TROUBLES : Kosove, Serbie - Guerre et Paix
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Kosove :

La dernière purification éthnique des Balkans ?


Mise à jour : 18 novembre 2006
©Pascal Holenweg, Geneve, 2006





Sommaire

Journal d'une crise


Les guerres en Yougoslavie (cartographie du Monde Diplomatique)

Kosove : l'ultime guerre de Milosevic ?

La recherche de la paix pendant la guerre
L'accord de paix du 3 juin 1999
L'action des organisations humanitaires et du TPI
L'internationalisation de la crise
La négociation politique
La rencontre de Rambouillet
Les élections en Yougoslavie, le 24 septembre 2000
Les élections municipales kosovares du 28 octobre
L'exode des Albanais



Albanie
Montenegro
Macédoine
Les Albanais en Suisse
Ressources internet

Politique : Après les massacres et la guerre, la négociation ?
1998

(AFP, Reuters 10.3) Le gouvernement serbe a invité le 10 mars les responsables albanais de Kosove à entamer un "dialogue ouvert" sur la crise, selon un communiqué diffusé par l'agence Tanjug. Le gouvernement serbe "invite les représentants responsables de la minorité nationale albanaise à un dialogue ouvert pour le règlement de toutes les questions concrètes, car c'est la seule voie permettant de faire progresser les processus politiques", mais maintient que "toutes les questions liées au Kosovo doivent être résolues en Serbie" et affirme que cette position repose sur un "consensus de toutes les forces politiques serbes". Belgrade invite les responsables albanais "à se démarquer du terrorisme et à se joindre à la condamnation unanime de ce fléau par la communauté in ternationale". Le gouvernement serbe affirme qu'il est "ouvert au dialogue et au règlement par des moyens politiques de toutes questions dont dépendent la réalisation des droits humains de tous les citoyens" de Kosove, et se dit prêt à en débattre en accord avec "la Constitution de la République de Serbie, les normes européennes et internationales, les principes de l'OSCE, la Charte de Paris et la Charte des Nations Unies" afin de "réaliser (...) tous les droits et principes contenus dans la résolution-cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales". "La Serbie établit une différence claire entre les terroristes et les membres de la minorité albanaise", affirme le communiqué, qui affirme également que les opérations dans la région de Drenica avaient pour seul objectif de "liquider les bandes terroristes", qu'elles avaient un caractère "strictement limité" et qu'elles ont été conduites "dans le respect des règles et de la sécurité des autres citoyens". L'offre de "dialogue" serbe a été rejetée le 10 mars par Adem Demaçi, chef du Parti parlementaire de Kosove, qui a déclaré que "cette proposition serbe est de la pure hypocrisie". L'armée de libération de Kosove (UCK) a pour sa part annoncé dans un communiqué diffusé le 10 mars à Prishtine qu'elle était "résolue à poursuivre la lutte pour la libération de la Kosove".

(ATS, AFP 11.3) Ibrahim Rugova, qui a déclaré qu'il n'avait "reçu aucune invitation de la part des autorités serbes" à participer à un "dialogue" sur la Kosove, a rejeté le 11 mars toute solution politique à la crise kosovar qui ne garantirait pas l'indépendance de la Kosove : "Une solution politique dans le cadre de la Yougoslavie n'est pas une solution", a déclaré le président kosovar, pour qui "une autonomie ne serait que source de nouveaux conflits". "Nous n'avons pas demandé une modification des frontières de la Kosove", a précisé Ibrahim Rugova", qui considère "que la meilleure solution pour la Kosove est la reconnaissance de son indépendance. Cela serait dans l'intérêt non seulement des Albanais mais dans celui des autres peuples et de la région dans son ensemble". Le président kosovar a appelé la communauté internationale a placer la Kosove "sous protectorat international comme solution provisoire" et a qualifié de "positive" la mission de médiation de Félipe Gonzalez. Ibrahim Rogiva s'est dit favorable à un "dialogue sans conditions" avec Belgrade, mais "avec une médiation de la communauté internationale". Il a appelé les Etats-Unis et l'Union européenne à s'engager pour faire cesser les violences en Kosove" et au respect du "droit légitime des Albanais à la liberté".

AFP, (Reuters 12.3, 13.3) Les dirigeants du mouvement national albanais ont annoncé le 12 mars leur refus de discuter avec la délégation serbe arrivée le même jour à Prishtinë, conduite par le vice-Premier ministre Ratko Markovic. "Toute discussion doit être préparée et son objet et son cadre doivent être définis. Personne ne nous a informés de quelque discussion que ce soit", a déclaré Fehmi Agani, dirigeant de la Ligue démocratique de Kosove (LDK). Pour la deuxième journée consécutive, les responsables albanais de Kosove ont boycotté le 13 une réunion organisée par les autorités serbes, à laquelle la délégation venue de Belgrade, conduite par le vice-Premier ministre de Serbie Ratko Markovic, les a vainement attendus. Les autorités serbes avaient entre temps émis une invitation écrite aux dirigeants du mouvement national albanais de Kosove. Selon Ratko Markovic, les dirigeants de la communauté albanaise reprocheraient à la délégation serbe de ne pas être représentative du gouvernement fédéral yougoslave, alors que "la position du gouvernement serbe est que le Kosovo fait partie de la Serbie et constitue une affaire intérieure" serbe, et non une affaire yougoslave, a rappelé Ratko Markovic. "Le gouvernement de Serbie reste entièrement ouvert à la discussion, à tout moment et en tout lieu du territoire de Serbie", a déclaré le vice-Premier ministre, qui avait affirmé à son arrivée à Prishtinë que le problème de la Kosove était "un problème d'Etat que nous sommes capables de résoudre par nos propres forces", mais avait également affirmé que le "cadre des discussions" avec les responsables albanais de Kosove était déterminé par l'"ordre constitutionnel existant". Un commentaire du Département d'Etat américain accusant Belgrade de se livrer à un "exercice de propagande" en liant leur offre de dialogue à des conditions inacceptable pour les Albanais, a été vivement condamné par la délégation serbe, qui a accusé les Américains d'"encourager les Albanais à éviter le dialogue".

(AFP 13.3) Ibrahim Rugova a appelé le 13 mars l'Occident à "soutenir l'aspiration du peuple de Kosove à la démocratie et à l'indépendance" et à un "engagement plus profond et plus rapide de la communauté internationale". Pour le président kosovar, l'indépendance de la Kosove est "la meilleure solution, y compris pour les serbes". Fehmi Agani, adjoint d'Ibrahim Rugova, a en outre précisé les raisons du refus des Albanais de Kosove d'entamer le "dialogue" proposé par les autorités serbes : celles-ci traitent "les Albanais comme une minorité nationale" alors qu'ils sont majoritaires en Kosove, elle insiste sur "une solution dans le cadre de la Serbie" et veut limiter le débat aux questions concernant les droits de l'Homme, le développemenent économique et culturel et l'enseignement en occulant la "question du statut" de la Kosove, ce qui équivaut à "miner par avance toute discussion". Adem Demaçi, chef du Parti parlementaire de Kosove, a également décliné l'invitation serbe, en expliquant que Belgrade voulait "ramener la question au niveau de la Serbie et non de la Yougoslavie", ce qui ne peut pas passer, la Kosove ayant été proclamée comme une République au sein de la Yoouoslavie, au même titre que la Serbie et le Monténégro, lors d'un référendum en 1991.

(AFP 11.3) Le gouvernement serbe a proposé le 10 mars aux "représentants responsables de la minorité nationale albanaise" (c'est-à-dire à la majorité de la population de Kosove) un "dialogue (...) sur toutes les questions dont dépend la réalisation des droits humains de tous les citoyens". Le gouvernement a réaffirmé sa position selon laquelle "toutes les questions liées au Kosovo doivent être résolues en Serbie". Fehmi Agani, dirigeant de la Ligue démocratique de Kosove (LDK) a répondu que l'offre de Belgrade n'était "pas sérieuse" et visait à "tromper l'opinion" dans la mesure où elle exclut toute discussion sur le statut de la province. Fehmi Agani a également qualifié d'"arrogante" l'attitude serbe, qui "amnistie le crime de Drenica tout en appelant à un prétentu dialogue", et considéré qu'il était déraisonnable "d'inviter les Albanais à débattre des droits de l'Homme (...) alors que l'ensemble de la communauté internationale insiste, comme le réclament depuis longtemps les Albanais, sur des discussions destinées à régler le statut de la Kosove". Quant à Adem Demaçi, président du Parti parlementaire de Kosove, il a qualifié l'offre serbe de "pure hypocrisie" : "Nous ne pouvons pas discuter (...) avec un couteau sous la gorge", a-t-il déclaré. Enfin, l'Armée de loibération de Kosove (UCK) a demandé le 10 mars dans un communiqué à la communauté internationale de "reconnaître" la Kosove "en tant qu'Etat".

(AFP 21.3) Environ 1'150'000 électeurs kosovars étaient appelés aux urnes le 22 mars pour élre leur président et renouveler leur parlement (100 députés élus au mode majoritaire, 18 à la proportionnelle avec un quorum de 3 %, 12 sièges sont réserbés aux Serbes et aux Monténégrins) dans des élections non reconnues par la Serbie ni la communauté internationale, mais qui sont un test majeur pour le président élu sortant Ibrahim Rugova (unique candidat à sa propre succession, après le retrait de la candidature de Liuleta Pulia, social-démocrate, et le refus d'Adem Demaci, président du Parti parlementaire, d'être candidat) et son parti, la Ligue démocratique de Kosove, partisans d'une ligne de résistance pacifique à la Serbie. Ce scrutin n'a "aucun statut légal", a déclaré l'émissaire américain pour les Bankans Robert Gelbard, qui a néanmoins précisé que "personne ne souhaiterait voir un homme nouveau à la tête des Albanais de Kosove, et surtout pas un élément plus radical (que Ibrahim Rugova)", critiqué par le Parti parlementaire de Kosove d'Adem Demaçi et par l'Union indépendante des étudiants albanais.

(AFP, Reuters 22.3) Les élections du 22 mars en Kosove se sont généralement déroulées dans le calme, malgré quelques incidents. A Kosovska Kamenica, la police a empêché les électeurs d'accéder au local de vote. et passé à tabac le président d'un bureau de vote à Kosovska Mitrovica. La police est également intervenue contre trois bureaux de vote à Obilic et à Strezovec, Le 21 mars, 100'000 bulletins de vote ont été saisie par la police dans un bus, mais la commission électorale kosovare les a réimprimés dans la nuit. A Prishtine, quelques cortèges de voitures serbes ont sillonné le centre-ville, drapeau serbe au vent. Tous les bureaux de vote avaient été "doublés" pour faire face à d'éventuelles interventions policières. Au total, 1336 bureaux de vote ont été installés. Les élections n'ont pu avoir lieu de la Drenice, encerclée par les forces serbes. La participation électorale a été forte. Dans certains quartiers de Prishtine, 30 % des électeurs avaient déjà voté deux heures seulement après l'ouverture du scrutin (qui sera ouvert pendant onze heures). A 15 heures, quatre heures avant la clôture du scrutin, le taux de participation moyen atteignait 72 %. Dans certaines localités, la participation devrait quasiment atteindre les 100 % des électeurs inscrits, comme à Podujevo, Istok et Kosovska Kamenica. Le président de la commission électorale, Tadej Rodiqi, a expliqué que l'annonce des résultats définitifs prendra peut-être plus de temps que prévu "car une large part de (l')électorat vit dans des zones rurales avec peu de moyens de transport et de communication" et un "grand nombre de policiers (serbes) présents en Kosove".

