination l'annonce que l'élection du 15 avril sera marquée par "des abus d'autorité" et par "la fraude".

(Liberté 3.3) La validation de la candidature de Mahfoud Nahnah à la présidence reste suspendue à l'obtention ou non par le candidat de l'attestation, nécessaire, selon laquelle il a participé à la lutt de libération nationale. Dans son dossier de candidature, le leader du MSP n'a en effet pu remettre qu'un récépissé délivré par la commission des moudjahidines, document sans valeur juridique. Le dossier de candidature du principal candidat ouvertement islamiste est donc incomplet. Plusieurs personnalités, anciens combattants ou proches d'anciens combattants, ont annoncé qu'elles s'opposeraient à ce que Mahfoud Nahnah obtienne une attestation de participation à une lutte à laquelle, selon elles, il n'a pas participé : le commandant Azzedine en a appelé aux anciens combattants, et le fils d'Amirouche, le député RCD Nordine Aït Hamouda, envisage de porter plainte contre Mahfoud Nahnah pour "falsification de documents".

(APS 6.3) L'Union nationale des étudiants algériens (UNEA) a apporté le 5 mars son soutien à Abdelaziz Bouteflika et appelé la communauté universitaire et les intellectuels à le soutenir lors de l'élection présidentielle.

(APS 6.3) Mouloud Hamrouche a évoqué le 4 mars la possibilité de créer un nouveau parti politique pour "répondre à le demande" de ses comités de soutiens et "mener le pays vers le changement". Mouloud Hamrouche a évoqué l'"échec des partis" en Algérie, en l'imputant au fait qu'ils "ne respectent pas la démocratie dans leur propre fonctionnement" et qu'à quelques rares exceptions près ils "se sont éloignés de leurs militants".

(Liberté 6.3) Comme Mouloud Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali a annoncé (le 6 mars par un appel paru dans la presse) son intention de créer un nouveau parti politique "au service de l'Algérie". Ghozali définit son futur mouvement comme étant "à vocation démocratique avec une visio sociale assez large et forte". Il le situe "dans le camp démocratique" et lui attribue le rôle d'"avant-garde citoyenne des libertés".

(El Watan 7.3) Dans un communiqué publié le 6 mars, le RCD dénonce le refus de la télévision nationale (ENTV) d'inviter le leader du parti, Saïd Sadi, à l'émission "Alternance", alors qu'une telle invitation pour une émission prévue le 5 mars avait été annoncée par la presse. Le RCD accuse la télévision publique de censure et y voit l'annonce de "la fraude" lors de l'élection présidentielle du 15 avril. La Direction de l'ENTV dément toute censure, et rappelle que l'émission "Alternance" n'est consacrée qu'à l'élection présidentielle et aux candidats potentiels à la présidence de la République, Saïd Sadi n'étant pas candidat et son parti appelant à boycotter l'élection. En revanche, le leader du RCD est invité à participer à l'émission "Carrefour", consacrée elle aux partis, indépendamment de l'échéance présidentielle, et qui a déjà invité le RCD

(APS 7.3) Le Conseil constitutionnel entame le 7 mars l'examen des dossiers de candidature à l'élection présidentielle, et a annoncé que l'opération de contrôle des signatures de soutien à ces candidatures était presque terminée (les résultats pourraient être connus dès dimanche soir ou en début de semaine). A Alger, des rumeurs insistantes font état de cinq candidatures "éliminées" pour défaut de signatures ou de pièces administratives, et donc de six candidatures retenues (dont celles de Abdelaziz Bouteflika, Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi, et Hocine Aït Ahmed, les "cas" de Abdallah Djaballah, Noureddine Boukrouh, Sid Ahmed Ghozali et Louiza Hanoune faisant l'objet de rumeurs contradictoires). Ces rumeurs sont alimentées par la pose dans la capitale des panneaux d'affichage réservés pour l'élection, panneaux posés par groupes de six (pour onze candidats à la candidature).

(APS 8.3) La Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP a adopté le 7 mars le texte fixant les conditions, critères et modalités de la campagne électorale à la radio et à la télévision. Le texte interdit aux candidats et intervenants lors des émissions d'utiliser des "langues étrangères" (en clair : de parler français). Il interdit également l'utilisation des lieux de culte, des établissements scolaires et des centres de formation à des fins de campagne électorale. Celle-ci occupera une heure et demie d'antenne par jour à la télévision et une heure d'antenne par jour à la radio, avant les journaux télévisés et radiophoniques. Les émissions seront enregistrées dans les studios de la télévision ou de la radio, dans les même conditions pour tous les candidats. En outre, les campagnes menées par ceux-ci seront couvertes à raison de deux minutes par jour et par candidat. La presse écrite est pour sa part tenue de consacrer les mêmes espaces aux activités des candidats.

(El Watan 8.3) A l'occasion de la journée internationale de la Femme, "El Watan" a résumé les contenus des programmes des candidats à l'élection présidentielle, s'agissant des droits des femmes, et constaté que "les dioscours se cantonnent dans une dimension théorique". L'abrogation du Code de la Famille est soutenue par Louisa Hanoune et Hocine Aït Ahmed, qui plaident pour un statut de citoyenne à part entière, Louisa Hanoune considérant qu'il est "inconvevable qu'un texte de loi inférieur à la Constitution vienne remettre en cause ses principes"", mais ajoutant que "pour que la femme puisse préserver son rôle comme lien social, elle a besoin, avant tout, d'une société en paix". Face aux deux candidats démocrates, les candidats islamistes (Djaballah, Nahnah, Taleb Ibrahimi) mettent plus ou moins explicitement en avant la chariâa (loi islamique) et le respect des valeurs traditionnelles. Entre les deux camps, Mouloud Hamrouche soutient les droits à l'expression, au travail, à l'initiative et à la revendication des femmes, Sid Ahmed Ghozali se dit convaincu que le principe d'égalité des sexes est "ancré dans notre culture et notre religion", et propose la révision du Code de la Famille (mais non son abrogation), Mokdad Sifi entend garantir aux femmes un statut de citoyennes à part entière et reconnaît que le principe constitutionnel de l'égalité n'est pas appliqué, et propose lui aussi de réviser le Code de la Famille, proposition faite également par Youcef Khatib. On se souviendra cependant que ni Sid Ahmed Ghozali, ni Mokdad Sifi, tous deux anciens Premiers ministres, ne se sont signalés lors de leurs mandats par leur opposition à ce code. Quant au programme d'Abdelaziz Bouteflika, il n'a pas encore été publié.

(APS 8.3) Le Groupe des forces démocratiques, qui regroupe six petits partis (le Mouvement national pour la nature et le développement MNND, le Mouvement national de la jeunesse algérienne MNJA, le Rassemblement national constitutionnel RNC, le Mouvement de l'entente nationake MEN, le Rassemblement pour l'unité nationale RUN et le Rassemblement pour l'Algérie RA) a annoncé le 8 mars son adhésion à la charte électorale signée par le "groupes des 5 + 2" (FFS, PT, Nahda, MSP, MRN, Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi).

(El Watan 10.3) Le programme électoral du candidat à la présidence Abdelaziz Bouteflika affirme sa volonté de "renforcer" la démocratie et le pluralisme en Algérie, quitte pour cela à modifier la constitution pour mieux garantir les libertés, harmoniser les rapports entre les deux Chambres du Parlement et amémiorer le fonctionnement du Conseil constitutionnel. Abdelaziz Bouteflika met également l'accent sur l'indépendance de la Justice, la rénovation de l'administration publique, le développement de la liberté de la presse et du pluralisme des media, la professionnalissation "progressive" de l'armée et la réforme de l'éducation.

(Le Matin 11.3) Le candidat islamiste Abdallah Djaballah a appelé le 9 mars à la télévision, lors de l'émission destinée aux candidats à la présidence "Alternance", à l'amnistie des islamistes armés, à la réhabilitation du FIS et à la libération des prisonniers politiques (islamistes).

(AP, APS, AFP, corr., 11.3, 12.3, El Watan 11.3) Sept candidatures à la présidence ont été retenues par le Conseil constitutionnel le 11 mars, et quatre ont été refusées. Les sept candidatures retenues sont celles de Hocine Aït Ahmed, Abdelaziz Bouteflika, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Youssef Khatib et Mokdad Sifi. Les quatre candidatures refusées sont celles de Nourredine Boukrouh, Sid Ahmed Ghozali, Louisa Hanoune et Mahfoud Nahnah, qui n'a pu fournir l'attestation de participation à la guerre d'indépendance, exigée par la Constitution pour les candidats nés comme lui avant le 1er juillet 1942. Les candidatures de Louisa Hanoune, Sid Ahmed Ghozali et Nourredine Boukrouh ont été refusées pour n'avoir pas obtenu les 75'000 signatures de soutien exigées. Plusieurs autres candidatures, marginales, ont été refusées pur cette même raison. Mahfoud Nahnah et Nourredine Boukrouh avaient été candidats lors de la précédente élection présidentielle (1995). Sid Ahmed Ghozali n'avait pas attendu d'être écarté de la course à la présidence pour dénoncer la "manipulation" de l'opinion publique par l'organisation de "fuites" selon lesquelles seuls six candidats (et pas lui) seraient retenus, afin de faire pression sur le Conseil constitutionnel. Les rumeurs auxquelles fait allusion Ghozali ont été partiellement démenties par la décision du Conseil, qui a retenu sept candidats et non six, en "qualifiant" Youssef Khatib. L'entourage de Nourredine Boukrouh s'est lui aussi interrogé sur la propagation de rumeurs sur des résultats non encore rendus publics. Le Conseil constitutionnel a quant à lui formellement démenti que ces rumeurs proviennent de lui.

La décision du Conseil constitutionnel éclaircit singulièrement le choix électoral du 15 avril : plus aucun candidat ne peut se revendiquer du courant "républicain", dont une partie espérait encore qu'il serait présent dans la campagne derrière la candidature de Noureddine Boukrouh. Le courant "démocrate" au sens large n'est plus représenté que par Hocine Aït Ahmed, auquel le courant "républicain" ne se résoudra pas à apporter son soutien, à la fois parce qu'il lui reproche son choix "réconciliateur" à l'égard des islamistes, et (surtout) parce qu'un tel soutien condamnerait définitivement le principal parti du courant "républicain", le RCD, à la marginalité dans laquelle sont confinées les autres partis et organisations se réclamant de ce courant (le MDS, l'ANR, le CCDR), lequel devrait donc se retrouver derrière un mot d'ordre commun d'abstention (ou de "boycott actif", ce qui revient au même sauf à appeler à déposer des bulletins blancs dans les urnes) permettant au moins de revendiquer la totalité des abstentions comme une expression de soutien à la ligne politique du courant en question.

Outre Hocine Aït Ahmed, qui pourrait bénéficier des suffrages qu'aurait obtenus Louisa Hanoune, les autres candidats sont tous issus soit du courant islamiste (Abdallah Djaballah), soit de l'ancien système FLN (Bouteflika, "candidat du consensus" accusé d'être en fait le candidat du pouvoir, Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi, Youssef Khatib), soit des deux à la fois (Taleb Ibrahimi).

Dans ces conditions, le deuxième tour pourrait fort bien opposer Abdelaziz Bouteflika à Hocine Aït Ahmed, si le FFS et son candidat arrivent à "capitaliser" la double opposition au pouvoir et à l'islamisme -et si le scrutin est régulier, ce que plusieurs observateurs tendent à croire possible, une fraude supplémentaire risquant d'affaiblir le pouvoir au yeux de la communauté internationale, et la "stature historique" de Hocine Aït Ahmed rendant plus difficile sa marginalisation électorale par le tripatouillage des urnes.

La campagne électorale commencera officiellement le 25 mars. Elle a en réalité déjà commencé. Hocine Aït Ahmed a ainsi passé la semaine à sillonner les quartiers populaires d'Alger, non pour mesurer sa popularité mais, écrit "El Watan", "reprendre langue directement avec l'homme de la rue (...) jauger les capacités de résistances des Algériens, à travers les doléances des Algérois, contre le pouvoir et le terrorisme". "Les objectifs de la révolution, c'est maintenant qu'il faut les concrétiser", a répété partout le président du FFS.

Dans son programme électoral, Hocine Aït Ahmed privilégie le retour à la paix civile et l'amélioration des conditions de vie des plus démunis. Il plaide pour un "compromis historique" rassemblant toutes les forces politiques "qui condamnent la violence, autour d'une issue politique, pacifique et globale à la crise" et exprime sa conviction que l'Algérie sera "le premier pays arabe. africain et méditerranéen à enraciner un vrai pluralisme" des media, des partis et des cultures (y compris des langues, Tamazight étant pour lui une dimension de l'unité nationale algérienne et non un facteur de vision des Algériens). Hocine Aït Ahmed veut par sa candidature "donner aux citoyens l'occasion d'exprimer leurs opinions et de réaliser la justice, qui constitue la base de la démocratie". Dirigeant historique de la révolution, il se refuse autant à être un "chasseur de voix" qu'à se préssenter en "homme providentiel", et appelle les Algériens à s'unir pour que non seulement "l'Algérie ne soit pas l'homme malade du Maghreb", mais en soit "le moteur".

(APS, El Watan, corr. 13.3, 14.3) La plupart des candidats "retenus" par le Conseil constitutionnel pour participer à l'élection présidentielle du 15 avril ont, évidemment, exprimé leur satisfaction et appelé leur électorat à se mobiliser. Le FFS s'est pour sa part contenté de prendre acte de la "qualification" attendue de Hocine Aït Ahmed -dont, il est vrai, la "disqualification" aurait "disqualifié" l'élection toute entière, que sa participation rend plus crédible à l'étranger.

Mokdad Sifi considère que la validation de sa candidature "constitue la meilleure reconnaissance à ceux et celles qui (...) se sont mobilisés spontanément en un temps record sur l'ensemble du territoire national pour redonner l'espoir aux Algériens".

La permanence d'Ahmed Taleb Ibrahimi considère que la décision du Conseil constitutionnel est un "exemple à suivre par toutes les institutions de l'Etat", en ce qu'elle s'est tenue au "strict respect de la loi", et appelle l'asministration à adopter "dans la pratique et à tous les niveaux, une neutralité réelle et conforme aux exigences de la démocratie et aux aspirations du peuple à l'expression libre de sa volonté, loin de toute pression et entrave".

Abdallah Djaballah considère que la décision du Conseil constitutionnel constitue un premier pas dans l'organisation d'une élection libre et régulière, à même de réaliser les espoirs de la nation dans le rétablissement de la sécurité et de la stabilité.

Youcef El Khatib s'est déclaré satisfait de la validation de sa candidature et a assuré ses comités de soutien "de la pérennité de ses engagements à l'égard du peuple" et de son intention de faire tout ce qui est en son pouvoir "pour être à la hauteur de l'attente et des préoccupations du peuple algérien".

Mouloud Hamrouche a déclaré le 11 mars que ceux qui affirment que les élections sont jouées d'avance "sont des forces qui ne veulent pas le changement".

(APS, El Watan, Le Matin 13.3, 14.3) Les candidats évincés du scrutin présidentiel et leurs partis ont, évidemment, dénoncé avec plus ou moins de virulence leur éviction, quoique certains s'y attendaient et l'avaient plus ou moins ouvertement annoncée avant même la décision du Conseil constitutionnel. Le MSP menace de faire reporter ses voix sur celui des candidats retenus qui pourrait le plus bouleverser le jeu politique, le Parti des Travailleurs appelle à voter blanc, Sid Ahmed Ghozali envisage d'appeler à voter pour Youcef Khatib.

Le MSP a qualifié d'"injuste" l'éviction de Mahfoud Nahnah pour défaut d'attestation de sa participation à la lutte de libération nationale, et considère que "cette décision a été prise au détriment de l'intérêt suprême du pays, de la démocratie, de l'Etat de droit et des engagements des institutions de l'Etat", et qu'elle ouvre la voie "aux dérapages" en dévoilant "les intentions de fraude et la peur du changement". Le MSP appelle le président Zéroual à "prendre des mesures conformes à ses engagements" et la classe politique à "assumer ses responsabilités" devant un "danger menaçant la démocratie". Mahfoud Nahnah a été reçu le 12 mars à sa demande par le président de la République, pour lui remettre un dossier complet sur ce que le MSP considère comme une "machination". Certains cadres du MSP laissent entendre que les suffrages des électeurs du parti pourraient se reporter sur un candidat qui "pourra bouleverser l'échiquier politique et faussera les calculs des uns et des autres", sans préciser de quel candidat il s'agit. Le MSP pourrait également ne donner aucune consigne de vote de façon à se démarquer des résultats du scrutin, ce qui amènerait sans doute les électeurs du principal parti islamiste légal à soutenir l'un des deux autres candidats de la famille islamiste, Abdallah Djaballah ou Taleb Ibrahimi. Le MSP pourrait même selon certains rejoindre le camp des partisans de l'abstention.

Le Parti des Travailleurs a quant à lui accueilli sans surprise et "avec la plus grande sérénité" l'éviction, à laquelle il s'attendait, de Louiza Hanoune (pour manque de signatures de soutien) et affirme sa détermination à "utiliser toutes les voies légales" pour contribuer à sortir le pays de la crise. "Je défie quiconque de démontrer aux Algériens que l'opération de validation des dossiers de candidatures s'est déroulée normalement", a cependant déclaré Louiza Hanoune. Le PT n'entend pas être absent de la campagne électorale, et tiendra meetings et réunions "sur la base d'une pétition nationale articulée autour du réglement des problèmes fondamentaux". "Notre campagne politique n'est pas destinés (au) boycott du scrutin", a cependant précisé la porte-parole du PT. La direction du PT appelle en fait à voter, mais à voter blanc, et dénonce une liste de candidats retenus dictée par des "considérations autres que juridiques". Le PT accuse des représentants de candidats "indépendants retenus" (six des sept candidats sont supposés être "indépendants", seul Hocine Aït Ahmed s'affirmant clairement comme le candidat d'un parti) d'avoir annoncé avant même la fin de l'opération de collecte des signatures que "les efforts du PT seront vains" et que "Louisa Hanoune ne passera pas" le cap du Conseil constitutionnel car "la décision est déjà prise". Le PT considère que le décision du Conseil constitutionnel d'éliminer tous les candidats de partis politiques (sauf l'"inéliminable" Hocine Aït Ahmed) "traduit une volonté de détruire le multipartisme" et confirme le caractère "dislocateur et régionalisant" de l'élection présidentielle.

Dans une conférence de presse, Sid Ahmed Ghozali, évincé faute de signatures, a reconnu que la décision du Conseil constitutionnel était "légale et s'inscrivait dans le cadre de loi", mais a dénoncé des pratiques "discriminatoires", des "tricheries" et des "intimidations scandaleuses" lors de la collecte et de la légalisation des signatures. Il a réaffirmé son intention de créer un "mouvement politique national, démocratique, républicain et citoyen". Interrogé sur ses recommandations de vote éventuelles, Sid Ahmed Ghozali a récusé tous les candidats en lice à l'exception de Youcef El Khatib, qu'il a qualifié d'homme "propre, patriotique et honnête", même s'il lui a reproché de ne se présenter que contre Abdelaziz Bouteflika, ce qui "est un peu court". Dans un entretien avec le quotidien algérois "Le Matin", Ghozali avait accusé "certains" d'avoir cherché à "éliminer les canddatures indésirables" et évoqué la possibilité que le Conseil constitutionnel ait subi des "pressions". "Ce scrutin est discrédité au départ", a considéré le candidat évincé, pour qui "il est de notoriété publique de l'Etat a violé la loi pendant le mois de rassemblement des signatures et des parrainages", et qui qualifie Abdelaziz Bouteflika de "candidat de droit divin" élu d'avance. Sid Ahmed Ghozali considère que "nous sommes dans un scehma au terme duquel nous sommes en train de réintroduire par la grande porte ce qui a été renvoyé par la fenêtre : Sant'Egidio" et que le vlritable "candidat du consensus n'est autre que le candidat de l'intégrisme à visage humain", Taleb Ibrahimi.

Noureddine Boukrouh, enfin, dénonce l'injustice dont il a été victime par l'annulation de plus de 10'000 formulaires de signature en sa faveur, et dénonce les "graves anomalies profitant aux uns et préjudiciables aux autres" lors de la récolte de signatures. Il s'interroge sur le "miracle" par lequel "des candidats ne disposant ni de structures ni de relais à travers le pays ont pu rassembler un nombre considérable de signatures" (allusion probable à Mokdad Sifi et Youcef Khatib).

(El Watan 15.3, Le Matin 17.3, 18.3) Le président de la Commission nationale de reconnaissance de la qualité de "moudhahid", Tayeb Seddiki, a confirmé à l'agence officielle de presse APS que Mahfoud Nahnah n'avait pas droit à cette qualité. Pour sa part, le MSP a envoyé une délégation de sa direction (le Majliss Echoura) pour remettre au président du Conseil constitutionnel une motion de protestation contre l'éviction de Mahfoud Nahnah de l'élection présidentielle, au motif précisément qu'il ne remplissait pas la condition d'avoir participé à la lutte de libération alors qu'il était en âge de le faire. Les militants du MSP expriment pour leur part leur protestation contre la décision du Conseil constitutionnel en diffusant des casstes audio et vidéo du dernier prêche de Mahfoud Nahnah -lequel a constitué un groupe d'avocats pour se prononcer sur la recevabilité ou non d'une saisine du Conseil d'Etat à la suite de la décision (en principe sans appel) du Conseil constitutionnel. Les cadres du MSP dénoncent le caractère "politique" du rejet du dossier de leur leader, et espèrent obtenir des partis politiques et des candidats à l'élection présidentielle une "déclaration commune pour dénoncer la décision du Conseil constitutionnel". Ils affirment que leur parti "ne cautionnera jamais (...) "l'homme du consensus" (soit Abdelaziz Bouteflika) et que "dans le pire des cas", il ne donnera de consignes de vote que "pour celui qui faussera certainement leurs calculs politiques" (sans préciser de qui il s'agit). Dans son commentaire, "El Watan" constate cependant que "tout comptes fait, la décision du Conseil constitutionnel a rendu un grand service au parti de Nahnah. Elle lui a évité une déconfiture certaine dans une compétition où les voix des islamistes seront très convoitées". Deux dandidats à l'élection présidentielle, Mouloud Hamrouche et Youcef Khatib, ont contesté le 15 mars l'invalidation de la candidatre de Mahfoud Nahnah. Le premier a affirmé (alors qu'il avait affirmé le contraire il y a quelques temps) que Nahnah était effectivement membre du FLN pendant la guerre d'indépendance, et le second a considéré que l'élimination du leader islamiste était un coup bas politique. Quant à Hocine Aït Ahmed, il s'est déclaré "opposé à toute forme d'exclusion et de retour à d'anciens schémas" et met en garde contre "toute tentative de dérourner de son cours l'élection présidentielle".

(APS 17.3) Les partis du "Groupe des forces nationales" ont qualifié d'"injuste" la non-validation par le Conseil constitutionnel de la candidature de Mahfoud Nahnah.

(APS 17.3) Cinq petits partis politiques ont annoncé leur soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, au nom de "sa capacité à mobiliser les Algériens pour sortir le pays de la crise". Ces cinq partis sont le parti national pour la solidarité et le développement (PNSD), le rassemblement patriotique républicain (RPR), le mouvement de la jeunesse démocratique (MJD), le mouvement des citoyens libres (MCL) et le parti républicain progressiste (PRP), ainsi qu'une partie du rassemblement pour l'unité nationale.

(APS 20.3) L'union nationale des femmes algeriennes (UNFA, aile de Fatma Zahra El-Aoufi), a annonce le 20 marsi son "soutien total" a Abdelaziz bouteflika lors de l'élection présidentielle.

(Le Matin 21.3) Le corps électoral pour l'élection présidentielle d'avril prochain est estimé à 17 495 707 électeurs et électrices, a indiqué le 20 mars un communiqué du ministère de l'Intérieur. Les statistiques nationales donnent une population en âge de voter évaluée à 18,5 millions d'électeurs et électrices potentiels.

(El Watan 22.3) Le Mouvement démocratique et social (MDS) appelle les Algériens à faire la grève du vote le jour de l'élection présidentielle, a déclaré le coordinateur du mouvement, Hachemi Cherif, le 20 mars lors d'une conférence-débat à la Bourse du travail de Saint-Denis (région parisienne). Pour la suite, au cas où l'élection ne se tiendrait pas ou si le candidat élu était celui du "noyau dur de l'Etat", le MDS propose la mise en place d'une sorte de nouveau Conseil national de transition pour «rééquilibrer les rapports de force au sein de l'Etat duquel sont exclues les forces démocrates" et trop présentes "les forces islamistes et conservatrices".

(Canal+ 21.3, El Watan 23.3) Le Mouvement de la Société pour la paix (MSP) a appelé à une manifestation le 25 mars à Alger, pour protester contre l'éviction de son chef, Cheikh Mahfoud Nahnah, de la course à l'élection présidentielle anticipée du 15 avril. L'appel à la manifestation, qui coïncidera avec le premier jour de la campagne électorale, a été lancé par le bureau exécutif du MSP du gouvernorat d'Alger et publié en encart publicitaire par plusieurs journaux dimanche. Le MSP appelle à une marche "populaire pacifique contre l'élimination de Cheikh Mahfoud Nahnah", sur le parcours allantde la Place du 1er mai à la Présidence de la république. Le MSP tente en outre de mobiliser ses troupes en leur demandant d'être présents dans les bureaux du parti, de distribuer des communiqués dans les lieux publics et d'écrire des lettres ouvertes au chef de l'Etat. Pour le MSP, le verdict du Conseil constitiutionnel est "illégal"et constitue une "fraude anticipée". Le 23 mars, à Oran, Mahfoud Nahnah a annoncé l'annulation de la marche prévue à Alger, mais les militants du MSP d'Alger ont continué à distribuer des tracts appelant à une « manifestation populaire et pacifique ».

(APS 25.3) Manhoud Nahnah a appelé le 24 mars les militants de son parti, le MSP, à "geler" provisoirement leur mouvement de protestation publique contre l'éviction de leur chef de l'élection présidentielle, mais de "garder le contact permament avec l'ensemble des franges de la société et de renforcer le dialogue et la concertation jusqu'à l'annonce de la position définitive du MSP". La marche de protestation prévue le 25 mars a été reportée "*pour faire échec aux conspirations".

(Reuters 22.3) L'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) a annoncé le 22 mars son soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence. Le syndicat assure que le programme de l'ancien ministre des Affaires étrangères, qui n'est pourtant pas connu dans ses détails, est, parmi ceux des sept candidats en lice, "le meilleur pour défendre les intérêts des travailleurs en assurant la justice sociale et en rétablissant l'autorité étatique et la paix". L'UGTA estime que l'ex-chef de la diplomatie de Houari Boumédiène est l'homme idoine pour sortir l'Algérie de la crise.

(El Watan, Liberté 24.3) La décision prise le 22 mars par la direction (Commission exécutive) de l'UGTA de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République suscite au sein de la base syndicale et parmi les cadres de l'organisation une sérieuse contestation, ainsi que des réactions négatives au sein du monde politique. La section syndicale UGTA de la Sonatrach (production-siège) s'élève "avec force" dans un communiqué rendu public le 23.3 "contre (des) agissements dignes du parti unique", et appelle le syndicat à rester "neutre". L'UGTA doit être pour ces contestataires "rassembleuse de tous les travailleurs et de toutes les sensibilités", position déjà défendue à la direction du syndicat par six de ses membres, qui ont voté contre le soutien à Bouteflika. Parmi eux, le Secrétaire général de la Fédération nationale des retraités, qui a vainement demandé que le soutien de l'UGTA ne soit accordé que "sur la base d'un engagement écrit" de la part du candidat. Le directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed, Djamel Zenati, a pour sa part dénoncé l'"instrumentalisation" de l'UGTA par "ceux qui veulent créer l'illusion du consensus" et "faire croire à un large soutien" à Bouteflika, et indiqué que le FFS avait reçu "un nombre impressionnant de messages de la part de travailleurs et de syndicalistes qui dénoncent et désapprouvent la démarche" de la direction de l'UGTA. La porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a de son côté qualifié de "scandaleux" le soutien de l'UGTA à Bouteflika. Mouloud Hamrouche quant à lui qualifié l'UGTA de "résidu du parti unique" et ironisé sur le "miracle" que représente des travailleurs prenant position "pour la fermeture de leurs usines".

(Le Matin 24.3) Le président du MCB (Mouvement culturel berbère - Rassemblement national), Ferhat Mehenni, a demandé le 23 mars, lors d'un point de presse, aux Algériens d'aller voter le 15 avril. Sa confiance quant au prochain scrutin, Ferhat Mehenni l'appuie sur les entretiens qu'il a eus avec cinq candidats à la présidentielle, favorables à la résolution de la question amazighe : Mokdad Sifi, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Ahmed Taleb Ibrahimi et Hocine Aït Ahmed. Le MCB annonce qu'il a « enregistré une disponibilité chez ces candidats à œuvrer avec le mouvement (culturel berbère) à la prise de décisions et à leur mise en œuvre dans le domaine amazigh ». Le MCB a renoncé à soutenir l'un ou l'autre de ces cinq candidats, et se contente de « prendre acte des déclarations des uns et des autres", tout en se déclarant "être prêt à les leur rappeler au cas où ils ne tiennent pas leurs promesses en prenant pour témoin l'opinion publique ». S'agissant des autres candidats, Ferhat Mehenni a précisé que le MCB avait décidé de ne pas les rencontrer, Nahnah car « il nous a toujours fustigés durant le boycott scolaire et a tenu des propos inappropriés lors du décès du militant de l'identité amazighe, Matoub Lounès", Djaballah car il « tient un discours trop tranché, parfois agressif », et Bouteflika parce qu'il est « dans une tour d'ivoire ».

(El Watan 24.3) Le Parti des Travailleurs appelle ses militants et ses sympathisants à voter "blanc" (ou nul) lors de l'élection présidentielle et assure vouloir être présent "massivement" lors de la campagne, notamment en diffusant un bulletin intitulé "je voulais voter pour elle", et en assurant une présence de ses militants dans les locaux de vote. Pour Louisa Hanoune, il n'est pas question que la non validation de sa candidature réduise son parti au silence ou le transforme en comité de soutien à l'un des candidats "validés" : "Nous ne nous reconnaissons pas dans les positions des candidats en lice", précise la porte-parole du PT, qui ajoute (allusion à Hocine Aït Ahmed) que "nous ne pouvons appeler à voter pour l'un des candidats même s'il déclare que la paix constitue sa priorité (alors) que, par ailleurs, il contourne la question de la dette extérieure". Louisa Hanoune considère que la position "unique" du PT en matière de politique économique "est l'origine de (son) exclusion".

(APS 30.3) Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Ahmed Taleb Ibrahimi et Mouloud Hamrouche ont adressé le 29 mars une "instruction" à leurs comités de soutien, militants et sympathisants, au sujet de la "coordination et la coopération en matière de surveillance de toutes les étapes de l'opération électorale". Cette "instruction" fait suite à la plate-forme politique signée le 30 janvier (dite "des cinq") et de la charte électorale signée le 25 février (dite des "cinq plus deux"). Elle vise à "assurer la présence des représentants des candidats signataires (de la charte) au niveau de tous les bureaux et centre de vote" et à l'"échange des informations entre les représentants des candidats.

(El Watan 1.4) Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb-Ibrahimi et Abdallah Djaballah ont adressé le 1er avril une lettre de protestation au ministre de l'Intérieur, dans laquelle ils expriment leurs doutes sur l'impartialité de l'Administration et leurs craintes sur la régularité du scrutin présidentiel. Les quatre candidats évoquent la possibilité de faux procès-verbaux de dépouillement et de non-remise des procès-verbaux aux représentants des candidats. Ils demandent l'instauration de "modalités incontestables de surveillance et de dépouillement des bureaux de vote itinérants et de l'émigration ainsi que de ceux des corps constitués", un prolongement du délai de recours en ce qui concerne les membres des bureaux de vote et les commissions communales et la remise des procès-verbaux originaux de dépouillement aux présidents des commissions électorales communales "à l'exclusion de tout autre intermédiaire administratif".

(APS 31.3) Abdelaziz Bouteflika s'est prononcé le 30 mars à Ghardaïa contre la venue d'observateurs étrangers lors de l'élection présidentielle. Il a certes souhaité que les élections soient "propres et permettent au citoyen de faire librement son choix", mais a assuré que le peuple algérien est "un peuple algérien qui n'a pas besoin d'observateurs étrangers pour (le) contrôler".

(APS 31.3) Le Secrétaire général du FLN, Boualem Benhamouda, a démenti le 30 mars l'appartenance des candidats indépendants (notamment de Mouloud Hamrouche et Mokdad Sifi) au FLN (dont ces candidats étaient cependant membres au moment où le FLN a "choisi" de soutenir la candidature d'Abdelaziz Bouteflika)

(Le Matin 3.4) Un responsable du Département d'Etat américain, cité sous souvert d'anonymat par "Le Matin", a exprimé le bon espoir des Etats-Unis que l'élection présidentielle sera "juste et honnête", mais également leurs doutes sur la capacité du président Zéroual "à contrôler suffisamment l'Administration pour la forcer" à assurer le bon déroulement du scrutin et sur la disposition de l'armée à accepter les résultats. Selon ce responsables, "s'il y a un minimum de fraude, le nouveau président élu disposera d'une légitimité suffisante pour engager des réformes sérieuses", et "les progrès à long terme (de l'Algérie) seront sérieusement conditionnés par cette élection".

(El Watan 1.4, Liberté 4.4) Le meeting tenu par Abdelaziz Bouteflika à Tizi Ouzou le 2 avril a été sérieusement perturbé par des manifestants hostiles au "candidat du consensus". La veille de son arrivée déjà, des échauffourées se sont produites dans la soirée aux environs du théâtre communal, fortement gardé par des policiers, et où une projection vidéo montrant notamment Bouteflika en compagnie de Boumediène, a provoqué un début d'émeute. Le jour du meeting, des milliers de manifestants brandissant des portraits de Hocine Aït Ahmed ont accueilli Bouteflika aux cris de "Krim ! Khider ! Bouteflika assassin !". A la sortie du meeting, Bouteflika est reparti sous des jets de pierres provenant des rangs de centaines de manifestants qui l'attendaient devant le théâtre Kateb Yacine, provoquant un carambolage avec ses voitures d'escorte et blessant la cameraman d'une chaîne de télévision étangère. Hocine Aït Ahmed a réagi le 3 avril lors d'un meeting à Aïm Benian aux incidents de Tizi Ouzou en les qualifiant d'"indamissibles" et les a dénoncés "de la façon la plus catégorique", en niant toute implication du FFS dans cette "violence". Le leader du FFS a demandé à la justice "d'ouvrir rapidement une enquête pour identifier rapidement les responsables de ces incidents". Le comité de soutien à Hocine Aït Ahmed pour la wilaya de Tizi Ouzou s'est quant à lui dit "convaincu" que les violences du 2 avril relève de la "provocation commanditée". Le RCD a également condamné ces violences (tout en laissant planer le doute sur la responsabilité du FFS).