(AFP, Reuters, 23.3, 24.3) Un accord sur le retour des élèves albanais dans les établissements d'enseignement officiels a été signé le 23 mars entre les autorités serbes et les dirigeants albanais de Kosove, accord laissant toutefois en suspens la question des programmes scolaires et ne précisant pas la langue dans laquelle l'enseignement sera prodigué aux Albanais, mais prévoyant simplement le retour des Albanais dans les écoles d'où ils ont été chassés en 1991 parce qu'ils refusaient de travailler selon les programmes serbes. Un premier accord sur la réinsertion des élèves albanais dans le système scolaire, signé en septembre 1996 par Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova, était resté lettre morte. Le calendrier de l'accord du 21 mars, conclu sous la médiation de la communauté catholique de Sant'Egidio, prévoit la réouverture le 31 mars de l'Institut d'"albanologie" de l'Université de Prishtine, la désignation de trois facultés que les étudiants et les professeurs albanais pourront réintégrer au plus tard le 30 avril, puis de trois autres qu'ils pourront réintégrer le 30 mai au plus tard (les sept autres facultés pouvant être réintégrées au plus tard le 30 juin), l'utilisation des locaux alternativement par les étudiants serbes et albanais et l'accès des étudiants et professeurs albanais aux installations universitaires (bibliothèques, foyers) avant le 30 septembre). Un calendrier similaire est prévu pour les niveaux primaire et secondaire du système d'enseignement. Seule une version anglaise de l'accord a été signée le 21 mars par le ministre serbe chargé de la Kosove Ratomir Vico, le conseiller d'Ibrahim Rugova, Fehmi Agani, et le représenté de la communauté de Sant'Egidio Vincenzo Paglia. L'accord a été violemment dénoncé par des représentants des Serbes de Kosove. "Il ne peut y avoir en Serbie d'autre université que serbe", a déclaré le recteur serbe de l'université de Prishtine, Radovan Papovic, qui a affirmé qu'"aucune minorité nationale au monde ne possède sa propre université" et que les albanais pouvaient "venir à l'université à condition d'étudier en serbe" et "en vertu du droit serbe". Le recteur a affirmé devant des milliers de serbes rassemblée devant la faculté de philologie de Prishtine que "la signature de l'accord marque le début de la désintégration du peuple serbe" et a garanti que l'université de Prishtine "est une université serbe et restera une université serbe". Le Conseil des professeurs de l'université a lui aussi condamné l'accord, le considérant "non seulement illégal et anticonstitutionnel mais aussi une condition préalable à la réalisation de l'objectif des séparatistes" albanais. Pour sa part, le ministre serbe chargé de la Kosove Ratomir Vico a déclaré que l'accord représentait "la défaite du séparatisme, qui a grandi en poussant sur le système éducatif". Du côté albanais, on doute que l'accord soit même mis en oeuvre. Les Serbes de Kosove ont manifesté le 23 mars, à l'appel des étudiants serbes, pour la "sauvegarde du sud de la Serbie et de l'université serbe", au lendemain des élections organisées par le mouvement national albanais de Kosove, et le jour même de la signature d'un accord sur le retour des Albanais dans les établissements scolaires de la province. La manifestation a eu lieu à Prishtine. Elle a rassemblé de 20'000 à 45'000 personnes, dont une bonne partie venues de la Serbie (hors Kosove)

(AFP 24.3, Le Monde 26.3) Interrogé par "Le Monde", Ibrahim Rugova a expliqué l'offensive serbe dans la Drenice par "une volonté évidente de faire pression sur le population, de lui faire peur", et a rappelé que "certains extrémistes serbes ont toujours dans la tête des plans de purification éthnique" pour la Kosove. "Il existe sans doute une volonté de provoquer un conflit, de faire mal, et de multiplier les menaces contre des personnes désarmées et sans protection", constate le président kosovar, qui qualifie l'UCK de "groupes frustrée et hétéroclites", sans exclure que "les services secrets serbes puissent (y) jouer un rôle". En revanche, Ibrahim Rugova ne croit "pas du tout qu'il existe une armée organisée" dans une région "trop contrôlée, et depuis trop longtemps". Pour lui, l'UCK est un "prétexte" utilisé par la police serbe "pour organiser des représailles contre des familles sans défense". S'agissant du "dialogue" avec les autorités serbes, Ibrahim Rugova considère qu'"il faut maintenant commencer les discussions sur un accord politique" et "qu'un médiateur soit désigné pour faciliter ces échanges et en garantir les résultats". "J'ai été élu président pour réaliser l'indépendance", conclut le leader albanais, pour qui "le temps est venu de la reconnaître", car elle est "le seul moyen de stabiliser la région et d'éviter son embrasement", alors que "c'est le statu quo, le maintien de la situation actuelle, qui est sans aucun doute le plus lourd de dangers". Le 24 mars, Ibrahim Rugova avait annoncé avoir chargé une équipe de 15 personnes de "préparer une plate-forme de négociation avec des représentants" de Slobodan Milosevic, sans préciser s'il dirigerait lui-même la délégation albanaise lors d'éventuelles négociations avec Belgrade. Ibrahim Rugova a donc indirectement affirmé son intention de négocier avec le gouvernement yougoslave et non avec le gouvernement serbe, et a réaffirmé son exigence d'une médiation internationale. L'équipe chargée de préparer la "plate-forme" de négociation comprend notamment le Premier ministre du gouvernement kosovar en exil, Bujar Bukoshi, et le chef du Parti parlementaire de Kosove, Adem Demaçi, ainsi que les dirigeants de la Ligue démocratique de Kosove Fehmi Agani, Hydajet Hyseni, et des représentants d'autres partis et organisations (le PDC, le Comité des droits de l'Homme, l'Union des étudiants), plus des personnalités indépendantes.

(AFP 2.4) Le président Slobodan Milosevic a proposé le 2 avril la tenue en Serbie d'un référendum sur la question "Acceptez-vous la participation de représentants étrangers à la résolution du problème du Kosovo", référendum dont l'issue (la victoire du "non") ne ferait guère de doute. La proposition de Slobodan Milosevic a été aussitôt approuvée par le président serbe Milan Milutinovic et par le chef du parti radical (extrême-droite) Vojislav Seselj, vice-Premier ministre, et rejetée par le mouvement national albanais de Kosove. Dans la lettre qu'il a adressée au président serbe et au président du parlement serbe, Dragan Tomic, Slobodan Milosevic justifie sa proposition en expliquant qu'"à la question de savoir" si le refus yougoslave "d'accepter la participation de représentants étrangers dans la règlement des problèmes au Kosovo" est une politique "juste" ou non, "la réponse ne peut être donnée que par les citoyens eux-mêmes. Fehmi Agani, Conseiller d'Ibrahim Rugova, a quant à lui qualifié l'organisation du référendum proposé par Slobodan Milosevic de "pure manipulation" et d'"obstruction" pour "empêcher ou (faire) traîner d'éventuelles négociations".

(AFP 3.4, 4.4, 5.4) La proposition de Slobodan Milosevic d'organiser en Serbie un référendum sur le principe d'une médiation étrangère dans la crise kosovare a été approuvée par les autorités serbes, mais qualifiée de "manoeuvre" par l'OTAN et rejetée par les responsables albanais de Kosove et par une partie de l'opposition yougoslave. Le président, le Premier ministre et le président du Parlement serbes ont approuvé la proposition, qui sera examinée par le parlement serbe dès le 6 avril. Le référendum devrait, s'il est approuvé par le parlement, avoir lieu entre le 6 mai et le 6 juillet, mais sans doute pas avant la prochaine réubnion du Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie le 25 mai. L'une des demandes les plus pressantes du Groupe est précisément l'acceptation par Belgrade d'un émissaire chargé de faciliter le dialogue entre Serbes et Albanais. La proposition référendaire de Slobodan Milosevic a été soutenue par le Parti socialiste serbe (c'est-à-dire son parti), la Gauche unie yougoslave (le parti de sa femme) et par le Parti radicale serbe (extrême-droite). Elle a par contre été rejetée comme "peu claire et purement démagogique" par le chef du Parti démocratique, Zoran Djindjic, dénoncée comme un "appel à la confrontation (avec) la communauté internationale" par le Parti du renouveau et considérée comme "étrange" par Vesna Pesic, de l'Alliance civique, qui a rappelé que Slobodan Milosevic "avait traité de problèmes beaucoup plus importants sans consulter personne". En Kosove, Ibrahim Rugova a également rejeté le projet de Milosevic, qui selon lui "n'est pas sérieux et a pour but de bloquer le règlement de la question" kosovare. Enfin, le Secrétaire général de l'OTAN Javier Solana a qualifié l'initiative du président yougoslave de "manoeuvre dilatoire pour augmenter le risque d'un conflit" et de "nouvelle erreur de la part du président Milosevic". Une position semblable a été exprimée par le Premier ministre albanais Fatos Nano. Le président du Monténégro, Milo Djukanovic, a lui aussi rejeté le proposition de référendum, que le représentant du ministère français des Affaires étrangères, Jacques Blot, a également récusée.

(AFP 5.4) Le régime de Belgrade a lancé une grande offensive de propagande pour convaincre les Serbes de rejeter massivement en référendum toute médiation étrangère dans la crise kosovare. Les media officiels, la presse pro-gouvernementale et les partis au pouvoir appellent les Serbes à opposer un "non historique" aux pressions internationales. L'agence officielle Tanjug diffuse régulièrement de longues listes de messages de soutien à la proposition référendaire de Slobodan Milosevic. L'issue du référendum laisse si peu de doute que la Secrétaire générale du Parti socialiste serbe (le parti de Milosevic) a annoncé le 4 avril que "le référendum sera un succès et que les citoyens voteront "non" à l'ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Serbie". Dans le même temps, l'agence Tanjug a lancé le 5 avril une violente attaque contre le Comité Helsinki des droits de l'Homme de Belgrade, en l'accusant d'"appeler à une intervention étrangère" en Kosove et en accusant deux des animateurs du comité, Sonja Biserko et Novak Pribicevic d'être "payés par un gouvernement étranger" et "par la Fondation Soros". La Fédération des comités Helsinki a publié le 3 avril une déclaration dans laquelle elle-même et les comités kosovar, serbe, monténégrin, albanais, macédonien et grec appellent au déploiement en Kosove d'une "force internationale de prévention". Le Comité Helsinki de Belgrade s'est également prononcé contre l'initiative référendaire du président Milosevic, considérant qu'elle visait "à rallumer la flamme d'une hystérie nationaliste et d'une confrontation xénophobe" -en réponse à quoi l'agence Tanjug a accusé les opposants au référendum d'être des "fauteurs de guerre".