(Reuters, APS 5.4) Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Abdallah Djaballah et le représentant de Hocine Aït Ahmed ont dénoncé dans un communiqué commun le 5 avril la partialité de l'administration en faveur d'Abdelaziz Bouteflika. "Les méthodes et documents électoraux utilisés pour truquer les élections législatives précédentes refont surface (...) L'administration et les services publics se déouvent à un candidat en particulier", affirme le communiqué. Les quatre candidats dénoncent l'inflation du nombre des électeurs, passé de 15 millions en 1997 à 18,5 millions deux ans plus tard, et demandent au président Zéroual et au Premier ministre Hamdani de prendre des mesures pour "clarifier" le nombre d'électeurs incontestables. Le MSP a exprimé le 4 avril son étonnement de "n'avoir pas été consulté" par le "groupe des quatre candidats" (Aït Ahmed, Hamrouche, Ibrahimi et Djaballah) avant que celui-ci ne rende public leur communiqué de dénonciation du parti pris de l'administration en faveur d'Abdelaziz Bouteflika.

(Le Matin 5.4) Selon "Le Matin", Le MSP, privé de la possibilité de présenter son chef Mahfoud Nahnah à l'élection présidentielle, aurait "opté pour le soutien de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika". Le quotidien affirme qu'"à l'issue de plusieurs réunions du bureau exécutif" du parti et de "tractations menées par Nahnah en personne avec ses représentants au gouvernement", le leader islamiste aurait finalement réussi à convaincre la direction de son parti de soutenir le "candidat du consensus". Abdelaziz Bouteflika a d'ailleurs déclaré à Blida qu'il était "lié à Nahnah par une amitié de longue date".

(El Watan 6.4) Un sondage réalisé par "El Watan" sur les intentions de vote pour l'élection présidentielle suggère que 69,3 % des Algériens auraient l'intention d'aller voter, que 33,8 % ont l'intention de voter pour Abdelaziz Bouteflika, 13,2 % pour Mouloud Hamrouche, 12,5 % pour Ahmed Taleb Ibrahimi, 6,7 % pour Hocine Aït Ahmed, 4,4 % pour Abdallah Djaballah, 2,1 % pour Mokdad Sifi et 0,9 % pour Youcef Khatib. Cependant, 26,4 % des personnes qui ont l'intention d'aller voter ne savent pas encore pour qui. Selon ce sondage, que le quotidien invite lui-même à prendre avec précautions, le "profil du votant est celui d'une homme ou d'une femme ouvrier ou employé âgé de plus de 45 ans et d'un niveau de formation primaire, voire analphabète", alors que le profil de l'abstentionniste est celui d'"un jeune d'un niveau moyen ou secondaire", chômeur, cadre ou de profession libérale. Le sonsage a été réalisé à partir d'un échantillon de 3925 personnes.

(FIS, Le Matin 6.6) Un communiqué publié à Bonn par l'instance exécutive du FIS à l'étranger appelle à soutenir la candidature d'Ahmed Taleb Ibrahimi à l'élection présidentielle. Selon l'instance, Taleb Ibrahimi est "l'homme le plus apte à rassembler les Algériens et le plus habilité à sortir le pays de sa tragédie". Le quotidien "Le Matin" précise que trois anciens dirigeants du FIS (MM Hachani, Djeddi et Guemazi) étaient déjà membres ou proches du "staff" du candidat islamiste.

(AP 7.4) De nouvelles rumeurs de report de l'élection présidentielle circulent, alimentées d'une part par les incertitudes sur l'état de santé de Hocine Aït Ahmed, d'autre part par les menaces de retrait des candidatures de Mouloud Hamrouche, Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah et Hocine Aït Ahmed du fait des suspicions de fraude, et enfin par le soutien désormais ouvert apporté par le FIS à Ahmed Taleb Ibrahimi. Selon l'article 161 de la loi électorale, l'empêchement d'un candidat entraîne le report de 15 jours de l'élection. Or si Hocine Aït Ahmed reste candidat, et si le FFS continue de mener campagne pour lui, son repos forcé le maintient éloigné de la campagne. Quant aux soupçons de préparation de la fraude, ils sont alimentés par l'augmentation subite du nombre d'électeurs inscrits, augmentation que Hocine Aït Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi et Abdallah Djaballah interprètent comme la constitution d'"un volant sécuritaire" en faveur d'Abdelaziz Bouteflika. Quant au soutien du FIS à Ahmed Taleb Ibrahimi, si rien dans la loi n'interdit à un candidat d'être soutenu par une organisation officiellement dissoute, du moins tant que ce candidat reste lui-même dans les limites de la légalité, "si des pressions ou des menaces sont exercées" par le FIS "sur l'électorat ou pour fausser le résultat, la justice aura à intervenir" déclare le juriste Moncef Djilali.

(El Watan 7.4, 8.4) Lors d'un meeting organisé à Alger le 6 avril, Louisa Hanoune a présenté le bulletin que son parti va diffuser à l'intention de celles et ceux qui auraient voté pour la porte-parole du PT, si sa candidature n'avait pas été invalidée par le Conseil constitutionnel pour défaut de signatures de soutien. Le Parti des Travailleurs invite ses membres, sympathisants et électeurs à voter "blanc" (ou "nul") en glissant dans les urnes du 15 avril un bulletin, totalement inofficiel, portant la photo de Louisa Hanoune et les revendications du parti. Le PT fera également circuler une pétition nationale exprimant les "urgences de l'heure", dont le rétablissement de la paix. Sept meetings prévus de Louisa Hanoune ont dû être annulés, après que ll'Administrationait finalement refusé de lui accorder des salles (alors que les gérants des salles les avaient résevées pour ces meetings). Le 8 avril, à défaut de pouvoir tenir meeting, Louisa Hanoune, soutenue par plusieurs dizaines de représentants des familles de "disparus", a improvisé uine marche pacifique à travers Bab el Oued

(APS 8.4) Le MSP, le FLN, le RND et Nahda ont signé le 8 avril une déclaration politique commune soutenant la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. La déclaration a été signée par les leaders respectifs des quatre partis, membres de la coalition gouvernementale : Mahfoud Nahnah (MSP), Boualem Benhamouda (FLN(, Ahmed Ouyahia (RND) et Lahbib Adami (Nahda). Le soutien du RND, du FLN et de Nahda à Abdelaziz Bouteflika était déjà officiel, celui du MSP l'est donc désormais aussi.

(AP, Le Parisien 8.4) Dans une interview publiée le 8 avril par le quotidien français "Le Parisien", Abdelaziz Bouteflika se donne trois objectifs fondamentaux : "mettre fin à la violence, affermir l'unité nationale, approfondir notre projet démocratique". Le candidat à la présidence affirme vouloir renforcer l'Etat, dont "le premier devoir (...) est d'assurer la sécurité des personnes et des biens", et fait même de "l'Etat, d'abord l'Etat, toujours l'Etat" le "principe de l'amour de l'Algérie".

(AP 8.4) Le ministre de la Communication, et porte-parole du gouvernement, Abdelaziz Rahabi, a annoncé le 8 avril que les sondages "sortie des urnes" (estimations du résultat de l'élection) qui auraient dû être diffusés le soir du scrutin, à 20 heures, 22 heures et minuit, ne le seront pas, "en raison des réticnces" des candidats, qui craignent une fraude possible dissimulée derrière des estimations manipulées.

(AP 8.4) La polémique enfle à propos du chiffre officiel des électrices et électeurs inscrits, soit 17'494'136 personnes, dont 9'614,962 hommes et 7'879'174 femmes, contesté par les candidats de l'opposition. Le conseiller de Mouloud Hamrouche, Hadj Arab Amazigh, a relevé le 8 avril que la répariition nombre officiel d'électeurs entre hommes et femmes "n'est pas conforme au rapport des populations masculine (50,7 %) et féminine (49,3 %) qui ressortent du dernier recensement de juin 1998". Les candidats de l'opposition accusent l'administration de "préparer des voix" au profit d'Abdelaziz Bouteflika en "gonflant" le nombre d'électeurs d'un million et demi, et en modifiant la répartition régionale des électeurs inscrits : la wilaya d'Oran se retrouveraient ainsi avec 200'000 électeurs de plus que celle de Tizi Ouzou, pourtant plus peuplée, et la wilaya de Blida avec également plus d'électeurs que celle de Bejaïa, également plus peuplée (Oran et Blida sont supposées être favorables à Bouteflika, Tizi Ouzou et Bejaïa sont de toute évidence acquises à Hocine Aït Ahmed, lequel pourrait, s'il n'est pas présent au second tour, appeler à voter pour Mouloud Harmrouche).

(AP 11.4) Les dernières heures de la campagne électorale (qui se termine officiellement le 12 avril au soir) ont été l'occasion pour les candidats ou leurs représentants de tenir leurs derniers rassemblements publics en résumant leurs programmes : Abdelaziz Bouteflika a proclamé le 11 avril à Alger que "la tendance nationaliste est la colonne vertébrale de la réconciliation nationale" et que "ses valeurs sont l'Islam, sans qu'elle soit islamiste, et la démocratie, sans qu'elle soit laïque". Taleb Ibrahimi a appelé le 10 avril, également à Alger, à un "dialogue sans exclusive, de le cadre de la Constitution et après l'acceptation de l'alternance au pouvoir et du non recours à la violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir". Mouloud Haamrouche a insisté le 11 avril à Tizi Ouzou sur la nécessité d'une "rupture" avec le passé et du refus de "la marginalisation, (de) la 'hogra', (de) la corruption (et des) licenciements abusifs. Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, a qualifié le 10 avril à Bordj Menaiel le scrutin de "dernière chance pour l'Algérie". Abdallah Djaballah a plaidé le 10 avril à Constantine pour "un Etat fort et un redressement global", Mokdad Sifi, à Saïda, pour le "respect pour le travail, la République, la démocratie, le droit à la liberté d'expression et à l'alternance du pouvoir", et Youcef Khatib à Berrouaghia "pour le changement et l'édification d'un Etat de droit, susceptible de provoquer une double rupture avec le système et l'extrémisme".

(El Watan 10.4) Louisa Hanoune a dénoncé le 9 avril lors d'une conférence de presse la partialité de l'administration dans la campagne électirale : "comment expliquez-vous que des dizaines de bus aient été mis à la disposition d'un seul candidat" (Abdelaziz Bouteflika) et que des centaines de citoyens, notamment les employés dans le cadre du filet social et de l'emploi des jeunes, (ont) été mobilisés, voire menacés, pour assister aux meetings du candidat favori ?", alors que le Parti des Travailleurs (qui appelle à voter blanc ou nul) "n'a eu droit qu'à trois meetings" après l'interdiction de celui qu'il devait tenir à Alger. Le même jour, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, portait les mêmes accusations contre l'administration et parlait de "déplacement de populations avec les moyens de l'Etat" pour remplir les salles des meetings de Bouteflika. Louisa Hanoune a en outre dénoncé le "silence" des candidats en lice "face à ce qui se passe dans les Balkans".

(AP, APS 11.4) Les Algériens de l'étranger ont commencé timidement à se rendre aux urnes le 10 avril. Ils ont jusqu''au 15 avril pour voter. Sur près de 774'000 électeurs inscritsà l'étranger, plus de 680'000 sont établis en France. Les autres communautés algériennes importantes sont établies en Tunisie (15'000 électeurs), en Belgique (10'200 électeurs), au Maroc (10'000 électeurs), en Allemagne (9200 électeurs), en Grande-Bretagne (plus de 6000 électeurs, Irlande comprise), en Espagne (4200 électeurs), en Suisse (4200 électeurs, dont les deux tiers en Suisse romande), aux USA (3500 électeurs), aux Pays-Bas (1000 électeurs). La participation a été faible lors de la première journée de vote et les bousculades de l'élection présidentielle de 1995 ont été loin de se reproduire -le dispositif électoral ayant été largement amélioré entre temps, avec plus de centres et de locaux de vote, et des locaux plus grands et mieux situés.

(APS 11.4) Les caravanes des bureaux de vote itinérants devant sillonner les zones reculées du grand sud ont pris le départ le 11 avril. Elles devront être sur place le 12 avril pour recueillir les votes des électeurs des localités et des lieux qu'elles visiteront, et devront être de retour le 15 avril. Des observateurs représentant les candidats les accompagnent.

(FIS 11.4) L'Armée Islamique du Salut, dans un communiqué signé de son "émir" national Madani Mezrag et daté du 11 avril, appelle le peuple algérien à saisir l'"occasion historique" du scrutin présidentiel "avant qu'il ne soit trop tard", et à faire "en sorte que le rendez-vous électoral soit le point de passage d'une période d'injustice et de peines à une période de justice et de bien faire". L'AIS appellent les Algériens à s'exprimer par le vote "en toute loyauté, force et sincérité". L'AIS n'appelle pas explicitement à voter pour un candidat précis (mais le FIS a appelé à voter pour Ahmed Taleb Ibrahimi, que des membres de l'AIS ont aidé à récolter les signatures nécessaire à la présentation de sa candidature), mais s'adresse au "président attendu (...), sûrement convaincu de la nécessité de produire un changement substantiel dans la façon de traiter avec les différentes tendances qui forment la société", pour lui demander d'être "véritablement le président de tous les Algériens". A ce "président attendu", l'AIS adresse le message suivant : "Adoptez d'urgence la solution politique qui rend à la religion sa position et au peuple sa fierté et sa dignité et au pays sa paix et sa stabilité. Le communiqué de l'AIS réaffirme en outre que "l'instance exécutive du FIS à l'étranger, présidée par le cheikh Rabah Kebir, est le représentant légitime et unique du FIS à l'étranger".

(El Watan 12.4 13.4) Djamel Zenati, directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed, a tenu le dernier meeting de la campagne pour la candidat du FFS à Tizi Ouzou le 12 avril, exhortant les militants du parti à aller voter en masse, démentant que Hocine Aït Ahmed, "totalement rétabli" (et qui a annoncé lui-même le 14 son retour "dans peu de jours" en Algérie ait l'intention de se "retirer de la course" et affirmant que "ce n'est pas le pouvoir qu'il veut, mais le redressement de l'Algérie". S'exprimant à "Arab New Network" de Londres, Hocine Aït Ahmed a invité les Algériens à faire du 15 avril une "fête de la démocratie".

(AFP 13.4) Louiza Hanoune a tenu le dernier meeting de sa campagne pour le vote "blanc" (ou nul) le 12 avril à Bab-el-Oued, proclamant que "la priorité des priorités c'est toujours la paix" et promettant de défendre "toujours les pauvres, les prisonniers politiques et les disparus". La veille, à Tizi Ouzou, Louiza Hanoune a annoncé le lancement d'une pétition adressée au Président Zéroual, lui demandant d'user de ses prérogatives présidentielles pour "signer un décret pour la paix", et réitéré la proposition du Parti des Travailleurs en faveur d'un congrès national ouvert à "tous les partenaires du dialogue", c'est-à-dire "les partis présents à l'(Assemblée nationale), les institutions nationales, les corps constitués et des personnalités du parti dissous (le FIS, tels que Abassi, Benhadj et Hachani". S'agissant de l'élection présidentielle, Louiza Hanoune a annoncé que "cette élection sera truquée" et que la fraude a "commencé avec la collecte des signatures et les pressions sur les consciences".

(AP 12.4) Trois jours après l'ouverture des bureaux de vote en France, la participation y restait très moyenne (c'est-à-dire très inférieure à celle de la précédente élection présidentielle de 1995). Les taux de participation étaient de 7,5 % le 10 avril dans la région de Metz, de 12 % le 11 avril au soir dans la région de Marseille, de 20 % le 12 avril dans la région de Lille. Le vote des Algériens de France a commencé le 10 avril et se poursuivra jusqu'au 15, date du scrutin en Algérie.

(AP 13.4) Les opérations de vote ont débuté le 12 avril dans les 700 bureaux itinérants des régions sahariennes.

(AP 13.4) 750'000 membres des forces de sécurité et des corps constitués (armée, police, gendarmerie, pompiers, gardes communaux) ont voté les 13 et 14 avril en Algérie, avant que de surveiller le scrutin du 15.

(Le Matin 12.4, AFP, AP, Reuters 13.4, 14.4) Cinq des sept candidats à l'élection présidentielle (Hamrouche, Taleb, Aït Ahmed, Djaballah et Sifi) ont évoqué le 11 avril la possibilité de se retirer de l'élection, afin de dénoncer la fraude et l'engagement de l'administration aux côtés d'Abdelaziz Bouteflika. Les représentants des candidats ont dénoncé le brusques changements dans l'encadrement de certains centres et bureaux de vote, notamment à Alger, le refus de certaines mairie de délivrer à des membres des commissions communales de surveillance leur badge, l'orientation pro-Bouteflika de la couverture médiatique de l'élection. Le 13 avril, les six candidats opposée à Abdelaziz Bouteflika ont demandé l'annulation des premiers votes (ceux intervenus dans le grand sud saharien) en dénonçant une "opération de fraude", et en saisissant la Commission nationale indépendante de surveillance de l'élection, dont le président, Mohamed Bedjaoui, a pris l'engagement de "ne pas se taire" devant la fraude. Les candidats et leurs représentants ont donné plusieurs exemples de fraude déjà engagée :

Le président Zéroual a refusé le 14 avril de recevoir les candidats ou leurs représentants, et les a renvoyés aux "moyens (légaux) de faire valoir et de défendre leurs droits".


ELECTIONS PRÉSIDENTIELLES : UN SEUL TOUR, UN SEUL CANDIDAT

(APS, AFP, AP, Reuters, corr. 14.4) Tous les candidats à l'élection présidentielle du 15 avril à l'exception d'Abdelaziz Bouteflika ont annoncé le 14 avril le retrait de leur candidature "après avoir constaté la non prise en considération par la présidence de la République de leur démarche commune du 13 avril", protestant contre la fraude et demandant l'annulation des votes déjà émis à l'étranger, par les "corps constitués" (armée, police) et dans les bureaux itinérants. Liamine Zéroual a annoncé le soir même à la télévision que l'élection était néanmoins maintenue le 15 avril. En droit, les six candidats qui ont annoncé leur retrait sont toujours formellement candidats, un retrait de candidature ne pouvant se faire selon la loi organique relative au régime électoral (art. 161) qu'en cas de décès ou d'empêchement légal, la fraude n'étant pas considérée comme telle. En fait, Abdelaziz Bouteflika reste seul en lice, même si les bulletins portant les noms d'autres candidats seront considérés comme valables et si plusieurs centaines de milliers d'électeurs ont déjà voté, à l'étranger, dans le sud ou dans les casernes.

"J'ai décidé que (le processus électoral) se poursuivra'', a annoncé le président dans une brève allocution radiotélévisée le 14 avril au soir, intervention au cours de laquelle il a également qualifié de "grave'' le désistement des six candidats contestataires et dénoncé la "faiblesse des prétextes avancés'' par eux. Liamine Zéroual a rappelé que la décision d'organiser une élection présidentielle anticipée était la sienne, afin de faire "jouer le principe de l'alternance au pouvoir''. Jugeant que ces élections sont "menées dans la transparence'', il a exhorté les Algériens à "participer en masse au scrutin''. Abdelaziz Bouteflika a cependant mis un bémol à son acceptation des résultats en déclarant ne pas vouloir assumer "le pouvoir s'il n'y a pas de participation massive du peuple et si mon score ne me donne pas la capacité de relever les défis extrêmement nombreux'', a-t-il déclaré à l'Associated Press, sans pour autant donner de précisions sur les chiffres qu'il attendait. Il a par ailleurs jugé qu'il n'était pas "dans les prérogatives du président d'arrêter le processus électoral une fois lancé''.

Annonçant leur décision de retrait à l'issue d'une réunion à Alger, les six autres candidats ont déclaré rejeter "par avance la légitimité du candidat qui serait élu''. Mobilisés contre la fraude électorale, qualifiée par la presse non gouvernementale de `"huitième candidat'' du scrutin, Hocine Aït Ahmed (Front des forces socialistes, FFS), Abdallah Djaballah (Mouvement de la réforme nationale, MRN), Ahmed Taleb Ibrahimi (soutenu par le FIS), Mouloud Hamrouche, Youssef El Khatib, Mokdad Sifi, candidats indépendants, ajoutent: "Nous décidons de poursuivre la mobilisation du mouvement des citoyens pour imposer le respect de leurs droits de décider et choisir librement''. Ils ont ainsi appelé à une marche pacifique dans les rues d'Alger pour vendredi. Mouloud Hamrouche a estimé sur France-2 que le retrait des six candidats était ``un progrès énorme'', car "aujourd'hui, les Algériens et les Algériennes sont avertis des intentions du pouvoir''.

En fin d'après midi, le 14 avril, des voitures de sympathisants des six candidats sillonnaient Alger et les grandes villes du pays pour inciter les citoyens à ne pas aller voter le 15 et à manifester le 16.

(Corr, AFP, AP, ATS, Le Matin 15.4, 16.4). Selon les résultats officiels de l'élection présidentielle, Abdelaziz Bouteflika a obtenu 73,79 % des suffrages, Ahmed Taleb Ibrahimi 13 %, Hocine Aït Ahmed 3,17 %, Mouloud Hamrouche 3 %, alors que seul le premier était encore candidat et que les partisans des autres ont déserté les urnes après l'annonce de leur retrait.

Selon ces résultats officiels, Abdelaziz Bouteflika "sort" en tête dans toutes les wilayas, mais il serait talonné dans celles de Bejaïa et de Tizi Ouzou par Hocine Aït Ahmed, qui n'était plus candidat. Le taux d'abstention dans ces deux wilayas atteignant plus de 93 %, les résultats n'y sont de toutes façons guère significatifs.

Les résultats officiels du scrutin semblent suggérer une tentative du pouvoir algérien de privilégier "son" opposition islamiste, à travers les "scores" dont il a "gratifié" Ahmed Taleb Ibrahimi et Abdallah Djaballah, au détriment de l'opposition "démocrate" et "moderniste", incarnée par Hocine Aït Ahmed et Mouloud Hamrouche. En outre, la distribution officielle des places dans les résultats, et la reconnaissance de l'abstention massive de la Kabylie et d'une abstention atteignant ou dépassant les deux tiers à Alger et dans l'immigration, manifeste la permanence de la volonté du pouvoir de confiner l'opposition démocratique dans son "ghetto kabyle".

(Liberté 18.4) Selon diverses sources, émanant du ministère de l'Intérieur ou de l'armée et citées sous couvert d'anonymat notamment par les quotidiens "Liberté" d'Alger et "Le Monde" de Paris, ainsi que par le FFS, les résultats réels de l'élection présidentielle seraient les suivants :

Participation : 23,03 % 

Abdelaziz Bouteflika : 28,3 %
Ahmed Taleb Ibrahimi : 20,28 %
Hocine Aït Ahmed :     13,27 %
Abdallah Djaballah :   12,78 %
Mouloud Hamrouche :    12,77 %
Youcef Khatib :         8,0 %
Mokdad Sifi :           4,06 %

Le taux officiel de participation s'est élevé à 60,25 % . Selon Mouloud Hamrouche, le taux réel devrait tout au plus atteindre le tiers du taux officiel. Selon un membre du comité de soutien du FFS, à Alger, le taux de participation à s'élevait, à 17h00 heures à 28 % à Tlemcen, fief d'Abdelaziz Bouteflika, et de 2 à 3 % à Tizi Ouzou, en Kabylie, fief de Hocine Aït Ahmed (et du RCD). A la même heure, lorsque le taux officiel de participation atteignait 50,84 % en moyenne nationale, Mouloud Hamrouche l'évaluait à moins de 20 % (et à un peu plus de 5 % dans les deux wilayas de Kabylie). A Alger et Tamanrasset, les bureaux de vote sont restée ouverts une heure de plus que prévu. Les journalistes étrangers ont partout constaté une participation très basse.

La participation a été également très faible en France, l'abstention atteignant probablement 70 %, même si le taux de participation officieux indiqué par les autorités algériennes se situait à 31,28 % deux heures avant la clôture du vote. A Genève, où votaient les Algériens de Suisse romande, le taux de participation était de 26 % à la mi-journée et devait atteindre officiellement 40 % à la fermeture du local de vote.

Le président de la Commission nationale indépendante de surveillance des élections (CNISEP), M. Bedjaoui, a précisé que le président de la République ne pouvait pas annuler le scrutin avant que celui-ci se soit terminé, dès lors que les six candidats qui se sont retirés l'ont fait après que les opérations de vote aient commencé.

Abdelaziz Bouteflika a été proclamé le 20 avril président de la République algérienne par le Conseil constitutionnel, qui a validé les résultats de l'élection du 15 avril (en accordant à Bouteflika 2906 vois de plus qu'annoncé, soit au total 7'445'45 voix. Les résultats officiels définitifs de l'élection sont donc les suivants, selon le CC :

Electeurs inscrits: : 17.488.759 
Votants : 10.652.623 (60,91 %
Suffrages exprimes : 10.093.611 
Majorité absolue : 5.046.807 

Les candidats ont obtenu

Hocine Aït Ahmed : 321.179 
Abdelaziz Bouteflika : 7.445.045 (73,73 %)
Mouloud Hamrouche : 314.160 
Youcef Khatib : 121.414 
Abdallah Djaballah : 400.080 
Mokdad Sifi : 226.139 
Ahmed Taleb Ibrahimi : 1.265.594 

Hocine Ait Ahmed a obtenu 1656 voix de plus qu'annoncé initialement, Mouloud Hamrouche 2.252 voix de plus, Youcef Khatib 1.412 voix de moins, Abdallah Djaballah 1664 voix de plus, Mokdad Sifi 232 voix de moins et Ahmed Taleb Ibrahimi 1.500 voix de plus. Le nombre d'electeurs inscrits a ete etabli par le conseil constitutionnel a 17.488.759, soit une baisse de 5.377 (precedemment 17.494.136), alors que le nombre de votants a ete fixe a 10.652.623, soit une hausse de 112.872. Les suffrages exprimes ont ete egalement revus a la hausse avec 10.093.611, soit plus 8.334.

Le conseil constitutionnel a rejeté les 29 recours qui lui ont ete adresses, au motif "qu'ils ne remplissent pas les conditions legales''. Le president du conseil constitutionnel,. Said Bouchair, a ajoute que le conseil constitutionnel n'a pas ete saisi et n'a recu aucune correspondance jusqu'a ce jour de la part des six candidats qui se sont retires.

Les résultats officiels de l'élection présidentielle

 

 

TAUX DE PARTICIPATION PAR WILAYA

Wilaya

11H

15H

18H

Final

01

ADRAR

18,91%

34,77%

42,80%

56,34%

02

CHLEF

12,34%

34,95%

48,91%

57,89%

03

LAGHOUAT

27,21%

50,73%

61,39%

71,20%

04

OUM EL BOUAGHI

10,90%

34,89%

55,41%

76,47%

05

BATNA

15,03%

34,88%

64,39%

78,28%

06

BEJAIA

2,48%

4,79%

5,81%

6,61%

07

BISKRA

16,46%

46,04%

60,91%

75,50%

08

BECHAR

32,56%

56,38%

65,88%

72,36%

09

BLIDA

15,50%

34,55%

48,83%

58,81%

10

BOUIRA

12,01%

28,25%

39,14%

47,98%

11

TAMANRASSET

27,95%

43,93%

50,79%

59,20%

12

TEBESSA

12,86%

37,27%

59,78%

69,34%

13

TLEMCEN

18,66%

46,22%

62,57%

74,24%

14

TIARET

22,83%

53,06%

68,88%

79,41%

15

TIZI OUZOU

2,38%

4,04%

5,11%

5,73%

16

ALGER

9,01%

20,67%

31,27%

38,93%

17

DJELFA

22,11%

42,87%

55,63%

64,22%

18

JIJEL

11,80%

31,16%

45,15%

55,12%

19

SETIF

14,39%

40,16%

55,46%

65,80%

20

SAIDA

18,46%

48,15%

67,51%

81,05%

21

SKIKDA

12,19%

37,30%

54,39%

69,18%

22

SIDI BEL ABBES

18,15%

49,22%

67,05%

77,80%

23

ANNABA

12,20%

39,42%

61,00%

69,33%

24

GUELMA

12,27%

44,46%

67,52%

77,95%

25

CONSTANTINE

14,91%

36,38%

53,23%

66,03%

26

MEDEA

11,87%

36,02%

65,23%

65,90%

27

MOSTAGANEM

16,89%

42,46%

60,81%

76,43%

28

M'SILA

18,03%

41,51%

56,08%

66,34%

29

MASCARA

15,56%

43,32%

63,50%

75,39%

30

OUARGLA

15,81%

33,43%

43,30%

52,91%

31

ORAN

12,76%

42,46%

54,22%

63,57%

32

EL BAYADH

38,91%

61,59%

75,52%

85,43%

33

ILLIZI

28,68%

37,99%

50,15%

54,47%

34

BORDJ BOU ARRERIDJ

12,77%

39,02%

55,68%

69,76%

35

BOUMERDES

8,93%

25,75%

35,25%

41,56%

36

EL TARF

19,19%

50,68%

74,00%

85,99%

37

TINDOUF

73,09

81,28%

86,53%

88,63%

38

TISSEMSILT

18,70%

48,30

67,10%

86,84%

39

EL OUED

12,43%

29,77%

40,67%

51,32%

40

KHENCHELA

15,39%

41,54%

61,32%

83,09%

41

SOUK AHRAS

13,16%

40,68%

58,65%

67,87%

42

TIPAZA

19,69%

47,69%

66,23%

74,11%

43

MILA

9,38%

34,14%

50,63%

61,76%

44

AIN DEFLA

15,04%

40,41%

58,68%

70,34%

45

NAAMA

26,36%

50,57%

63,18%

73,06%

46

AIN TEMOUCHENT

17,89%

48,77%

67,64%

76,41%

47

GHARDAIA

20,29%

40,28%

44,04%

59,82%

48

RELIZANE

23,42%

60,23%

75,51%

78,35%

49

EMIGRATION

26,98%

31,28%

32,34%

33,10%

Total

15,06%

36,41%

50,84%

60,25%

 

Abdelaziz Bouteflika a été proclamé le 20 avril président de la République algérienne par le Conseil constitutionnel, qui a validé les résultats de l'élection du 15 avril (en accordant à Bouteflika 2906 vois de plus qu'annoncé, soit au total 7'445'45 voix. Les résultats officiels définitifs de l'élection sont donc les suivants, selon le CC :

Electeurs inscrits: : 17.488.759 
Votants : 10.652.623 (60,91 %
Suffrages exprimes : 10.093.611 
Majorité absolue : 5.046.807 

Les candidats ont obtenu

Hocine Aït Ahmed : 321.179 
Abdelaziz Bouteflika : 7.445.045 (73,73 %)
Mouloud Hamrouche : 314.160 
Youcef Khatib : 121.414 
Abdallah Djaballah : 400.080 
Mokdad Sifi : 226.139 
Ahmed Taleb Ibrahimi : 1.265.594 

Hocine Ait Ahmed a obtenu 1656 voix de plus qu'annoncé initialement, Mouloud Hamrouche 2.252 voix de plus, Youcef Khatib 1.412 voix de moins, Abdallah Djaballah 1664 voix de plus, Mokdad Sifi 232 voix de moins et Ahmed Taleb Ibrahimi 1.500 voix de plus. Le nombre d'electeurs inscrits a ete etabli par le conseil constitutionnel a 17.488.759, soit une baisse de 5.377 (precedemment 17.494.136), alors que le nombre de votants a ete fixe a 10.652.623, soit une hausse de 112.872. Les suffrages exprimes ont ete egalement revus a la hausse avec 10.093.611, soit plus 8.334.

Le conseil constitutionnel a rejeté les 29 recours qui lui ont ete adresses, au motif "qu'ils ne remplissent pas les conditions legales''. Le president du conseil constitutionnel,. Said Bouchair, a ajoute que le conseil constitutionnel n'a pas ete saisi et n'a recu aucune correspondance jusqu'a ce jour de la part des six candidats qui se sont retires.

(AFP 16.4) Ahmed Taleb Ibrahimi, classé deuxième de l'élection présidentielle par les résultats officiels, a rejeté "en bloc et en détail" le résultat de cette élection et a déclaré le 16 avril qu'il considérait le candidat que "le pouvoir (...) a désigné" comme "une autorité de fait, sans aucune légitimité constitutionnelle".

(Corr 17.4) Djamel Zaneti, porte-parole de Hocine Aït Ahmed, a déclaré le 16 avril n'accorder "aucune crédibilité aux résultats des élections, fabriqués par les laboratoires de la sécurité militaire" et fait état d'un "taux de participation réel" obtenu grâce à "une fuite du ministère de l'Intérieur", et qui serait de 23,3 %. "Pour nous, il n'y a pas eu d'élections, il y a eu un coup d'Etat par les urnes" et le "noyau dur des généraux a simplement nommé Abdelaziz Bouteflika à la place de Liamine Zéroual".

(Corr 20.4) Les organisations traditionnelles de la "famille révolutionnaire" et les anciennes organisations "de masse" du système du parti unique ont comme prévu salué promptement et favorablement l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence et dénoncé le retrait des six autres candidats. L'Organisation des enfants de Chouhada, la Coordination nationale des enfants de Chouada, l'Union nationale de la jeunesse algérienne etc... se sont donc fendues de communiqués saluant l'élection du candidat "unique de facto" et condamnant à la fois le retrait de ses six rivaux et les "ingérences" américaine et, surtout, française après les commentaires défavorables exprimés à Washington et à Paris au sujet de l'élection "à un seul tour et un seul candidat" d'Abdelaziz Bouteflika.