(AFP 3.4) L'indépendance de la Kosove est la "meilleure solution" du problème kosovar, a réaffirmé le 3 avril Ibrahim Rugova, qui a rappelé que les Albanais de Kosove s'étaient déjà prononcés pour l'indépendance par référendum en 1991. Ibrahim Rugova a précisé que si l'indépendance de la Kosove était obtenue, les Serbes vivant en Kosove "bénéficieraient de tous les droits", et a réitéré la demande que "les négociations sur le problème de la Kosove (se déroulent) avec la médiation d'une tierce partie". Pour Ibrahim Rugova, la résolution de l'ONU imposant un embargo sur les armes à l'encontre de Belgrade et appelant Serbes et Albanais à un accord était "un pas important dans les efforts visant à régler le problème de la Kosove et à prévenir un éventuel conflit dans la région". Le président kosovar a également réitéré sa position selon laquelle la Kosove devrait être placée sous protectorat international en attendant une solution définitive.

(AFP 6.4, Reuters 8.4) Ibrahim Rugova a nommé le 6 avril une équipe de quatre négociateurs en vue d'éventuelles discussions avec les autorités de Belgrade. L'équipe est composé de Fehmi Agani, proche collaborateur d'Ibrahim Rugova, Mahmut Bakali, ancien dirigeant communiste, Veton Surroi, rédacteur en chef du quotidien "Koha Ditore" et Pajazit Nushi, président du Comité des droits de l'Homme de Kosove. Ils travailleront à élaborer une "plafe-forme" qui sera soumise aux "institutions de la République de Kosove", selon un communiqué du Centre d'information de Kosove. Le porte-parole des négociateurs albanais, Blerim Shala, a indiqué qu'ils ne rencontreraient pas le 7 avril une délégation du gouvernement serbe, "leur offre ignorant les recommandations du Groupe de contact sur la présence d'une tierce partie", rejetée par Belgrade au nom du caractère "exclusivement intérieur à la Serbie" du problème de la Kosove. La venue annoncée du président serbe Milan Milutinovic, annoncée dans l'après-midi par l'agence Tanjug, "en raison de l'importance des entretiens avec la minorité nationale albanaise", n'a pas changé la position albanaise, "car ce n'est pas une question de personnalité", a précisé Fehmi Agani, pour qui "une convocation qui qualifie les Albanais de minorité nationale" alors qu'ils représentent 90 % de la population de Kosove "exclut d'avance tout dialogue sérieux". "Nous nous en tenons à la lettre de ce qui a été décidé. Nous ne réclamons rien de spécial aux Serbes, juste ce que le Groupe de contact a demandé à Belgrade de faIre", a expliqué Blerim Salla, porte-parole de l'équipe de négociateurs albanais nommés par Ibrahim Rugova.

(Reuters, AFP 7.4) Les représentants albanais de Kosove ont à nouveau boycotté le 7 avril la rencontre à laquelle ils avaient été invités par les autorités serbes, et à laquelle participait le président serbe Milan Milutinovic, qui a qualifié leur absence d'"irresponsable" et a accusé "les partis albanais" d'être "utilisés comme un alibi autorisant de nouvelles pressions sur notre pays". Le mouvement albanais de Kosove accepte de discuter les autorités yougoslaves, mais pas avec les autorités serbes,; il veut en outre discuter de l'indépendance de la Kosove -ce que refuse Belgrade- et refuse de rencontrer qui que ce soit sans la présence d'un médiateur international et avant le retrait de toutes les unités de police serbe de Kosove. Ils sont soutenus dans cette position par le gouvernement albanais, dont le ministre des Affaires étrangères, Paskal Milo, a soutenu le boycott des discussions avec les Serbes. La Russie par contre a enjoint le 7 avril les Albanais à "s'asseoir à la table des négociations le plus vite possible". La rencontre du 7 avril n'a finalement réuni que les représentants serbes et ceux des minorités tzigane, turque et musulmane non albanaise. Le président serbe a accusé les Albanais de "bloquer le processus de règlement politique" de la crise et a affirmé que leur boycott "donne raison à notre initiative de demander aux citoyens de notre République, y compris à ceux de la minorité nationale albanaise, de se prononcer sur la manière dont nous devons résoudre nos problèmes intérieurs"

(AFP 6.4, Reuters, AFP 7.4) Le Parlement serbe, saisi de la proposition du président yougoslave Slobodan Milosevic d'organiser un référendum sur la présence de médiateurs étrangers dans les discussions avec les Albanais de Kosove, a amendé le 6 avril la loi serbe sur les référendums afin de pouvoir organiser celui proposé le plus tôt possible, en abaissant de 30 à 15 jours le délai minimum entre la convocation d'un référendum et sa tenue. Le gouvernement serbe a proposé que le référendum ait lieu le 23 avril. Cette proposition a été approuvée le 7 avril par 193 voix contre 4. Le représentant de la Coalition de Voïvodine, Nenad Cacak, a accusé le gouvernement de conduire "le pays à une situation où la crise du Kosovo sera résolue par la guerre" et a prédit que la Serbie perdra cette guerre. Le référendum aura dont lieu en principe deux jours avant l'expiration du délai donné par le Groupe de contact sur l'ex-Yougoslavie aux autorités de Belgrade pour qu'elles retirent leurs forces spéciales de police de Kosove et entament un dialogue effectif avec la direction albanaise de Kosove.

(AFP 8.4) Le gouvernement serbe a demandé à sa délégation qui tente depuis le 12 mars de rencontrer les représentants des Albanais de Kosove, d'examiner "avec les représentants intéressés" les "bases et principes qui prépareront un projet de décision statutaire sur le Kosovo qui serait soumis au Parlement serbe". Le gouvernement serbe accuse les Albanais, qui refusent de participer au "dialogue" aux conditions posées par la Serbie, de renoncer "à la possibilité d'affirmer leurs position" et de vouloir "s'adjuger le monopole d'une décision sur le dialogue", ce que la Serbie considère comme "inacceptable et contraire aux principes démocratiques". Pour le gouvernement serbe, la question kosovare doit être réglée "avec tous ceux qui veulent (la) résoudre, qu'ils soient Serbes, Monténégrins, Albanais, Musulmans, Tziganes ou Turcs, c'est-à-dire tous ceux qui vivent au Kosovo".

(AFP 9.4, 10.4, 11.4, 12.4, 13.4, 14.4) Des dizaines de milliers d'Albanais ont manifesté sans incident le 9 avril à Prishtine, malgré un important dispositif policier qui leur a interdit l'artère centrale de la ville, dispositif qu'ils ont contourné pour défiler sur une avenue parallèle. La manifestation était convoquée par 14 partis politiques et organisations albanais(es) pour protester "contre la violence et la terreur serbes". Les organisateurs ont appelé tous les Albanais de Kosove "à se montrer et à circuler dans les rues des villes de Kosove" tous les jours pendant une demi-heure de midi à midi et demie "pour témoigner de leur présence en Kosove et de leur détermination à y rester". Ces manifestations quotidiennes seront tenues sous le slogan "La Kosove est la plus grande prison du monde". Le 10 avril, la première de ces manifestations a réuni plus de 20'000 personnes dans l'avenue principale de Prishtine, sans aucune présence policière particulière. Les manifestations ont repris le 11,et 10'000 personnes y ont pris part à Prishtine. Des incidents se seraient produits après la manifestation, un groupe de civils serbes armés de barres de fer ayant attaqué des Albanais sous le regard des policiers (serbes), qui ne sont pas intervenus. Des manifestations ont également eu lieu à Prizren, Gnjilane, Suva Reka, Pec, Malisevo, Stimlje, Orahovac, General Jankovic, Kacanik, Urosevac. Le 12 avril, 5000 personnes ont encore manifesté sans incident à Prishtine, sans présence policière visible. Des manifestations ont également eu lieu le même jour à Vucitrn, Stimlje, General Jankovic et Kacanik. 7000 à 8000 Albanais ont manifesté dans le calme les 13 et 14 avril à Prishtine. De semblables manifestations ont eu lieu à Prizren, Kosovska Mitrovica, Podujevo, Vucitrn, Kosovska Kamenica. Toutes ces manifestations se sont déroulées et dispersées sans incidents, ni présence policière particulière sauf à Podujevo.

(AFP 16.4) Une nouvelle rencontre entre une délégation serbe et des délégations des minorités nationales turque, tzigane et musulmane non-albanaise de Kosove, à nouveau boycottée par les représentants albanais, a eu lieu le 16 avril à Prishtine. La délégation yougoslave est arrivée avec un propjet de "statut provisoire pour la province autonome de Kosove", impliquant la création d'un Parlement kosovar. La Serbie proposerait à la Kosove un "statut d'autonomie territoriale sans les attributs d'Etat". Le statut prévoierait la possibilité pour les "minorités nationales" de suivre l'enseignement dans leur langue maternelle. La délégation serbe et les délégations des minorités nationales ont également discuté de "la question des droits de l'Homme, des droits nationaux et civiques", selon le vice-Premier ministre serbe (et chef de la délégation serbe Ratko Markovic), pour qui la question est de savoir si le problème kosovar réside dans le respect des droits des Albanais ou dans leurs "aspirations territoriales", sur lesquelles il n'est pas question pour les Serbes d'entamer un "dialogue" car, selon Ratko Markovic, "la scission d'une quelconque partie de la Serbie" équivaut à une "capitulation". Pour le porte-parole d'Ibrahim Rugova, les visites de la délégation serbe à Prishtine ne sont qu'un "rituel politico-propagandiste" alors qu'en réalité "le régime de Belgrade fait obstruction à un vrai dialogue".