(El Watan 21.4) Le président de la Commission nationale de surveillance des élections présidentielles (CNISEP), M. Bedjaoui, aurait selon la presse algéroise du 21 avril été "convoqué" à La Haye par le président de la Cour internationale de Justice, où il siège en tant que juge, pour s'expliquer sur son rôle de président de la CNISEP et le risque d'amalgame créé par le fait que sa "double casquette" aurait laissé supposé une caution du tribunal de La Haye à l'élection présidentielle algérienne. Le tribunal aurait d'ailleurs émis des réserves à la désignation de M. Bedjaoui à la tête de la CNISEP et aurait obtenu de lui la garantie qu'il n'agirait qu'en son nom personnel. Les groupe des six candidats qui se sont retirée de la compétition a d'ailleurs l'intention de protester (ou de déposer plainte) auprès du tribunal de La Haye, et accuse M. Bedjaoui de n'avoir pas pris en considération les doléances des candidats d'opposition.

(Reuters 19.4) Mouloud Hamrouche a déclaré au quotidien "Le Parisien" qu'Abdelaziz Bouteflika "n'a pas de légitimité, ni d'instruments pour engager le pays dans la voie du changement" et a annoncé son intention de "créer un parti polique". L'ancien Premier ministre estime que "la fraude, massive, a été mise en place" après qu'un "sondage secret daté du 11 avril" ait indiqué "que les résultats risquaient de ne pas être ce qu'il devraient être",

(El Watan, Le Matin, La Tribune 19.4, 20.4) S'insurgeant contre "la désignation du président au lieu de son élection", les représentants des six ex-candidats aux présidentielles, réunis le 18 avril au siège algérois du FFS, ont passé en revue les actions de protestation qu'ils ont programmées, dont une marche nationale prévue pour le 26 avril à Alger (midi, de la place du 1er Mai vers la place des Martyrs), et pour laquelle ils ont déposé une demande d'autorisation auprès des pouvoirs publics. Dans tous les cas de figure, les "Six" tiennent à entreprendre cette marche de protestation. Auparavant, des meetings politiques pourraient également être organisés dans les grandes villes du pays par les animateurs du groupe des "Six". Le 17 avril, un cortège de voitures exprimant les revendications des "Six" a sillonné les différentes rues d'Alger, après que les partisans d'Abdelaziz Bouteflika en aient fait autant pour célébrer le succès de leur candidat. Les"Six" ambitionnent de "faire du chemin ensemble" et tentent de s'organiser pour inscrire leur mouvement de protestation dans la durée. Une plate-forme, dite "manifeste pour la démocratie, les libertés démocratiques et le respect du choix populaire" est en cours de négociation.

(APS, El Watan, Le Matin 22.4) Le "groupe des six" (candidats à la présidentielle) a décidé le 21 avril de "poursuivre les réunions de coordination" entre eux ou leurs représentants, et a appelé à la "mobilisatio" et à la poursuite de la "lutte pacifique (pour) imposer le respect des libertés démocratiques et renforcer le combat en cours pour l'exercice d'une démocratie véritable dans ses principes, ses fondements et ses mécanismes". Les "six" ont mis en garde contre "toute tentative" de "fermeture du champ politique" et de "limitation des libertés d'expression et de presse".

(Le Matin, El Watan 25.4) Les autorités algéroises ont refusé, sans explications et en antidatant leur réponse à la demande d'autorisation pour la faire correspondre aux délais légaux, d'accorder l'autorisation pour la marche que le groupe des cinq candidats à l'élection présidentielle entendait organiser à Alger le lundi 26 avril. A Oran, la demande d'autorisation déposée par le FFS pour une marche parallèle à celle d'Alger a également été refusée. Le Front des Forces socialistes, Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche et Abdallah Djaballah ont décidé d'une "présence symbolique" sur les lieux, et envisagent de déposer plainte contre le gouvernorat du Grand Alger. Un meeting est également prévu dans le courant de la semaine à la salle Harcha, avec cette fois la participation de Mokdad Sifi -qui avait refusé de s'associer à la marche. Enfin, le Front des Forces Socialistes entend boycotter les cérémonies d'investiture du nouveau président, Abdelaziz Bouteflika, le 27 avril, et rendre public ce jour là un "manifeste pour les libertés".

(Corr. 20.4) Le Front islamique du salut a qualifié "d'illégitime" le résultat de l'élection présidentielle, dans un communiqué en anglais, daté du 19 avril à Alger, signé notamment par Abassi Madani, Abdelkader Hachani et Ali Djeddi, et qui n'a pu être authentifié. Le communiqué appelle le pouvoir et l'opposition algérienne à une "juste réconciliation nationale" permettant de "mettre fin au bain de sang", à "toutes les formes d'oppression" et demandant "la libération des prisonniers". "Sept ans après le coup de force militaire contre la volonté populaire en janvier 1992, les autorités en Algérie poursuivent leurs tentatives malheureuses pour sortir de l'illégitimité qui les caractérise", déclare le communiqué, qui reproche au pouvoir d'organiser sans cesse des élections dont les résultats s'effondrent, laissant davantage de frustration, d'oppression et de misère", et qui "excluent le FIS, restée la force populaire la plus importante en Algérie depuis sa victoire il y a neuf ans". Le FIS appelle à la tenue d'un "congrès historique" pour sortir de la "crise" en Algérie, mettre fin à la "haine et ses effets", revenir "sur la voie de la légitimité" et "donner le dernier mot au peuple en toute liberté".

(Corr 23.4) Le bulletin officieux du FIS, "El Ribat", daté du 23 avril, conclut à "l'échec de l'opération électorale" du 15 avril, le retrait de six candidats sur sept et l'abstention massive n'ayant pu être contourné par le pouvoir qu'au prix d'un "retour aux sources" des "pratiques et méthodes du parti unique". Le bulletin islamiste considère cependant que "tenir un scrutin libre, transparent et crédible en Algérie reste pourtant possible à condition que le pouvoir joue le jeu", et que finalement, Abdelaziz Bouteflika "a été élu dans les même conditions que ses prédécesseurs" et a fait des déclarations "encourageantes" au sujet du "traitement du dossier de la trêbe observée par l'Armée Islamique du Salut".

(APS 22.4) L'Union européenne a réagi à l'élection présidentielle algérienne par un communiqué où elle affirme vouloir continuer à "soutenir le processus de réforme en Algérie" et le "dialogue politique" avec les autorités algériennes. L'UE considère que c'est par "la promotion de la démocratie et de l'Etat de droit ainsi que par la poursuite des réformes économiques et sociales que l'Algérie pourra sortir de la crise", et constate que "par leur participation active aux débats préelectoraux" (c'est-à-dire avant le retrait des six candidats opposés à Abdelaziz Bouteflka), les Algériens ont "marqué leur attachement à un scrutin libre, transparent et pluraliste, tel qu'annoncé par les autorités algériennes".


(El Watan 17.4) Des milliers de personnes (20'000 à Béjaïa et 10'000 à Tizi Ouzou, selon "El Watan" ont manifesté le 16 avril à l'appel du FFS et des partisans de Mouloud Hamrouche pour dénoncer la fraude électorale, scandant comme à Alger "Algérie libre et démocratique" et "Non à la dictature" -et de surctoît "Imazighen". Les manifestations n'étaient pas plus autorisées que celle d'Alger, mais la police s'est, contrairement à Alger, bien gardée de tenter de les disperser, même si des centaines de manifestants semblent avoir été bloqués par la gendarmerie avant d'avoir pu rejoindre la manifestation de Bejaïa. ÷^

(Le Monde 18.4) Cinq des six candidats à la présidentielle qui se présentaient contre Abdelaziz Bouteflika, avant que de se retirer, ont appelé la population algérienne a cesser le travail pendant une heure le jour de l'investiture d'Abdelaziz Bouteflika, et à participer massivement à ma manifestation de protestation organisée par le FFS le 26 avril à Alger. Mokdad Sifi ne s'est pas joint à cet appel.

(AFP 16.4) Le ministère français des Affaires étrangères a fait savoir le 16 avril que la France était "préoccupée" par les circonstances de l'élection présidentielle algérienne et continuait d'"espérer que les apirations à la démocratie du peuple algérien puissent s'exprimer dans un cadre pluraliste". Abdelaziz Bouteflika a averti le 16 avril la France qu'il n'acceptera pas ni "tutelle" ni "ingérence" étrangère, dans une réplique aux "préoccupations" exprimées par le gouvernement français face aux conditions de son élection à la présidence. Le nouveau président s'est déclaré "profondément choqué" par les commentaires français après son élection, mais s'est néanmoins déclaré déterminé à travailler au rapprochement franco-algérien.

(Le Monde 17.4) Pierre Mauroy, président de l'Internationale Socialiste, a qualifié le dernier épisode de l'élection présidentielle algérienne de "coup dur porté à l'espoir d'un renouveau démocratique qu'avait fait naître la campagne électorale".

(AP 16.4, Le Monde 18.4) Le Département d'Etat américain a fait part le 16 avril de sa "déception" après l'élection présidentielle avortée en Algérie, qu'il considère comme une "occasion perdue". Le porte-parole du Département d'Etat a regretté que la présence d'observateurs internationaux pendant l'élection n'ait "malheureusement pu se réaliser" et a invité le "pouvoir algérien" à "poursuivre un processus de réforme crédible". Cette prise de position n'a pas suscité de la part d'Abdelaziz Bouteflika la même dure réplique que la prise de position française, pourtant plus prudente encore, mais le ministère algérien des Affaires étrangères a néanmoins considéré la position américaine comme "autant infondée qu'inopportune" et constituant une "ingérence intolérable dans les affaires intérieures" de l'Algérie.

(AFP 16.4, 17.4) Abdelaziz Bouteflika a comme prévu accepté le 16 avril son élection à la présidence. Dans sa première déclaration en tant que président élu, Abdelaziz Bouteflika a dénoncé les "manoeuvres visant à perturber les électeurs et à discréditer leur choix aux yeux de l'opinion internationale" et a considéré que "le peuple algérien s'est exprimé dans la clarté" en l'élisant "démocratiquement". Le président élu s'est dit résolu à concrétiser "la réconciliation nationale et mettre fin à l'effusion de sang". Il a annoncé qu'il allait examiner le dossier de l'Armée islamique du Salut (AIS) afin de lui donner une "couverture juridique et politique", a promis d'agir "en toute impartialité et en toute justice" et s'attacherait avec l'aide de tous "au-delà des différences partisanes" à "tourner définitivement les pages sombres" de l'histoire récente de l'Algérie. Abdelaziz Bouteflika s'est en outre déclaré disposé à renforcer les relations avec le Maroc, mais dans le respect des résolutions des Nations Unies à propos du Sahara occidental. Il a déclaré qu'il ne procéderait pas à un changement de gouvernement ni à des élections législatives anticipées (les quatre partis qui l'ont soutenu disposent de 80 % des sièges à l'Assemblée nationale). Le gouvernement de Smaïl Hamdani restera donc en place au moins juaqu'à la tenue en juillet du sommet de l'OUA à Alger.

(APS 20.4) Le mouvement democratique et social (MDS) a plaide le 19 avril pour un "pacte republicain et democratique" qui abolisse "les privileges, consacre les libertes democratiques, le rejet de principe et de fait de la violence" et fasse de "la raison et du droit positif la source des lois et de la legislation, en tenant compte de la realite civilisationnelle et culturelle de notre peuple et de l'exigence d'integration dans la civilisation universelle". Ce pacte devrait selon le MDS "favoriser l'autonomie du champ politique par rapport a toute autre instance" et promouvoir l'exclusion du "religieux du champ politique". D'autre part, le MDS appelle les algeriennes et les algeriens à "reprendre l'initiative strategique pour construire le large rassemblement démocratique, en renoncant a toutes les alliances contre-nature, meme au niveau tactique, qui les ont affaibli" et considère que les six candidats qui se sont retirés de l'élection"se sont desistes pour se preserver d'une humiliation certaine et en appellent a des formes de desobeissance civile" qui, "en definitive, constituent un encouragement a la violence". Le MDS avait appelé au boycott de l'élection, après avoir participé aux tentatives de présentation d'un candidat commun de la mouvance "républicaine".

(El Watan 19.4, 21.4 AFP 20.4) Après qu'Abdelaziz Bouteflika ait assuré qu'il sera "le président de tous les Algériens", des interrogations sont exprimées dans la presse et dans les milieux politiques sur la défiance massive de la Kabylie à son égard. Les taux de participation dans les wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa sont infimes (moins de 6 et 7 %), Abdelaziz Bouteflika n'a obtenu les suffrage que de moins de 3 % des inscrits et d'une minorité des rares votants, après avoir été accueilli à coups de pierre à Tizi Outou et à Béjaïa. Le quotidien "El Watan" assure que "comme l'histoire se répète, Bouteflika sera confronté à une fronde kabyle dont il a eu un avant goût lors de son périple électoral dans la région". La commémoration le 20 avril du 19e anniversaire du Printemps berbère a été marquée par une grève générale à l'appel du Mouvement culturel berbère . En plus des festivités programmées partout (expositions, conférences, recueillements, etc.), le "Printemps berbère connaîtra cette année une autre dimension politique, au lendemain de l'élection présidentielle, même si le mouvement berbère a subi les contrecoups de la lutte entre le RCD et le FFS, était prévisible. A Bejaïa, le MCB-Commissions nationales (proche du FFS) appelle à une grève générale le 20 aujourd'hui et à une marche suivie d'un meeting au stade scolaire. L'appel affiché hier conçoit l'action comme un moyen de revendiquer «tamazight langue nationale et officielle», mais s'ouvre aussi à des mots d'ordre politique : la manifestation prévue exige «Le respect de la volonté populaire», «Le respect des droits de la personne humaine» et «L'unité du peuple dans la liberté et la diversité». Le MCB-Coordination nationale appelle pour sa part à une grève générale aujourd'hui, mais précise que «tamazight reste pour ses militants une priorité vitale» et que sa consécration comme langue nationale et officielle «ne saurait être sacrifiée à aucun intérêt ni conjoncture». Des milliers de personnes se sont rendues le 20 avril sur les lieux de l'assassinat de Matoub Lounès, le 25 juin 1998, entre Tizi Ouzou et Taourirt Moussa, alors qu'à Tizi Ouzou tous les commerces avaient baissé leurs rideaux à l'appel du MCB et qu'à Bejaïa 10'000 personnes manifestaient en faveur des revendications berbères et contre les "élections truquées". Le député (FFS) de Béjaïa, Ikhlef Bouaïche, a lancé à la foule : "Pour que le pays avance, le pouvoir doit tomber, et c'est alors seulement que tamazigh trouvera son émancipation".

(AP 25.4) Abdelaziz Bouteflika prêtera serment et sera investi de sa charge de président le 27 avril et présidera dès le lendemain son premier Conseil des ministres. Le gouvernement de Smaïl Hamdani sera reconduit jusqu'en juillet. Une équipe de conseillers présidentiels est en cours de constitution, et des membres du FLN, du RND, du MSP, de Ennahda sont pressentis. L'ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, l'ancien ministre de la Justice Ali Benflis et le général Larbi Belkheir en feraient d'ores et déjà partie. Le président sortant Liamine Zéroual fait quant à lui depuis le 22 avril ses adieux aux institutions, dont l'armée.

(APS 26.4) La Commission nationale indépendante de surveillance de l'élection présidentielle (CNISEP) a adopté à la majorité, annonce l'agence officielle de presse APS -ce qui suppose donc une minorité défavorable- son rapport, qui sera soumis au président Zéroual avant que son successeur ne prenne ses fonctions.

(Corr. 26.4, El Watan 27.4) La manifestation "symbolique" prévue le 26 avril dans l'après-midi à Alger par cinq des six candidats d'opposition, et interdite par les autorités, n'a finalement pas eu lieu. Des dizaines de policiers anti-émeutes, casqués et munis de noucliers, ainsi qu'un camion auto-pompe, des véhicules de pompiers et un véhicule munis de lames d'aciers à l'avant, étaient déployés sur les lieux prévus de la manifestation, place du 1er mai, ou aux alentours, bloquant tous les accès, pendant qu'un hélicoptère survolait la ville. Des barrages policiers ont été dressés sur les routes menant à Alger, contrôlant les bus et les taxis, interrogeant fréquemment les voyageurs. L'axe Tizi-Ouzou/Alger, en particulier, a été pratiquement bloqué par une dizaine de barrages. Au moins un bus transportant des étudiants soupçonnés de vouloir rejoindre le lieu de la manifestation interdite a été refoulé.

(APS, AP 27.4) Les six ex-candidats à l'élection présidentielle ont appelé le 26 avril à la poursuite de "la lutte par les moyens légaux" et ont protesté contre les "interdictions des marches pacifiques et la tenue de groupements populaires", qu'ils ont dénoncé comme des "restrictions des libertés démocratiques". Les six ont convenu d'appeler à une marche le 6 mai et à un meeting à la salle Harcha le 7.


(AFP, AP 27.4) Abdelaziz Bouteflika a pris officiellement ses fonctions de président le 27 avril, en appelant à l'unité du pays et en affirmant qu'il voulait "réunir les rangs des Algériens". Intervenant après sa prestation de serment devant un millier d'invités au Club des Pins, le nouveau président s'est donné comme "priorité des priorités" le "retour de la paix civile" et la "victoire sur la violence, au plan des idées, de la parole et de l'action". Abdelaziz Bouteflika a reconnu que la situation économique du pays était "difficile" et a appelé les Algériens au travail. Il a plaidé pour une dignité retrouvée de l'Algérie au plan international et affirmé qu'il respecterait "les convictions et les libertés individuelles et collectives dans la paix, la sécurité et la compétition", mais n'en a pas moins promis que l'Etat employera "tous les moyens pour extirper le terrorisme et effacer ses traces". Abelaziz Bouteflika a rendu hommage à son prédécesseur Liamine Zéroual, dont il a loué le "nationalisme jaloux", pour sa contribution à l'"amélioration de la situation sécuritaire" et au "retour à la légitimité constitutionnelle".

(Corr 29.4) Dans un numéro daté du 30 avril, le bulletin du FIS "El Ribat" revient sur l'élection d'Abdelaziz Bouteflika à la présidence, en considérant que "la campagne électorale n'a pas été inutile" car elle a "marqué la déroute des éradicateurs et de leurs alliés, qui ne se sont révélés capables ni de présenter un candidat crédible ni de mobiliser la population autour de leurs mots d'ordre désuets et rejetés par la société", alors que "les appels à la paix et à la réconciliation nationale ont pu, par contre, réunir les Algériens autour des candidats qui ont explicitement prôné la solution politique et le dialogue sans exclusive". Du coup, "El Ribat" considère que "malgré son interdiction", le FIS est "sorti vainqueur de cette campagne", d'aurant que "ses militants et même certains de ses cadres ont pu braver les menaces" pour y participer. Certes, la campagne électorale s'est terminée "d'une manière inédite et fortement contestée" et "le nouveau président de la République se retrouve à son tour confronté aux mêmes problèmes qui ont fait l'échec de ses prédécesseurs et qui peuvent le conduire au même sort", mais de toute évidence, le FIS accorde au moins à Abdelaziz Bouteflika le bénéfice du doute, tout en lui rappelant que le respect de son engagement de "respecter les convictions et les libertés collectives des citoyens (...) implique la levée de l'état d'urgence et l'abrogation de tous les décrets injustes mis en place depuis 1992".

(Le Matin 15.5) Dans une lettre adressée aux membres du Conseil national du FFS, réuni les 13 et 14 mai, Hocine Aït Ahmed, toujours en convalescence en Suisse, annonce que le FFS compte saisir la Cour internationale de Justice de La Haye du cas de Mohammed Bedjaoui, qui y siège comme juge et a été président de la Commission nationale de surveillance de l'élection présidentielle, à moins que M. Bedjaoui ne s'explique "clairement sur la perversion totale du scrutin". Pour Hocine Aït Ahmed, la Cour internationale de justice "ne peut laisser un de ses juges apporter la caution de l'institution à une violation délibérée de l'article 21 alinéa 3 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme". A tout le moins, écrit le président du FFS, "le recours à M. Mohammed Bedjaoui (...) n'a absolument pas empêché la machine à frauder d'accomplir sa besogne", et le pouvoir "a poussé l'outrecuidance jusqu'à vouloir exploiter le prestige et l'aura d'une grande institution internationale". Pour la suite, Hocine Aït Ahmed constate "une dynamique réelle au sein de (la) société", dynamique "qu'il s'agit d'encadrer pour imposer, pacifiquement, la démocratisation du pays et la restitution de l'Etat à la nation". Le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï a déclaré que le texte de Hocine Aït Ahmed avait servi du Conseil national du parti "de base de travail pour une action intense qui va être menée". La proposition du président du parti de reporter son 3ème congrès ordinaire, initialement prévu en juin,a été approuvée, afin de permettre au FFS "de se redéployer massivement dans les 48 wilayas et (d')organiser une activité politique entre-temps". A propos des manifestations politiques interdites, de la suspension du quotidien "Demain l'Algérie" et des rumeurs faisant état de purges dans différentes institutions, Ahmed Djeddaï a dénoncé "un nettoyage anti-démocratique qui se fera à tous les niveaux et qui se poursuivra jusqu'à la normalisation autoritaire de la société, par un régime aux relents staliniens".

(Le Matin, APS 15.5) Après un mois de concertations et de contacts, le groupe des six ex-candidats à l'élection présidentielle (Hocine Aït Ahmed, Abdallah Djaballah, Mouloud Hamrouche, Youcef Khatib, Taleb Ibrahimi et Mokdad Sifi) a signé le 14 mai un "manifeste des libertés pour la démocratie", où les six réitèrent leur refus de l'élection d'Abdelaziz Bouteflika et leur indignation face aux conditions dans lesquelles elle a été acquise. Selon eux, cette élection ne fera que "retarder le réglement de la crise et continuer à nourrir une situation caractérisée par la violation de la loi, le développement de la corruption, de l'injustice, de l'arbitraire social et du passe-droit". Les six appellent les partis politiques et la société civile à "initier un large débat afin de dégager les voies et moyens pacifiques pour mettre en échec tout vélléité" de remise en cause des acquis de la société, qu'ils jugent "impératif de mobiliser" autour de plusieurs points fondamentaux : "le respect des droits de l'Homme et du citoyen, le droit des citoyens à une justice sociale" et à une "information libre et plurielle", le respect du "libre exercice de l'action politique, de la liberté d'organisatio, de réunion et de manifestation, d'expression, de pensée et de création", ainsi que "de la vie privée des citoyens, de leur intégrité physique et de leurs biens". Les six affirment enfin vouloir agir en faveur "du pluralisme politique et syndical, du respect de toutes les dimensions de la culture algérienne et leur promotion et des libertés syndicales".


Les élections sénatoriales partielles de décembre 2000

(AP, El Watan 19.11) La première opération de renouvellement de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) aura lieu le 28 décembre, selon un décret présidentiel d'Abdelaziz Bouteflika, qui convoque pour cette date le collège électoral composé de "l'ensemble des membres de l'Assemblée populaire de wilaya et des membres de l'Assemblée populaire commune de la wilaya". Ces "grands électeurs" désigneront (parmi eux) 48 nouveaux sénateurs (ou rééliront les sortants), qui siègeront dès le 4 janvier. Le président désignera (ou re-désignera) pour sa part directement 24 autres sénateurs, dans le cadre du renouvellement du "tiers présidentiel". Le Conseil de la Nation, créé en 1994 par le président Zéroual, est composé de 144 sénateurs, élus pour deux tiers par les élus locaux et désignés pour un tiers par le président de la République. Les sénateurs qui arrivent actuellement au terme de leur mandat n'ont exercé qu'un mandat réduit de moitié. Ils ont été désignés comme partants par tirage au sort (leurs successeurs siègeront six ans, et le renouvellement se fera dès qu'ils auront accompli leur mandat).

(El Watan 4.12) Les partis politiques préparent le renouvellement partiel du Conseil de la Nation, prévu le 30 décembre. Le RND, qui compte 82 sénateurs sur 144, compte bien conserver sa majorité, et va procéder à des "primaires" du 7 au 14 décembre, en vue de ne présenter qu'un seul candidat par wilaya (les sénateurs sont désignés par les élus locaux et de wilayas), afin d'éviter l'éparpillement des voix, et de perdre des sièges par division, au profit du FLN -lequel n'a que dix sénateurs, et espère bien se renforcer (son objectif serait de doubler sa représentation). Le FLN désignera ses candidats le 11 décembre; d'ici là, il négocie avec les islamistes du MSP et d'Ennahda une "répartition des votes" lui garantissant une élection là où il est bien implanté, en échange d'un report de ses voix là où il n'a pas de candidat a priori éligible. Le MSP, qui n'a que deux sénateurs, suivrait la même stratégie pour gagner des sièges supplémentaires. Le FFS devrait conserver ses quatre sénateurs, grâce à sa prédominance en Kabylie. Le RCD, qui n'a aucun sénateur, tenterait cependant de s'allier avec le RND et quelques dissidents FFS pour faire son entrée à la Chambre haute, en présentant des candidats à Alger, Bouira, Tizi Ouzou et Bejaïa. Au total, cependant, la configuration politique du Sénat pourrait bien rester la même, à quelques aménagements près : le RND, qui compte 8000 "grands électeurs" (c'est-à-dire 8000 élus locaux et de wilayas) part avec un énorme avantage sur le FLN et le MSP (4500 élus ensemble), même si l'on tient compte des défections que l'ex-"parti présidentiel" de Zéroual a subies.

(El Watan 6.12, 7.12, Liberté 7.12) A quelques jours des élections pour le renouvellement partiel du Sénat, des noms de personnalités pouvant être choisies par le Président de la République (qui désigne le tiers des membres du Conseil de la Nation) sont évoqués par la presse, notamment "Liberté" qui évoque ceux de Belaïd Abdesselam, du général Attaïlia, des veuves de Rabah Bitat et de Mohammed Boudiaf et d'Ali Haroun. Le nom du colonel Habit Mustapha est également évoqué. "Toute une noria de personnalités qui l'ont aidé durant sa "traversée du désert" ou encore qui ont contribué à son élection attendent de Bouteflika le renvoi de l'ascenseur", commente "El Watan". En ce qui concerne les sénateurs élus (par les élus locaux et régionaux), les partis politiques sont en passe de désigner leurs candidats, dans l'indifférence générale des citoyens. A Oran, où le RND est majoritaire au sein des assemblées locales et départementale élues, pas moins de quatorze personnes ont présenté leur candidature à l'ancien "parti présidentiel", qui hésiterait entre le maire d'Oran, Tayeb Zitouni, qui aurait le soutien du FLN (à moins que celui-ci ne présente l'ancien wali Mahmoud si Youcef), le président de l'assemblée de wilaya (APW), Boucenna, le président de la commission des affaires culturelles et sociales de l'APW), Zine Belbachir et un membre de ladite assemblée, Nourredine Kébir. Si Zitouni est désigné, un nouveau maire d'Oran devra être désigné.

(Liberté 4.12, Jeune Indépendant, Quotidien d'Oran, Liberté 10.12) Les partis politiques algériens continuent de préparer les prochaines élections sénatoriales partielles, alors même que l'enjeu paraît singulièrement limité à la seule question de savoir si le parti qui domine actuellement largement les instances locales et régionales désignant les sénateurs, le RND, continuera à dominer aussi largement le Conseil de la Nation, ou si le FLN arrivera à le "grignoter" quelque peu, grâce notamment à l'appui de quelques dissidents du FLN.

Dans la wilaya d'Oran, le FLN devrait choisir également entre deux candidats, Saïd Tiah (membre de l'APW) et Abdelali Chtouki (membre de l'APC), un troisième (Bachir Dellalou) pouvant faire partie du "quota présidentiel" (désigné par Abdelaziz Bouteflika). Il a finalement choisi un troisième candidat, M. Abbas.Quant au RND, il a à choisir entre 14 candidats potentiels, dont quatre seulement paraissent avoir des chances : l'actuel maire d'Oran, Tayeb Zitouni, l'actuel président de l'assemblée de wilaya, M. Boucenna, et deux membres de l'APW, Mohammed Rahou et Dine Bendjabara, le premier étant "plombé" par une affaire d'acquisition d'un terrain public.

A Constantine, c'est le président de l'APW, exclu du RND, M. Belhadj, que les "primaires" au sein du RND ont désigné comme candidat de l'ancien "parti présidentiel", contre cinq autres candidats, et au terme d'une assemblée passablement confuse.

A Tipaza, le RND a désigné comme candidat l'actuel président de l'assemblée de wilaya, Matlou, mais par seulement 76 voix contre 75 à ses deux concurrents ensemble, ce qui met son élection en danger. Dans la même wilaya (ou seuls le RND et le FLN peuvent prétendre au siège), le FLN devait choisir le 11 décembre entre deux candidats.

A Relizane, le RND doit choisir entre (notamment) le président et le vice-président de l'APW, Senouci et Hadj Slimane, le maire de M'houdna, Miloudia, transfuge du FLN et le maire de Relizane, Abderrahmane Belkedda.

A Skikda, le RND se retrouve avec 14 candidats à la candidature (le Maire de Skikda étant favori).

A Jijel, le RND a désigné M. Karaoui, mais le FLN et le MSP entendent également participer au choix, le FLN espérant le ralliement d'une partie des élus du RND à son candidat.

A Mascara, le choix se fera également entre RND (298 élus locaux et régionaux), qui présente le président de l'APW, Omar Moumen, et FLN (97 élus), qui présente Mohamed Laoufi.

A Annaba, le RND présente l'actue président de l'APW, Mohammed Amir, et le FLN doit encore faire son choix.

A Souk-Ahras, 10 candidats à la candidature du RND (106 élus) et 10 candidats à la candidature du FLN (80 élus) sont sur les rangs.

En Kabylie, les partis dominants ailleurs étant totalement minoritaires, on se retrouvera avec le FFS (qui détient actuellement quatre sièges de sénateurs) et le RCD )absent du Sénat) face à face. A Bejaïa, les deux partis auraient déjà choisi leurs candidats, mais sans donner leurs noms. "Liberté" croit savoir que le FFS présenterait les maires de Bejaïa et de Tichy, et espère que le candidat du RCD pourra obtenir les voix des élus du FLN et du RND. A Tizi Ouzou, le FFS va organiser des "primaires" pour désigner son ou ses candidats, et le RCD a désigné Boussad Boudiaf. Là aussi, le RCD espère que le RND et le FLN soutiendront son candidat, contre le FFS.

S'agissant du "tiers présidentiel" (sénateurs désignés directement par le président de la République), c'est le jeu des rumeurs qui égaie les pages des quotidiens : ainsi, "Liberté" suggère que le président Bouteflika pourrait désigner Cherif Messaâdia

(Quotidien d'Oran 13.12, El Watan 14.12) La préparation des élections sénatoriales partielles continue d'agiter la classe politique, beaucoup plus qu'elle n'intéresse l'opinion publique.

A Tiaret, le RND a désigné le Maire de la ville, Omar Bekki, comme son candidat, après avoir exclu de ses rangs le président de l'assemblée de wilaya (APW), Mustapha Khiar, lequel était candidat.

A Sidi Bel Abbès, une vingtaine d'élus locaux et départements auraient présenté leur candidature pour le siège de sénateur, dont quatorze candidats pour le RND (majoritaire dans 42 communes de la wilaya), sans compter deux dissidents de cette formation. Au sein du FLN, trois candidatures ont été enregistrées. Le MSP présenterait également un candidat.

A Mila, le RND a désigné le président de l'assemblée de wilaya, M. Kourtel, qui avait affaire à douze concurrents.

A Mostaganem, le RND a désigné le maire de la ville, M. Berrached, et le FLN L. Agboubi, le RND détenant la majorité absolue des élus de la wilaya (215 élus contre 108 aux autres partis).

A Oran, le RND a finalement désigné Dine Bendjebara, alors que la rumeur annonçait la candidature du Maire d'Oran, T. Zitouni.

(Quotidien d'Oran 16.12, 17.12, Liberté 17.12, 18.12, El Watan 17.12, 18.12, Algeria-Interface) L'opération de tirage au sort des 24 sénateurs sur les 48 désignés par le Président de la République, et dont le mandat va prendre fin dans le cadre du renouvellement partiel du Conseil de la Nation, a été renvoyée le 13 décembre, à une date indéterminée, le temps de savoir exactement combien de sièges doivent être repourvus par le président, compte tenu du fait que cinq sénateurs du "tiers présidentiel" (Smaïl Hamdani, Ahmen Benbitour, Ghaouti Mekamcha, Cherif Abbas et Mohieddine Amimour) ont été appelés à des fonctions exécutives ou gouvernementales. Selon "Le Soir d'Algérie", le président Bouteflika aurait d'ores et déjé arrêté une liste de sénateurs nommés, composée de caciques de l'ancien système de parti unique : Mohammed Cherif Messaadia, Abdelaziz Khellaf, Abderrahmane Belayat, Mohammed Djeghaba, Abderazak Bouhara, Messaoud Aït Chaalal, Benfrena, Lamine Bechichi, Salah Goudjil, Kamel Bouchama, peut-être Belaïd Abdesselam (tous issus du FLN, mais dans l'opposition à l'actuelle direction du Front), ainsi que, côté RND, Saïd Abadou, Ibrahim Chibout, Saïd Medour, et enfin Ali Haroun (ANR), trois anciens ministres (Tahar Zerhouni, Mani-Bahi, Mohamed Merzoug) et plusieurs personnalités sans étiquette politique trop explicite, comme Sid-Ali Lebib, Mohammed Issaad, et trois femmes : Fatiha Boudiaf, Laifussa Lalliam et Taous Feroukhi. Commentaire d'"Algeria-Interface" : "on prend les mêmes et on recommence..."; "Le Soir d'Algérie" se demande si, compte tenu du poids politique de certains de ces "nominés", l'un d'entre eux (comme Messadia ou Khellaf) ne pourrait pas être appelé à prendre la place de l'actuel président du Sénat, Bachir Boumaza. Pour le "Quotidien d'Oran", si la "liste" donnée par "Le Soir" se révélait exacte, "le Sénat prendra des allures de Comité central bis du FLN"

Du côté des 48 sénateurs élus par les élus locaux, et qui dont le siège est remis en jeu (38 sénateurs RND, 7 sénateurs FLN, 2 sénateurs FFS et un sénateur MSP, tous tirés au sort), les désignations des candidats par les partis continuent de se faire, parfois dans la confusion (surtout au RND : le FLN et le FFS ont procédé aisément à la disignation de leurs candidats) :

à Skikda, un dissident du RND s'est porté candidat indépendant, et a été exclu du parti;

à Constantine, où le président de l'assemblée de wilaya, M. Belhadj, a été désigné, son rival, M. Bourefaâ, maire de Hamma-Bouziane, qui conteste la décision et affirme que Belhadj a été exclu du parti, annonce qu'il présentera tout de même sa candidature;

à Mascara, on compte douze candidature, dont huit issues du RND (deux ddu FLN et une du MSP) : une rumeur court selon laquelle les candidats tenteraient d'acheter pour 50'000 dinars (5000 FF) les voix des "grandes électeurs";

à Aïn Temouchent, le siège d'un élu du RND est convoité par le RND (109 élus), le FLN (77 élus) et le MSP (48 élus), les deux derniers tentant de débaucher des élus du premier;

à Oran, une vingtaine d'élus du RND seraient en négociation avec le FLN pour le rejoindre. D'entre eux, le maire d'Oran, Tayeb Zitouni, dont la candidature a été repoussée par son parti, et onze élus municipaux;

à Alger, le RND, le MSP et le FLN se disputent le siège du MSP remis en jeu. Le RND paraît bien placé, avec 245 élus, contre 153 au FLN, 118 au MSP, 70 au RCD et 65 au FFS, mais le fait qu'il ne soit pas majoritaire pourrait susciter une alliance entre les trois partis minoritaires (ou entre le FLN, le FFS et des dissidents RND); le RND espère quant à lui passer alliance avec le RCD, en lui promettant de soutenir son candidat contre ceux du FFS à Tizi Ouzou et Bejaïa;

à Tizi Ouzou, le FFS (296 élus locaux) présentera un proche parent du président du parti, M. Aït Ahmed. Le RCD présentant, lui, un candidat du nom de Boudiaf : les élus locaux de Grande Kabylie auront donc le choix entre Boudiaf et Aït Ahmed.

(APS 19.12, Liberté, El Watan 21.12) Les partis politiques continuent de préparer, parfois dans la confusion, les élections sénatoriales partielles du 30 décembre prochain.

A M'Sila, cinq membres du RND, évincés des élections primaires, ont maintenu leur candidature, et ont pour cela été exclus du parti.

A Bechar, sept élus locaux sont candidats, dont trois issue du RND, qui est supposé présenter la candidature du Maire d'El Ouata, Madani Belmadani, lequel sera contesté notamment par le président de l'Assemblée de wilaya, Abdallah Bouanini, lui aussi issu du RND; deux candidats sont issus du FLN, dont l'ancien Maire de Bechar, Lahcène Mebarki. Le MSP présentera pour sa part Mohammed Fellah.

Quant au renouvellement de la moitié des membres désignés (le "tiers présidentiel") du Conseil de la Nation, il aura lieu le 21 décembre au Sénat.

(APS 23.12. Liberté 24.12, 25.12, El Watan 24.12, 25.12) Le président Bouteflika a différé le 21 décembre le tirage au sort des sièges qui, au sein des membres du Sénat qu'il nomme directement (le "tiers présidentiel") verront leur mandat soumis à redésignation. Le motif officiel de ce report est la maladie du président du Sénat, Bachir Boumaza. Le président Bouteflika a saisi le Conseil constitutionnel pour lui demander quelle "lecture" il fait des dispositions constitutionnelle concernant le renouvellement par moitié du "tiers présidentiel". Entre le président de la République et le président du Sénat, une divergence concernant le nombre même de sièges à repourvoir sur le "quota présidentiel" avait éclaté il y a quelques semaines, le premier considérant devoir désigner 24 sénateurs (la moitié de son "quota"), le second considérant qu'il ne doit en désigner que 19, soit les 24 moins les cinq sénateurs appelés à d'autres fonctions, ministérielles, durant leur mandat. Pendant ce temps, les rumeurs continuent d'aller bon train concernant l'identité des futurs sénateurs du "tiers présidentiel" : à Tlemcen, le bruit court que l'artiste Cheikh Gaffour pourrait être l'un des sénateurs choisis par le président.

S'agissant les sénateurs élus par les élus locaux, des "turbulences" continuent d'agiter le RND : à M'Sila, où l'ancien "parti présidentiel" avait désigné l'ancien président de l'assemblée de wilaya, M. Bendaghmous, comme candidat, cinq membres du parti sont candidats contre lui, et font l'objet d'une procédure d'exclusion. Ils reprochent notamment à Bendahmous de faire l'objet d'une procédure judiciaire pour rétention de biens publics.

(El Watan, El Khabar, Liberté 26.12, AAI 28.12) Le renouvellement, par tirage au sort, de la moitié des membres du Conseil de la Nation (Sénat) appartenant au "tiers présidentiel" s'est déroulé le 28 décembre au siège du Sénat, en séance plénière, en présence du président du Sénat, Bachir Boumaza, qui a donné lecture de la liste des 24 sénateurs dont le mandat a pris fin (à moins que le président de les redésigne) et des 19 autres appelés à poursuivre leur mission. 5 sénateurs appelés à d'autres fonctions, et le président du Sénat, n'étaient pas concernés par l'opération de renouvellement. Parmi les 24 membres "sortants", on note la présence de Leila Aslaoui. Selon un avis du Conseil constitutionnel, requis par le président Bouteflika pour trancher un différent entre lui et le président du Sénat, le président de la République a toute latitude pour désigner 24 sénateurs au titre de son "quota", et n'est pas tenu par un délai précis pour pourvoir au remplacement des cinq sénateurs appelés à d'autres fonctions, sinon le délai de la législature (six ans). Au total, et comme il le souhaitait, ce sont donc 29 Sénateurs que le président Bouteflika pourra désigner (par renouvellement de la moitié de son "tiers" et des cinq appelés à d'autres fonctions).

En ce qui concerne les sénateurs élus par les élus locaux, "El Khabar" annonce qu'une centaine d'élus locaux du RND risquent d'être suspendus par leur parti pour n'avoir pas respecté ses choix en ce qui concerne les candidats officiels du parti au Sénat. A Blida, où le RND dispose d'une majorité absolue de "grands électeurs", il a désigné le président de l'assemblée de wilaya, Salah Boutelhik, comme candidat, contre trois autres candidats. A Mascara, où huir candidats se réclament du RND et deux du FLN, aucun candidat n'a renoncé .

Enfin, "Liberté" note de fortes pressions exercées sur le président du Sénat, Bachir Boumaza, pour qu'il remette son mandat à la faveur du renouvellement partiel de la Haute Assemblée. Le quotidien évoque les noms de Med Cherif Messaadia et d'Abdeslam Belaïd pour son éventuelle succession. En fait, Boumaza est juridiquement "indéboulonnable" pendant son mandat de six ans, et ne peut être remplacé que s'il décide lui-même de démissionner.

Les résultats du renouvellement du Conseil de la Nation

Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, la répartition politique des élus locaux et départementaux (qui sont les électeurs des sénateurs) est la suivante :

Assemblées populaires de wilayas
RND : 948 sièges
FLN : 389 sièges
MSP : 266 sièges
FFS : 140 sièges
Ennahda : 140 sièges
RCD : 52 sièges
Indépendants : 17 sièges

Assemblées populaires communales
RND : 6990 sièges, 1081 présidences (mairies)
FLN : 3033 sièges, 239 présidences
MSP : 919 sièges, 26 présidences
FFS : 653 sièges, 104 présidences
RCD : 453 sièges, 30 présidences
Ennahda : 314 sièges, 9 présidences
PRA : 42 sièges
PNSD : 30 sièges, 3 présidences
Indépendants : 514 sièges, 47 présidences

(APS, Liberté, El Watan, Quotidien d'Oran, Jeune Indépendant 31.12) Le renouvellement partiel du Conseil de la Nation (Sénat) a eu lieu le 30 décembre. Comme prévu, cette élection indirecte (par les élus locaux, soit 1880 membres des assemblées de wilaya et 13'123 membres des assemblées communales) n'a donné lieu a aucun bouleversement. Le seul changement perceptible est le gain d'un siège par le FLN et d'un autre par le MSP, au détriment du RND, lequel a remporté néanmoins la majorité des sièges, et conserve donc la majorité absolue au Sénat. Le RND a remporté l'élection dans 36 wilayas et dispose de 78 sièges (-2); le FLN a remporté l'élection dans 8 wilayas et dispose de 11 sièges (+1); le FFS a remporté l'élection dans les deux wilayas kabyles et garde ses quatre sièges; le MSP dispose de 3 sièges (+1). Le RCD n'a pas réussi à faire passer l'un de ses deux candidats "papables", malgré l'apport de voix du RND, du FLN et d'indépendants ou de dissidents FFS. Pour l'anecdote, on notera qu'à Tizi le candidat Aït Ahmed l'a emporté sur le candidat Boudiaf...

Aïn Defla

Missoum Berrokia (FLN) élu avec 60 voix (Merzouga Bellatrache RND 55 voix, MSP 34 voix). Le RND comptait 213 électeurs et a dispersé ses voix entre quatre candidats, ce qui a fait élir le candidat du FLN.

Aïn Temouchent

Ahmed Bendouma (FLN) élu avec 92 voix sur 248 (Fayçal Briki RND 87 voix, Ahmed Chennoufi MSP 36 voix, cinq bulletins épars, 28 bulletins nuls). L'élection du candidat FLN est une surprise, le RND disposant en principe de 109 électeurs dans la wilaya, ce qui suggère qu'une partie du RND ait voté pour le FLN.

Alger

Med Seddik Chehab (RND) est élu contre Noureddine Bennoune (FLN)

Annaba

Mohamed Amir (RND) élu avec 98 voix (Taleb FLN 59 voix, Beribi RND-diss 14 voix, Zidi MRN 1 voix)

Batna

Abdelhakim Rouanab (RND) élu avec 273 voix sur 463 (FLN 162 voix, 27 bulletins nuls, correspondant aux élus islamistes)

Bejaïa

Djoudi Maâmeri (FFS) élu avec 189 voix sur 417 (Lounis Hamimi RCD 134 voix, Rabah Naceri FFS diss. 31 voix, Hamid Belhocine FLN 29 voix, Arezki Hamimi indépendant 6 voix, 28 bulletins nuls)

Biskra

Le candidat du RND est élu avec 155 voix sur 310, contre le candidat du FLN (128 voix)

Bouira

Mohammed Merabti (RND) élu avec 165 voix sur 368 (Rabei Drabli FLN 59 voix, Maârouf Medjbar FFS 55 voix). Le RCD et Ennahda soutenaient le candidat du RND.

Boumerdès

Mohammed Daoui (RND) élu avec 129 voix (Ahmed Ziane Khodja, FLN, 86 voix)

Chlef

M'hamed Boucherour (RND) est élu avec 107 voix sur 366 (Lakoues El Houari FLN 79 voix, Si Ali Hemida RND diss. 75 voix, Mohamed Megharia MSP 62 voix)

Constantine

M. Belhadj (RND) élu avec 64 voix sur 171 (M. Bourfaâ RND diss. 55 voix, M. Boudouda FLN 46 voix, 5 nuls). M. Belhadj a été élu grâce à l'appoint des voix du MSP et de Nahda, qui ont retiré leurs candidats au dernier moment

Jijel

M. Karaoui (RND) élu avec 148 voix sur 272 (Messaoud Bedouene FLN 83 voix, MSP 29 voix, FLN diss. 2 voix, 10 nuls)

Mostaganem

Mansour Benachedi (RND) élu avec 144 voix sur 310

Naâma

Lakhdar Mahmoudi (RND) est élu avec 24 voix (Neggaz, RND diss. 23 voix, Ferhat Saâdaoui MSP 21 voix, Djillali Berlabbed ind. 14 voix)

Oran

Dine Bendjebara (RND) élu avec 155 voix sur 235 (MSP 50 voix, FLN 18 voix, Noureddine Elkebir RND diss. 12 voix, 24 nuls)

Ouargla

Miloud Belhadj (RND) élu avec 68 voix sur 208 (Salah Madjoubi MSP 67 voix, FLN 61 voix, 11 nuls)

Sétif

Amor Boulifane (RND) est élu avec 295 voix sur 513 (FLN 143 voix, MSP 43 voix, Ennahda 7 voix, 25 nuls)

Skikda

Mohamed Oudmia (RND) élu avec 180 voix sur 371 (FLN 57 voix)

Souk Ahras

RND élu avec 80 voix (FLN 69 voix, MSP 36 voix, FLN diss. 35 voix, RND diss. 6 voix). Si le FLN ne s'était pas divisé sur deux candidats, il aurait remporté l'élection.

Tiaret

Mustapha Khiar (dissident RND) élu avec 147 voix sur 358 (Amar Bekki RND 73 voix, Ameur Benfia FLN 97 voix)

Tizi Ouzou

Ahmed Aït Ahmed (FFS) est élu avec 260 voix sur 541 (Boussad Boudiaf RCD 258 voix, Amor Manseur indépendant 6 voix, 17 nuls).

Total des sièges au Sénat :
RND : 77 sièges (dont 37 remportés le 30 décembre)
FLN : 13 sièges (dont 8 remportés le 13 décembre)
FFS : 4 sièges (dont 2 remportés le 30 décembre)
MSP : 3 sièges (dont 2 remportés le 30 décembre)

(La Tribune, Le Quotidien d'Oran 2.1, Le Matin, El Watan 3.1, 4.1, FFS 3.1) Le renouvellement partiel du Conseil de la Nation, le 30 décembre, a vu une participation de 92,42 % des "grands électeurs" (les élus locaux et départementaux), mais une nombre important de bulletins nuls (12,73 % des suffrages exprimés), sans que l'on sache s'il s'agfit d'une marque d'incompétence électorale des élus locaux et régionaux, ou d'une forme de vote de protestation. Quant aux résultats (gains d'un siège pour le MSP et d'un autre pour un "indépendant", au détriment dans les deux cas du RND -qui reste cependant largement majoritaire au Sénat et remporte l'élection dans 36 des 48 wilayas-, maintien du FFS, échec des tentatives du RCD et de Ennahda d'entrer au Sénat), ils sont difficilement interprétables compte tenu du caractère assez peu démocratique de l'élection, du nombre important de votes nuls et de la fréquence des candidatures "sauvages". Le RCD, dont les deux candidats en Kabylie ont été battus par les candidats du FFS (de justesse -2 voix- à Tizi Ouzou, plus largement -55 voix- à Bejaïa), n'en considère pas moins avoir enregistré une "victoire politique" dans la mesure où ses candidats ont obtenu plus de voix que le parti n'avait d'électeurs. A Tizi, le RCD a bénéficié du soutien du FLN. Le RCD a déposé un recours contre l'élection du candidat FFS à Tizi Ouzou. Quant au FFS, il se félicite dans une déclaration de son Premier secrétaire, Ali Kerboua, que "malgré l'alliance des différents cercles politico-financiers et de leurs supplétifs", ses candidats (Mameri Djoudi à Bejaïa, Ahmed Aït Ahmed à Tizi Ouzou) aient été élus. Le FLN (8 élus sur 48 sièges à repourvoir) a reproché aux autres partis d'avoir fait "alliance avec les fraudeurs" pour le priver du gain d'un siège.

(El Moudjahid 6.1, Liberté, El Watan 7.1, 8.1) Le nouveau Conseil de la Nation a tenu sa séance inaugurale (d'"installation") le 6 janvier, après que le président Bouteflika ait procédé à la désignation de 29 nouveaux sénateurs (24 au titre de la moitié renouvelable de son "tiers présidentiel", et 5 en remplacement de sénateurs ayant été appelés à d'autres fonctions) et que 48 sénateurs aient été élus par les élus locaux.

S'agissant des sénateurs élus, les résultats du scrutin indirect du 30 décembre ont été confirmés par le Conseil constitutionnel, qui a rejeté, sur le fond ou sur la force, onze des douze recours déposés par des candidats battus, et n'a accepté qu'un seul recours, déclarant finalement élu à El Bayadh le candidat Berkat Behous avec 67 voix, contre le candidat Bouazza Bouhafs avec 65 voix.

S'agissant des sénateurs désignés, le président Bouteflika a nommé, notamment, plusieurs anciens ministres (Abdelhamid Aberkane, Abderrahmane Belayat -l'un des initiateurs du "putsch" interne au FLN qui avait écarté Abdelhamid Mehri du Secrétariat général du parti-, Yahia Guidoum, Mohamed Cherif Messaadia, Leïla Tayeb), d'anciens responsables du FLN (Mustapha Boudina, Boudjemaâ Hichour), des avocats (Zohra Drif Bitat, Riodha Ahmed Boudiaf, des artistes et intellectuels (Mohammed Salah Harzallah, Dalila Halilou), ainsi que l'ancien chef du FLN algérois pendant la "Bataille d'Alger", Yacef Saâdi -lequel a déclaré qu'il avait accepté d'être désigné sénateur pour "soutenir un homme (bouteflika) qui a un programme". La liste des sénateurs désignés par le président semble ne pas avoir été du goût du MSP de Mahfoud Nahnah, qui déclare enregistrer avec "étonnement" que "certaines parties responsables" ont abandonné les "principes moraux" qu'impose le "consensus politique". "El Watan" relève que le choix présidentiel a "suberbement ignoré" les sensibilités politiques autres que celles du FLN et du RND, et qu'aucun des sénateurs qu'il a désigné ne peut être considéré comme proche d'autres partis de la coalition, ce qui réduit certains de ces partis "au rôle de simples porteurs d'eau", ce qui vaut tout particulièrement pour le RCD qui, selon "El Watan", est "déjà politiquement et moralement installé dans une logique de "partant" (de la coalition gouvernementale).

Les rumeurs continuent par ailleurs de circuler sur une possible démission de son poste du prsident du Sénat, Bachir Boumaza, que certains voient déjà remplacé par Cherif Messaâdia, à moins que, comme le suggère "Liberté", le nom de Messaâdia ne soit évoqué que pour "détourner les regards" d'un autre successeur potentiel.

Les élections législatives de mai 2002

(Tribune, El Khabar, El Watan, Le Soir 9.9 ( Le Matin 10.9) A quelques mois de la fin de l'actuelle législature de l'Assemblée populaire nationales, les rumeurs et les hypothèses les plus diverses circulent à propos de la date des élections, et de leur cadre légal. Le ministre de la Justice et président du RND, Ahmed Ouyahia, a annoncé à Bordj Bou Arreridj que les élections législatives se tiendraient au plus tard en avril 2002, et s'est opposé à l'idée du FLN d'organiser des élections locales avant les législatives. Le FLN et le MSP sont partisans d'élections législatives à la fin normale du mandat de l'actuelle assemblée et à la date prévue par la loi (entre le 15 mars et le 15 juin 2002) et s'opposent à toute "transition" pour une refonte du cadre institutionnel, transition proposée notamment par le FFS dans son "mémorandum pour une transition démocratique". Le FLN (dont, selon "Le Matin", le secrétaire général, Benhamouda, s'apprêterait à démissionner très prochainement, après qu'une pétition signée par la majorité des membres du comité central du parti ait été lancée contre lui) a en outre appelé à une révision de la loi électorale et à des garanties de neutralité de la part de l'administration, afin d'éviter la réédition de la fraude massive qui a marqué toutes les élections organisées depuis dix ans. La fraude qui avait entaché les élections de 1997 avait profité au RND, alors "parti présidentiel" de Liamine Zeroual. Le MSP a annoncé de son côté qu'il allait présenter un projet de loi amendant la loi sur les élections, afin de réduire les possibilités de fraude, et qu'il était partisan d'élections générales (locales et législatives). Le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a quant à lui déclaré aux journalistes que la révision de la loi électorale n'était pas à l'ordre du jour, contraitement au code communale dont son ministère préparait une nouvelle mouture.

Du côté de l'opposition, la question qui va se poser est celle de la participation ou non aux élections législatives. La question est notamment posée au FFS, qui non seulement revendique l'élection d'une assemblée constituante (et non la réelection d'une assemblée législative qu'il considère comme un "parlement croupion"). mais qui propose un changement radical du régime, et pourrait dans ces conditions décider de ne pas cautionner par sa présence au parlement le régime actuel. Cette présence n'est cependant pas sans donner au plus ancien, et principal, parti d'opposition, une tribune utile, même si elle paraît contradictoire de la ligne sans compromis qu'il a adoptée, et du soutien qu'il apporte au mouvement populaire de contestation en Kabylie. Le FFS revendique en tous cas actuellement, comme conditions préalables à n'importe quel scrutin, l'abrogation des lois "scélérates" entravant la liberté d'organisation et d'expression et l'ouverture du "champ médiatique et politique". Sans cette ouverture et cette abrogation, aucune campagne électorale ne serait en effet représentative du pluralisme existant au sein de la société algérienne.

(Quotidien d'Oran 27.9) "Le pouvoir se prépare à soumettre à l'Assemblée, dans le cadre de l'amendement de la loi électorale, un changement dans le mode de scrutin" dans la perspective des prochaines élections, annonce "Le Quotidien d'Oran", qui croit savoir que scrutin à la proportionnelle en un seul tour pourrait être proposé. Les partis élaboreraient des listes nationales, entre lesquelles les électeurs seraient appelés à choisir, les sièges étant ensuite répartis en fonction et en proportion des suffrages obtenus par ces différentes listes. Un tel mode de scrutin, dans le cadre d'élections "honnêtes", permettrait une représentation de tous les partis en lice (sous réserve d'un éventuel quorum, c'est-à-dire d'une proportion minimale de suffrages à obtenir par un parti pour pouvoir être représenté), et induirait une plus grande fragmentation de la représentation parlementaire, en excluant de fait qu'un seul parti puisse obtenir la majorité absolue des sièges (comme le FIS allait l'obtenir en 1991, et comme le RND l'a obtenue en 1997), sans même avoir besoin pour cela de la majorité absolue des suffrages. Cela étant, si les deux actuels "poids lourds" de l'Assemblée, le RND (en perte de vitesse) et le FLN (qui reprend du poil de la bête) s'entendent, ces deux partis peuvent parfaitement atteindre une majorité absolue et des suffrages, et des sièges.

(Le Soir 30.9) L'ancien Premier ministre Mokdad Sifi a annoncé le 29 septembre au quotidien "El Youm" qu'il entendait participer aux prochaines élections, sans y être lui-même candidat mais en parrainant des listes de candidats "indépendants" -sans d'ailleurs que l'on sache si de telles listes seront possibles, compte tenu d'une possible modification de la loi électorale. Sans parti depuis son éviction du RND, Sifi n'entend pas créer son propre parti, mais utiliser les cercles de ses sympathisants.

(L'Expression 30.4 / Liberté 2.5) Le Secrétaire général d'Ennahda, Lahbib Adami, a annoncé le 29 avril que son mouvement suspendait sa participation aux élections, pour protester contre le rejet de 27 des listes déposées par Ennahda au motif que certains des candidats présentés par le parti islamiste représenteraient un "danger pour l'ordre public", ce que L. Adami dément formellement. Le leader islamiste dénonce une mesure politique dirigée contre toute "la mouvance islamiste" et un "réglement de comptes idéologiques" mené par un "clan du pouvoir". Il y voit "la première phase de la fraude" électorale. 8 listes d'Ennahda ont été annulées dans l'est du pays, 6 au centre et 13 dans l'ouest.

A Tablat (w. Médéa), les militants FLN dénoncent l'éviction de la liste des candidats, sur décision de la direction régionale du FLN, d'un ancien cadre du ministère du Travail, initialement placé en "position éligible".

En Kabylie, la wilaya de Tizi Ouzou s'apprêterait à réquisitionner 12'000 fonctionnaires pour l'organisation des élections, mais des municipalités, comme celle d'Azzefoun, ont annoncé qu'elles refusaient de collaborerà cette organisation. A Bouzeguène, le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a appelé le pouvoir à prendre ses responsabilités "quant aux conséquences qui découleront de la tenue de ces législatives" et de "ce qui peut arriver le 30 mai".

(L'Expression, Quotidien d'Oran 30.4) Selon le quotidien "L'Expression", proche du président Bouteflika, et également selon "Le Quotidien d'Oran", le président pourrait lever l'état d'urgence après les législatives du 30 mai et "des réunions au sommet ont eu lieu ces derniers temps en vue de débattre des modalités pratiques" de cette levée. Le chef de cabinet du président avait déjà, en février, plaidé dans un entretien au "Monde" pour cette mesure, également soutenue par le président de la Commission nationale consultative de promotion et de défense des droits de l'homme, Mustapha Farouk Ksentini. "L'Expression" prend soin d'ajouter que le président "refuse toutefois d'agir sous la pression" et, selon "Le Quotidien d'Oran", les "décideurs" attendent de voir comment les choses évoluent après les élections pour prendre une décision définitive.

(La Tribune, L'Expression, El Ribat, Liberté, El Watan, Le Matin 5.5 / Liberté 6.5) Le ministère de l'Intérieur qui avait rejeté des candidatures aux législatives présentées par les partis islamistes (Ennahda, MSP, MRN) a accepté les candidatures de remplacement proposées par ces trois formations. Pour Ennahda, 53 candidats avaient été refusée, au motif d'"atteinte à la sécurité nationale". le leader d'Ennahda, Lahbib Adami, souligne que "le gel" de la participation du parti aux élections est toujours "en vigueur", et que la décision finale de participer ou non n'a pas encore été prise.Pour El Islah (MRN), des candidats ont été refusés sur 14 listes électorales. Des listes d'indépendants ont également été annulées, ou "purgées" de certaines candidatures. Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a affirmé que "l'appartenance à l'ex-FIS est un critère de rejet des listes de candidature". Le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia a également exprimé cette position. Le bulletin du FIS (tendance de Rabah Kebir) "El Ribat" dénonce un "trucage (qui commence (...) par un filtrage des candidatures susceptibles de poser problème (au régime) par leur honnetêté ou leur popularité", même lorsqu'il s'agit de citoyens "en règle avec leurs droits civiques et politiques".

Au sein du RND, la "fronde" des députés sortants et candidats exclus des listes électorales par la direction des partis a abouti à une première sanction : la commission de discipline du RND a proposé l'exclusion du parti le député Aïssa Nouasri, porte-parole des contestataires. En attendant une décision définitive, Nouasri a été suspendu de toutes les responsabilités qu'il occupe au sein du parti.

A Constantine, les représentants de six listes d'indépendants disqualifiées par l'administration ont appelé leurs sympathisants (soit au moins 45'000 personnes, ayant parrainé les listes), à boycotter les élections, et se préparent à constituer une "Alliance nationale", qui pourrait présidée par l'homme d'affaire et député sortant Djilali Mehri. Pour l'un de porte-paroles des indépendants, "les véritables raisons de cette exclusion arbitraire sont politique" : il s'agirait de ne pas gêner l'élection de "grosses pointures" présentées par les partis gouvernementaux, dont le ministre de la Santé M. Aberkane et l'ancien ministre chargé des relations avec le parlement, M. Kechoud. Les représentants des listes indépendantes appellent à sanctionner par le boycott des élections "l'OPA de formations politiques croupions connues pour leur allégeance inconditionnelle à un pouvoir déliquescent et qui n'ont eu de cesse d'apporter depuis une dizaine d'années la preuve de leur incapacité de peser dans le débat public et politique". A Tiaret, où onze listes indépendantes avaient été déposées, toutes ont été rejetées. Les partis de la coalition gouvernementale, ainsi, peut-être, qu'El Islah et Ennahda, seront donc seuls à participer aux élections dans la wilaya. A Alger, sur onze listes déposées, une seule a été retenue. A Sétif, une seule a été retenue sur huit listes déposées. A Oran, trois listes ont été retenues sur dix déposées. Au total, sur 175 listes électorales "indépendantes", près d'une centaine ont été disqualifiées.

Les partisans du boycott des élections du 30 mai, et notamment les partis appelant au boycott (comme le RCD et le MDS) ou à la "dissidence électorale active" (comme le FFS) dénoncent une fraude électorale "déjà à l'oeuvre", et se manifestant par le refus de certaines candidatures. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, les partisans du boycott ou de la dissidence ont accentué leur pression contre les élections : le FFS a tenu deux meetings populaires à Bouzeguène et Aïn El Hammam, le RCD un à Tizi Ouzou, et la Coordination des aârchs de Tizi, ainsi que la Coordination intercommunale de Bejaïa, ont décidé de multiplier les "meetings de proximité" et d'appeler à une grève générale les 29 et 30 mai, soit la veille et le jour du scrutin, grève accompagnée de la fermeture des municipalités et des sous-préfectures (daïras). Les Maires d'Azeffoun (w. Tizi Ouzou) et de Haïzer (w. Bouira) ont fait savoir qu'ils refusaient d'être réquisitionnés par le gouvernement le 30 mai et qu'ils ne seront pas disponibles pour cette date. Une dizaines de partis politiques et une liste d'"indépendants" se présentent dans la wilaya de Tizi Ouzou. D'entre les partis politiques, le RND, le FLN, le MSP, le PRA et le PT seront présents, mais également des partis jusque là totalement absents de la région. Malgré le boycott et la "dissidence électorale", un potentiel d'"électeurs captifs" est présent en Algérie, par les "corps constitués" (policiers, gendarmes, militaires). Le porte-parole du FFS se demande pourquoi le président Bouteflika "le désigne pas directement les députés pour toutes les régions d'Algérie, puisqu'il semble vouloir le faire pour la Kabylie". Le FFS rappelle, en réponse aux menaces proférées le 2 mai par le président Bouteflika lors d'une rencontre avec les walis (préfets), à propos de l'organisation des élections, qu'"aucune loi ne sanctionne ceux qui boycottent des élections", et que "la population a le droit de ne pas voter".

(L'Expression 4.5) Le Premier Secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a tenu deux meetings le 1er mai à Bouzeguène et le 2 mai à Aïn El Hammam, rendant hommage à la jeunesse de Kabylie, qui a "donné une leçon aux Algériens", mais soulignant que la Kabylie n'a pas été la seule région à se soulever et que "40 autres wilayas ont connu le fièvre", et que "la jeunesse ne s'est pas seulement soulevée pour tamazight mais aussi contre la hogra". Accusant le pouvoir d'être "politiquement faible, sans ancrage social ni base populaire" d'être totalement responsable de la situation actuelle, le Premier secrétaire du FFS a rendu le ministre de la Justice Ahmed Ouyahia d'être responsable de dizaines de morts et de blessés survenus dans les prisons algériennes depuis le début avril, et a exigé sa démission.

(Quotidien d'Oran 8.5 / L'Expression, El Watan, Liberté, Le Matin 9.5) La campagne électorale des législatives s'est ouverts le 9 mai, et devrait durer jusqu'au 27, les élections étant prévue pour le 30.

A Alger, le chef du MSP Mahfoud Nahnah a présenté la liste de son parti dans la capitale, liste conduite par l'ancien ministre du Tourisme Abdelkader Bengrina.

Au sein du RND, la contestation interne, déclenchée à propos de la désignation des candidats aux législatives, s'organise et se structure en un "Comité pour la sauvegarde du RND) qui s'est doté d'un bureau provisoire, calque du Bureau national du parti, et qui va tenter de provoquer un débat interne, voire la destitution du Secrétaire général du parti, Ahmed Ouyahia, en obtenant pour cela l'appui des deux tiers des membres du Conseil national. Par ailleurs, le député RND de Tindouf Kacem Kébir (ancien élu du FLN), non reconduit sur la liste du parti, a été exclu du RND au prétexte de "déclarations irresponsables (...) visant à semer la discorde, la division et le doute parmi les militants". Kacem Kébir s'en était pris dans un hebdomadaire au ministre de la Justice et chef du RNA Ahmed Ouyahia, dont il avait qualifié le parcours de "catastrophique pour le parti, le pays et les citoyens", et qu'il avait accusé de "confondre la gestion du parti avec celle des prisons".

Le wali de Tizi Ouzou a refusé d'accorder au Front des Forces Socialistes l'autorisation de tenir un meeting (avec Ahmed Djeddaï, Ali Yahia Abdenour, Rachid Benyellès et Ahmed Taleb Ibrahimi) le 9 mai dans le stade Oukil-Ramdane de Tizi, au prétexte que ce stade est réservé pour les besoins de la campagne électorale (alors que celle-ci sera presque totalement boycottée, comme les élections, en Kabylie). Le FFS a décidé de maintenir son meeting au lieu et à la date prévus, et le Premier secrétaire de la fédération de Tizi uzou, Nacer Abib, a ajouté : "à chacun d'assumer ses responsabilités". Le Premier secrétaire national du FFS, Ahmed Djeddaï, obserbe que "le pouvoir n'accepte pas le débat contradictoire" Les élus locaux du FFS se déclarent surpris que "l'administration continue dans sa logique de préparation d'un scrutin dans une situation chaotique comportant les plus grands dangers", et affirment leur volonté de contribuer à élargir la "dissidence citoyenne électorale" à laquelle appelle le parti. Le FFS appelle la population "à se mobiliser pour faire un vrai barrage par des moyens pacifiques à (la) mascarade électorale". De son côté, la coordination des aârchs de Tizi Ouzou (CADC) a décidé de marquer l'ouverture de la campagne électorale, le 9 mai, par une marche populaire appuyée par une grève générale. Tout cela n'a pas empêché le wali de Tizi Ouzou de se déclarer convaincu que la participation électorale atteindra "au moins 70 %" dans la wilaya, où onze listes de partis et d'indépendants ont été déposées, mais qui est dominée politiquement par deux partis qui refusent de s'associer aux élections, le FFS et le RCD, et par le mouvement citoyen qui appelle à leur boycott actif.

(Le Monde 10.5 / L'Expression, El Ribat, Liberté, Le Matin 12.5 / L'Expression, Le Matin, Liberté, El Watan, Jeune Indépendant 13.5) La campagne électorale pour les législatives du 30 mai semble se faire dans l'indifférence à peu près générale des électeurs (des meetings sont annulés faute de public, comme ceux du MRN à Alger, avec Abdallah Djaballah, le 12 mai, du MSP et de Nahda, le 9 mai, ou du RND à Constantine, avec Ahmed Ouyahia, le 9 mai), alors que plusieurs journaux rendent compte de la crainte du pouvoir (et, ajoute "L'Expression", de ambassades) qu'une forte abstention, le boycott en Kabylie et le refus de la plupart des partis d'opposition de participer aux élections, n'aboutissent à une victoire des islamistes au terme d'élections où les seuls électeurs mobilisés seraient ceux des partis islamistes légaux (et les anciens électeurs du FIS, malgré les consignes de boycott données par les différentes instances du FIS à l'étranger : "Participer à ces élections, c'est accepter que la force rpgne et l'emporte sur la loi, la violence triomphe sur la paix et l'exclusion remplace partout le dialogue", écrit le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat").