(AFP 20.4, 23.4) Les autorités serbes poursuivent une campagne d'envergure pour convaincre le maximum d'électeurs de participer au référendum du 23 avril sur la "participation de représentants étrangers au règlement des problèmes au Kosovo". Tous les partis politiques serbes appellent à voter "non", à l'exception du Parti démocrate de Zoran Djindjic et de l'Alliance civique de Vesna Pesic, qui ont appelé au boycottage de la consultation. Le mouvement albanais de Kosove boycotte également le scrutin, qualifié par l'un des membres de l'équipe de négociateurs désignée par Ibrahim Rugova, Veton Surroi, de "nouveau pas de Milosevic dans sa politique de confrontation avec le monde". Pour l'Alliance civique, la consultation a pour seul but de procurer à Slobodan Milosevic "un alibi pour son autocratie et son aventurisme politique". La commission électorale a prévu de nombreuses facilités pour encourager la population à accomplir son "devoir patriotique" en allant voter (vote anticipé vote par correspondance). Pour que le référendum soit valide, la participation doit être supérieure à 50 % des inscrits. Selon un sondage, 72 % des inscrits auraient l'intention de rendre aux urnes, dont 79 % pour voter "non".

(AFP 23.4, 24.4) La participation électorale pour le référendum serbe sur la médiation internationale dans la crise kosovare semble avoir été assez forte. Selon l'AFP, le taux de participation dépassait les 20 % quatre heures après l'ouverture du scrutin (organisé de 7 heures du matin à 8 heures du soir) dans plusieurs locaux de vote de Belgrade, et serait supérieur à celui enregistré lors de l'élection présidentielle serbe du 21 décembre. 7,2 millions d'électeurs étaient convoqués aux urnes. Le référendum a été massivement boycotté en Kosove, où seuls les Serbes et les autres minorités de la province se sont déplacés pour aller voter. Selon les résultats officiels, 94,73 % des votants ont répondu "non" et la participation a atteint 73 %. 3,41 % des votants ont répondu "oui".

(AFP, Reuters 8.5) La Yougoslavie a rejeté le 8 mai l'offre de médiation étrangère en Kosove. Le directeur politique du ministère yougoslave des Affaires étrangères, Dragomir Vuicevic, a déclaré qu'il était "inacceptable que des représentants étrangers viennent chez nous et s'occupent des affaires intérieures de notre pays", et a précisé que Felipe Gonzalez était le bienvenu à Belgrade -mais pour parler de la normalisation des relations entre la Yougoslavie et l'OCDE. La refus yougoslave d'une médiation internationale sur le conflit kosovar a été confirmé dans une lettre, et il s'étend à celui de l'installation de missions de longue durée de l'OSCE en Kosove, au Sandzak et en Voïvodine, tant que "les droits de la RFY en tant que membre de l'OSCE" n'auront pas été rétablis. Felipe Gonzalez a pour sa part rappelé que le Groupe de contact avait fixé au 9 mai la date de l'entrée en vigueur de nouvelles sanctions en cas de refus de dialogue par Belgrade, et les a estimées "évitables" en cas de "réponse rapide". Il a cependant considéré que la position de Slobodan Milosevic restait "peu utile, et plutôt négative".

(AFP 15.5) Les présidents yougoslave Slobodan Milosevic et kosovar Ibrahim Rugova se sont rencontrée pour la première fois le 15 mai à Belgrade, au Palais présidentiel. En annonçant la rencontre, l'agence officielle yougoslave Tanjug a tenu à précisé qu'"aucun représentant étranger n'y prend part", condition posée par Slobodan Milosevic et finalement acceptée par Ibrahim Rugova, sur pression des émissaires américains Richard Holbrooke et Robert Gelbard. Des pourparlers entre délégations serbo-yougoslaves et albanaises devraient commencer avant la fin du mois de mai, à un rythme hebdomadaire. Les USA, qui se défendrnt de vouloir jouer un rôle de médiateurs (mais le jouent néanmoins) ont parraîné la rencontre, qui implique désormais la Yougoslavie en tant que telle (et non plus la seule Serbie). En se rendant à Belgrade, Ibrahim Rugova, accompagné de quatre conseillers, Fehmi Agani, Pjazit Nushi, Mahmut Bakalli et Veton Surroi, a affirmé qu'il rencontrait Slobodan Milosevic "avec un mandat pour plaider en faveur de l'indépendance de la République de Kosove", alors que de source yougoslave, on soulignait que Slobodan Milosevic était prêt à "discuter de tout, sauf de l'indépendance du Kosovo".

Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova se sont mis d'accord pour entamer dans un délai d'une semaine des discussions sur l'avenir de la Kosove, entre délégations serbe et albanaise, à un rythme hebdomadaire, probablement dès le 22 mai, à Prishtine. La"délégation d'Etat" serbo-yougoslave sera conduite par le vice-Premier ministre serbe Ratko Markovic et comprendra deux autres vice-Premiers ministres serbes, Tomislav Nikolic et Milovan Bojic le vice-Premier ministre yougoslave (et ministre serbe sans portefeuille) Vladan Kutlesic et le vice-ministre yougoslave de la Justice Radoslav Rajakovic. La délégation albanaise comprendra les quatre conseillers d'Ibrahim Rugova qui ont participé à l'entrevue initiale du 15 mai, Pajazit Nushi, Mahmut Bakalli, Fehmi Agani et Veton Surroi, ainsi que deux autres représentants à désigner pour remplacer les dux mandataires kosovars qui ont démissioné du groupe des négociateurs pour protester contre la rencontre Milosevic-Rugova. Pour Slobodan Milosevic, le contact entre Ibrahim Rugova et lui "doit marquer le début d'un règlement pacifique des problèmes du Kosovo". Dans un communiqué, le président yougoslave a prôné "un dialogue direct" pour trouver "des solutions pacifiques, humaines, justes et durables aux problèmes du Kosovo", fondées "sur l'égalité de tous les citoyens et de toutes les communautés nationales" vivant en Kosove. Ibrahim Rugova a également estimé que cette rencontre constituait "un premier vers le règlement du problème de la Kosove" et a déclaré que l'entrevue s'était déroulée dans "une atmosphère de tolérance et de compréhension" permettant un "dialogue sans conditions, chaque partie exposant ses opinions". et qu'il semblait y avoir de la part de Slobodan Milosevic "une volonté d'avancer vers une solution politique pacifique". Veton Surroi, l'un des conseillers d'Ibrahim Rugova, a cependant mis en garde contre tout "otpimisme euphorique" et consaté que les divergences demeuraient "très sérieuses et profondes" entre Belgrade et les Kosovars, "le niveau de la violence en Kosove" menaçant sérieusement "non seulement des vies humaines mais aussi l'avenir du processus de négociation".

(AP, AFP, Reuters 3.6, 4.6, 5.6) La délégation albanaise aux négociations avec Belgrade a annoncé le 4 juin qu'elle refusait de rencontrer le 5 les représentants serbo-yougoslaves pour poursuivre les négociations sur l'avenir de la Kosove : "L'escalade de la force contre les civils albanais est en contradiction avec l'esprit de ces discussions (et) rend impossible la poursuite des négociations", a déclaré Fehmi Agani. "La fin de la répression et le retrait des forces militaires et policières de Kosove sont les conditions d'une éventuelle reprise des pourparlers", avait déjà déclaré le 3 juin l'un des négociateurs albanais, Pajazit Nushi. Les négociateurs albanais ont cependant précisé que leur absence lors des discussions du 5 juin ne signifiait pas qu'ils "(claquaient) la porte pour de bon" mais qu'ils voulaient "seulement de bonnes conditions pour négocier". Le représentant du gouvernement serbe en Kosove, Veljko Odalovic, a expliqué pour sa part que les forces serbes ne faisaient que "répondre aux attaques terroristes". Le 5 juin, la rencontre serbo-albanaise n'a donc pas eu lieu, malgré les efforts tentés par l'ambassadeur américain en Macédoine pour convaincre les Albanais de poursuivre les pourparlers.

(Reuters, AFP 4.6, 7.6) L'UCK a critiqué le 4 juin les dirigeants politiques albanais de Kosove : "Les forces politiques albanophones sont indifférentes à notre combat et nous ignorent, et ainsi se sont coupées du peuple", a déclaré au journal "Bujku" l'un des commandants de l'UCK, "Celiku". "Il ne peut pas y avoir de négociations sur la Kosove sans la participation de nos représentants", a ajouté "Celiku". Le ministre de l'Information de Kosove, Xhafer Shatri, a demandé aux responsables albanais de Kosove de "décréter d'urgence la mobilisation générale et l'état de guerre, si les massacres n'ont pas cessé d'ici une semaine". Dans un communiqué publié le 7 juin par le quotidien "Koha Dittore", l'UCK a appelé tous les Albanais de Kosove de 18 à 55 ans à se joindre à la "lutte pour la libération". L'organisation appelle les Kosovars à "prendre les armes, à contenir l'infanterie serbe et à creuser des tranchées contre l'artillerie et les blindés", et invite les Albanais de Kosove réfugiés en Albanie à revenir en Kosove pour "aider la lutte de libération du pays". Pour l'UCK, il faut "abandonner l'illusion qu'une guerre pourra être évitée".

(Reuters 10.6) Pour la première fois depuis le début de la crise kosovare, le Conseil suprême de défense yougoslave s'est réuni le 9 juin à Belgrade pour discuter de la crise. Le président yougoslave Slobodan Milosevic a présidé la réunion. Le Conseil rassemble les présidents serbe et monténégrin, des ministres du gouvernement fédéral et le chef de l'armée fédérale, le général Momcilo Peresic.La présence du président monténégrin Milo Djukanovic, opposant à Slobodan Milosevic, à cette réunion, la première du Conseil de défense à laquelle il ait assisté, constitue une reconnaissance de sa légitimité en tant que président, alors que Belgrade la contestait jusqu'alors.

(AFP 10.6) Le coût du conflit en Kosove et les sanctions financières et économiques contre Belgrade commencent à épuiser la Serbie et menacent de provoquer une hyperinflation et des troubles sociaux. Les frais d'entretien des troupes en Kosove ont été multipliés par deux et sont passés pour la seule police des 25 millions de dollars mensuels prévus à 50 millions, soit 12 % du PIB mensuel, à quoi il faut ajouter les 15 millions de dollars mensuels nécessaires au maintien de 20'000 soldats de l'armée fédérale. Un mois de guerre en Kosove représente la moitié des fonds nécessaires au peiement des pensions de retraite, versées actuellement avec deux mois de retard. La hausse des prix a atteint 23 % pour les cinq premiers mois de 1998, les tarifs de l'électricité ont été augmentés de 32 % et les estimations du taux d'inflation annuel pour 1998 le situent à 100 %. Les réserves en devise ne représentent plus que 160 millions de $, au lieu du milliard et demi escompté. La dette extérieure se monte à 11 milliards de $.