Du coup, les chefs des principaux partis gouvernementaux (RND et FLN) se mettent à "battre le rappel des troupes", pour créer en Algérie une sorte d'équivalent du "Front Républicain" qui a, en France le 5 mai, "noyé Le Pen sous les bulletins de vote" pour Chirac. Le quotidien "bouteflikiste" "L'Expression" annonce que des sondages d'opinion réguliers annoncent "un retour en force de la mouvance islamiste" (laquelle participe d'ailleurs déjà au gouvernement), et en particulier du parti d'Abdallah Djaballah, El Islah (Mouvement de la Renaissance Nationale), qui serait même le "grand favori du scrutin" et aurait réussi à s'implanter en force dans l'est. En outre, l'abstention massive en Kabylie (où le taux de participation ne dépasserait pas les 7 % dans les wilayas de Bejaïa et de Tizi Ouzou), mais également très forte dans tout le centre du pays (Alger, Bouira, Boumerdès, Tipaza et Sétif) favoriserait les islamistes -ces wilayas totalisant près du tiers des sièges de l'Assemblée nationale. Si, comme il est probable, les élections du 30 mai connaissaient le plus fort taux d'abstentions de toutes les élections (libres ou non) jamais organisées en Algérie, ce seraient évidemment les partis qui auront le mieux mobilisé leur propre base qui sortiraient (sauf fraude...) vainqueurs du scrutin. La crainte agitée notamment par le RND et son chef, Ahmed Ouyahia, d'une victoire des islamistes sur fond de boycott kabyle et de dissidence de l'opposition démocrate (sauf le Parti des Travailleurs) est liée à cette prévision d'une abstention massive. "L'Expression" suggère d'ailleurs que les milieux et les journaux les plus "éradicateurs" (les plus anti-islamistes) joueraient consciemment la carte du pire, c'est-à-dire d'une victoire électorale des islamistes, pour ensuite pousser à une répétition de l'opération de 1992, avec une intervention directe de l'armée dans le champ politique et la remise du pouvoir à des "républicains" sans base populaire et à des "démocrates" qui n'ont aucune chance de jamais remporter des élections démocratiques en Algérie. Par ailleurs, le bulletin du FIS (tendance Rabah Kébir), "El Ribat", s'en prend à Louisa Hanoune et au Parti des Travailleurs, qui ont décidé de participer aux élections et donc, pour "El Ribat", de "cautionner (...) la mascarade électorale qui se prépare" alors que "la place naturelle de Louisa Hanoune n'est pas dans la majorité présidentielle, n'est pas aux côtés de Bouteflika, de Benflis, de Lamari et de Ouyahia, mais avec ceux qui dénoncent ce nouveau hold up de la volonté et de la légitimité populaires".

S'agissant des menaces d'empêchement actif du scrutin en Kabylie, le ministre de l'Intérieur M. Yazid Zerhouni a rappelé dans un communiqué de presse que des sanctions pénales étaient applicables à toute personne qui entravera le bon déroulement des élections législatives. Des peines de six mois à dix ans de prison (selon qu'il s'agit d'un acte individuel ou d'un plan concerté) sont prévues contre "quiconque, à l'aide de fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manoeuvres frauduleuses, aura surpris ou détourné des suffrages (ou) déterminé un ou plusieurs électeurs à s'abstenir de voter". Pour le ministre, l'empêchement de la tenue des élections (contrairement à l'abstention, qui relève d'un choix individuel) est une pratique "antidémocratique et irrespectueuse de l'avis des autres". Dans un entretien au "Monde", Mohammed Seghier Mezziane, membre de la présidence tournante de la coordination interwilaya désavoue les personnes qui ont, au nom des comités locaux, affirmé qu'elles allaient (ou que les comités allaient) empêcher les gens de voter en Kabylie : "rien ne les autorise à tenir de tels propos", précise Mezziane, qui ajoute que le mouvement populaire en Kabylie a opté "pour un autre type d'actions, par exemple la rédaction d'un 'document de discrédit' des élections", faisant le bilan des précédents scrutins organisés en Algérie, qui "ont amené le pouvoir à se perpétuer par une fraude systématique érigée en règle". A Bejaïa, tout affichage de la convocation des électeurs aux urnes, et des affiches de candidats, a été empêchés par l'arrachage des panneaux électoraux dans presque toutes les localités de la wilaya. La coordination intercommunale de Bejaïa appelle "tous les fonctionnaires réquisitionnés pour l'encadrement du vote à ne pas cautionner cette mascarade de la honte (les élections) et à refuser de participer à son déroulement".

A Tizi Ouzou, plusieurs candidats aux législatives (Larbi Chetouane, candidat RND, Sedik Maouel, candidat RND, Hakima Meziani, candidate RND, Faïzia Bouzar, candidate FLN, notamment) ont annoncé qu'ils se retiraient de la compétition, en affirmant y avoir été présentés contre leur gré, ou avoir commis une erreur en se présentant. D'autres candidats en Kabylie ont refusé que leur photo soit sur les affiches, de peur d'être reconnus dans la rue. Des partis ont présenté en Kabylie des candidats résidant dans d'autres afin de les soustraire aux pressions. L'administration, de même, doit aller chercher dans d'autres régions les assesseurs de bureaux de vote dont elle a besoin. L'actuel président de l'Assemblée national, Bensalah, n'en a pas moins affirmé (mais à Oran) le 12 mai que "la Kabylie sera représentée à l'APN", car "il y aura des liostes, des partis se présentent dans cette région" et "les citoyens de la Kabylie pourront désigner des élus qui les représenteront", même si la représentativité des partis présents au scrutin est, en Kabylie, "quasi nulle", comme le rappelle "Liberté". Toute la Kabylie devrait être paralysée par une grève générales du 28 au 30 mai, à l'appel des comités locaux et avec le soutien du FFS et du RCD. La grève devrait être accompagnée de barrages sur tous les axes routiers desservant la région.

Le 12 mai, un membre du Conseil national du MDS, Djamel Bellag, a été interpellé par la police alors qu'une distribuait à Mascara la déclaration de son parti appelant au boycott des élections. Il a été menacé d'être traduit devant la justice.

Le "groupe des quatre" (Ahmed Djeddaï, représentant Hocine Aït Ahmed, Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdennour, Rachid Benyellès", dont le metting a été annulé par les autorités à Tizi Ouzou, dénonce dans un communiqué cette "nouvelle atteinte à la liberté de se rassembler et de manifester de manière pacifique", et accuse "les gouvernants qui se sont montrés incapables d'assurer la sécurité de la population (...) ou de répondre à ses besoins les plus élémentaires (et qui n'opnt pas hésité) à ouvrir le feu sur le peuple et à jeter nos enfants dans les prisons" de sommer les Algériens de se "prêter à une autre mascarade électorale (...) dans le but de donner une façade démocratique à un régime osbolète". Pour les "quatre", il est "inadmissible que ce rendez-vous se tiennent sans la participation de toute une région", et des élections tenues dans ces conditions sont dangereuses pour l'unité nationale et ne feront "qu'aggraver les fractures dans le pays".

A El-Oued, des partisans d'un candidat indépendant dont la liste a été invalidée par les autorités, Djilali Mehri, dont le principal tort semble de représenter une menace pour les candidats du FLN, appellent au boycott du scrutin. L'invalidation de la liste a été justifiée (par la wilaya) par la non-inscription sur les listes électorales de 43 des citoyens parrainant la liste (plusieurs d'entre eux ont prouvé par la suite qu'ils étaient pourtant effectivement inscrits sur les listes électorales), ou par l'expiration de la validité des cartes d'identité d'autres "parrains" de la liste.

A El Tarf, 28 élus RND de l'Assemblée de wilaya (Conseil général) et des élus de 8 Assemblées communales ont annoncé leur démission du parti, et leur ralliement au FLN, pour protester contre le choix des candidats aux législatives. Les dissidents annoncent que plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de membres du RND pourraient les suivre et rejoindre le FLN.

On note enfin la très faible proportion de femmes candidates lors de ces législatives : sur un total de 10'052 candidates et candidats, 694 femmes sont candidates, soit une présence féminine de 6,9 %, selon "El Watan", 836 femmes sont candidates, soit 8,5 % du total des candidatures, selon "Le Jeune Indépendant". Le Parti des Travailleurs présente une soixantaine de candidates, dont quatre sont tête de liste à Alger, Tipaza, Oum El Bouaghi et Blida. Le RND présente 80 femmes, mais dont aucune n'est tête de liste. El Islah (islamiste) présente par contre une femme en tête de liste à Tizi Ouzou, et le FLN à Annaba. Le MSP (islamiste) présente une quarantaine de femmes, et espère en faire élire une dizaine. Le troisième parti islamiste, Ennahda, ne présente aucune femme.

(Le Jeune Indépendant 14.5 / Liberté, Le Matin, Le Jeune Indépendant 15.5 / La Tribune, El Watan, L'Expression, Le Matin 16.5) La mobilisation contre les élections du 30 mai perdure en Kabylie, où des meetings électoraux sont empêchés par des manifestations ou des menaces de manifestations, accompagnées de barrages routiers (ainsi ceux des candidats "Assirem" (indépendants) Rabah Benchikhoune et Hocine Malaoui, le 14 mai à Tizi Ghenif et le 15 mai à Bouzeguène). A Draâ Ben Khedda, c'est un meeting du RND qui a du être annulé. A Lota, près de Souk El Thenine (w. Tizi Ouzou), la coordination communale du mouvement citoyen a organisé le 13 mai un "meeting anti-électoral" En outre, les autorités municipales de Kabylie, majoritairement issues du FFS, mais également du RCD, ont pour la plupart décidé de faire "dissidence citoyenne" et de ne pas prêter leur concours à l'organisation du vote, et même, comme le maire d'Azzefoun, à appeler à l'abstention. Dans la région d'Akbou, les comités locaux envisagent l'organisation de sit-in devant les domiciles des candidats.

Une dizaine de candidats (cinq ou six figurant sur la liste du RND, un ou deux sur celle du FLN, un indépendant et un candidat du "Rassemblement algérien") se seraient retirés, ou menaceraient de le faire, de l'élection dans la wilaya de Tizi Ouzou. La candidate RND Hakima Mohamed Meziani assure que son nom a été porté sur la liste contre son gré, et a démissionné du parti. Le candidat RND Sedik Maoul affirme également avoir été porté candidat à son insu. Le candidat RND Larbi Chetouane explique qu'il ne veut pas "aller à contresens de la société qui a décidé de rejeter les élections du 30 mai". Sur la liste FLN, le candidat Ould Feroukh Tahar a également annoncé son retrait. Le candidat indépendant Mohamed Bouaraba s'est retiré de la liste en raison de la crise en Kabylie et de l'opposition de la population au scrutin législatif. Ces retraits n'ont cependant pas été officialisés par leurs partis respectifs -et d'ailleurs la loi sur les élections ne prévoit de retrait possible après le dépôt de la liste qu'en cas de décès d'un candidat.

L'ensemble des élus du Front des Forces Socialistes (FFS) des Assemblées communales de la wilaya de Bejaïa (37 communes), ainsi que ceeux de l'Assemblée de wilaya (Conseil général), à majorité FFS, ont exprimé leur refus de prendre part directement ou indirectement à un scrutin "qui ne constitue nullement une solution (...) à la crise que vit le pays". Réunis à El Kseur, les élus du FFS s'inquiètent de ce que "l'administration continue dans sa logique de préparation d'un scrutin dans une situation chaotique comportant les plus grands dangers", alors que ce scrutin est "rejeté par une grande majorité du peuple algérien". Les élus socialistes accusent les "décideurs" d'inventer "tous les artifices pour briser la vitalité citoyenne et se pérenniser par des coups de force et la terreur", et dénoncent les menaces proférées à l'encontre des fonctionnaires et les élus, "réquisitionnés" pour les opérations électorales. Les élus FFS déclarent donc qu'ils "se démarquent de tous les préparatifs liés au scruin", exigent "la libération immédiate des détenus du mouvement citoyen (...) et l'arrêt des poursuites judiciaires", et appellent la population "à se mobiliser pour faire un vrai barrage par des moyens pacifiques à cette mascarade électorale".

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, le wali (préfet) a déclaré le 14 mai à l'agence officielle de presse APS que "l'administration prendra toutes les mesures nécessaires pour suppléer à la défection de certains présidents d'APC dans la préparation matérielle des législatives du 30 mai", et a annoncé que "des poursuites seront engagées" contre les cinq présidents d'APC (maires), ceux de Larbaâ Nath Irathen, Azzefoun, Bouzeguène, Mekla et Aghribs qui ont annoncé publiquement leur refus de préparer les élections. Le Wali a en outre annoncé que "toutes les mesures sécuritaires" seraient prises pour assurer la protection des candidats.

Dans le reste de l'Algérie, ce n'est pas l'opposition aux élections qui domine, mais l'indifférence : "jamais campagne électorale n'a rencontré autant de déinsétêt et de rejet" dans l'opinion publique algérienne, écrit "La Tribune" : meetings sans public ou annulés, affiches arrachées, absence des partis des "créneaux" qui leur sont réservés à la radio.

A Oran, le FFS a protesté contre l'interdiction d'un meeting qu'il entendait organiser le 16 mai pour expliquer sa position d'appel à la "dissidence citoyenne" contre les élections. Le refus des autorités n'a été signifié au parti que deux jours avant la tenue du meeting. Le FFS d'Oran a annoncé qu'il utilisera "tous les moyens permis par la loi, notamment l'utilisation de tracts et des affiches pour dire non aux élections"

A Alger, la tête de liste du RND, Abdelkrim Harchaoui, tenant meeting le 15 mai, a dénié au FFS et au RCD le droit de "parler au nom des citoyens", et les a accusé.de vouloir "priver" l'Algérie de l'institution parlementaire en proposant une période de transition créant un "vide institutionnel". Quant aux partis islamistes, qui expriment leur crainte de la fraude, le candidat RND leur a demandé pourquoi ils participent à des élections dont ils doutent de la véracité.

A Mila, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, a plaidé en faveur de la tenue d'un "congrès national" organisé "sous l'égide du Président de la République", afin d'"endiguer la violence, de régler la crise en Kabylie, d'ouvrir les dossiers des disparus ainsi que celui de la privatisation". Louisa Hanoune a dénoncé l'accord d'association de l'Algérie à l'Union Européenne, dont la mise en oeuvre "achèverait l'économie nationale", ainsi que les privatisations, contraires selon elles à la Constitution, et qui ont déjà provoqué "la fermeture de milliers d'entreprises ainsi qu'une perte d'emploi pour un million de travailleurs". Elle a mis en garde contre "des aventuriers d'horizons divers" qui "oeuvrent pour la scission de la Kabylie", a dénoncé la "caste de dirigeants qui veulent diviser le pays" et a appelé la coalition gouvernementale "à présenter son bilan des dernières années au lieu de se complaire dans des promesses impossibles à tenir".

Dans la wilaya d'Oran, la Commission communale indépendante d'organisation des élections d'Ouled Tlelat a révélé que la vérification des listes électorales y avait fait apparaître "des noms de citoyens morts et d'autres non-résidents", et a mis en garde contre toute tentative de fraude électorale.

Au sein du RND, où 127 députés et 44 membres du Conseil national du parti ont c réé un "Conseil de sauvegarde" qui s'oppose à la direction officielle (celle d'Ahmed Ouyahia), la contestation interne continue : A Setif, des militants ont pris d'assaut le siège du parti. A Djelfa, des "comités antivote" ont été créés par des militants.

Selon un "sondage" (sans base statistique réelle) effectué du 6 au 13 mai auprès de 832 visiteurs du site internet du "Jeune Indépendant", 88 % d'entre eux sont résolus à s'abstenir lors des élections du 30 mai. Sur les 12 % restant, un tiers annonce vouloir voter pour le FLN, un quart pour le MSP, 8,16 % pour le MRN, 6,12 % pour le PT, autant pour Ennahda, 3.06 % pour le PRA et 4,08 % pour des indépendants.

(El Ribat, Liberté 19.5 / L'Expression, La Tribune, El Watan, El Khabar, Liberté, Le Matin 20.5) A deux semaines des élections législatives, une sorte de "match" s'est instauré entre les islamistes et le FLN, en l'absence des "démocrates", pour une victoire électorale sur fonds d'abstention massive probable (et pas seulement en Kabylie) "L'Expression" prévoit que le FLN profitera de la division des partis islamistes (trois partis distincts tentent de récupérer l'électorat islamiste : le MSP de Mahfoud Nahnah, Ennahda de L. Adami et El Islah d'Abdallah Djaballah, les instances du FIS à l'étranger prônant l'abstention) et de la faiblesse du RND. L'"Expression" croit savoir que les ambassades occidentales en Algérie "prédisent un raz de marée du FLN" lors des législatives, avec au moins deux sièges par wilaya et entre 180 et 200 sièges au total. Le FLN bénéficierait de la division des partis islamistes légaux, de la non participation des principaux partis démocrates, de la relativement bonne image du Premier ministre Ali Benflis et, a contrario, de la mauvaise image du RND et de son chef, Ahmed Ouyahia, et l'ancien parti unique tente depuis le début de la campagne d'accroître ses chances en évoquant la "menace islamiste", c'est-à-dire le risque d'une victoire islamiste aux élections. Evoquant cet appel à un "réflexe républicain" anti-islamiste, et la comparant aux attitudes des démocrates européens face à la montée de l'extrême-droite dans divers pays d'Europe (l'Autriche, la France, les Pays-Bas, l'Italie...), le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat", rappelle qu'alors que les démocrates européens "n'ont réagi nulle part par des mesures anti-démocratiques" (annulation des élections, interdiction des partis d'extrême-droite) à la montée du populisme réactionnaire, et ont même partout invoqué la démocratie "pour justifier la tolérance de l'intolérance", certains "démocrates" algériens, avec le soutien de "démocrates" européens "mobilisés pour sauver la dictature algérienne", ont eu l'attitude inverse, en obtenant l'annulation des élections de 1991, l'interdiction du FIS qui les avaient gagnées et l'emprisonnement de ses dirigeants. De son côté, le leader du MSP, Mahfoud Nahnah, a une nouvelle fois menacé de se retirer des élections, en évoquant la menace d'une fraude organisée depuis "l'intérieur de l'Administration, en complicité avec les partisans du boycott".

A l'intérieur du FLN et du RND, des dissidences continuent de se manifester. A Constantine, des dissidents du FLN, déjà exclus du parti, se sont regroupés en un "Mouvement du renouveau et du changement", qui a cependant déclaré qu'il soutenait la liste électorale du FLN.

Quant à la campagne électorale proprement dite, elle ne suscite toujours pas un grand intérêt de la part des citoyens (sauf, paradoxalement, en Kabylie, où elle suscite des manifestations d'opposition, d'empêchement et d'appel au boycott). Des meetings de partis politiques continuent d'être annulés, faute de public, ou, en Kabylie, sur pression de la population. A Tizi Ouzou, le RND et le FLN ont dénoncé les menaces et indimidations exercées contre leurs candidats. La tête de liste RND, M. Afir, a fait état de "menaces de mort par écrit signées archs", et les a assimilées aux "pratiques du GIA". Une nouvelle défection sur la liste RND a été enregistrée à Tizi Ouzou, celle de Miloud Namoun, qui explique que "puisque ces élections sont rejetées dans le font et la forme par la population", il se retire d'une "course électorale dépourvue de perspectives réelles pour toute la région". Sur la liste FLN, deux nouveaux désistements ont été enregistrés à Tizi Ouzou, ceux de l'avocat Mohand M'zyène, qui évoque également le refus de la consultation électorale par la population et celle de Rabah Hammoum. Dans la seule wilaya de Tizi Ouzou et sur les seules listes du RND et du FLN, dix candidats(e)s se sont retirés : sept de la liste RND et trois de la liste FLN.

Le pouvoir a par ailleurs déclenché une offensive contre les partisans du boycott des élections, ou de la "dissidence électorale citoyenne". Le président Bouteflika, qui a appelé à un vote massif, s'en est pris le 19 mai à Arzew à "ceux qui veulent empêcher le pays de sortir du cercle de la crise", à qui il a dénié "le droit d'être les tuteurs du peuple algérien", ajoutant, dans une allusion assez transparente à Hocine Aït Ahmed, que "ce n'est pas parce qu'ils ont fait la révolution de la libération nationale qu'ils doivent s'autoproclamer tuteurs du peuple algérien". Le président a mis en garde ceux "qui veulent empêcher les électeurs d'aller voter", qu'il a accusé de vouloir "ghetthoïser le pays, le rendre tel un gourbi ou un grand douar". Boualem Benhamouda, membre de la direction du FLN, s'en est lui aussi, le 19 mai, pris aux partisans du boycott, qu'il a accusé de vouloir "renverser le pouvoir" et de fomenter des émeutes. En tournée dans les centres universitaires d'Alger, Bouteflika a été conspué, à Bouzaréah et Ben Aknoun, par des étudiants qui l'ont accueillis par des slogans hostiles au pouvoir et favorables au mouvement citoyen kabyle et au mouvement syndical autonome. A Bouzaréah, le 18 mai, les voitures de la garde de protection du président ont encaissé une pluie de cailloux et la police anti-émeute est brutalement intervenue pour disperser les manifestants. Plusieurs étudiants (une vingtaine selon "El Watan", une cinquantaine au total selon "Liberté") ont, après le départ du président, été arrêtés A la Faculté de Droit, ce sont des étudiants islamistes qui se sont manifestés, pour dénoncer le rapport de la commission de réforme du système éducatif. Le Front des Forces Socialistes a dénoncé "la répression sauvage de la manifestation des étuciants" et exigé la libération "immédiate et inconditionnelle" de ceux qui ont été arrêtés. Le RCD a condamné "le viol des franchises universitaires" et les arrestations, et l'association RAJ (Rassemblement Actions Jeunesse) a exprimé son "soutien total aux étudiants de la fac de Bouzaréah, ainsi qu'au comité qui s'est constitué pour exiger la libération des étudiants emprisonnés".

En Kabylie, les autorités tentent de "mettre au pas" les dissidences électorales, y compris (voire surtout) lorsqu'elles sont affirmées par les autorités locales élues. La Maire d'Azeffoun est ainsi poursuivi en justice par le wali (préfet) de Tizi Ouzou pour son refus d'obtempérer à la réquisition notifiée par le wali pour préparer le scrutin du 30 mai. Le Maire a constaté que "la campagne a pris fin depuis son début en Kabylie" et a affirmé sa détermination à "ne pas aller à l'encontre de la population" qui refuse les élections. Le refus des maires FFS, mais également RCD, de participer à l'organisation du scrutin pourrait entraîner le dépôt de plus de soixante plaintes du wali à leur encontre.

Dans la wilaya de Bejaïa également, le wali s'en est pris aux maires réfractaires. Les maires FFS de la wilaya ont réaffirmé leur refus de participer à l'organisation d'élections qu'ils considèrent comme "un grave danger pour la sécurité et l'ordre public". Les Maires FFS de la wilaya expliquent qu'ils ne sont pas disposés à "servir un pouvoir qui n'a d'autre souci que celui de se pérenniser". Dans une lettre motivant leur décision de refuser la mise en demeure qui leur est adressée par le wali (qui a fait adresser par les chefs de daïras une réquisition aux maires réfractaires), les maires FFS expliquent : "Si nous refusons de prendre part à ce scrutin, c'est que nous considérons qu'il ne peut servir à consolider la puissance (d'un) Etat démocratique", mais uniquement les intérêts du pouvoir en place. Les maires FFS déclarent assumer pleinement leurs responsabilités et être prêts à devoir répondre de leur choix devant la justice, avec "la conscience tranquille de ne pas avoir à répondre, comme cela pourrait être le cas de certains, devant le Tribunal pénal international par exemple de l'accusation de crime contre un peuple en détresse". Les maires FFS affirment qu'en refusant de "participer à une autre mascarade qui fait fi de tous les maux ressentis, dans la dignité, par le peuple algérien", ils participent "à la construction d'un Etat moderne (...) dont l'édification a été sans cesse perturbée, ébranlée par ceux qui refusent de comprendre que l'on ne peut édifier un Etat fort en détournant constamment la volonté du peuple". Pour ces élus, qui protestent de leur légalisme et de celui de leur parti, être légaliste "c'est aussi savoir dire non quand (on est persuadé) qu'un processus représente un risque pour l'unité nationale", et c'est aussi "savoir solliciter, le moment venu, toutes les institutions nationales et internationales contre des gouvernants se rendant coupables de violations des droits de l'homme et de la confiscation de l'Etat". Le député FFS Ikhlef Bouaïche a annoncé que son parti usera de "tous les moyens pacifiques possibles, quitte à saisir les instances supranationales, pour faire tomber ce pouvoir illégitime", et qu'il allait s'adresser à "certaines ONG, (à) la Commission des droits de l'Homme de l'ONU ainsi (qu'au) Secrétariat général de l'ONU". A Tazmalt (municipalité RCD), Khaled Tazaghart, membre de la direction nationale du FFS, a appelé les fonctionnaires réquisitionnés, et la municipalité, à refuser de prendre part à l'organisation de la "mascarade électorale". Dans la wilaya de Sétif, les quatre municipalités FFS ont adressé au wali un courrier lui annonçant leur désengagement des préparatifs des élections.

A Tiaret un responsable du RCD de Tissemsilt qui faisait campagne contre le vote a été brièvement arrêté, puis remis en liberté après avoir été averti que la justice sera saisie de son cas. Des militants du Mouvement démocratique et social (MDS) ont également été arrêtés. Un second meeting du groupe des quatre personnalités appelant à la "dissidence électorale", Ahmed Djeddaï, Ali Yahia Abdennour, Rachid Ben Yellès et Taleb Ibrahimi, a été interdit, à Batna. Le FFS signale en outre qu'il lui est impossible d'obtenir l'autorisation de tenir un meeting en salle, y compris en Kabylie, toutes les salles étant officiellement louées par des candidats aux élections, souvent sans même que ces candidats n'y tiennent les meetings prévus.

(AFP 20.5 / Reuters 21.5 / APS, AP, Jeune Indépendant, Le Matin, Liberté 22.5 / La Tribune, L'Expression, Liberté 23.5) Le ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a assuré le 22 mai que des garanties maximales avaient été données pour assurer un déroulement "transparent" et "régulier" du scrutin du 30 mai (législatives) et a promis "une élection saine et régulière", en donnant notamment comme exemple des bonnes intentions des autorités la réduction du nombre des bureaux de vote itinérants de 5600 en 1997 à 500 en 2002, et la présence d'observateurs civils dans les casernes militaires et les autres lieux de vote des "corps constitués" (lesquels comprendraient 400'000 électeurs). Yazid Zerhouni a assuré que les résultats seront respectés, même en cas de victoire islamiste (hypothèse à laquelle il a déclaré ne pas croire) et affirmé que "s'il y a fraude, ce sera le fait des partis". Le ministre a en outre affirmé que la gestion des listes de candidatures par l'administration s'est faite "conformément à la loi". Il a précisé que 286 listes avaient été partiellement rejetées et 64 totalement rejetées, six de ces rejets ayant ensuite été infirmés par la justice. Certains candidats ont été refusés au nom de la "préservation de l'ordre public". "Aucun repenti, gracié ou amnistié ne figure sur la liste des candidats", a assuré le ministre. Le ministre s'est dit convaincu que la participation aux élections sera "plus qu'appréciable" au plan national (dans la norme des élections précédentes, soit entre 55 et 63 % des inscrits) et "acceptable" en Kabylie. Yazid Zerhouni a répété que nul n'avait le droit d'empêcher par la force ou la contrainte des citoyens d'aller aux urnes, et que les autorités feraient "respecter cette loi" et feraient face, "par les moyens et instruments légaux, à toute tentative d'empêchement". Le ministre a en outre répondu par la négative à la question de savoir si les élections pouvaient être invalidées au cas où la participation tomberait en dessous d'un certain taux.

17'981'042 électeurs (dont 55,01 % d'hommes, et 55 % d'hommes et de femmes de plus de 40 ans) sont inscrits sur les listes électorales algériennes, dont 834'006 résident à l'étranger. Les wilayas kabyles de Tizi Ouzou et de Bejaïa, où l'abstention devrait être massive, représentent respectivement 3,16 & et 2,36 % des inscrits. Plus de 10'000 candidats, indépendants ou présentés par 23 partis différents (dont moins d'une dizaine ont une base suffisante pour expérer pouvoir obtenir des sièges dans une élection normale) participent aux élections du 30 mai.

Selon un sondage effectué par "El Watan" du 9 au 16 mai auprès d'un échantillon représentatif de la population algérienne de 2634 personnes), 38 % des électeurs ont déjé décidé de s'abstenir et 53 % d'aller voter. Parmi les abstentionnistes déclarés, 53,8 % déclarent adhérer au mot d'ordre de boycott, et 33,7 % ne pas être intéressés par le scrutin. En ce qui concerne les intentions de vote, le FLN sortirait largement vainqueur de l'élection.

En Kabylie, la campagne électorale est presque totalement paralysée par les partisans du boycott ou de la dissidence électorale, malgré la répression qui commencent à s'abattre sur eux : des meetings électoraux sont annulés (seuls quatre meetings sur les 88 annoncés ont pu être organisés depuis le début de la campagne dans la wilaya de Tizi Ouzou, et aucun meeting ne s'est tenu dans celle de Bejaïa. A Bouira, sur 48 réunions publiques annoncées, moins d'une dizaine ont eu lieu), les candidats des partis de la coalition gouvernementale se plaignent de "harcèlement" et de "menaces", des inscriptions injurieuses sur les murs des villes les traitent de "harkis", et on voit même apparaître sur les murs des slogans provocateurs à la gloire d'Ariel Sharon ou de Jean-Marie Le Pen...

En outre, les municipalités FFS ou RCD refusent d'organiser la campagne, malgré les menaces proférées à leur encontre par les autorités : le ministre de l'Intérieur a ainsi laissé entendre, le 22 mai lors d'une conférence de presse, que les municipalités administrées par des élus récalcitrants pourraient être sanctionnées, y compris par la dissolution des assemblées communales, et mise sous tutelle de l'administration centrale, comme cela avait été le cas après l'interdiction du FIS des municipalités islamistes élues. La wilaya de Tizi Ouzou a mis en demeure tout le personnel des collectivités locales (notamment ceux des daïras et municipalités) d'accomplir les tâches d'organisation des élections pour lesquelles il serait requis. Dans une circulaire adressées aux travailleurs concernnés, le wali leur rappelle que leur "qualité de serviteur de l'Etat (leur) confère la position statutaire et réglementaire qui assure à la fois la garantie dans la stabilité, la sécurité dans votre emploi et de votre carrière", et les assure de la protection de l'administration s'ils venaient à "subir des menaces ou des sanctions" pour n'avoir pas "obtempéré aux orientations partisanes" de leurs municipalités respectives. Le Maire de Draâ Ben Khedda (w. Tizi Ouzou) n'en pas moins appelé les fonctionnaires de la commune à ne pas participer aux préparatifs de la "mascarade" électorale, et a appelé la population à s'abstenir. A Maâtkas, la municipalité e rendu publique une déclaration dans laquelle, après une assemblée générale de la fonction publique municipale, et déclare qu'elle "rejette et refuse (les) élections et se désengage des réquisitions transmises par l'administration". La fédération FFS de Tizi Ouzou condamne les "mesures d'intimidations à l'encontre (d') élus dont le seul tort est d'être aux côtés de la population qui les a élus", et appelle la population à "poursuivre sa mobilisation dans un cadre pacifique".

A Tichy (w. Bejaïa), le comité populaire organise un "meeting anti-élections" le 24 mai. A Semaoune, un candidat a été molesté (battu, selon certaines sources) après des semaines de "mise en quarantaine", et s'est retiré de l'élection. Des urnes électorales et des fichiers électoraux ont été brûlés à Beni-Maouche, Semaoun, Amizour et El-Kseur. Une grève générale a été proclamée dans toute la wilaya de Bejaïa le 30 mai, avec blocage des routes nationales dès le 27 mai. En réponse, de nombreux militants contre les élections ont été interpellés en Kabylie. Le 21 mai, à l'entrée de Draâ Ben Khedda, une "caravane antivote" a été stoppée par un barrage de police et plusieurs (une quinzaine selon "Liberté") de ses participants arrêtés. A Draâ El Mizan, le 21 mai, sept personnes arrêtées pour "empêchement d'une activité électorale" (un meeting de candidats indépendants, amepêché le 14 mai à Tizi Gheniff) ont été condamnées à des peines allant d'un mois de prison ferme à un an de prison avec sursis.

(La Tribune, Liberté, El Moudjahid 26.5 / Le Matin 27.5) Le Premier secrétaire national du FFS, Ahmed Djeddaï, a réaffirmé dans une conférence de presse à Oran, le 25 mai, l'opposition de son parti aux élections législatives du 30 mai (mais non au "principe de l'élection en tant que telle"), tenues dans une situation où "l'acte politique a été décrédibilisé par le pouvoir à un point que le citoyen croit que tous les députés se valent". Exprimant sa certitude que "la Kabylie ne votera pas" et que "seuls les corps constitués vont voter" dans la région, Ahmed Djeddaï a aussi exprimé sa crainte de "troubles lors des élections en Kabylie" -troubles fomentés par le pouvoir lui-même, et dénoncé "les pressions sur les citoyens par le biais du matraquage médiatique de l'ENTV". Pour Ahmed Djeddaï, les élections du 30 mai vont "provoquer une fracture dans l'unité et la cohésion nationale", et donneront naissance à une Assemblée nationale dépourvue de crédibilité et de légitimité. Pour le Premier secrétaire du FFS, le rejet des élections "est un droit démocratique au même titre que la participation". Enfin, Ahmed Djeddaï a réaffirmé que "les arouch ne peuvent se substituer aux partis politiques", d'autant qu'ils n'existent réellement "que dans cinq communes" de Kabylie. A Bouira, le 26 mai, Ahmed Djeddaï a qualifié d'"irresponsable" l'organisation d'élections actuellement en Algérie.


ELECTIONS LÉGISLATIVES DU 30 MAI 2002

389 sièges à repourvoir (381 en 1997)

Taux de participation national (y compris les Algériens à l'étranger : 46,09 % (65,49 % en 1997)

Participation régionale : 31,81 % à Alger, 2,62 % à Bejaïa, 1,84 % à Tizi Ouzou

7'410'998 suffrages exprimés
876'342 bulletins nuls

FLN : 199 sièges (+ 135), 2'632'705 suffrages (35,52 %)
RND : 48 sièges (-107), 630'241 suffrages (8,5 %)
El Islah (MRN) : 43 sièges, 746.884 suffrages (10,08 %)
MSP : 38 sièges (- 31), 573'801 suffrages (7,74 %)
PT : 21 sièges (+ 17), 355'405 suffrages (4,8 %)
Front National : 8 sièges (+ 8) 
Nahda : 1 siège (- 33) 265'495 suffrages (3,58 %)
PRA : 1 siège, 162'308 suffrages (2,19 %)
Mouvement de l'Entente nationale : 1 siège
Listes "indépendantes" : 29 sièges (+ 18) 789,492 suffrages

Le FFS et le RCD qui disposaient chacun de 19 sièges dans l'ancienne assemblée boycottaient le scrutin, et ne sont donc plus représentés au parlement.

Quelques résultats régionaux :

Djelfa : 64,39 % de participation, FLN 7 sièges. RND 1 siège. Islah 1 siège. HMS 1 siège

Skikda : 54,11 % de participation, FLN 5 sièges. Islah 3 sièges. Indépendant 1 siège. RND 1 siège

Souk Ahras : 57,97 % de participation, FLN 2 sièges. Islah 1 siège. RNR 1 siège. MSP 1 siège

Tiaret : 60,90 % de participation, FLN 5 sièges, RND 1 siège, FN 1 siège, MSP 1 siège, Islah 1 siège

Le nombre des femmes députées passe de 13 à 25, dont 18 députées FLN. A l'exception de l'association Rachda, présidée par Khalida Messaoudi, ex-députée et vice-présidente du RCD, et qui appelait au vote, la plupart des organisations féministes se montrent cependant très très sceptiques quant à cette nouvelle présence féminine. L'association Tharwa n'Fadhma n'Soumer se félicite non pas du nombre de femmes élues, mais du caractère massif de l'abstention, et les 25 femmes élues, cela ne représente pour elle que "tout simplement deux fois plus de femmes alibis". Le Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD) et l'Association indépendante pour le triomphe des droits des femmes (AITDF) se demande quel va être "le pouvoir de ces femmes" dans une "assemblée d'islamo-conservateurs". Quant à Khalida Messaoudi, elle s'est dite convaincue que la nouvelle assemblée pourra abroger le Code de la Famille, et a félicité la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, qui "a mené la meilleure campagne" et qui est l'actrice principale du "bond en avant que vient de faire le Parti des travailleurs".

"Liberté" note en outre l'élection de plusieurs militants et responsables syndicaux (dont un seul secrétaire national), le plupart sur des listes FLN et RND, mais également sur la liste du Parti des Travailleurs (deux syndicalistes élus à Alger).

Le MSP (islamiste), Ennahda (islamiste), le PRA (libéral) et le MEN (nationaliste) semblent avoir fait les frais du mode de scrutin (la proportionnelle par wilaya, avec un quorum de 5 %). Ce mode de scrutin explique notamment que le RND d'Ahmed Ouyahia ait pu obtenir plus de sièges que le MRN d'Abdallah Djaballah, en ayant obtenu moins de suffrages, et que le Front National obtienne huit fois plus de sièges qu'Ennahda, avec moins de suffrages également. Dans un système de proportionnelle intégrale, Ennahda aurait par exemple obtenu 13 sièges.

Quant au "score" du FLN, il s'explique à la fois par l'impopularité de son principal concurrent, le RND, et par le boycott kabyle (le FLN a réussi à obtenir quinze sièges en Kabylie avec quelques centaines d'électeurs seulement : 300 électeurs sur 700 vitants à Tizi Ouzou, par exemple). Le succès du Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune tient, de même, au refus des autres partis du camp "démocrate" (FFS, RCD notamment) de participer aux élections, ce qui laissait ce parti seul de son genre ("démocrate", laïc mais "dialoguiste") à participer aux élections. Il est donc assez vraisemblable qu'une partie de la base électorale (mais non de la base militante, qui a suivi le mot d'ordre de "dissidence électorale" du parti) du FFS hors de Kabylie, ait choisi de voter pour la seule liste d'opposition non islamiste crédible. Le PT disposera en tous cas désormais, avec 21 députés, d'un groupe parlementaire et pourra être à l'origine de projets de lois. Certains observateurs estiment même qu'il pourrait faire partie d'un gouvernement d'"union nationale", évoqué par le Premier ministre Benflis.

En outre, la victoire du FLN donne une nouvelle crédibilité aux accusations de fraude portées par le FLN contre le RND lors des précédentes législatives (celles de 1997). Le RND subit en effet de lourds revers dans les wilayas qu'il dominait (Constantine, Mila, Batna, Oum El Bouaghi, Skikda, Jijel, Tebessa), et où il n'obtient que six sièges sur les 62 à pourvoir, en étant devancé non seulement par le FLN mais également par El Islah (MRN) et Ennahda, et en se retrouvant au même niveau que le MSP et le PT. Dans neuf wilayas où il avait été vainqueur en 1997, le RND se retrouve vaincu : à Adrar, Batna, Bechar, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Annaba, M'sila, Aïn Temouchent et Ghardaïa, il n'obtient pas le moindre siège. Il n'en sauve qu'un seul (par wilaya) à Aïn-Defla (où ce siège est d'ailleurs menacé d'un recours introduit par les indépendants), Mila, Constantine et Médéa. Toute ces pertes de sièges se sont faites au profit du FLN ou du MRN. Même à Mascara, où il était donné vainqueur, le RND ne sauve que deux sièges sur les neuf de la wilaya. A Alger, où il avait pris sept sièges sur 24 en 1997, il n'en obtient plus que quatre sur 32, et est distancé par le MRN de Djaballah.

Enfin, la défaite de leurs partis remettent sérieusement en cause le maintien d'Ahmed Ouyahia à la tête du RND et de Lahbib Adami à la tête d'Ennahda, voire même la survie de ces deux formations, qui semblent effectivement faire politiquement "double emploi", l'une avec le FLN et l'autre avec El Islah (ou avec le MSP). Au sein du RND, où la contestation interne était déjà forte avant les élections, les "contestataires" ont appelé les cadres du parti à se rassembler au siège national du parti. Ils exigent la tenue d'une réunion du Conseil national et le départ d'Ahmed Ouyahia, "premier responsable avec les membres de son bureau national, de la débâcle du parti, lors de ces dernières législatives" et accusent la direction du RND d'avoir "pourssé le parti vers une auto-dissolution".


(AP, AFP, CCFIS 28.5 / AP, AFP, L'Expression, Reuters, Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 29.5 / Reuters, AFP, AP, La Tribune, L'Expression, El Khabar, El Watan, Le Matin, Liberté30.5 / AP, AFP, Reuters 31.5) Les élections législatives se sont tenues le 30 mai en Algérie, sur fond de violences (faisant au moins un mort et plusieurs dizaines de blessés) et de boycott massif en Kabylie, et de désaffection citoyenne dans le reste du pays (la majorité des électeurs se sont abstenus, le taux de participation final est le plus bas de l'histoire de l'Algérie indépendante et le pourcentage des bulletins nuls dépasse les 10 % des bulletins), malgré les appels à un vote "massif" lancés par le président Bouteflika, le FLN, le RND, mais également l'ancien syndicat unique UGTA, l'union des commerçants (UCAA) et celle des paysans (UNPA).

Les 40'000 bureaux de vote en Algérie ont ouvert leurs portes à 8 heures (le vote des Algériens de l'étranger avait commencé le 25 mai déjà). Selon les autorités, le taux de participation national définitif s'est établi à 46,09 % %, soit près de vingt points de moins que lors des législatives de 1997 (65,49 % de participation). "Le défi de la transparence a été relevé dans ces élections", a déclaré le ministre de l'Intérieur en présentant les résultats officiels faisant état de l'abstention de la majorité des électeurs. En Kabylie, le taux de participation était inférieur à 3 % (2,62 % dans la wilaya de Bejaïa, 1,84 % dans celle de Tizi Ouzou), la plupart des bureaux de vote n'ayant pu ouvrir, ou ayant été désertés, non seulement par les électeurs, mais aussi par les scrutateurs : Dans la wilaya de Tizi Ouzou, seul un bureau de vote sur cinq a été ouvert (175 sur 880); dans la wilaya de Bejaïa, c'est un bureau de vote sur quinze qui a été ouvert (33 sur 488). Dans la wilaya de Bouira, la participation a également été très faible, ainsi qu'à Alger (31,81 % des inscrits). La télévision d'Etat n'en a pas moins montré des files d'électeurs se pressant dans les bureaux de vote et, interrogée, condamnant le boycott du scrutin. La participation a en effet été importantes dans certaines wilayas (Et Tarf, Tindouf), mais il s'agit des wilayas les moins peuplées. Dans les grandes villes, l'abstention a été la règle. Hors de Kabylie, le vote s'est déroulé sans incidents, puisque dans l'indifférence. Le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, n'en a pas moins parlé de l'"échec" des partisans du boycott, en expliquant qu'ils ont fait usage "de la violence et de l'intimidation pour empêcher le scrutin". On note cependant que les abstentionnistes sont par exemple deux fois plus nombreux que les votants à Alger, en l'absence de toute "violence" et "intimidation" de la part des premiers. Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a pour sa part estimé que le taux de participation réel ne dépassait pas 20 % des inscrits, et que le taux de participation officiellement annoncé est "une supercherie destinée à tromper une fois de plus l'opinion nationale et internationale". Le FFS a accusé les autorités centrales d'acheminer, par des dizaines de bus venant d'Alger, de faux électeurs en Kabylie. A Azazga, des militants des comités locaux ont annoncé que des bus venus d'Alger avaient amené de faux électeurs. Des informations semblables sont parvenues de Naciria.

Le FLN, qui était donné vainqueur par plusieurs sondages, a, comme prévu, largement remporté les élections, mais plus largement même que prévu, en obtenant 35,52 % des suffrages et 199 sièges, soit la majorité absolue des 389 sièges. L'ancien parti présidentiel, le RND de l'actuel ministre de la Justice, Ahmed Ouyahia, subit un recul confinant à la déroute, et perd les deux tiers de ses députés (il obtient 48 sièges alors qu'il en détenait 155). Le recul du RND était prévisible, prévu et annoncé, mais pas dans ces proportions (Ahmed Ouyahia avait annoncé que son parti obtiendrait "entre 100 et 130 députés", il obtient moins de la moitié du minimum de cette évaluation) Les partis islamistes légaux sont également en recul, mais ils constituent ensemble le deuxième "bloc" politique du parlement, avec 81 sièges. Ensemble, les trois partis islamistes légaux totalisent un peu plus de 21 % des suffrages. Le Parti d'Abdallah Djaballah, El Islah (Mouvement de la Renaissance Nationale) effectue une percée spectaculaire (il gagne 43 sièges) au détriment des deux autres partis islamistes légaux, le MSP de Mahfoud Nahnah (qui perd 31 sièges) et Ennahda, qui n'a plus qu'un représentant au parlement (au lieu des 34 dans la précédente assemblée). Le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune profite largement des élections (et du boycott des autres partis démocratiques) en quintuplant sa représentation parlementaire (21 élus, contre 4 dans la précédente assemblée). Deux petits partis, le PRA du Nourredine Boukrouh (ministre des privatisations) et le Mouvement de l'entente nationale obtiennent chacun un siège, et un nouveau parti, le Front national, fait son apparition en gagnant huit sièges.

Les électeurs étaient appelés à repourvoir les 389 sièges de l'Assemblée populaire nationale (dont une trentaine de sièges pour la Kabylie), élue pour cinq ans. L'élection se faisait à la proportionnelle par wilaya, avec un quorum de 5 % des suffrages. 18 millions d'électeurs (pour une population de 31 millions d'habitants) étaient convoqués. Ils avaient, théoriquement, le choix entre plus de 10'000 candidats dans tout le pays, présentés par 943 listes, dont 814 listes de 23 partis politiques (dont la plupart n'apparaissent qu'au moment des élections, et dans quelques communiqués de presse). Sur ces 23 partis politiques, seuls sept partis sont plus ou moins représentatifs : le FLN, ancien parti unique, le RND, ancien parti présidentiel de Liamine Zéroual, les trois partis islamistes légaux MSP, Ennahda et MRN, le Parti des Travailleurs (extrême-gauche) et le PRA libéral. Le principal parti légal d'opposition, le FFS, ainsi que le RCD (parti gouvernemental jusqu'en mai 2001, d'opposition depuis lors) appelaient au boycott du scrutin, ainsi d'ailleurs que le FIS, interdit depuis dix ans, et que les comités locaux de Kabylie.

Une Commission politique nationale de surveillance des élections a été mise sur pied, et sa présidence confiée à l'ancien président du Conseil constitutionnel, Saïd Bouchaïr -le Conseil constitutionnel étant présidé depuis quelques jours par Mohamed Bedjaoui (le Conseil de coordination du FIS a vivement condamné cette nomination, dans laquelle il voit "le parachèvement du verrouillage des institutions par des dinosaures au garde-à-vous".

Le résultat des élections était déjà annoncé, dans ses grandes lignes, depuis plusieurs jours par les partisans du boycott. "La composition de la future chambre est déjà connue en haut lieu", avait annoncé Ahmed Taleb Ibrahimi le 28 mai. Pour lui, les "quotas" de sièges au parlement avaient été répartis avant l'élection : Ahmed Taleb Ibrahimi annonçait donc deux jours avant l'élection que le FLN obtiendra 40 % des sièges et le RND 30 % au terme d'un "scrutin mascarade", auquel la participation sera officiellement de 60 % (les prédictions de Taleb Ibrahimi ont été démenties quant aux chiffres, mais non quand aux tendances). Avec Taleb Ibrahimi, Abdennour Ali Yahia, président de la Ligue algérienne des droits de l'Homme, Hocine Aït Ahmed, président du Front des forces socialistes et le général à la retraite Rachid Ben-Yellès appelaient au boycott des élections. . Rachid Benyellès a insisté sur le caractère pacifique du boycott auquel les "quatre" (dont tous les meetings ont été interdits par le pouvoir) appelaient. Trois anciens Premiers ministres, Mouloud Hamrouche, Sid Ahmed Ghozali et Mokdad Sifi, ont également exprimé leur refus des élections dans les conditions actuelles. Par ailleurs, les partis islamistes ont émis des craintes sur la régularité du scrutin, et le chef du MSP, Mahfoud Nahnah, avait accusé des walis et chefs de daïras de "donner des inscructions à leurs fonctionnaires en vue d'influer sur l'issue du scrutin et de donner l'avantage à une formation politique bien précise" (le FLN), notamment à Alger, Chlef, M'sila, Sétif, Annaba et Relizane. Le leader emprisonné du FIS, Ali Benhadj, a lui aussi, selon ses proches, dénoncé la fraude annoncée lors des élections, fraude de laquelle participe selon lui l'interdiction du FIS et le refus d'agrément à un parti politique comme le Wafa d'Ahmed Taleb Ibrahimi, l'une et l'autre pratique aboutissant à priver de nombreux citoyens de la possibilité de se prononcer pour le parti de leur choix.

Le 29 mai, le Premier ministre Ali Benflis, chef du FLN, avait appelé les Algériens de France à voter pour le FLN. Les Algériens de l'étranger (834'000 électeurs inscrits, dont 700'000 en France) élisent huit députés (dont quatre en France). Le général à la retraite Rachid Benyellès, qui appelait au boycott du scrutin, a par ailleurs accusé "la France, à travers sa représentation diplomatique, (d'avoir) tout fait pour persuader des partis et personnalités de participer au scrutin". Dans un communiqué, cependant, le Parti socialiste français a exprimé le 28 mai sa "très vive préoccupation à propos de la multiplication des mesures répressives" en Algérie, et notamment "la multiplication des arrestations et les lourdes condamnations prononcées récemment contre des étudiants en Algérie". Le PS relève qu'"un certain nombre de forces politiques et ne personnalités ne s'estiment pas en mesure de prendre part" aux élections "tant que les conditions d'un libre choix ne paraissent pas réunies", et exprime sa "solidarité" avec tous ceux qui, en Algérie, "partagent leur conviction que le recours à une démocratie effective est la seule solution constructive pour surmonter les difficultés que connaît leur pays". (On notera toutefois qu'entre les pressions française pour la participation aux élections, dénoncées par Rachid Ben Yellès, et le communiqué du PS français dénonçant les conditions de ces élections, il s'est produit ceci que le gouvernement socialiste français est tombé... Les socialistes français auraient-ils tenu le même discours s'ils étaient restés au pouvoir ? On nous permettra d'en douter...). Le gouvernement français actuel (de droite) a fait savoir par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères que le France examinera "avec attention" les résultats des élections législatives algériennes.

Pour Ahmed Djeddaï, Premier secrétaire du FFS, le boycott du scrutin (le FFS appelle à la "dissidence électorale") vise à "créer une dynamique pour imposer une sortie négociée du pouvoir actuel". Quant à l'Assemblée qui sortira des urnes du 30 mai, Djeddaï a estimé qu'elle "ne sera jamais nationale". Pour le président du RCD, Saïd Sadi, cette future assemblée est "condamnée", et l'élection législative n'a pour fonction que de donner "un semblant de caution démocratique à un régime moribond".


En Kabylie, une grève générale a été observée depuis le 27 mai. Les principales routes permettant d'accéder à la région, et de nombreuses routes intérieures, ont été coupées par des barricades destinées à empêcher le déploiement des renforts policiers, à perturber la logistique du scrutin et à empêcher "l'envoi de faux électeurs pour bourrer les urnes", selon le FFS. Plusieurs mairies ont été fermées par la population, le plus souvent avec l'accord des municipalités, elles aussi opposées au scrutin, dans les wilayas de Bouira, Tizi Ouzou et de Bejaïa. Des däiras (sous-préfectures) ont elles aussi été fermées par la population. D'importants renforts policiers et militaires ont été acheminés en Kabylie (15'000 militaires, gendarmes et policiers pour la seule wilaya de Tizi Ouzou), ce qui n'a pas empêché le boycott électoral de déployer ses effets, et la plupart des bureaux de vote de rester fermés. Le FFS et les comités citoyens locaux ont accusé le pouvoir d'avoir tenté de contourner le boycott kabyle en dépêchant par cars entiers des "faux électeurs" dans la région. Plusieurs cars transportant des civils ont en effet été bloqués et attaqués, parfois incendiés, par des manifestants, mais les autorités assurent qu'ils transportaient des renforts policiers et non des électeurs (ce qui revient cependant au même, les policiers votant sur les lieux de leur affectation, en tant que "corps constitué"). Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a prédit le 28 avril que "le vote des corps constituée en Kabylie et la région du Centre révélera le taux de militarisation dans la région", puisqu'en Kabylie en tous cas, ces corps (l'armée, la police, la gendarmerie) seront les seuls à voter.

(Corr 30.5 / Algeria-Interface 31.5 / AFP 1.6 / El Watan, La Tribune, Le Matin, Le Quotidien d'Oran, Le Jeune Indépendant 3.6) En ce qui concerne la régularité du scrutin du 30 mai, de nombreuses allégations de fraude ont été faites avant, pendant et après le scrutin, et des centaines de recours ont été déposés, venant d'à peu près tous les partis en lice (mêmele FLN). Dans la wilaya de Tizi Ouzou, le FFS signale qu'une urne contenant des bulletins FLN a été retrouvée à Aït Yahia au domicile d'un candidat du FLN (puis brûlée par les citoyens). A Alger, un scrutateur du FLN a saisi un procès-verbal de dépouillement signé "à blanc" sur la représentante d'un parti concurrent. A Aïn Defla et Batna, le FLN a continué à mener ouvertement campagne alors que le vote avait commencé depuis plusieurs heures. Dans la wilaya de Sétif, après que des locaux de vote aient été envahis par des citoyens, deux urnes bourrées de bulletin FLN ont été retrouvées. A Annaba, El Islah affirme que des bulletins du parti étaient proposés barrés aux électeurs, et qu'un scrutateur a été surpris en flagrant délit de bourrage d'une urne. Dans la wilaya de Chlef, le PT dénonce des bourrages d'urnes et des indimidations à l'égard de ses représentants.

Le chef du parti islamiste Ennahda, Lahbib Adami, qui n'a pu obtenir qu'un seul siège (à Constantine) à l'Assemblée, a dénoncé la fraude qui selon lui explique la déroute de son parti, victime d'une "conspiration planifiée en vue de (le) balayer". Adami accuse le pouvoir, les "laïcs et les ennemis de la réconciliation nationale" d'avoir volontairement privilégié la formation islamiste concurrente, le MRN d'Abdallah Djaballah (issu lui-même d'Ennahda, dont il avait été le leader pendant des années), laquelle a obtenu 43 sièges. Ennahda, qui accuse Djaballah d'avoir été utilisé à trois reprises par le pouvoir pour affaiblir d'autres partis islamistes (le FIS en 1991, Wafa en 1999 et Ennahda en 2002), et qui accuse également le FIS de l'avoir affaibli en lançant des appels au boycott des élections, a déposé des recours au Conseil constitutionnel. Lahbib Adami a affirmé que son parti était donné gagnant dans des "sondages officiels" et avait été spolié de trente sièges (ce qui d'âilleurs, même si tel était réellement le cas, ne ferait de lui que le cinquième parti de l'Assemblée par nombre de sièges) et a annoncé qu'il passait dans l'opposition, sans pour autant remettre en cause son soutien à la réconciliation nationale.

Le MRN de Djaballah lui-même a déposé trois plaintes et quinze recours contre les résultats à Annaba, où il accuse notamment un responsable de la Commission de surveillance des élections d'avoir agressé l'un des candidats du parti, à Berrahal, le FLN d'avoir fait circuler des listes MRN nulles et un scrutateur d'avoir bourré des urnes à El-Bouni. Abdallah Djaballah estime que son parti a été spolié d'"au moins 50 sièges". Pour faire bonne mesure, le MSP de Mahfoud Nahnah affirme, lui, avoir été privé par la fraude d'une centaine de sièges.

A Chlef, c'est le Parti des Travailleurs qui s'estime dépossédé d'un siège et dépose un recours : le PT estime que plus de 2300 suffrages lui revenant ont été détournés au profit d'autres partis ou des indépendants.

De même, le chef du Rassemblement patriotique républicain (RPR, 0,68 % des suffrages, aucun élu), Abdelkader Merbah, a qualifié le scrutin de "trahison" et accusé le pouvoir d'avoir fait jouer à son parti "le rôle de figurant". Du coup, le RPR demande l'annulation du scrutin. Il évalue la participation à la moitié du chiffre officiel, dénonce des cas de fraude dans les wilayas d'El Bayadh et de Djelfa.

Le Mouvement national de la jeunesse algérienne (MNJA) crie lui aussi à la fraude, et son secrétaire général Omar Bouacha affirme qu'au moins 26 sièges qui lui revenaient "ont été détournés au profit du FLN et du RND". Le MNJA a déposé 45 recours auprès du Conseil constitutionnel. Pour lui, le taux de participation nationale n'a pas dépassé les 25 %, et les 15 % à Alger.

Pour le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, FFS, le taux réel de participation au plan national se situerait entre 15 et 20 %, et pour le président du RCD, Saïd Sadi, il se situerait autour de 20 %.

Les résultats électoraux en Kabylie, où le taux de participation n'a pas dépassé 2 %, où la plupart des bureaux de vote n'ont pas pu fonctionner (ou ont été fermés une heure après avoir été ouverts), pourraient être annulés. La décision de validation ou d'invalidation revient au Conseil constitutionnel. Le MSP (islamiste) demande d'ailleurs des élections partielles en kabylie. "La Tribune" se demande si une nouvelle commission d'enquête sur la fraude électorale ne devrait pas être nommée (mais le rapport de la précédente, portant sur les élections de 1997, "truquées" de l'avis à peu près général au profit du RND, n'a jamais été rendu public). Le quotidien relève en outre que les candidats sortants n'ont pas présenté leur déclaration de patrimoine (revenus, fortune, propriétés)

(Le Matin 30.5) Lettre des délégués du mouvement citoyen détenus à Tizi Ouzou

Une grève de la faim le jour des élections

   Nous, délégués du mouvement citoyen né des
   événements du Printemps noir 2001 en détention-otage
   dans les geôles du régime maffieux et assassin, dont
   certains d'entre nous depuis le 25 mars 2002. Conscients
   de la portée de cet ensemble d'actions concrétisées
   particulièrement dans la région de Kabylie, dans toutes
   les autres régions d'Algérie et à travers le monde entier
   par notre émigration (Paris, Bruxelles, Montréal, New
   York, Rabat, etc.) afin de soutenir le mouvement et
   mettre à nu les véritables desseins inavoués du régime
   en fin de règne.
   Prenant acte de la décision de grâce, au bénéfice
   uniquement des détenus de droit commun, prise par le
   Président de la République pour les besoins de la
   propagande et dont le seul souci est de sauver la
   tyrannie par le vote de la honte d'une Assemblée qui
   sera ni populaire ni nationale.
   Prenant acte, aussi, des déclarations du sinistre ministre
   d'Etat Zerhouni, déclarations prélude d'une fraude
   généralisée afin de violer et de confisquer la souveraine
   volonté du peuple algérien.
   Ce sinistre personnage, piégé par un journaliste du
   quotidien indépendant Le Matin concernant notre prise
   d'otage, assena « que rien n'est envisagé » quant à notre
   sort ; dévoilant ainsi le caractère éminemment arbitraire
   et illégal de notre enlèvement-séquestration. N'ayant pas
   le statut de droit commun, même le cours normal de la «
   justice » n'était pas affirmé.
   Nous, délégués détenus, 
   ­ soutenons les résolutions du conclave extraordinaire
   de la CADC tenu à Ifigha le vendredi 24 mai 2002, 
   - exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de
   tous les détenus à l'échelle nationale, issus des
   événements du Printemps noir (délégués, manifestants,
   militants, étudiants, etc.) 
   - exigeons l'annulation pure et simple des poursuites
   judiciaires prononcées à l'encontre des détenus du
   mouvement,
   - exigeons la cessation de la campagne de chasse à
   l'homme sous couvert de mandats d'arrêt délivrés à
   l'encontre des citoyens et délégués du mouvement et des
   populations.
   Nous, délégués-détenus, en soutien à nos populations et
   représentants élus, décrétons et observerons une grève
   de la faim pour les journées des 28, 29 et 30 mai 2002.


La dissidence électorale du FFS et le boycott du RCD ont laissé en Kabylie le champ libre au FLN, qui, avec les quelques milliers d'électeurs des "corps constitués" (policiers, gendarmes et militaires) gagne 7 sièges dans la wilaya de Bejaïa et 9 dans celle de Tizi Ouzou.

Dans une conférence de presse, et dans une lettre adressée notamment le 29 mai au président du FFS, Hocine Aït Ahmed, ainsi qu'au président du RCD, Saïd Sadi, la porte-parole du Parti des Travailleurs, Louisa Hanoune, accuse "des militants du FFS, du RCD et du MDS, formellement identifiée, (de s'être) rendus coupables d'intimidations, de menaces et de provocations multiples visant à obliger (des candidats du PT) à retirer leurs candidatures" en Kabylie. Louisa Hanoune accuse des militants du FFS et du RCD d'avoir imposé sous la menace l'annulation d'une conférence du PT à Tizi Ouzou, d'inciter "des jeunes désespérés au lynchage de nos militants et candidats et de leurs familles", et de faire "convoquer" par les comités de citoyens les candidats du PT "pour leur signifier qu'ils doivent se retirer des élections", sous menace des "pires représailles". Louisa Hanoune ajoute qu'un groupe de personnes parmi lesquelles "se trouvaient des sympathisants et des militants du RCD , entraînés par un chanteur", d'avoir publiquement menacé d'égorger un membre du comité central du PT, d'origine kabyle et candidat à Alger. La porte-parole du PT évoque en outre une tentative d'aassassinat contre la tête de liste du PT à Bejaïa, Karim Boudjaoui, et dénonce l'"argumentaire ethniciste, raciste, opposant les Kabyles au reste de la population algérienne", qu'utilisent certains militants du FFS, et du RCD, partis qui, pour Louisa Hanoune, "portent l'entière responsabilité de la dégradation de la situation en Kabylie".

Saisi de cette lettre par Louisa Hanoune, et par le PT, le FFS a fait savoir qu'il avait "immédiatement demandé les noms des militants impliqués dans ces graves dérapages", et que "si ces accusations venaient à être confirmées, (ces) militants seraient immédiatement radiés" du parti, "puisque le FFS, parti politique pacifiste dans son essence, ne peut tolérer ce genre de dérapages, et encore moins que soit remise en cause l'intégrité populaire ou territoriale du pays". Hocine Aït Ahmed répondra en outre personnellement à Louisa Hanoune.

(CCFIS, Algeria-Interface 31.5 / AFP, Reuters 1.6 / Le Monde 2.6 / L'Expression, El Watan, Liberté, Le Quotidien d'Oran 3.6) Le résultat surprenant des élections législatives du 30 mai ( surprenant par l'ampleur de la victoire du FLN, l'ampleur de la défaite du RND, le succès du MRN Abdallah Djaballah et l'effondrement d'Ennahda, ainsi que le succès du Parti des Travailleurs, et enfin le succès des appels au boycott et à l'abstention) a suscité d'innombrables commentaires dans la presse et les milieux politiques algériens, mais un intérêt beaucoup plus mesuré au sein de l'opinion publique.

Devant le Conseil de l'Internationale Socialiste, réuni les 31 mai et 1er juin à Casablanca, le président du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a prononcé un discours qualifiant les élections du 30 mai de "mascarade" ne mobilisant que "quelques chasseurs de primes de députés dans un Parlement sans nul pouvoir".

La Coordination des aârchs, daïras et communes de Tizi Ouzou a salué "la formidable mobilisation de la population", qui a réussi, malgré la répression, à infliger au "pouvoir mafieux et assassin (...) le plus cinglant camouflet" depuis l'indépendance. La CADC constate, au vu du taux national de participation (c'est-à-dire de l'abnstention de la majorité des électeurs de tout le pays) que le refus kabyle est partagé par "l'écrasante majorité des Algériens". La coordination rejette enfin "dans le fond et dans la forme" les résultats des élections.

Pour "Algeria-Interface", avec la majorité absolue obtenue par le FLN, le président Bouteflika "dispose désormais d'une véritable majorité parlementaire" et n'a plus besoin de "composer avec les partis de l'opposition, notamment islamiste".

Pour le Conseil de coordination du FIS, "ces élections (...) ont officialisé la rupture entre le peuple et les dirigeants propulsés aux commandes du régime algérien par les coups d'Etat et la fraude", et menacent même "l'intégrité territoriale" de l'Algérie, compte tenu de l'abstention presque totale de la Kabylie (ou les "corps constitués" et les représentants du pouvoir central ont été quasiment les seuls à voter). Le CCFIS voit tout de même "une lueur d'espoir" dans ces résultats : "cette fois-ci la cassure entre le 'régime' et le peuple est réelle et ne pourra être comblée que par un changement de régime, donc la fin de la dictature des généraux"... "l'autre option serait de changer de peuple !".

"Liberté" évoque un "retour au parti unique", le FLN étant supposé désormais contrôler "les organes de l'Exécutif et le Parlement" (le président Bouteflika est en effet issu du FLN, dont le chef est le Premier ministre Benflis). Plusieurs quotidiens considèrent cependant que les résultats officiels rendent compte de conditions de régularité du scrutinacceptables : pour "Ech courouk" (islamiste), "les législatives de 2002 ont été de loin moins 'sales' que celles de 1997", et "Le Quotidien d'Oran" crédite le pouvoir "d'avoir tenu ses engagements quant à la régularité du scrutin".

En France, "Le Monde" considère que "pour la première fois depuis le début des années 1990, les résultats d'élections algériennes sonnent juste" et reflètent "le paysage politique algérien", en illustrant le fait que "les Algériens ne croient plus à leur système de représentation politique. Ils ne le contestent pas, ils s'en désintéressent". Le quotidien français constate également l'"enracinement" du courant islamiste, qui a recueilli les suffrages d'un votant sur cinq, en l'absence du FIS interdit, et qui avait appelé à l'abstention. "Le Monde" signale d'ailleurs que le résultat du FLN a de curieuses ressemblances avec celui du FIS en 1991 : l'un comme l'autre obtiennent une majorité absolue des sièges avec un tiers de l'électorat, et moyennant (ou grâce à) un très fort taux d'abstention.

L'enjeu politique électoral suivant est celui des élections locales, prévues avant la fin de l'année. Se repose à ce sujet le problème de la Kabylie, qui n'est déjà plus représentée légitimement dans l'Assemblée nationales (les élus de Bejaïa et de Tizi Ouzou l'ont été en l'absence quasi totale des électeurs), et qui pourrait se retrouver sans aucune institution politique élue, à moins que les partis politiques majoritaires dans la région et qui ont boycotté les élections législatives (le FFS et le RCD) ne décident d'accepter des élections locales que, pour l'instant, les comités locaux et les aârchs disent vouloir également refuser (du moins, selon la coordination de Tizi Ouzou, "avant la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur". Le FFS, cependant, refuse de limiter son action et sa démarche à la seule Kabylie et défend un projet global de "sortie de crise". Quant au RCD, il plaide toujours pour la constitution d'une coalition de partis "démocrates" (dans la définition qu'il en donne) face au pouvoir. S'agissant des municipalités, le FLN demanderait leur "gel" jusqu'aux élections locales, selon "Le Quotidien d'Oran", et cela pour éviter que le RND, grand battu des législatives du 30 mai, mais grand vainqueur des précédentes élections locales (sauf en Kabylie, où elles sont majoritairement tenues par le FFS), ne brade les municipalités "avec une mentalité de liquidateur", alors qu'il est probablement encore plus discrédité au plan local qu'au plan national.

Le Premier ministre Ali Benflis a semblé annoncer, après le scrutin, la poursuite de l'expérience d'un gouvernement de coalition, en estimant qu'"aucun parti ne recèle en lui la capacité de régler seul la crise multiforme que traverse le pays". Ali benflis a été confirmé le 1er juin à la tête du gouvernement par le président Bouteflika, qui lui a demandé de former un nouveau gouvernement. Selon "Le Quotidien d'Oran", Ali Benflis voudrait remplacer le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, particulièrement impopulaire, et à qui il est notamment reproché sa gestion de la crise en Kabylie mais en serait empêché par le président Bouteflika, qui vient de confier au ministère de Zerhouni la responsabilité une véritable direction générale de la sécurité intérieure, "coiffant" des domaines qui relevaient auparavant de l'armée -et faisant donc du ministre de l'Intérieur "le super patron de la sécurité en Algérie". Cependant, ajoute "Le Quotidien d'Oran", le président Bouteflika "ne semble pas tenir à Zerhouni (autant que) Zéroual tenait à Mohamed Betchine", et ne pourrait vouloir le garder que pour lui faire jouer un rôle de "fusible" assumant les décisions les plus impopulaires et les plus controversée (la répression en Kabylie, le refus d'agrément du parti Wafa, l'organisation des élections...).