(AFP 15.6, AP 16.6) L'UCK s'est déclarée, dans un communiqué, prête à négocier avec Belgrade, "une fois que toutes les forces ennemies seront retirées de Kosove". L'UCK a désigné le 12 juin un porte-parole officiel, Jakup Krasniqi, qui a affirmé à la télévision albanaise, captée à Prishtine, que l'organisation avait "formé un immense territoire libre en Kosove", représentant 40 % de la Kosove. Il a énoncé trois conditions préalables au dialogue avec Belgrade : le retrait "de toutes les forces ennemies du territoire" kosovar, la médiation d'un "facteur international influent" et une "préparation approfondie" des pourparlers. Jakup Krasniqi a estimé que le "pluralisme politique au sein des Albanais de Kosove est devenu un luxe" et que le mouvement national albanais a "besoin d'un pouvoir politique et militaire qui combatte pour la liberté et l'unification" avec l'Albanie. De source officieuse, des membres de la Ligue démocratique de Kosove d'Ibrahim Rugova auraient rejoint l'UCK, à l'instar de Jakup Krasniqi lui-.même, qui a affirmé que l'organisation entendait rester à l'écart de tout parti politique, y compris le Parti parlementaire, dont le leader Adem Demaçi la soutient ouvertement : "la seule idéologie que reconnait l'UCK est l'appartenance à la nation albanaise".

(AFP, Reuters 18.6) Le gouvernement serbe a appelé le 18 juin les Albanais de Kosove à renouer le dialogue "le plus rapidement possible" pour arrêter la violence dans la région. Le ministre de l'Information, Aleksandar Vucic (extrême-droite) a dénoncé les "attaques criminelles des terroristes albanais contre les forces de l'ordre" et la "volonté de certains responsables politiques albanais d'éviter le dialogue". Le ministre a invité l'Occident à faire pression sur les Kosovars pour qu'ils acceptent un "dialogue de toute urgence". Le ministre yougoslave des Affaires étrangères Zivadin Jovanovic a quant à lui affirmé que son gouvernement était prêt à entamer "immédiatement" un "dialogue inconditionnel" avec les responsables albanais, pour résoudre par des "moyens politiques pacifiques" la crise kosovare. Le ministre a cependant réitéré le refus yougoslave de toute présence d'un médiateur international dans ce dialogue.

(AFP 24.6) Ibrahim Rugova a plaidé en vain le 24 juin à Bruxelles, devant le secrétaire général de l'OTAN Javier Solana, pour l'indépendance de la Kosove, et n'a obtenu que le soutien de la communauté internationale à ses efforts pacifiques de solution du conflit. Le Secrétaire général de l'OTAN Javier Solana a demandé à Ibrahim Rugova de reprendre "immédiatement" et sans préalable les négociations avec Belgrade, et s'est à nouveau prononcé à la fois contre le "statu quo" et contre l'indépendance. Pour Ibrahim Rugova, cependant, "la meilleure solution reste l'indépendance avec toutes les garanties possibles pour les Serbes" de Kosove. Le président kosovar a rejeté l'idée d'une fusion avec l'Albanie, réclamé une présence militaire de l'OTAN en Kosove et l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne. Il qualifié de "bien pour un commencement" l'envoi en Kosove d'une équipe internationale d'observateurs.

(AFP 27.6) Le Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic a catégoriquement écarté le 27 juin à Crans-Montana, en Suisse, où il participe à un forum international, l'idée que la Kosove devienne une troisième république fédérée au sein de la Yougoslavie, aux côtés de la Serbie et du Monténégro. L'idée avait été suggérée la veille par la Premier ministre albanais Fatos Nano. Pour Momir Bulatovic, "ce serait le premier pas vers la sécession du Kosovo". Le Premier ministre yougoslave a limité les discussions possibles à celles portant sur le degré d'autonomie de la Kosove au sein de la Serbie, et rejeté les difficultés du dialogue sur les Albanais, en reprochant à Ibrahim Rugova de pas avoir "le contrôle (des) groupes terroristes qui tirent au Kosovo" et aux Albanais de vouloir "constituer leur propre Etat sur le territoire de la République de Serbie".

(AFP 2.7) Partisans et adversaires d'Ibrahim Rugova ont engagé une bataille politique pour le contrôle de l'UCK, que les USA ont invité à accepter l'autorfité d'Ibrahim Rugova, président élu de Kosove, à qui les chefs des partis albanais "radicaux" ont cependant contesté le droit d'imposer son autorité. Lors d'une réunion des partis politiques albanais, le 1er juillet à Prishtine, Ibrahim Rugova a insisté sur l'installation rapide du parlement kosovar issu des élections du 22 mars (largement dominé par son parti, la LDK), et d'un gouvernement nommé par ce parlement. C'est ce gouvernement qui, selon Ibrahim Rugova, devrait "coordonner l'ensemble des activités politiques dans la province et l'action de l'UCK", à quoi les partis de l'opposition kosovare ont répondu en demandant la création immédiate d'un "Conseil national de Kosove", représentant équitablement tous les partis et coiffant l'UCK. Au sein même de l'UCK, deux courant s'affronteraient, l'un s'opposant à toute subordination de l'organisation armée à une institution politique, l'autre l'acceptant et étant prêt à reconnaître l'autorité du gouvernement kosovar, dirigé par Bukar Bukoshi -lequel a nommé un "représentant qui aura de larges compétences pour organiser l'autodéfense et la résistance de la population albanaise"

(AP 7.7, AFP 4.7, 9.7, 11.7, 12.7) Dans un entretien au magazine allemand "Der Spiegel", le porte-parole de l'UCK, Jakup Krasniqi, affirme que son organisation n'acceptera pas de se mettre "sous les ordres de Rugova" dont la politique "au cours des dix dernières années (...) n'a conduit qu'à des échecs". "Rugova a fait trop d'erreur (...). En ce moment, ce n'est pas Rugova qui décide pour la Kosove, c'est l'UCK", qui est "la réunion de tous les Albanais des Balkans" et "parle le seul langage que le pouvoir serbe comprenne : la violence", a ajouté Jakup Krasniqi, qui a affirmé que les personnes rencontrées par les représentants américains Robert Gelbard et Richard Holbrooke et présentées comme des représentants de l'UCK n'étaient pas autorisées à parler au nom du mouvement. Au quotidien albanais de Prishtine "Koha Ditore", un autre parole de l'UCK, vivant en Suisse, Tahir Geci, a déclaré que "si Ibrahim Rugova veut rester à la tête de la Kosove, il devra enfiler l'uniforme de l'UCK". Jakup Krasniqi a à nouveau exprimé sa défiance envers Ibrahim Rugova dans un entretien avec "Koha Ditore" le 11 juillet, en précisant que "l'UCK ne reconnaît pas les résultats (des élections présidentielles kosovares) car elles ont eu lieu en temps de guerre". Le porte-parole de l'UCK demande aux partis politiques kosovars de "décréter un moratoire sur leurs activités et de s'unir dans un large front qui reconnaîtra officiellement l'UCK", celle-ci ne reconnaissant "à l'heure actuelle (...) à aucun parti la qualité d'aile politique de l'organisation". Jakup Krasniqi a cependant rendu hommage au "Mouvement populaire de Kosove" (LPK), basé en Suisse, qui récolte des fonds pour financer l'UCK. Il a précisé que "tout le monde doit comprendre" que l'UCK n'a pas "pris les armes (...) pour obtenir une autonomie", mais "pour la libération de tous les territoires albanais occupés et pour leur union, c'est-à-dire l'unification avec l'Albanie". Le porte-parole de l'UCK a récusé toute négociation avant que les autorités serbes aient libéré "tous les prisonniers politiques et les otages", retiré leurs forces de Kosove et "qu'un contrôle international, de préférence par les Etats-Unis, soit instauré dans la province".

(Reuters 5.7, AFP 13.7) La Ligue démocratique de Kosove (LDK) d'Ibrahim Rugova s'est prononcée le 13 juillet pour la constitution rapide ("dans un délai d'une semaine") du parlement kosovar élu en mars, et jamais réuni depuis. La LDK avait remporté 89 des 130 sièges de ce parlement, dont la constitution est au coeur d'un débat entre Ibrahim Rugova et l'opposition radicale animée par le Parti parlementaire d'Adem Demaçi. Ibrahim Rugova souhaite que le parlement nomme rapidement un gouvernement chargé de "cordonner l'action de l'UCK", l'opposition réclamant la création d'un "Conseil nationale de Kosove" au sein duquel tous les partis seraient représentés, et qui chapeauterait l'UCK -laquelle refuse de reconnaître le résultat des élections du 22 mars et l'autorité d'Ibrahim Rugova. "Une émeute est en cours dans le jardin de la direction albanophone du Kosovo", résume un diplomate occidental cité par Reuters, qui accuse Adem Demaçi, président du Parti parlementaire, proche de l'UCK, d'en être "la pierre d'achoppement" en ne voulant "rien faire avec Rugova".

(AP 14.7) Des responsables de l'opposition serbe ont rencontré le 14 juillet en Kosove des représentants de la communauté serbe de Kosove et du mouvement national albanais. "La priorité absolue est d'établir la paix et la sécurité", a déclaré le chef du Parti démocratique Zoran Djindjic. La délégation de l'opposition serbe, qui comprenait notamment l'ancien Premier ministre Milan Panic, a rencontré les Albanais Fehmi Agani, Veton Surroi et Blerim Shalla, avec qui elle est tombée d'accord sur "le fait qu'une solution ne peut seulement être trouvée qu'à travers des moyens pacifiques et politiques", mais a reconnu qu'elle n'avait "pas assez d'influence pour voir ces solutions mises en oeuvre". Vesna Panic, dirigeante de l'Alliance civique, a déclaré qu'"un point central, sur lequel se sont accordées les différentes parties", était qu'il fallait "mettre fin en premier lieu aux hostilités" et qu'il n'était pas possible de "reprendre le dialogue avant un cessez-le-feu".

(AFP 23.7) Le Parlement Kosovar (non reconnu par Belgrade) a reconnu le 22 juillet l'UCK et la légitimité de l'usage de la force pour parvenir à l'indépendance. Le parlement kosovar s'est déclaré favorable "à la poursuite des efforts politiques et militaires visant à l'indépendance de la Kosove" et a salué "le renforcement de la résistance populaire, la croissance puissante et rapide de l'UCK", et prédit "la défaite prochaine de l'hégémonisme serbe en Kosove". Cette reconnaissance de l'UCK représente un changement de ligne du parlement kosovar et de la Ligue démocratique de Kosove qui le domine. Fehmi Agani, dirigeant de la LDK, a expliqué qu'il était "normal" de reconnaître l'existence de l'UCK et la nécessité de l'"inclure (...) dans le processus de dialogue", dès lors que la communauté internationale elle-même l'avait fait. "Nous aurions du le faire bien plus tôt", a reconnu Fehmi Agani.

(AP, Reuters 29.7) Ibrahim Rugova a annoncé le 29 juillet qu'il était parvenu à un compromis avec les autres partis albanais de Kosove sur la formation d'un gouvernement de coalition, comprenant "toutes les forces politiques" kosovares et capables de créer "les conditions préalables au dialogue" avec les autorités yougoslaves. Ibrahim Rugova n'a pas précisé si l'UCK participerait à ce gouvernement -mais si tous les partis kosovars y participent effectivement, elle pourrait y être indirectement représentée par des partis défendant, comme le parti parlementaire, une ligne plus proche de la sienne que celle de la LDK d'Ibrahim Rugova. Selon un diplomate occidentale cité (sans être nommé) par Reuters, l'UCK étudierait une proposition de représentation au sein du nouvel exécutif albanais, mais poserait comme condition que cet exécutif ait à sa tête quelqu'un d'autre qu'Ibrahim Rugova.

(AFP 30.7) Le groupe des quinze négociateurs chargé par Ibrahim Rugova de négocier au nom des Albanais avec les autorités serbes a décidé de se dissoudre, les circonstances dans lesquelles il avait été créé ayant "changé", a annoncé le 30 juillet le Centre d'Information de Kosove (KIC). "les partis politiques qui mènent actuellement des consultations sur la formation d'un gouvernement de coalition ou d'un organe exécutif (...) pourraient être amenés à demander une modification de la nature du processus de négociation", et "le groupe a décidé de mettre fin à son existence (pour éviter de) gêner de quelque manière que ce soit un éventuel nouveau processus de négociation".

(AFP 1.8) La série de revers militaires essuyés en juillet par l'UCK face aux forces serbo-yougoslaves a suscité de vives critiques de plusieurs responsables politiques albanais de Kosove à l'encontre de l'organisation armée. Mahmut Bakali, membre de l'ancien groupe de négociateurs albanais, a accusé l'UCK d'avoir commis des "erreurs énormes en s'emparant d'une mine, d'une ville et d'une région" sans avoir "la force de (les) garder". Un autre négociateur albanais, Shkelzen Maliqi, a fait état du "grand mécontentement de civils devant la manière dont l'UCK a mené ses offensives, abandonnant ensuite la population" et a considéré que l'état-major de l'armée indépendantiste "ne jouit plus du plein soutien" des Albanais.

(AFP 13.8) Ibrahim Rugova a présenté le 13 août à Prishtine le groupe de négociation représentant le mouvement national albanais de Kosove, et a appelé à la reprise des négociations politiques avec Belgrade. Les cinq membres du groupe appartiennent à des partis représentés au parlement kosovar, largement dominé par la Ligue démocratique (LDK) de Rugova. L'Union européenne a salué la formation de cette nouvelle équipe de négociateurts kosovars, qu'elle considère comme le "premier pas dans la bon sens" et la condition préalable "à la reprise d'un dialogue substantiel sur le statut du Kosovo", dialogue que le ministre autrichien des Affaires étrangères Wolfgang Schüssel, président en exercice du Conseil de l'UE, a appelé Belgrade à "entamer dans les meilleurs délais". Le vice-Premier ministre yougoslave Nikola Sainovic a réagi positivement à la formation du groupe de négociateurs albanais et a lui aussi appelé à la "poursuite immédiate du travail" de négociation interrompu par les affrontements militaires sur le terrain.

(AFP 26.8) Adem Demaçi, président du Parti parlementaire de Kosove, et désormais représentant politique officiel de l'UCK, a déclaré le 26 août que l'UCK allait poursuivre sa "lutte de guerilla" contre les forces serbes jusqu'à ce que les Albanais de Kosove "obtiennent la liberté". Selon lui, l'UCK compterait "environ 30'000 hommes en armes" et "lorsque tous se déploieront à travers la Kosove, les Serbes ne sauront plus où donner de la tête". Pour Adem Demaçi, l'indépendance de la Kosove doit être à la base de tout règlement politique de la crise, et tout accord en deçä de l'indépendance serait "rejeté par l'UCK" et par la majorité des Albanais de Kosove. Adem Demaçi a enfin exprimé son "doute que (Ibrahim) Rugova puisse convaincre le régime serbe de renoncer à faire des Albanais des esclaves ou convaincre les Etats-Unis et l'OTAN de forcer le régime serbe à ne plus nous maintenir dans l'esclavage". Le quotidien pro-gouvernemental serbe "Vecenje Novosti" a réclamé le 26 août l'arrestation d'Adem Demaçi.

(AFP 28.8) Ibrahim Rugova a demandé le 28 août une "intervention internationale urgente afin de faire cesser la violence" serbe et "protéger la population de Kosove soumise à la violence dans un but de nettoyage éthnique". Le président kosovar a indiqué que les discussions albano-serbes étaient "en préparation" et que la partie albanaise les voulaient "sérieuses et concrètes", mais il a précisé qu'il était "essentiel qu'il soit mis un terme au conflit", que les personnes déplacées puissent "regagner leurs foyers sous pleine garantie internationale pour leur sécurité" et que l'aide humanitaire soit acheminée sans entraves. Ibrahim Rugova a affirmé que l'année scolaire en Kosove débuterait comme prévu le 1er septembre "là où des conditions minimales existent". Il a enfin réaffirmé que "la meilleure solution" de la crise kosovare serait une Kosove "neutre et indépendante, placée sous protectorat international pendant une étape transitoire".

(AFP 29.8) L'UCK a appelé le 29 août dans un communiqué la communauté internationale, "l'Union européenne et les Etats-Unis en particulier, à activer d'urgence leurs mécanismes politiques et militaires afin de défendre les droits du peuple albanais". L'UCK met en garde la communauté internationale contre "une extension du conflit aux conséquences imprévisibles pour la paix et les valeurs démocratiques", et appelle les Albanais de Kosove à l'unité : "les dissensions entre partis politiques et différents clans nuisent à la lutte pour la liberté du peuple albanais".

(AFP 29.8, 30.8) Le ministère yougoslave des Affaires étrangères a demandé le 29 août à la communauté internationale d'inscrire l'UCK sur la "liste des organisations terroristes", après la découverte à Klecka d'une fosse commune contenant les restes de 22 personnes, qui selon la police seraient des Serbes massacrés par l'UCK. Le gouvernement fédéral de Belgrade demande à tous les pays de "soutenir sa lutte légitime contre le terrorisme, selon les critères et les normes appliqués dans d'autres cas", et dénonce "l'attitude tolérante de certains pays (...) qui encouragent le terrorisme" en abritant sur leur territoire "des représentations, des leaders et des centres de recrutement et de financement des organisations terroristes" kosovares. Pour sa part, le parti au pouvoir (SPS) a estimé dans un communiqué que l'UCK avait "dévoilé son visage génocidaire" et confirmé que ses "références aux droits de l'Homme (...) (n'étaient) qu'un masque pour un nouveau fascisme". Le SPS accuse tous ceux qui "ont aidé, soutenu et sont sont fait photographier avec les séparatistes" d'être devenus les "complices de la réaparition des crématoires" et d'avoir "généré" un "monstre". Un porte-parole de l'UCK, Bardul Mahmuti, a démenti que l'UCK ait "jamais tué aucun civil serbe" et accusé "la propagande serbe" d'avoir monté un coup "afin de minimiser les crimes commis contre la population civile albanaise". Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK, s'est montré plus prudent en déclarant qu'il ne croyait pas que les combattants de l'UCK "aient pu faire une chose pareille", mais en ajoutant que "si une commission internationale venait à établir que l'UCK a commis un tel crime, ses auteurs seraient condamnés". Le Comité (albanais) des droits de l'Homme de Prishtine a invité le Tribunal pénal international sur les crimes de guerres dans l'ex-Yougoslavie (TPI) a envoyer une mission d'enquête sur l'affaire de Klecka, mais également sur les exécutions d'Albanais par les forces serbes.

(AFP 1.9) Adem Demaçi a déclaré le 1er septembre que l'UCK allait poursuivre sa lutte contre les forces serbes et a affirmé qu'aucune négociation n'était possible tant que Belgrade n'aura pas "cessé ses offensives, retiré ses forces de Kosove et ne se sera pas montré prêt à rechercher une solution politique conforme à la politique du peuple albanais" de Kosove, c'est-à-dire à l'indépendance. Tant que ces conditions ne sont pas remplies, "accepter des discussions signifierait amnistier le régime serbe et lui permettre de poursuivre la violence et la répression". Adem Demaçi a cependant affirmé que l'UCK et Ibrahim Rugova "ne sont pas des ennemis" malgré le choix du second d'accepter de négocier avec Belgrade : "nous avons un ennemi commun qui est le régime serbe et un objectif commun, l'indépendance de la Kosove" et "nous devons coopérer et nos divergences seront aplanies", même si cela ne se fera pas "aussi rapidement que certains peuvent l'espérer".

(AFP 1.9, 2.9) Slobodan Milosevic a proposé le 1er septembre aux responsables albanais de Kosove un accord intérimaire d'une durée de 3 à 5 ans, accordant à la Kosove "un certain degré d'auto-administration, sous-entendant l'égalité de tous les citoyens et communautés nationales vivant au Kosovo". Recevant le médiateur américain Christopher Hill, Slobodan Milosevic a estimé qu'il fallait "renouer au plus vite le dialogue" entre Belgrade et les représentants de la majorité albanaise de Kosove. Les deux parties devraient se déclarer "prêtes à analyser, au terme d'une période de 3 à 5 ans, le fonctionnement de cet accord et à l'améliorer". En même temps qu'il faisait cette proposition, Slobodan Milosevic affirmait que "les citoyens de la République fédérale de Yougoslavie s'attendent à ce que le terrorisme au Kosovo soit totalement éradiqué" et demandait à la communauté internationale de "condamner sans équivoque les actions des bandes terroristes" et que "cesse toute forme d'aide de l'étranger" aux séparatistes. Le médiateur américain Christopher Hill devait examiner le 2 septembre à Prishtine avec les responsables albanais le contenu du projet d'accord intérimaire proposé par Slobodan Milosevic, dont la teneur précise n'avait pas été révélée et auquel les responsables albanais n'avaient pas officiellement réagi .

(AFP 2.9, 3.9) De source albanais officieuse et requérant l'anonymat, on a jugé le 2 septembre "intéressante" l'offre de Slobodan Milosevic d'un accord intérimaire sur la question kosovare, dans la mesure où elle pourrait constituer "un premier pas vers l'indépendance", mais à la condition qu'elle impnclue "une sorte de présence internationale voire militaire chargée de contrôler les faits et gestes de Belgrade et les actions des forces de sécurité en Kosove", présence sans laquelle "le règlement de la crise est impossible". Le médiateur américain Christopher Hill a rencontré le 2 septembre à Prishtine Ibrahim Rugova, à qui il a présenté le plan de Slobodan Milosevic.Ibrahim Rugova a posé comme condition à un accord "la cessation urgente des opérations des forces serbes en Kosove et une intervention internationale urgente pour permettre le retour des Albanais déplacés et réfugiés". Selon l'hebdomadaire serbe indépendant "DT Magazin", Slobodan Milosevic serait prêt à accorder à la Kosove une autonomie plus large que celle que lui avait accordée Tito, et proposerait d'organiser au terme d'une période transitoire de 5 ans un référendum appelant les Kosovars à se prononcer pour ou contre la création d'une République de Kosove, fédérée dans le cadre de la Yougoslavie et égale à la Serbie et au Monténégro. Un tel statut exclut la sécession d'avec la RFY et attribue au gouvernement fédéral la défense, les affaires étrangères et le commerce extérieur. Les Albanais seraient toutefois dispensés du service militaire obligatoire dans l'armée fédérale, auraient leur propre police, leurs organes administratif, leur drapeau et une large autonomie en matière d'éducation. L'annonce du projet de compromis serbo-albanais a suscité l'opposition du vice-Premier ministre serbe Vojislav Seselj (ultra-nationaliste), qui soupçonne les Américains de vouloir faire de la Kosove "une troisième République yougoslave" et se déclare opposé à toute modification de la constitution serbe.