Enfin, plusieurs quotidiens et observateurs estiment que la victoire du FLN de Benflis aux élections fait de l'actuel Premier ministre un sérieux prétendant à la succession de Bouteflika à la présidence de la République.

(El Ribat 2.6 / CCFIS, AFP 3.6 / Corr 4.6 / Le Monde, Le Matin, Le Quotidien d'Oran 5.6 / La Tribune, Le Matin, El Watan, Le Jeune Indépendant 6.6) Les résultats des élections législatives du 30 mai ont été validés le 3 juin par le Conseil constitutionnel, y compris les résultats obtenus en Kabylie avec une participation inférieure à 3 % (1,84 % dans la wilaya de Tizi Ouzou, 2,62 % dans celle de Bejaïa), ce qui a provoqué l'élection d'une trentaine de députés supposés représenter la Kabylie, mais n'y ayant obtenu que quelques centaines de suffrages (ceux des policiers, militaires, gendarmes et fonctionnaires qui ont pu voter dans des locaux protégés). Dans ces conditions, le Parti des Travailleurs de Louisa Hanoune a pu arracher quatre sièges en Kabylie, le FLN s'adjugeant une quinzaine de sièges. Dans la wilaya de Bejaïa, le FLN a obtenu sept sièges, le PT, le RND, le MRN (Islah) et une liste d'indépendant un siège chacun.

Les résultats validés par le Conseil constitutionnel diffèrent de ceux annoncée par le ministère de l'Intérieur au lendemain des élections : le RND perd un siège (il n'en obtient plus de 47) au profit des "indépendants", dont le score en suffrages est pourtant revu à la baisse. Le Parti des Travailleurs perd également des suffrages entre les résultats annoncés par le ministère et les résultats validés par le Conseil, mais sans perdre un seul siège. Le Parti du renouveau algérien (PRA) perd également des suffrages, mais garde le siège qui lui a été octroyé. Malgré tous ces suffrages perdus, la participation est supposée augmenter, passant de 46,09 % à 46,17 %. Commentaire du Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï : "Une absurdité mathématique a été transformée en décision constitutionnelle"... Pour le FFS, le taux de participation national réel n'a pas dépassé les 20 % (le président du Front National algérien, Moussa Touati, l'évalue, lui, à 35 % au plan national, soit également largement au-dessous du taux officiel). Ahmed Djeddaï relève en outre qu'en déclarant au soir de l'élection que "c'est la première fois que l'Algérie a organisé une élection propre et honnête et dans une transparence totale", le ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, a reconnu que "tous les précédente scrutins ont été organisés avec une fraude massive", y compris l'élection du président Bouteflika. Dans un communiqué, le FFS estime que le Conseil constitutionnel, "façade institutionnelle du pouvoir militaro-financier", n'a fait que valider "un coup de force électoral". Le FFS rappelle d'ailleurs que l'actuel (et nouveau) président du Conseil constitutionnel, Mohamed Bedjaoui, se trouve avoir été président de la Commission nationale "indépendante" de surveillance des élections présidentielles (CNISEP) de 1999, dont le ministre de l'Intérieur vient donc de reconnaître qu'elles avaient été entachées de fraude. Quant aux députés élus le 30 mai, le FFS les considère comme des "chasseurs de primes qui participeront à la mangeoire et à la rapine alors que le peuple continue de vivre dans la misère, l'injustice et l'insécurité".

La Coordination intercommunale de Bejaïa a réagi à la proclamation officielle des résultats, validant ceux de Kabylie, en la considérant comme une provocation. Pour le porte-parole de la CICB, le pouvoir a "choisi de perpétuer la crise et de compromettre, encore une fois, toute chance d'arriver à des solutions".

Après le succès des appels au boycott et à la "dissidence électorale" lancés en Kabylie, ce sont les élus locaux de la région, membres du FFS et du RCD (le premier appelant à la "dissidence", le second au boycott) qui se retrouvent dans le colimateur du pouvoir central. Plusieurs d'entre eux ont été suspendus par l'administration, d'autres sont sous le menace de poursuites judiciaires, alors que les représentants de l'Etat central sont, eux, menacés par les comités locaux de Kabylie pour avoir participé à l'organisation des élections. Des responsables locaux apparemment insoupçonnables sont eux-mêmes victimes de sanctions de la part des autorités centrales, comme le directeur de la Protection civile de la wilaya de Tizi Ouzou, relevé de ses fonctions apparemment pour le punir de l'abstention massives des pompiers lors des élections (15 votants sur plus de 600 inscrits).

Les mesures de rétorsion décidées par les autorités centrales (par l'intermédiaire des préfets) contre les élus locaux ont eu pour premier effet de susciter des manifestations de soutien du mouvement populaire et des comités locaux aux élus locaux, et cela alors même que les aârchs et leurs coordinations appellent au boycott, une fois encore, des élections locales prévues pour avant la fin de l'année dans toute l'Algérie, Kabylie comprise. A Draâ Ben Khedda (w. Tizi Ouzou), le président de l'Assemblée populaire communale (Maire) a été entendu le 5 juin par la police suite à la plainte déposée par le wali (préfet) en conséquence du refus du Maire (FFS) de participer à l'organisation des élections législatives. Plusieurs maires FFS de la région, et des responsables nationaux du parti, se sont solidarisés avec leur camarade et ont tenu un sit-in devant le siège de la Sûreté. Le Maire (FFS) de Tizi Ouzou a lui aussi été convoqué par la police, ainsi que le maire de Bouzeguène. A Azeffoun, la coordination des villages a appelé à un sit-in de soutien au Maire, poursuivi en justice par le wali et suspendu de sa fonction de maire. La population a signifié son refus de voir la commune dirigée par un fonctionnaire nommé par l'administration (un DEC), sur le même mode que celui qui avait prévalu lorsque le pouvoir avait limogé les municipalités islamistes élues dans le reste de l'Algérie au début des années '90. Six maires sont poursuivis par le wali de Tizi Ouzou pour leur refus de participer aux élections : ceux de Souamaâ, Bouzeguène, Draâ Ben Khedda, Idjeur, Aït Mahmoud et Azeffoun. Les 47 maires FFS de la wilaya se sont réunis le 5 mai à Draâ Ben Khedda pour décider des formes et de la nature de la riposte des autorités locales élues à l'offensive du pouvoir central. Les municipalités FFS et RCD de Kabylie se retrouvent ainsi menacées des mêmes mesures qui avait frappé les municipalités islamistes dans le reste du pays, mesures que le FFS avait condamnées au nom du respect des choix démocratiques des citoyens qui avaient effectivement élu des municipalités FIS, mais auxquelles le RCD avait applaudi au nom de la "défense de la République" contre l'islamisme.

De l'offensive du pouvoir central contre les pouvoirs locaux en Kabylie, le RCD tire aujourd'hui la conclusion qu'il faut aller "vers une véritable régionalisation" pour éviter "la voie nationaliste kabyle", selon les termes du député sortant Tarek Mira. Le gouvernement aurait précisément un projet de "régionalisation" à présenter à la nouvelle assemblée, sous le couvert d'un projet de réforme de l'Etat et de décentralisation. Par contre, le Front des Forces Socialistes (partisan d'une décentralisation poussée, mais la situant dans le cadre d'une réforme globale, après sortie de crise) considère, par la voix de son Premier secrétaire Ahmed Djeddaï, que "le règlement de la crise en Kabylie ne peut passer que par le réglement de la crise nationale", et qu'un débat sur la réforme de l'Etat "ne peut se tenir que dans un climat serein". Dans un entretien au "Matin", Ahmed Djeddaï déclare que la validation des résultats de l'élection par le Conseil constitutionnel "est une provocation faite à toutes les régions du pays, particulièrement celle du Centre qui n'a pas voté".

Le bulletin de la délégation exécutive du FIS à l'étranger, "El Ribat", écrit que "l'annulation des législatives de 1991 et la tenue de celles du 30 mai 2002 participent de la même stratégie de pourrissement, de la même volonté de radicaliser les positions et de pousser les jeunes contestataires à utiliser la violence", et constate une sorte de retour au parti unique : "l'ex-parti unique (...) redevient ce qu'il était : un parti unique détenant tous les pouvoirs. Il a entre ses mains l'armée, la présidence de la République, l'Assemblée nationale, le Sénat, l'Administration, les collectivités locales, la magistrature etc...". Et le bulletin de la tendance de Rabah Kébir du FIS considère que "ce pouvoir restitué, le FLN le doit au RCD et à la "société civile" qui se sont trompés d'ennemis, de stratégie,de pays et de peuple". L'autre tendance du FIS, le Conseil de coordination (CCFIS) d'Ahmed Zaoui, évoque également le retour au "parti unique" et un "retour en arrière vers l'ère du monopartisme et de la langue de bois" : "les Algériens se réveilleront le plus simplement du monde avec un Président FLN, un Premier ministre FLN, un Président de l'Assemblée nationale FLN, un Président du Sénat FLN"... Le CCFIS décèle dans le résultat d'élections "organisées à marche forcée" les signes de "la nouvelle recomposition du champ politique" dessinée par "le gouvernement de l'ombre", qui n'a pas hésité à favoriser deux formations signataires du Contrat national de Rome, jusque là dans l'opposition, et remerciées comme "partis faire-valoir" (le CCFIS ne cite pas ces formations, mais il ne peut s'agir que d'El Islah -créée le fondateur d'Ennahda, Abdallah Djaballah, signataire du Contrat de Rome- et du Parti des Travailleurs).

Plusieurs partis continuent de contester les résultats officiels, validés par le Conseil constitutionnel, de l'élection du 30 mai : le Parti des Travailleurs revendique deux sièges supplémentaires à Stif, et conteste les conditions de la supervision du scrutin dans les wilayas de Khenchela, Batna et Jijel. Le Front National algérien s'estime quant à lui privé par la fraude de deux à quinze sièges (il en a obtenu huit), et annonce qu'il espère conquérir entre 60 et 70 municipalités et faire élire entre 1000 et 1500 conseillers municipaux lors des prochaines élections locales.


Les élections locales et régionales du 10 octobre 2002

Les élections locales du 10 octobre 2002

(AP, L'Expression, La Tribune, APS 3.8 / L'Expression, La Tribune, Liberté, El Moudjahid, Le Jeune Indépendant, El Watan, Le Matin 4.8 / El Watan, Liberté, Le Matin 5.8) Le Front des Forces Socialistes, principal parti d'opposition et principal parti de Kabylie, a annoncé sa participation, conditionnelle, aux élections locales du 10 octobre, au terme du Conseil national du parti les 2 et 3 août à Alger. Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a expliqué que le FFS avait finalement accepté de participer aux élections car il avait reçu "des assurances de la part de responsables au sommet de l'Etat pour que tous les détenus de la dissidence citoyenne soient libérés prochainement", ce qui est une condition de la participation du parti aux élections du 10 octobre. Cette mesure de libération, exigée par le FFS et par le mouvement citoyen en Kabylie, doit concerner non seulement les détenus de Kabylie, mais également des autres régions. Le FFS exige en outre des mesures d'apaisement dans tous les domaines et dans toutes les régions : libération des militants des droits de l'homme injustement incarcérés, levée de l'interdiction des marches, arrêt des provocations, des agressions et de la répression contre la population, levée du dispositif sécuritaire d'exception en Kabylie, arrêt du harcèlement judiciaire contre les Maires FFS, levée de l'entrave à la reparution du journal du parti, "Libre Algérie". Quant à la levée de l'état d'urgence, que le FFS réclame également, il en réitère la demande, mais n'en fait pas une condition de sa participation au scrutin.

Le Premier secrétaire du FFS a confirmé que pour le FFS, et contrairement aux élections législatives du 30 mai, les municipales sont un enjeu capital, car les municipalités peuvent être un instrument de protection de la population, de défense de ses intérêts, de lutte contre la prédation politique et économique, contrairement à un parlement qui n'est qu'un "parlement croupion" à qui le pouvoir ne laisse aucune possibilité de seulement débattre, et à plus forte raison d'influer sur les choix politiques. Le FFS affirme en outre sa volonté d'éviter que la Kabylie ne soit enfoncée dans l'aventure, les massacres et le chaos par l'abandon de toute institution élue. Ahmed Djeddaï a évoqué le risque d'une "tchétchénisation" de la Kabylie, et d'une rupture de l'unité nationale algérienne.

La décision du FFS "change la donne" en Kabylie, constate "L'Expression", même si une majorité des porte-paroles des aârchs et des coordinations locales de Kabylie sont partisans de la reproduction, pour les élections locales, du boycott qui avait marqué les législatives de fin mai. L'engagement électoral du FFS, si les conditions qu'il y pose sont respectées par le pouvoir, devrait entraîner celui du RCD (qui n'a pas encore pris position et devrait le faireà la mi-août), et par conséquent empêcher les partis politiques qui ont profité du boycott des législatives de prendre la place des principaux partis kabyles. Seuls le Parti des Travailleurs et, peut-être, le FLN, peuvent avoir quelque chance de gagner des sièges (mais vraisemblablement aucune municipalité) en Kabylie, si le FFS, suivi par le RCD, participe aux élections dans la région. C'est d'ailleurs aussi pour éviter la prise des municipalités kabyles par des partis dépourvus de toute représentativité dans la région, et un retour à "la gestion maffieuse des municipalités" par de purs agents du pouvoir, que le FFS a décidé de participer, si les conditions qu'il pose sont satisfaites, aux élections. Ahmed Djeddaï a en outre précisé que les listes du parti seront "ouvertes à la société civile, voire à des partenaires sociaux, et peut-être aussi à des personnalités politiques".

Une première, et symboliquement la plus importante, des conditions posées par le FFS à sa participation aux élections (conditions dont le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a estimé qu'elles n'étaient pas "gênantes") été apparemment remplie par l'annonce, le 4 août, et par le président Bouteflika lui-même de la libération des détenus, sans que l'on sache cependant s'il s'agira de tous les détenus ou seulement de ceux qui ont été jugés. La présidence de la République avait d'ailleurs envoyé un "émissaire" au FFS dès le 1er août pour entendre de celui-ci conditions qu'il posait à sa participation électorale. Ahmed Djeddaï avait cependant précisé que la libération des détenus ne sera pas suffisante pour régler la crise en Kabylie, mais qu'elle était néanmoins une condition de ce règlement, et qu'elle était indispensable à la tenue des élections dans la région : "il est incompatible d'organiser le scrutin avec le maintien des détenus en prison". Le Premier secrétaire du FFS a également précisé que si les exigences du FFS n'étaient pas satisfaites, le parti pourrait se retirer "à n'importe quel moment" de la course électorale à laquelle il s'est déclaré prêt à participer.

Dans son message au Conseil national de son parti, Hocine Aït Ahmed a estimé que "l'obligation morale et politique d'aider le mouvement de la dissidence citoyenne pacifique et nationale à conquérir le pouvoir local, impose de sauver les quelques jeunes et adolescents que les manipulateurs (...) poussent à la violence et à la stratégie de la terre brûlée".

La question est maintenant de savoir quelle sera l'attitude des aârchs et comités locaux, et de leurs coordinations, et si, après plus d'un an de conflit en Kabylie, ces structures disposent encore d'un pouvoir de mobilisation suffisant pour provoquer un boycott en affrontant le parti historique de la région -un parti qui a, depuis sa création, été dans l'opposition, et a, comme les aârchs eux-mêmes, été la cible ces derniers mois de la répression du pouvoir central, avec notamment des inculpations de maires. Au sein de la population, un sentiment de lassitude semble de plus en plus prévaloir après ces quatorze mois de conflit. La décision du FFS de participer, même conditionnellement, aux élections locales, a toutefois surpris la population de Kabylie, même si de nombreuses personnes interrogées par les journaux disent la soutenir, et regretter que les aârchs et les comités locaux aient pris "précipitamment" la décision d'appeler au boycott des élections. D'autres, cependant, considéraient (avant que l'annonce soit faite par la présidence de la République de la libération des détenus) qu'il s'agissait d'une "déclaration de guerre au mouvement des arouch", et mettent en avant la condition de la "satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur". La plupart des personnes interrogées soutiennent par contre les conditions posées par le FFS à sa participation. Les coordinations des aârchs et comités locaux avaient quant à elles installé une commission chargée d'étudier les modalités de mise en oeuvre du boycott des élections. Des représentants de la Coordination intercommunale de Bejaïa, réagissant à la décision du FFS avant que soit annoncée la libération des détenus, se sont déclarés surpris du choix du FFS, et y voient "un coup sévère (pour) la dynamique citoyenne". La Coordination de Tizi Ouzou a quand à elle dénié le droit à quiconque de négocier la libération des détenus, mais précisé que "le rejet de toutes les consultations électorales par le mouvement citoyen ne constitue pas un objectif, mais un moyen de pression sur les tenants du régime totalitaire et dictatorial" (ce qui correspond d'ailleurs également à la conception que le FFS défend de la "dissidence électorale citoyenne", non comme un but en soi mais comme l'élément de la constitution d'une alternative. Le secrétaire national du FFS Zaher Ben Adda a d'ailleurs déclaré que "la participation peut exprimer également une autre forme de rejet", visant à "remplacer la politique des armes par l'arme de la politique"). La coordination a réaffirmé le caractère "autonome" du mouvement à l'égard du pouvoir, des institutione et des partis politiques. L'un de ses porte-paroles, Belaïd Abrika, a ajouté que "le FFS est un parti autonome, libre dans ses choix et ses prises de décisions", (pour le FFS, Zaheb Ben Adda dit également que le parti respecte le point de vue des aârchs), mais Abrika assure que la décision du FFS ne changera pas celle de la coordination, de rejeter "toute échéance électorale" jusqu'à satisfaction de la plate-forme d'El-Kseur. Dans un entretien au "Jeune Indépendant", un représentant du Comité de la société civile d'El-Kseur, Kamel Gherbi, a cependant plaidé pour le dialogue, et demandé que la volonté de dialogue affichée par le gouvernement se traduise par des "mesures d'apaisement (...) en premier lieu la libération de tous les détenus". Le Premier ministre Benflis a quant à lui annoncé "une initiative forte" avant les élections d'octobre, sans en préciser la teneur, et le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a qualifié de "courageuse et responsable" la décision, même conditionnelle, du FFS.

Dans la presse, les commentaires sont eux aussi contradictoires. Le commentateur de "Liberté", M. Hammouche, considérait (avant l'annonce de la libération des détenus) la décision du FFS comme "la première victoire politique notable" sur le mouvement populaire kabyle depuis mai 2001. "Le Matin" accuse, sur le même ton, Hocine Aït Ahmed de "voler au secours de M. Bouteflika" (contre qui ce quotidien, avec d'autres, est entré en campagne virulente depuis des mois). Pour "El Watan", la décision du FFS, suivie de l'annonce de la libération des détenus, met "les aarchs devant une situation inédite", en brisant l'apparente unanimité kabyle.

(El Moudjahid 4.8 / El Watan, Liberté 5.8) Une sous commission chargée de "l'action médiatique, de la sensibilisation civique et de l'organisation de la couverture médiatique" des élections locales (municipales et wilayales) du 10 octobre a été installée par le ministre de la Communication, Khalida Toumi (Messaoudi) le 1er août. Quant au président de la République, il a reçu le 4 août, séparément, les principaux responsables des partis (FLN, RND, El Islah, FFS, les autres partis -FN, PT, RCD, ANR, Nahda, PRA- ayant également été invités à ces consultations engagées pour la préparation des élections. Le président Bouteflika a insisté sur "l'importance d'une participation massive des citoyennes et citoyens".

(L'Expression 22.8 / Liberté, L'Actualité, Le Matin, Liberté 24.8 / El Watan, Le Matin 25.8) A la clôture du délai de dépôt des listes, le 20 août, le ministère de l'Intérieur a annoncé que, pour les municipales, 24 partis politiques avaient déposé 7495 listes de candidats dans les 48 wilayas du pays, listes de partis auxquelles s'ajoutent 537 listes "indépendantes". Pour l'élection des assemblées populaires de wilayas (Conseils généraux), 25 partis ont déposé 507 listes, auxquelles s'ajoutent 38 listes "indépendantes". Selon les chiffres du ministère, le nombre des listes et des candidats est supérieur en 2002 à ce qu'il avait été en 1997, lors des précédentes élections locales.

Lors d'une conférence de presse, le 21 août, le MSP (islamiste)s'est demandé "qui contrôle l'administration qui encadre le prochain scrutin ?", manière d'annoncer d'ores et déjà que ces élections seront entachées de fraude. Le MSP dénonce la présence dans la commission de contrôle des élections de partis non représentatifs, et demande que seuls les partis présentant des candidats dans au moins 24 wilayas soient représentés dans ces commissions.

Au sein de plusieurs partis, des contestations s'expriment à l'égard de la composition des listes. Au sein des RND, des militants des wilayas de Sidi Bel Abbès, Sétif (dans la commune d'El Eulma) et de Blida (dans la commune d'El Affroun) dénoncent la désignation comme tête de liste d'élus sortant accusés de divers délits. A Tebessa le maire actuel dénonce sa non-reconduction comme tête de liste et à Cheria, tous les candidats se seraient retirés des élections. A Constantine,plusieurs centaines de membres du parti en auraient démissioné pour protester contre la composition de sa liste, et une vingtaine de candidats se seraient retirés. A Azazga, des militants du FFS contestent la reconduction du Maire sortant comme tête de liste, et menacent de démissionner collectivement du parti. Dans la wilaya de Bejaïa, le FFS pourrait ne pas déposer de listes dans une dizaine de communes (il assure cependant qu'il sera présent dans toutes les communes de la wilaya). Il ne déposera pas non plus de liste pour l'assemblée de wilaya d'Oran (où il présentera cependant des listes municipales, notamment à Oran et Mers El Kebir). Le FLN sera quant à lui absent de plusieurs dizaines de communes dans les wilayas de Tizi Ouzou, Bejaïa et Bouira. Le RND ne présentera de listes que dans quatre cvommunes de la wilaya de Bejaïa. Les partis islamistes (MSP, Nahda, Islah) seront également absents dans la plupart des communes. Du côté des islamistes également, des contestations internes s'expriment : les militants du MRN de Bachdjerrah ont ainsi dénoncé le "classement" des candidats sur la liste, et les candidats qui s'estiment mal classés ont annoncé qu'ils allaient se retirer de la liste. Même type de contestation à Bab El Oued, où 17 candidats du MRN se sont retirés de la liste. Dans la wilaya d'Oran, des candidats dénoncent l'utilisation des moyens de l'Etat à des fins électorales par des élus sortants, notamment à Arzew et Bethioua.

(L'Expression, L'Actualité 28.8 / Le Matin, Le Quotidien d'Oran, Liberté 29.8) La décision du FFS de participer aux élections locales d'octobre a placé le parti dans la ligne de mire de ces nombreux adversaires politiques, notamment en Kabylie. Le siège du parti à Tizi Ouzou a été cambriolé dans la nuit du 26 au 27 août, le matériel informatique, la documentation, la liste des candidats et le fax volés. Les sièges du FFS d'El Kseur et Bejaïa avait déjà été cambriolés. Parallèlement, plusieurs journaux annoncent quasiment l'"implosion" du FFS à Tizi Ouzou, à partir du mécontentement suscité par les composition des listes électorales (trois secrétaires fédéraux de Tizi Ouzou se seraient retirée des listes, pour protester contre le fait qu'ils n'y figurent pas en tête). Le Secrétaire national du FFS Yekhlef Bouaïche, pour qui ce qui se passe à la fédération de Tizi Ouzou est "une chose tout à fait normale dans la vie d'un parti à la veille d'une échéance électorale", qualifie ce mécontement (qui pour lui prouve la "vitalité au sein du parti") d'"épiphénomène", et explique que "le FFS ne peut pas exaucer les voeux de tous". L'un de ceux dont la démission du parti avait été annoncée, l'avocat Kaci Rahem, a démenti cette "information", précisé qu'il restait membre du Conseil fédéral de Tizi Ouzou et responsable de la commission politique chargée des élections locales et affirmé qu'il continuera a assumer ses responsabilités militantes au sein du FFS et qu'il soutenait pleinement la liste de son parti. De même, le porte-parole du FFS, Ikhlef Bouaïche, a démenti formellement les "informations" annonçant la dissolution du Conseil fédéral de Tizi Ouzou.

Le FFS devrait être présent avec des listes électorales dans toutes les communes de la wilaya de Bejaïa et dans au moins 63 des 67 communes de la wilaya de Tizi Ouzou (et peut-être également dans les quatre communes où il semblait avoir eu de la peine à boucler ses listes). Le FFS présente également des listes dans 21 des 43 communes de la wilaya de Bouira (où il reconnaît un défaut d'implantation dans la région arabophone) et dans 33 des 52 communes d'Alger. Au total, le FFS sera présent dans 40 des 48 wilayas du pays pour l'élection des APW, et dans un tiers des communes à l'échelon national pour l'élection des APC.

A Tizi Ouzou même, la liste sera conduite par Omar Cherrak, et la liste pour l'APW (Conseil général) par le maire sortant d'Aïn Zaouia, Aïssat Rabah. Selon "Le Matin", des candidats FFS se seraiernt désisté à Irdjen, Aït Khelili et Oboudrarène, sans que l'on sache précisément si ces désistements sont dus à des raisons personnelle, à une contestation politique ou aux pressions des adversaires de la participation aux élections : la coordination de Larbâa Nath Irathen a averti (et menacé) dans une déclaration : "les candidats récalcitrants qui persistent dans leur entreprise dangereuse", à savoir précisément être candidats, qu'ils "assumeront seuls les conséquences qui en découleront". La coordination intercommunale de Bejaïa a décidé de dissuader tout citoyen voulant se porter candidat sur la liste d'un parti de le faire. A Tibane (w. Bejaïa), les sièges du FFS et du RCD ont été saccagés et incendiés le 27 août après un meeting "antivote" de la coordination intercommunale. Pour autant, le porte-parole du FFS, Ikhled Bouaïche, a assuré : "Nous n'avons pas de problème avec le mouvement citoyen, mais avec le pouvoir et ses relais".

(El Moudjahid 29.8) Le président Bouteflika a adressé le 27 août une "instruction" en sept points au gouvernement, aux walis (préfets) et aux chefs de daïras (sous-préfets) visant à "garantir la liberté et la transparence" aux élections locales du 10 octobre. Le porésident insiste sur la nécessité de la "stricte conformité avec la loi" des dossiers de candidature, sur les "conditions nécessaires à une campagne électorale équitable" (media, meetings, manifestations), sur "l'interdiction de l'usage des moyens de l'Etat à des fins partisane", sur la "réduction au minimum" des bureaux de vote itinérants et sur la "transparence" dans la désignation de l'encadrement des bureaux de vote. Il recommande que "les agents de la force publique n'accèdent aux bureaux de vote que sur réquisition" des responsables des bureaux, et seulement pour des "motifs de maintien de l'ordre public". Il demande la mise en place de "dispositifs pratiques" permettant aux représentants des partis et des candidats "d'exercer effectivement leur droit de contrôler toutes les opérations de vote, de dépouillement et de décompte des voix", et insiste enfin sur l'exigence d'impartialité de l'administration et de ses agents.

(Le Matin, Liberté, Quotidien d'Oran, El Watan 29.8) Six candidats du FLN à Irdjen ont annoncé leur retrait de la liste en accusant la tête de liste (vice-président de l'APC) d'avoir fait figurer leur nom sur la liste "à leur insu en usant d'un subterfuge déloyal". A Constantine, un groupe de militants a occupé le siège de la fédération (mouhafahda) du FLN pour protester contre "le mode de fonctionnement du parti au niveau de la wilaya, notamment la confection des listes électorales". A Mostaganem deux kasmas (sections) du FLN (Aïn Boudinar et El Haciane) ont dénoncé les listes concoctées par la fédération, et les candidats qui y sont présents.

A Hammam Bou Hadjar (w. Aïn Temouchent), un groupe de militants du RND et de candidats de ce parti aux prochaines élections locales ont annoncé qu'ils quittaient les rangs du parti, pour protester contre le "tribalisme" et le "copinage" qui, selon eux, ont présidé à la confection des listes électorales. A Sidi Ben Yebka (w. Oran), les membres du bureau communal ont annoncé leur démission pour protester contre les modifications apportées à la liste électorale par le bureau de wilaya. A Mostaganem, une liste de dissidents RND se présente. Le RND annonce présenter des listes pour les municipales dans toutes les wilayas d'Algérie, et dans 1409 communes sur 1541, mais reconnaît n'être présent que dans 6 communes sur 67 à Tizi Ouzou et 4 sur 52 à Bejaïa.

(L'Actualité 28.8 / La Tribune 29.8) Un peu plus d'un mois avant les élections locales, le président Bouteflika a annoncé que 349 Maires ont ou vont être poursuivis en justice (123 ont déjà été condamnés) , et ont été destitués, sous diverses accusations, allant de la "simple" incompétence à la corruption.

(El Ribat 28.8 / L'Expression, L'Actualité, Liberté, Le Matin, El Khabar 1.9 / La Tribune, El Watan, Le Matin, Liberté 2.9) En Kabylie, la coordination interwilayas a annoncé qu'elle mettra "en quarantaine" les candidats aux élections locales. Des parents de victimes des évènements de Kabylie ont par ailleurs estimé, dans un communiqué, qu'il était "indécent" de parler d'élections alors que les assassins de leurs enfants continuent de circuler librement.

En Kabylie, aucune formation politique n'a réussi à être présente dans l'ensemble des communes de la wilaya de Bejaïa, pas même le FFS, qui sera absent de quatre communes (mais il s'agit de communes de relativement faible importance : Tamokra, Tinebdar, Ighil Ali et Tala Hamza). Sur les 52 communes de la wilaya, le FFS a déposé des listes dans 48 d'entre elles. Douze partis seront présents dans la wilayas, ainsi qu'une vingtaine de listes indépendantes. Le FLN a réussi à déposer des listes dans 32 communes sur 52 et les "indépendants" (dont le très contesté maire et chef de milice de Tazmalt, Smaïl Mira) dans 20 communes. Les autres partis ne seront présents que dans quelques communes (quatre pour le RND, une seule pour le MSP et Islah), voire (comme le Parti des Travailleurs) pour la seule élection de l'Assemblée de wilaya (Conseil Général), où 11 partis et deux listes indépendantes sont en concurrence. La wilaya de Bejaïa comptait 418'000 électeurs inscrits avant la révision des listes électorales. Comme dans les autres wilayas de Kabylie, le résultat dépendra essentiellement de la possibilité qu'auront les citoyens désireux de voter de le faire, malgré ou contre le boycott de l'élection organisé par les aârchs. Si ce boycott ne se manifeste pas par des empêchements physiques, voire violents, du vote, tous les observateurs prédisent une victoire du FFS (qui détenait déjà la majorité des municipalités de la wilaya). Dans la wilaya de Bouira, le FFS sera présent dans 22 communes sur 45, ce qu'il explique par sa mauvaise implantation dans la région arabophone de la wilaya.

Les aârchs accentuent donc leur pression, à la fois sur les électeurs et les candidats, pour dissuader les premiers d'aller voter et forcer les seconds à retirer leurs candidatures. Dans la wilaya de Bejaïa, plusieurs candidats seraient ainsi contraints à renoncer à être présents sur les listes. A Aït R'zine, un candidats FFS sur la liste pour l'APW a ainsi été contraint au retrait "afin de ne donner l'opportunité à personne de nuire à (son) image de pédagogue (et d') éviter certaines situations qui peuvent mener à des conséquences indésirables". Selon "Liberté", trois candidats du FFS se seraient retirés à Tizi Rached et Aït Khelili. Pour autant, Ferdad Nacer n'adhère pas au boycott et rappelle cette sentence de Confucius : "Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité". Dans la wilaya de Bouira, la coordination des aârchs (CCCWB) a pris contact avec les partis (essentiellement de petits partis sans grand électorat, comme l'ANR ou le MDS, mais également avec le RCD) qui soutiennent le boycott, afin de coordonner les actions de rejet des élections.

Au sein du RCD, plusieurs militants et cadres du parti se sont présentés aux élections, sur des listes "indépendantes", malgré l'option du boycott décidée par la direction du parti. "Des mesures d'exclusion des rangs du parti se profilent déjà à l'horizon", annonce "L'Expression". Pour "L'Actualité", le RCD va tenter de mettre à profit la campagne "anmtivote" des aârchs, à laquelle il tente de "coller", pour "effacer toute trace de sa participation au gouvernement".

Le choix du FFS de participer aux élections locales continue d'être dénoncé par des forces politiques aussi contradictoires que la délégation exécutive du FIS (de Rabah Kébir) et le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie de Ferhat Mehenni. Dans son bulletin "El Ribat", la DE-FIS accuse le FFS de "changer de stratégie comme d'autres changent de chemises", et de passer d'une stratégie d'opposition radicale à une position qui "sauve la mise" du pouvoir. Quant à Ferhat M'henni, porte-parole du MAK, il a annoncé son soutien au boycott des élections, s'est déclaré convaincu que si la Kabylie se retrouve dans une situation de "vide organisationnel" après le 10 octobre, les aârchs "géreront la situation à la place des APC" et a qualifié le choix du FFS de participer aux élections de "suicidaire et anti-kabyle".

Dans la wilaya d'Aïn Defla, une cinquantaine de recours déposée par des candidats dont les listes ont été rejetées par l'administration ont été acceptés le 1er septembre. Les décisions de rejet notifiées par le wali ont donc été annulées, pour des raisons formelles (non respect de la prolongation du délai de dépôt des candidatures, notamment). Le Secrétaire national du mouvement El Islah (islamiste) d'Abdallah Djaballah a dénoncé la "censure" par l'administration des listes du mouvement pour les élections locales, listes sur lesquelles plusieurs candidats (y compris des élus sortants) ont été invalidés pour des raisons diverses, dont la "menace pour l'ordre public". A Mérine (w. Sidi Bel Abbès), c'est une véritable émeute qui a été provoquée par la décision du RND de ne pas reconduire le Maire actuel à la tête de la liste pour les élections municipales. Plusieurs centaines de manifestants ont pris d'assaut la municipalité.

Dans la wilaya de Bechar, les membres du bureau du RND de Taghit ont démission en bloc du parti pour protester contre le choix "illégal" des candidats aux élections locales.