(AFP 3.9, 4.9) Serbes et Albanais ont accepté le 3 septembre, sous la pression américaine, le principe proposé par le président yougoslave Milosevic d'un accord intérimaire devant aboutir à moyen terme à un nouveau statut pour la Kosove. Selon le médiateur américain Christopher Hill, "les deux parties sont d'accord sur ce que nous pouvons réaliser" durant une période qui pourrait être de trois ans. Cet accord intérimaire, dont le contenu doit encore être précisé, sera surtout destiné à "créer un cadre" pour la mise en place d'institutions démocratiques, et notamment d'une "force de police multiethnique". Christopher Hill a cependant estimé que, compte tenu de la poursuite des combats en Kosove, les conditions n'étaient pas réunies pour des négociations directes entre Serbes et Albanais. Ibrahim Rugova s'est déclaré le 4 septembre favorable à la conclusion d'un accord intérimaire sur l'avenir de la Kosove avec Belgrade. Le président kosovar a estimé qu'un tel accord serait dans l'intérêt "de tous les peuples vivant en Kosove et dans la région" et pourait "créer des conditions propices à un règlement durable" du conflit. "Nous devons faire quelque chose avec l'aide de la communauté internationale pour arrêter l'évolution négative et tragique en Kosove", a assuré Ibrahim Rugova, qui s'est prévalu de son rôle de représentant de "tous les citoyens de Kosove" et du "peuple de Kosove" entier, face au refus de l'UCK de reconnaître son autorité.

(AFP 5.9) Le porte-parole de l'UCK, Adem Demaçi, a jugé le 5 septembre, dans une interview au quotidien "Bujku", "inacceptable" la proposition de Slobodan Milosevic d'un accord intérimaire, et a exprimé sa crainte qu'Ibrahim Rugova ne commette l'"erreur" d'accepter cette offre et que "les effusions de sang ne continuent, peut-être pendant les deux ou trois années à venir". "L'UCK ne laissera pas la police serbe en paix", a menacé Adem Demaçi, qui a précisé : "nous pratiquerons des formes de guérilla au lieu d'une guerre frontale" et a admis que "bien entendu, la population en paiera le prix", mais considéré que ce prix était celui de "l'indépendance" et que "les Américains et les Européens doivent le comprendre".

(AFP 7.9) Le parlement élu de Kosove a demandé le 7 septembre à la communauté internationale de "prendre avec l'aide de l'OTAN des mesures urgentes pour démilitariser la Kosove" et créer ainsi "des conditions propices à l'installation d'une administration internationale provisoire". Le président du parlement de Kosove, Idriz Ajeti, a demandé l'aide de la communauté internationale pour faire cesser "l'agression serbe dont l'objectif est la liquidation physique du peuple albanais" de Kosove. Il a exigé une condamnation internationale de "la politique de terre brûlée" menée par la Serbie et la reconnaissance du droit du peuple kosovar de vivre "libre et indépendant".

(AP, AFP, Reuters 14.9, 15.9) Les troubles insurrectionnels qui sont survenus à Tirana le 14 septembre, et l'affrontement armé entre les partisans de Sali Berisha (particulièrement bien implanté dans le nord de l'Albanie, et notamment à la frontière avec la Kosove) et ceux du gouvernement (particulièrement soutenu au sud, là où avait été déclenchée au printemps 1997 l'insurrection qui avait renversé Sali Berisha), ont été attentivement suivis par les protagonistes du conflit kosovare. Le porte-parole du gouvernement albanais, Ben Blushi, a d'ailleurs déclaré le 14 septembre que si la crise "venait à s'étendre à d'autres villes que Tirana, ce serait catastrophique (...) pour la Kosove et l'ensemble de la région". Le préfet serbe de Kosove, Veljko Odalovic, a lui aussi estimé le 15 septembre que la stabilité dans les Balkans était menacée par la crise albanaise, qui suscite une "inquiétude profonde" chez les autorités serbes et yougoslaves. "Nous savons (que les troubles albanais) sont l'oeuvre de ceux qui soutiennent sans réserve le séparatisme et les terroristes" a ajouté V. Odalovic en désignant Sali Berisha et ses partisans, qu'il accuse de constituer leur "propre armée à l'image de l'UCK", et dont il rappelle que le "fief" est "la partie de l'Albanie où se trouvent des centres de formations terroristes" et que le projet politique est "la création d'un Etat conçu comme une Grande Albanie". Le gouvernement albanais de Fatos Nano s'est quant à lui prononcé pour le maintien de la Kosove au sein de la Fédération yougoslave, et Fatos Nano avait été le premier dirigeant albanais à rencontrer Slobodan Milosevic (en novembre 1997, en Grèce). Du côté kosovar, Adem Demaçi, porte-parole de l'UCK, a soutenu la revendication de Sali Berisha de formation d'un "gouvernement technique" qui remplacerait celui de Fatos Nano, mais a affirmé également que l'UCK ne "s'ingérera pas" dans la crise albanaise, car "une Albanie forte et stable est pour nous un gage de soutien".

(AP 18.9) Ibrahim Rugova a apporté le 17 septembre son soutien au projet d'accord soutenu par les Américains, rétablissant une partie seulement de l'autonomie "titiste" de la Kosove. Ibrahim Rugova a cependant qualifié ce projet de "solution provisoire" destinée à "normaliser une solution difficile et dangereuse", et a réaffirmé la revendication d'indépendance de la Kosove.

(AFP 19.9) Les autorités serbes et les responsables albanais du Kosovo cherchent un terrain d'entente pour une reprise de leurs pourparlers en vue d'un accord intérimaire sur le statut de la province, a indiqué le 19 septembre à l'AFP un proche d'Ibrahim Rugova. Les négociateurs albanais ont soumis au médiateur américain Christopher Hill un projet de statut provisoire du Kosovo et attendent une réponse du gouvernement de Belgrade, selon Ilijaz Kurtesi, membre de l'équipe de M. Rugova. L'ambassadeur Hill a présenté récemment aux deux parties un projet d'accord intérimaire d'une durée de trois ans, prévoyant de doter la province d'un parlement, d'un gouvernement, d'un "représentant" en chef et d'un superviseur international chargé de veiller à l'application de l'accord. La convocation rapide d'élections sous contrôle international et un recensement de la population sont également prévus, selon ce document publié le 17 septembre par le quotidien Koha Ditore. Le parlement de Serbie doit tenir le 28 septembre une session sur le Kosovo et l'on s'attend qu'il définisse la position de Belgrade. M. Hill tente "d'harmoniser" les positions des deux parties, a indiqué le 18 septembre Ibrahim Rugova. Le texte proposé par la partie albanaise prévoit pour le Kosovo un statut de république au sein de la Yougoslavie (RFY - Serbie et Monténégro), a précisé M. Kurtesi, qui a souligné que cette proposition ne constituait pour la partie albanaise qu'un "point de départ". Selon le projet albanais, le Kosovo aurait un président, un parlement, un gouvernement ainsi que sa propre police, formée et organisée avec l'aide de la communauté internationale. Des élections générales sous contrôle international devraient être organisées dans un délai de trois mois après la signature de l'accord. Un cessez-le-feu et un retrait des forces serbes devraient être effectifs dès la signature de l'accord et tous les participants aux combats seraient amnistiés, sauf ceux dont il aura été prouvé qu'ils ont commis des crimes de guerre. Tous les prisonniers politiques devraient également être libérés immédiatement. Les deux parties s'engageraient à prendre des mesures de confiance, à faciliter le travail des organisations humanitaires ainsi que le retour des réfugiés dans leurs foyers.

(AP 21.9) Adem Demaci, représentant politique de l'UCK, a annoncé le 21 septembre son retrait de la vie politique pour raisons de santé. Agé de 68 ans (dont 28 ans de prison sous le égime yougoslave) , Adem Demaci souffre de diabète et de troubles nerveux. Son retrait est cependant interprété comme un signe de dissensions au sein de l'UCK, entre une aile "dure" refusant toute autre issue que l'indépendance au conflit avec Belgrade, et une aile moins radicale, qu'il incarnerait, et qui serait prête à négocier à titre transitoire la création d'une république de Kosove fédérée dans le cadre yougoslave.

(AP 22.9) La Serbie et le Montenegro se sont opposées le 21 septembre à l'instauration d'une République de Kosove, égale à elles dans le cadre fédéral de la Yougoslavie. Selon Miodrag Vukovic, conseiller du président Monténégrin, un régime modifiant les frontières ou la position de la Serbie dans la République fédérale de Yougoslavie (RFY) était "hors de question". La proposition de créer une République de Kosove dans le cadre de la RFY a été faite par l'entourage d'Ibrahim Rugova le 20 septembre. Elle avait été évoquée auparavant par le Premier ministre albanais Fatos Nano.

(AFP 22.9) Les dissensions au sein du mouvement national albanais, entre l'UCK et les autorités mises en place sous la présidence d'Ibrahim Rugova, pourraient avoir pris un tour plus grave avec l'assassinat du ministre de la Défense du gouvernement kosovar, Ahmet Krasniqi, le 21 septembre à Tirana, le jour même où le porte-parole politique de l'UCK, Adem Demaçi, annonçait son retrait de la scène politique (officiellement pour raisons médicales), et le lendemain de l'arrestation par l'UCK de neuf responsables politiques kosovars proches d'Ibrahim Rugova, dont le vice-président du parlement kosovar, Djerdj Dedaj, et un membre de la direction de la Ligue démocratique de Kosove (LDK), Agim Krasniqi. Les neuf hommes étaient partis visiter un camp de réfugiés à Cirez. L'assassinat d'Ahmet Krasniqi a été attribué par le gouvernement kosovar à "la main de l'occupant serbe barbare", mais nombre d'observateurs mettent en avant le fait qu'il avait été chargé par ce même gouvernement de mettre sur pieds une force armée concurrente de l'UCK, les "Forces armées de la République de Kosove" (FARK). Le porte-parole du ministère serbe de l'Intérieur, le colonel Filic, n'a pas manqué d'attribuer le meurtre d'Ahmet Krasniqi à "la scission et (aux) discordes au sein de l'UCK en rapport avec la création d'une nouvelle armée".