Dans la wilaya de Chlef, cinq listes "indépendantes" pour l'Assemblée de wilaya, et plusieurs pour les municipales, ont été rejetées par l'administration, pour des motifs divers (vol, détournement de fonds publics, faux et usage de faux, absence de programme, tentative de création de parti politique).

(L'Expression 4.9 / Quotidien d'Oran 17.8) Le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, a réaffirmé le 2 septembre à la télévision algérienne le soutien inconditionnel du FFS au mouvement citoyen et à toutes les luttes populaires pour les droits à la citoyenneté et à la dignité, en distinguant entre les aârchs et le mouvement citoyen, bien plus large que les premiers, et dont ceux-ci tendent actuellement à s'éloigner, quand ils ne s'y opposent pas. A l'accusation lancée par l'aile radicale des aârchs (et par les partis politiques qui la soutiennent, comme le MDS et le RCD), Djeddaï a répliqué que "les vrais traîtres sont ceux qui étgaient au gouvernement (comme le RCD, précisément), qui ont tout cautionné et qui n'ont quitté le pouvoir que onze longs jours après l'assassinat du jeune Guermah Massinissa et de dizaines d'autres martyrs". Djeddaï a également rappelé qu'au nombre des conditions posées par le FFS pour sa participation aux élections locales figuraient non seulement la libération des détenus du mouvement citoyen et l'arrêt des poursuites contre les élus locaux, conditions remplies, mais également des conditions politiques portant sur l'ouverture du champ démocratique, conditions non encore remplies. Le Premier secrétaire du FFS a affirmé que son parti rejetait "l'impunité pour ceux qui ont massacré en kabylie, mais aussi la vérité sur tout ce qui s'est passé durant ces 12 dernières années", sans parler des centaines de militants du FFS victimes de la répression depuis 1963. Ahmed Djeddaï affirme en outre craindre quze "des cercles du pouvoir (...) préparent une expédition punitive contre la Kabylie immédiatement après les élections du 10 décembre", avec la mise en place de "nouveaux DEC (administrations municipales non élues, nommées par le pouvoir central) venus d'ailleurs, composés de militaires et de sbires divers".

Dans un entretien au "Quotidien d'Oran", le président du FFS, Hocine Aït Ahmed, a expliqué que son parti fait "de la politique et non de la poésie", et qu'il ne fait pas "de la politique de clowneries politiciennes" mais est déterminé à "réhabiliter la politique". La finalité du combat du FFS, que celui-participe ou non aux élections, reste la même : "aider le peuple et les citoyens à reconquérir le premier et le plus fondamental des droits de la personne humaine", le "droit d'avoir des droits". La décision de participer ou non aux élections est prise ensuite, au cas par cas : "Nous avons participé aux élections législatives en 1997 dans le seul but de garder un espace d'expression -si réduit soit-il- à l'APN et surtout en dehors d'elle pour continuer à faire entendre les aspirations et le ras-le-bol de la population", explique Hocine Aït Ahmed; en 2002, le scrutin législatif s'inscrivait dans le contexte de la répression en Kabylie, et il ne pouvait être question de l'accepter -d'où la dissidence du FFS. Mais le président du parti ajoute : "dans l'état d'exception de fait et les manipulations diaboliques qui pèsent sur la société, il n'y a pas de meilleures décisions (...) il n'y a que de moins mauvaises décisions". La décision de participer aux municipales et aux départementales, conditionnée par la cessation des poursuite contre les élus locaux et par la libération des détenus du mouvement citoyen, est de cet ordre : "nous avons décidé de participer aux APC et APW pour deux raisons principales : D'abord, développer la dynamique pacifique citoyenne à l'échelle nationale", en aidant le mouvement social à aller "à la conquête des municipalités". Deuxième raison : "ne pas laisser le vide dans les communes de Kabylie et barrer la route à toutes les catégories de mafias qui les avaient privatisées et pillées". Fondamentalement, il s'agit de renforcer "l'affirmation citoyenne pour contrer le quadrillage totalitaire projeté par le régime", et de mettre les élus en "*dialogue direct avec le peuple", ce que seule permet la commune.

Hocine Aït Ahmed relève cependant "le lourd handicap d'une tutelle étroite de l'administration et du wali sur la commune", héritage colonial et "dans la nature d'un système policier". "Dans le vécu des Algériens, il y a deux types de communes : les communes de plein exercice lorsqu'elles sont entre les mains des super-citoyens, des mafias ou des partis satellites, et les 'communes mixtes du 2ème collège' pour les indigènes démocrates"...

(L'Expression 4.9 / El Watan 5.9) Le ministre de l'Intérieur Yazid Zerhouni a catégoriquement démenti une information (que le ministère à qualifiée de "rumeur colportée par la presse") selon laquelle les villageois seraient armés en vue des prochaines élections. "C'est l'armée qui ira sécuriser les villages et hameaux isolés", a assuré un officier supérieur de l'ANP cité par "L'Expression". On craint en effet que, comme à l'approche de chaque élection depuis dix ans, les groupes armés accentue leur pression sur les civils. En outre, on estime à deux millions le nombre des armes circulant en Algérie (hors forces de sécurité au sens large, de l'armée aux gardes communaux), ce qui, dans des conditions troublées, pourrait faire planer un risque d'affrontements entre clans électoraux (ou anti-électoraux) rivaux.

Par ailleurs, des candidats "recalés" par l'administration, et particulier des candidats "indépendants", dénoncent les mesures arbitraires dont ils estiment avoir été victimes. A Tipaza, des candidats accusent le "lobby FLN-RND" et l'administration locale d'avoir liquidé toutes les listes indépendantes, et fait repousser tous les recours déposés contre leurs déposants. A Toudja (w. Bejaïa), 14 candidats indépendants dont la liste a été refusée sans explication ni motif crédibles saisissent le ministre de l'Intérieur. Même scénario à Ouled Daïd (w. Médéa). Dans la wilaya de Chlef, par contre, trois des quatre rejets de listes indépendantes ont été annulés par le tribunal.

A Rouiba, une douzaine de candidats RND menacent de se retirer pour protester contre le "parachutage" de l'ancien Maire en deuxième position sur la liste.

(La Tribune 3.9 / L'Expression 4.9 / La Tribune, El Watan 5.9) Le FFS a annoncé qu'il sera présent lors des élections locales dans 38 wilayas, avec 400 listes. La fédération de Tizi Ouzou a annoncé que le parti devrait être présent dans toutes les communes de la wilaya (sept listes sont cependant encore en attente d'être complétée), même si "certains candidats ont reçu des menaces" et que certains ayant "eu peur", il a fallu pourvoir à leur remplacement sur les listes. "Les menaces et autres indimidations ne sauraient nous faire dévier de notre ligne", a affirmé le vice-président de l'APW (Conseil général), M. Guerrak, qui a en outre affirmé que le parti se "reconnaît dans la plate-forme d'El Kseur", mais que pour autant, "les aârchs ne sont pas tout le mouvement citoyen", s'ils peuvent en faire partie.

Dans la wilaya de Bejaïa, le FFS devait marquer son entrée effective en campagne électorale le 5 septembre par un meeting populaire à Tazmalt. Dans cette wilaya également, des candidats du FFS ont été contraints, sous le menace, de retirer leur candidature. Comme dans la wilaya de Tizi Ouzou, ces retraits semblent être surtout le fait de candidats dans de petits communes, où l'encadrement politique est moins solide.

Le siège du FFS d'At Aïssa Mimoun, près d'Ouaguenoun, a été incendié, et les documents de la section du parti avec lui, dans la nuit du 2 au 3 septembre par un groupèe d'inconnus qui ont laissé pour seule signature le slogan des aârchs, "ulac smah ulac"."El Watan" évoque le "glissement" des aârchs, d'un discours de refus des élections à des menaces, voire des pratiques d'empêchement (y compris physique) des élections (c'est-à-dire des électeurs et des candidats). Une "marche nationale" est envisagée le 5 octobre, soit quelques jours avant le début du vote, précédée d'actions locales pour "faire monter la fièvre" et empêcher matériellement le vote.

A Tigzirt, les délégués exclus de la coordination de wilaya de Tizi Ouzou pour avoir rencontré le directeur de cabinet du Président de la République, Larbi Belkheir, ont animé un meeting lors duquel ils ont dénoncé la dérive des coordinations.

(Le Quotidien d'Oran 17.8 / L'Expression 7.9 / La Tribune, L'Expression, Le Jeune Indépendant, Le Matin, El Watan 8.9 / Le Matin, El Watan 9.9 / Corr. ) La réunion de la coordination intercommunale de Bejaïa, les 5 et 6 septembre à Tinedbar, a précisé la tendance au passage du boycott du scrutin du 10 octobre à son empêchement pur et simple, par l'usage des mêmes méthodes (y compris la contrainte physique et la menace) que celles qui avaient prévalu lors du scrutin du 30 mai. Le 22 août, lors d'un précédent "conclave", la CICB s'en tenait encore à une "campagne de sensibilisation" au rejet du scrutin, et à des actions pacifiques ("caravanes de sensibilisation", appels de "parents de martyrs", conférence et débats, concertation avec les partis "qui ont accompagné le mouvement", affichage", mais évoquait déjà la "mise en garde de toute personne se portant candidate aux élections", et en particulier des délégués du mouvement citoyen. Pour le 10 octobre, jour du scrutin, la CICB a prévu des actions "synchronisées" (grèves, marches, sit-in). La CICB se donne pour objectif un "zéro vote" dont tout indique qu'il est inatteignable, à moins que le FFS (dont la participation au scrutin est toujours conditionnée par la satisfaction de plusieurs des revendications les plus importantes de la plate-forme d'El Kseur) ne change de position, ou, se refusant à user lui-même de la violence physique pour protéger ses locaux et ses candidats, constate l'incapacité (ou l'absence de volonté) du pouvoir de permettre l'exercice du "libre choix des citoyens", entre la participation ou non au scrutin (le parti ne déniant pas aux coordinations le droit d'appeler à l'abstention, mais leur déniant le droit d'empêcher par la violence les citoyens qui le souhaiteraient de voter). En attendant, la CICB appelle les candidats à se retirer des listes. A Akerrou (w. Tizi Ouzou), un délégué a appelé les candidats à "se retirer tant qu'il est encore temps". Les porte-paroles de la coordination de wilaya de Tizi Ouzou (CADC), qui a animé un "meeting anti-vote" à Boghni le 8 septembre, ont affirmé que le seul ennemi du mouvement était "le pouvoir". Pour autant, plusieurs locaux du FFS ont été la cible d'attaques et de destructions généralement imputées à des éléments "radicaux" des aârchs (à moins qu'il ne s'agisse d'éléments manipulés par des forces proches du pouvoir, fort intéressées à dresser les aârchs et le FFS les uns contre les autres en Kabylie). Trois sièges locaux du FFS ont été incendiés en un mois, (à Tinedbar, Tifra et El-Kseur, où après avoir été saccagé par des émeutiers, le siège du FFS a été occupé par la police...) et des candidats du parti ont fait l'objet de menaces qui ont poussé quelques uns d'entre eux (dix-sept sur les listes APC et APW dans la wilaya de Tizi Ouzou, selon "Le Matin") à annoncer le retrait de leur candidature (retrait par ailleurs purement rhétorique, dès lors que les listes ont été déposées). A Aït Oumalou, le domicile du candidat tête de liste FFS a été saccagé et incendié par des inconnus. Certains porte-paroles des coordinations ont condamné ces actes, d'autres en ont rendu responsables "ceux qui ont pris la responsabilité d'aller à l'encontre de la volonté populaire" et qui doivent "s'attendre à la foudre citoyenne". Pour le délégué d'Akbou, Saïd Salhi, qui semble exprimer là une position majoritaire au sein du mouvement, "ceux qui se cachent derrière le mouvement se trompent s'ils croient que c'est ainsi (par des actes de violence contre des partis démocratiques) que sera défendu (le) point de vue (du mouvement). Le saccage de permanence politiques, l'incendie de domiciles, l'invective et l'insulte ne s'inscrivent aucunement dans la stratégie et les actions du mouvement citoyen". Et de proposer le report des élections locales. Contrairement aux attaques contre les gendarmeries, les administrations centrales et les symboles du pouvoir, ces attaques contre les locaux et les militants du FFS ne sont assumées par aucun structure du mouvement citoyen, pas même par les porte-paroles des "radicaux" des aârchs.

Le FFS tient malgré tout à mener campagne, et a organisé le 5 septembre un premier meeting électoral à Tazmalt (w. Bejaïa). Les porte-paroles du parti ont accusé les aârchs (ou certains d'entre eux) dé'être "à la solde d'un parti sans ancrage ni crédibilité dans la région" et d'être "manipulés par les autonomistes et les alliés du pouvoir". Le premier secrétaire de la fédération de Tizi Ouzou estime que "certains cercles du pouvoir semblent avoir pris la décision de passer à la confrontation". A Raffour,par contre, un meeting du FFS a été empêché par les partisans du boycott des élections. L'annonce par le wali de Bejaïa que les manifestations "anti-électorales" pourraient être interdites a été dénoncées par les coordinations locales et régionales des aârchs -et par ailleurs considérée comme provocatrice et inopportune par le FFS. Le Secrétaire national du FFS Khaled Tazaghart a accusé le pouvoir d'être "derrière toutes les conspirations pour pousser la région au pourrissement et préparer une intervention musclés pour asseoir définitivement la dictature", en manipulant des individus "qui murmurent la démocratie derrière les chars". Dans un entretien au "Quotidien d'Oran" le 17 août, le président du parti, Hocine Aït Ahmed, avait déjà estimé que tout se passait "comme si le pouvoir occulte bunkérisé derrière l'impunité, et encouragé par elle, préparait un processus de tchétchénisation de la Kabylie" et de destruction du FFS et de "toutes les forces politiques non dépendantes des services et de l'armée". Face cette "stratégie de la terre brûlée", Hocine Aït Ahmed appelait la population à "rester sereine et déterminée, face aux intimidations et provocations grossières, et aux surenchères gratuites des Kabyles de service".

Au sein des coordinations, cependant, des dissensions, voire des exclusions et des mises en retrait volontaires, se succèdent. Le 6 septembre, le comité de M'chedallah a dénoncé "l'usurpation par des groupuscules" des sigles de la coordination de wilaya de Bouira. Précédemment, le comité de Takerboust avait quitté la coordination de Bouira pour rejoindre celle de Bejaïa, et le comité de Chorfa a "gelé" sa participation à la coordination wilayale. A Chemini, les animateurs du mouvement citoyen local ont dénoncé des "délégués autoproclamés" et affirmé leur adhésion au "principe du libre choix des citoyens concernant les élections du 10 octobre prochain". Plusieurs militants du FFS, également militants du mouvement citoyen, ont en outre annoncé leur retrait des coordinations locales "pour ne pas cautionner les dérives et les manipulations à ciel ouvert du mouvement citoyen par les alliés du pouvoir".

(AP 9.9 / Algeria-Interface, L'Actualité, Le Matin 11.9 / L'Expression, La Tribune, El Watan, Le Soir 12.9 / corr.) Plus de 16,7 millions d'électeurs seront appelés aux urnes le 10 octobre pour l'élection des municipalités (Assemblées populaires communales) et des Conseils généraux (Assemblées populaires de wilayas), a annoncé le 9 septembre le ministre de l'Intérieur Nouredine Yazid Zerhouni. Ce chiffre est plus bas (de 1,2 millions d'électeurs) que lors des élections législatives du 30 mai : le ministre a expliqué que les membres des "corps constitués" (armés, police, protection civile, gendarmerie) et les électeurs établis à l'étranger ont été moins nombreux à s'inscrire sur les listes électorales. En outre, plus de 85'000 électeurs ont été radiés pour s'être inscrits sur plusieurs listes. Par rapport aux législatives du 30 mai, le corps électoral a été diminué de 10'000 personnes à Tizi Ouzou.

La campagne officielle devrait débuter le 19 septembre. Elle sera marquée particulièrement par l'incertitude qui prévaut en Kabylie, où les aârchs appellent à boycotter le scrutin, appel suivi par plusieurs partis politiques (le RCD, l'ANR et le MDS, ces deux derniers ne pesant cependant pas grand chose électoralement), mais pas par le principal parti de la région, le FFS, qui, contrairement à ce qui fut le cas lors des législatives de mai, a décidé, sous condition, et tout en se gardant la possibilité de se retirer si ces conditions ne sont pas remplies, de participer aux élections locales. Se prévalant d'avoir, notamment, obtenu la libération des détenus kabyles au début août, le FFS explique qu'il refuse de céder les municipalités kabyles aux "mafias", à des forces politiques sans représentativité ou à des fonctionnaires du pouvoir central désignés par les autorités d'Alger.

Le choix du FFS, qu'il inscrit dans la continuité d'une stratégie de "dissidence citoyenne pacifique" qui peut selon lui se traduire soit par l'abstention, soit par la participation, suivant les contextes et les enjeux, a créé une tension politique au sein du mouvement citoyen en Kabylie, et entre l'aile "radicale" de ce mouvement (suivie par le RCD et le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie) et le FFS. Plusieurs locaux du parti ont été saccagés (comme ceux d'Amizour et, dans la wilaya de Tizi Ouzou, d'Aït Aïssa Mimoun, Freha et Maatkas), des candidats menacés, certains contraints à retirer leur candidature, des domiciles ou des locaux personnels de candidats ou de militants du FFS attaqués. Le FFS accuse les "relais du pouvoir" et des éléments "manipulés par le DRS" (Sécurité militaire) d'être responsables de ces attaques. Le secrétaire fédéral de Tizi Ouzou du FFS, Mourad Kacem, parle d'"adolescents manipulés" par des "relais du pouvoir" usant de méthodes "fascistes" contre le FFS. Les coordinations des aârchs se gardent d'ailleurs de cautionner les actes de violence commis contre le FFS ou ses candidats (la coordination de Tizi Ouzou accuse un "pouvoir aux abois" de tenter de "monter la population de Kabylie et ses légitimes représentants contre le FFS" , mais en même temps, les coordinations ne cessent d'appeler les candidats à retirer leurs candidature. Ces appels sont parfois accompagnés de menaces plus ou moins explicites : La coordination intercommunale de Bejaïa, réunie en "conclave" les 5 et 6 septembre, a ainsi appelé "les candidats encore en lice à se rendre à la raison en se retirant des listes pour ne pas souiller la mémoire des martyrs du printemps noir et éviter de s'exposer au mépris et au courroux de la population". La CICB a réitéré son refus des "élections de la honte", et affirme faire "la démonstration de l'adhésion massive de la population à son mot d'ordre du rejet" de ces élections. Les retraits de candidature ne semblent toutefois pas (ou pas encore) avoir autant d'importance qu'une partie de la presse leur accordent : selon "Le Matin", ils concerneraient 26 candidats du FFS dans la wilaya de Tizi Ouzou, élections municipales et départementales confondues, la plupart de ces retraits concernant des listes de petites communes. Au surplus, ces retraits (qui dans la plupart des cas se manifestent (selon "Le Soir") par des déclarations individuelles accompagnées de photocopies de la carte d'identité) sont sans valeur juridique, et les candidatures concernées restent enregistrées pour les élections.

La tension provoquée par les élections a également des répercussions au sein des aârchs et de leurs coordinations locales, wilayales et interwilayas, déjà traversées, avant la décision du FFS, de contradictions, et affaiblies par la lassitude d'une grande partie de la population après un an et demi de troubles. Les militants du FFS étaient d'ailleurs nombreux à être également militants des comités et des coordinations locales. Ils dénient aujourd'hui toute légitimité aux structures "tenues" par l'aile "radicale" des aârchs. La coordination de wilaya de Tizi Ouzou (CADC) rassemble aujourd'hui moins de représentants des coordinations et comités locaux qu'au début des "événements". Plusieurs comités locaux en ont été exclus (ceux de Bouzeguène et de Tigzirt, par exemple) pour n'avoir pas refusé tout dialogue avec le pouvoir. Les comités locaux de M'chedallah, Chorfa, Takerboust et Aaharidj (w. Bouira) ont dénoncé les actes de violence commis contre le FFS, et en ont accusé des "cercles occultes". "La Tribune" annonce que des contacts entre plusieurs comités locaux des wilayas de Bouira et de Tizi Ouzou pourraient aboutir à la création d'une nouvelle coordination inter-wilayas. Dans la wilaya de Bejaïa, plusieurs délégués de comités locaux s'apprêteraient à plaider pour le report des élections et la mise à profit du délai ainsi obtenu pour rechercher une véritable solution politique, dans un climat plus détentu, ce qui implique l'ouverture d'un dialogue entre le mouvement et le pouvoir. Cette position est, sur deux points essentiels, en contradiction avec la position officielle des coordinations : elle reconnaît à la fois la légitimité des élections (quitte à en demander le report) et celle d'un dialogue avec le pouvoir, sans attendre la satisfaction "pleine et entière" de la plate-forme d'El-Kseur. Au sein du mouvement social, la volonté d'une "sortie de crise" en Kabylie semble d'ailleurs se faire jour explicitement : la section régionale de Bejaïa du SATEF (syndicat autonome de l'éducation) a ainsi rendu publique le 10 septembre une déclaration dans laquelle elle explique que "la cohésion sociale et la communion populaire (doivent) être le souci de tout un chacun, même au prix du report d'échéances dont la fonction sociale et politique s'avère discutable", et affirme que "les jeunes ont tout à gagner à sauveharder dans son caractère large, pacifique et pluriel, le cadre d'expression et de contestation qu'est le mouvement citoyen".

Pendant ce temps, la campagne électorale commence : le 13 septembre, le FFS a prévu de tenir un meeting à El-Kseur, après en avoir déjà tenu un à Tazmalt. Dans la wilaya de Bouira, c'est à M'chedallah et Bechloul que le FFS devait tenir meeting. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, des meetings ou des conférences sont prévus à Draâ El Mizan et Larbaâ Nath Irathen. Parallèlement, les coordinations des comités locaux partisans du boycott des élections organisent des "meetings anti-vote", souvent dans les mêmes lieux. Dans une conférence de presse tenue le 10 septembre à Tizi Ouzou, la fédération du FFS de la wilaya a accusé "le pouvoir" de tenter en Kabylie "une solution à la Russe" : la "tchétchénisation", et le morcellement de l'Algérie pour "asseoir son hégémonie et assurer sa pérennité". Le Secrétaire fédéral, Mourad Kacer, a assuré que le FFS "fera tout pour donner une réponse politique et pacifique à toute tentative de violence", mais a rappelé qu'il était du devoir de l'Etat de défendre le droit des citoyens à choisir dlaller voter ou non.

(Le Quotidien d'Oran 17.8 / APS 14.9 / L'Expression, El Khabar, Le Soir, Le Jeune Indépendant, Liberté, L'Actualité, Le Matin 15.9 / La Tribune, Liberté16.9 / Corr.) En Kabylie, la campagne pour (ou contre) les élections locales (municipales et wilayales) du 10 octobre tourne de plus en plus à une campagne dirigée contre le Front des Forces Socialistes, et menée à la fois par l'aile la plus "radicale" des aârchs et par des forces plus difficilement identifiables, et que le FFS dénonce comme étant instrumentalisées, voire directement manipulées, par certaines "officines" du pouvoir (y compris des partis politiques "éradicateurs", comme le RCD). On constate en effet que les "dérapages" de la campagne "antivote" ne ciblent guère que le principal parti d'opposition, et que les autres partis présents dans la course électorale semblent curieusement y échapper. Pour le FFS, dès lors, l'enjeu des élections en Kabylie n'est plus lié à leur résultat, mais tient à la défense du droit de vote lui-même (et donc du droit de s'abstenir), en tant que droit politique, et à la défense du pluralisme politique. "Nous sommes prêts pour le débat contradictoire", y compris avec les partisans du boycott, assure le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, pour qui c'est "au citoyen de choisir" -mais pour qui le boycott est à la fois "un droit démocratique quand il est exercé de manière pacifique" et "une position confortable quand on ne veut pas prendre ses responsabilités".

Plusieurs sièges du parti (cinq) ont été saccagés, les derniers à Bouhamza le 13 septembre et à Beni Ksila le lendemain; des candidats ont été menacés, des militants agressés (ainsi Khaled Tazaghart, Secrétaire national du FFS, a été agressé à El- Kseur). Les coordinations des aârchs, cependant, se démarquent régulièrement des actes de violence commis contre le FFS, ses cadres et ses candidats, mais au sein des aârchs se développent désormais des tentatives de constitutions de véritables "milices politiques" usant de pratiques "fascistes"*, ce qui contribue à aggraver les divergences au sein même des coordinations des aârchs et des comités locaux, et se traduit, de la part des porte-paroles autorisés des coordinations, par un double discours, de condamnation de la violence exercée contre le FFS et de condamnation de la participation du FFS aux élections. A El-Kseur, des représentants des aârchs ont à la fois appelé le FFS à renoncer à participer au scrutin et appelé les militants à ne pas user de la violence. Un délégué d'Ath-Djenad a condamné le saccage des locaux du FFS, après qu'un délégué de Bouira ait accusé ceux qui se sont engagés dans les élections de "trahir". Le porte-parole le plus connu du mouvement à Bejaïa, Ali Gherbi, a accusé "le pouvoir" d'avoir "monté un complot pour décimer à la fois le mouvement citoyen et le FFS", en "utilisant la naïveté de notre valeureuse jeunesse". A Aït Zikki, Cherif Hamici, porte-parole de la CADC, s'est adressé au FFS en déclarant : "Vous avez été les premiers à combattre ce système en 1963, nous ne faisons que suivre votre chemin aujourd'hui". Certains comités locaux ont néanmoins pris des positions plus tranchées : Le Comité populaire de Tamzalt, dans une déclaration publique, a accusé des représentants de la Coordination intercommunale de Bejaïa d'être responsables de l'agression de Khaled Tazaghart, le 13 septembre à El Kseur. La coordination locale d'Aït Yahia a quant à elle appelé à "laisser le libre choix aux citoyens d'opter pour la position la plus convaincante", dans un cadre "pacifique et fraternel", en en évitant "l'affrontement fratricide". La coordination locale, qui défend le droit des citoyens de choisir d'aller voter ou de s'abstenir, dénonce les "sponsors politiques et financiers des partisans du chaos", qui ont "réactivé leurs relais locaux" pour régler leurs comptes en prenant la Kabylie en otage. Quant à la Coordination interwilayas des aârchs et comités locaux (CADC), elle a réaffirmé le 13 septembre à Smaoun son exigence de "satisfaction pleine et entière de la plate-forme d'El-Kseur (...) scellée et non-négociable", et sa certitude que les élections locales ne peuvent contribuer au "changement radical" auquel elle appelle, "dans la mesure où l'élu est dépourvu de toute prérogative lui permettant d'être au service du peuple", et ne dispose que de "marges de manoeuvre pour gérer la misère sociale". A Paris, la Coordination de solidarité avec la Kabylie appelle pour le 6 octobre (14 heures) à une marche (de la place de la Nation à la place de la République) pour exprimer son soutien à la position des aârchs et exiger "l'arrêt des soutiens français, européen et américain au régime criminel des généraux" algériens La CSK se dit convaincue que "l'immense majorité de la Kabylie" rejette les élections locales. Le porte-parole du FFS, Ikhlef Bouaïche, a cependant souligné que des délégués des aârchs et comités locaux, et des militants du mouvement citoyen et ex-détenus, étaient présents sur les listes du FFS, certains en tête de liste.

Le FFS dénonce une stratégie de la violence et de la provocation, mis en place par le pouvoir pour "faire basculer la Kabylie dans la violence" : "un véritable processus de provocation est mis en place", qui rappelle "étrangement le processus de provocation qui a précédé le début du Printemps noir", en 2001, a noté le Premier secrétaire du FFS, Ahmed Djeddaï, qui a réaffirmé que la participation du FFS aux élections locales visait à "imposer le changement radical par la refondation démocratique de l'Etat", mais également "à éviter que la Kabylie ne sombre dans le chaos" et à "reconquérir le pouvoir local". Ahmed Djeddaï a accusé des milices fabriquée par l'Etat et ses auxiliaires d'être responsable du saccage des permanences du parti. Le FFS se pose en "alternative démocratique", se bat pour "réhabiliter la pratique politique" et pour contribuerr à l'"avènement d'une solution politique et globale" à la crise. Face aux "indimidations" dont il fait l'objet en Kabylie, son Premier secrétaire a assuré que le FFS ne se retirera pas de la course et continuera à prendre "ses responsabilités" en opposant "à la violence, la force de l'argumentaire et du débat contradictoire". Ahmed Djeddaï s'est d'ailleurs dit "confiant en la maturité des citoyens" pour éviter des incidents graves. Le FFS continue donc de mener campagne, parallèlement et contradictoirement à la campagne menée contre les élections par les coordinations des aârchs. A Tazmalt, le 15 septembre, plusieurs centaines de personnes ont participé à une marche improvisée, conduite par le Premier secrétaire du FFS Ahmed Djeddaï, pour dénoncer "l'entrave à l'exercice des droits politiques et la dérive fascisante" qui cible le parti. Le 14, le FFS a tenu une réunion à El-Kseur (w. Bejaïa), réunion marquée par quelques incidents avec un petit groupe de jeunes manifestants qui ont tenté de l'empêcher -ce que le porte-parole du Comité de la société civile d'El-Kseur, Ali Gherbi, a condamné, comme des "actes qui visent à semer le flou dans le combat du mouvement citoyen" et qui relèvent de la "pure manipulation". A Larbaâ Nath Irathen, le FFS qui devait tenir une conférence-débat dans une salle municipale dénonce le refus du maire (RCD) de lui attribuer la salle, ce que dément le Maire. Le 13, le FFS a tenu une conférence-débat à Draâ El Mizan. Le Secrétaire fédéral du parti, Mourad Kacer, a assuré que les attaques subies par le parti ne le feront pas céder : "de tout temps, le FFS a constitué une cible privilégiée du pouvoir et de ses sous-fifres, nous en avons connu bien d'autres et ce n'est pas ce qui nous affaiblira", ce qui répond au rappel de Hocine Aït Ahmed (entretien au "Quotidien d'Oran", 17.8) : "Le FFS est le seul parti qui ait su faire échec aux tentatives de le déstabiliser ou de lui attacher la casserole de l'allégeance ouverte ou secrète au pouvoir". Le FFS entend tenir un grand nombre de réunions électorales, et les coordinations un non moins grand nombre de réunions "anti-électorales" (ainsi, à Akbou, le même jour, 19 septembre, une réunion du FFS est annoncée avec la participation du Premier secrétaire du parti, et une marche à l'appel de la Coordination intercommunale -ce qui fera de cette journée un test de la capacité des coordinations à concrétiser leurs condamnations de la violence. Parallèlement, des partis qui ont rejoint le "front du boycott" entendent également tenir des réunions pour expliquer leur position.

Les intimidations et les violences dirigées contre le FFS ont effectivement provoqué des défections sur les listes du parti, mais en nombre et en proportion bien moindres que ne pourraient le laisser supposer certains titres de la presse privée : sur 7000 candidats du FFS aux élections, il y a eu, selon le parti, 40 défections, dont 20 en Kabylie. Les chiffres donnés par la presse sont un peu plus élevés, mais restent dans une proportion de même niveau (50 défections dans la wilaya de Tizi Ouzou, selon "Liberté". 50 défections en Kabylie selon "Le Matin"). Les défections frappent également d'autres partis (une vingtaine de défections au FLN, selon "Liberté"). Un grand nombre de ces retraits de candidatures sont d'ailleurs purement rhétoriques, les bulletins de vote ayant déjà été imprimés avec le nom des candidats concernés.

A Tizi Ouzou, où un policier a été grièvement blessé par un cocktail Molotov le 13 septembre lors de la dispersion d'un "meeting antivote" de la coordination locale, les délégués de celle-ci ont estimé que la violence ne saurait que "nuire au mouvement citoyen". Le FFS a lui-même dénoncé l'interdiction par les autorités des meetings "antivote" organisés par les coordinations des aârchs : le parti qui a décidé de participer aux élections locales n'en reconnaît pas moins aux partisans du boycott de ces élections le droit d'expliquer et de défendre leur position, s'il dénonce les pratiques violentes d'empêchement du vote et de menace sur les candidats et les partis : l'abstention est un droit, mais priver les citoyens du droit de voter est une pratique fasciste*, explique le FFS -qui est même intervenu pour faire libérer des personnes arrêtées après avoir participé ou assisté aux saccages de ses permanences.

Enfin, pour ce qui concerne l'après-élections, le FFS, s'inspirant de l'exemple brésilien de la municipalité de Porto Alegre, propose de créer des conseils consultatifs au niveau des assemblées communales et wilayales, conseils dans lesquels les comités de quartier et de village, ainsi que le mouvement associatif, seront représentés, et qui participeront à la gestion directe des collectivités locales.

* locaux socialistes saccagés, candidats socialistes menacés, cadres socialistes agressés : où et quand sommes nous ? En Italie en 1922 ? Non : en Algérie, et en 2002...

(Liberté, Le Matin 18.9 / La Tribune, Liberté, Le Matin, El Watan 19.9) La campagne électorale pour les élections locales (municipales et wilayales) s'ouffre officiellement le 19 septembre -mais a en réalité commencé depuis plusieurs semaines, notamment en Kabylie. La campagne est marquée par des contestations au sein de tous les partis participant aux élections (mais également de certains partis les boycottant totalement, comme le RCD, ou partiellement, comme le PT), et en Kabylie par un triple affrontement (ou une triple contradiction) : entre les partisans du boycott des élections et le FFS, entre le FFS et les partis gouvernementaux ou proches du pouvoir (qu'ils participent ou non aux élections) et, au sein des aârchs et des comités locaux, entre les partisans d'un boycott pacifique et ceux d'un empêchement physique des élections.

En ce qui concerne les contestations au sein des partis, les sièges du FLN d'Aïn Defla et de Constantine ont été occupés par des militants en colère; à Bab Ezzouar, ce sont des candidats du Front National algérien qui se sont retirés de la liste pour protester contre des changements aportés à celle-ci par la direction wilayale du parti. Au sein du MRN d'Abdallah Djaballah, de nombreuses protestations de militants portent sur le maintien de candidatures "douteuses". En crise depuis les législatives de mai, qui ont vu sa défaite (au profit du FLN), le RND, majoritaire lors des dernières élections locales et wilayales (1997) pourrait subir un nouvel échec qui pourrait remettre son existence même (c'est-à-dire son utilité pour le pouvoir) en cause. Tous les partis en lice pour les élections connaissent en outre des retraits de candidatures. Le FFS annonce une vingtaine de retraits