(AFP, AP 24.9) Après le vote le 23 septembre de la résolution de l'ONU exigeant un cessez-le-feu immédiat en Kosove, des négociations sur le statut d'autonomie, la fin des attaques contre les civils et le retour des réfugiés, le Parti socialiste serbe a exprimé le 14 septembre son "indignation" et dénoncé un "soutien direct ou indirect aux séparatistes et aux terroristes albanais", ce qui ne peut que "retarder une solution pacifique". Le SPS a affirmé que "l'éradication du terrorisme, qui se manifeste sous la forme génocidaire et criminelle la plus onscure (...) est une des questions prioritaires du point de vue des intérêts nationaux" serbes, mais s'est prononcé pour un "dialogue inconditionnel" entre Belgrade et les Kosovars.

(AP, AFP 25.9, 26.9, 27.9) Dans un projet de résolution adressé au Parlement, le gouvernement serbe affirme que "l'anéantissement et le déracinement du terrorisme (...) au Kosove constitue la priorité nationale et patriotique" et que tous les moyens doivent être utilisés pour y parvenir. Le texte invite les représentants politiques kosovars à entamer "immédiatement et sans condition" des pourparlers sur "l'auto-administration et l'autonomie" de la Kosove, et le gouvernement serbe s'apprêterait à nommer un "organe provisoire pour le Kosovo", chargé d'administrer la province jusqu'à l'élection d'un Parlement local. Slobodan Milosevic a quant à lui appelé les Serbes à ne faire aucune "concession". Rendant visite à des réfugiés kosovars à Resnik, le Haut Commissaire, qui a rencontré Ibrahim Rugova le 26 septembre, a jugé le 26 septembre "totalement inacceptable, tant du point de vue humanitaire que politique" l'attitude serbe à l'égard des populations fuyant leurs villages pris pour cibles par les forces gouvernementales. Soulignant que "la peur de la violence" est le principal obstacle au retour des réfugiés chez eux, Sadako Ogata a appelé les autorités à rétablir "le plus rapidement possible" les conditions de sécurité nécessaires à ce retour, et a dénoncé le recours démesuré à la violence à l'égard des populations civiles de la part des forces serbo-yougoslaves qu'elle a accusées de "brûler les maisons". La Haut Commissaire a réclamé "des assurances claires, y compris par le biais de visites fréquentes des organisations internationales, sur le fait que le retour à une vie normale ne sera pas perturbé".

(AFP 28.9) Le Parlement de Serbie, réuni le 28 septembre en session extraordinaire consacrée à la Kosove, a décidé de la nomination d'un "Conseil exécutif provisoire" de Kosove, présidé par Zoran Andjelkovic, ministre serbe de la Jeunesse et des sports, "gouvernement provisoire" qui aura pour tâche de coordonner en Kosove le fonctionnement de "toutes les structures civiles", et qui comprendra "des représentants de toutes les communautés" de Kosove, "y compris bien entendu des Albanais" selon le Premier ministre serbe Mirko Marjanovic, qui a estimé que le Conseil de Sécurité de l'ONU sous-estimait "le problème du terroriste" en Kosove, "obstacle majeur à la reprise d'un processus politique devant permettre de parvenir par le dialogue à des solutions durables et démocratiques pour tous ceux qui vivent au Kosovo". Quant à l'appel du Conseil de Sécurité à l'ouverture d'un dialogue, le Premier ministre serbe a estimé qu'il "enfonce une porte ouverte" et que si ce dialogue n'a pu avoir lieu, c'est parce que les responsables albanais ont déclié les 15 invitations que leur ont adressées les autorités serbes. Mirko Marjanovic a en outre accusé les grandes puissances "d'utiliser le Kosovo (...) pour étendre leur zone d'influence à la faveur du nouvel impérialisme et du nouvel hégémonisme", alors que "des terroristes ont été formés dans des centres du nord de l'Albanie, en Suisse, en Allemagne, en Turquie et au Danemark".

(AFP 1.10) Le vice-Premier ministre serbe Vosislav Seselj (ultra-nationaliste) a menacé le 1er octobre les Occidentaux de représailles en cas de raids aériens de l'OTAN contre des objectifs en Serbie : "leurs soldats seront nos ennemis partout dans le monde et ils seront exposés à nos attaques partout où ils seront à notre portée", a déclaré Seselj, pour qui les massacres attribués aux forces serbes en Kosove sont *une mise en scène orchestrée en Occident" afin de "se procurer un alibi pour une éventuelle agression" contre la Serbie. Les responsables de ces massacres seraient, selon lui, les "terroristes" albanais, qui "tuent leurs propres gens et invident diplomates et journalistes (...) afin d'imputer leurs crimes à la police serbe". Le vice-Premier ministre a également averti que si l'OTAN intervenait militairement dans la crise kosovare, cela mettrait fin à toute discussion avec les Albanais de Kosove. Le porte-parole du Parti socialiste de Slobodan Milosevic a lui aussi dénoncé les "manipulations médiatiques de ceux que n'arrange pas (...) la normalisation de la situation en Kosove" et qui cherchent "un alibi pour de nouvelles pressions". Pour Ivica Dacic, "la situation au Kosovo est calme (...) et il n'y a plus aucune opération depuis trois jours".

(AP, AFP 2.10) Les autorités serbes et yougoslaves ont invité le 2 octobre le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan à venir en Kosove pour comprendre "la véritable situation sur le terrain", et ont invité les dirigeants albanais de Kosove à reprendre au plus vite le "dialogue politique". Le négociateur du gouvernement serbe pour la Kosove, Ratko Markovic, a appelé le négociateur albanais Fehmi Agani à renouer "d'urgence" les pourparlers sur l'avenir de la Kosove. Ratko Markovic, vice-Premier ministre serbe, écrit à Fehmi Agani que "toute manoeuvre dilatoire et tactique, ainsi que l'attente que quelqu'un de l'extérieur règle le problème à la place des citoyens eux-mêmes, je peuvent rendre que plus difficile la recherche d'une solution". Fehmi Agani s'est contenté de répondre que les négociateurs albanais allaient "voir si les conditions sont réunies pour la poursuite des entretiens".

(AP 3.10, AFP 5.10) Le Conseil d'intérim pour le Kosovo, mis en place par le Parlement serbe, s'est réuni le 3 octobre pour la première fois et a annoncé sa détermination à oeuvrer pour "normaliser la situation". Le Conseil est envisagé par les autorités serbes comme un gouvernement local intérimaire. Il est composé d'un Chef de gouvernement, serbe, et de 17 membres, serbes et albanophones -mais les dirigeants albanais de Kosove ne le reconnaissent pas et refusent d'y siéger. Lors de la séance d'ouverture, le Chef de gouvernement, Zoran Andjelkovic, a déclaré que la tâche du Conseil était de "créer les conditions pour la tenue d'élections locales" en Kosove et qu'il espérait que ce Conseil intérimaire ne resterait "pas en place très longtemps" et serait remplacé par une instance permanente et reconnue. Les responsables albanais de Kosove ont condamné l'installation d'une instance qui "renforce la loi serbe en Kosove" et représente "un sérieux obstacle posé au processus de négociation". Le 5 octobre, le négociateur en chef des Albanais, Fehmi Agani, a déclaré dans une lettre à son homologue serbe Ratko Markovic qu'il serait "inacceptable (...) que se tiennent de prétendues négociations pendant que l'on tue des civils et que l'on brûle des villages".

(AFP 4.10) Le gouvernement yougoslave a convoqué pour le 5 octobre une session parlementaire consacrée à la Kosove. Des rumeurs circulent évoquant la proclamation de l'état d'urgence et la mobilisation générale, face aux menaces d'intervention de l'OTAN. Ces rumeurs ont été démenties le 4 octobre par le Premier ministre fédéral Momir Bulatovic, qui a déclaré qu'"une intervention constituerait une agression classique" contre la Yougoslavie. L'agence officielle Tanjug accuse pour sa part les Iccidentaux de vouloir "chasser la Serbie du Kosovo" et de vouloir placer la Kosove sous protectorat international pour "achever le démembrement" de la Yougoslavie. Selon le quotidien Dnevni Telegraf, le gouvernement yougoslave serait prêt à accepter un projet américain d'accord intérimaire sur le statut de la Kosove, projet peaufiné par le Groupe de contact. L'ancien ministre des Affaires étrangères Ilija Djukic a pour sa part estimé que "seul un tournant radical" de la politique serbo-yougoslave en Kosove "pourrait inciter la communauté internationale à une intervention militaire", tournant radical qui pourrait se manifester par "l'acceptation d'une médiation internationale en vue d'un règlement de la crise".

(AFP, Reuters 5.10, 6.10, 8.10) Le Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic a déclaré le 5 octobre que son pays était déterminé à se "défendre par tous les moyens" en cas de frappes de l'OTAN, mais qu'il acceptait la proposition de la Russie d'accueillir en Kosove une mission de l'OSCE. Le Conseil suprême de défense yougoslave a également averti le 4 octobre que la RFY se défendrait par tous les moyens en cas d'attaque militaire. Le Premier ministre a demandé au parlement yougoslave de "constater que la Yougoslavie était exposée à un danger de guerre imminent" et affirmé que le pays "devait se défendre par tous les moyens disponibles s'il est attaqué". Il n'a toutefois pas demandé au Parlement de décréter l'état de "danger de guerre imminent", qui précède une éventuelle proclamation de l'"état de guerre", mais il a demandé au Parlement d'adopter un projet de loi sur le "financement des dépenses exceptionnelles pour la défense du pays". Des taxes spéciales sur le matériel d'équipement, les machines agricoles, les importations de produits alimentaires et les importations d'alcool, de tabac, de café et de produits de luxe ont été approuvées par le Parlement. Momir Bulatovic a annoncé au Parlement un important retrait des forces serbes de Kosove et que les autorités yougoslaves étaient prêtes à recevoir une mission de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Il a reproché aux "pays de l'OTAN" de ne pas "voir que la cause fondamentale des événements au Kosovo est l'aspiration des séparatistes albanais de détacher par les armes le Kosovo de la Serbie et de la RFY et que l'Albanie appuie ces rêves irréalistes et dangereux". Le gouvernement a estimé que le rapport de Kofi Annan sur la situation en Kosove était "unilatéral" et ne tenait pas compte "des faits". Le 6 octobre, le gouvernement yougoslave a estimé que le Secrétaire général de l'ONU rendait "injustement la Yougoslavie responsable de la situation au Kosovo" et que son rapport au Conseil de sécurité contenait "une série d'allégations imprécises et fausses". La Serbie et la Yougoslavie ont accéléré le 8 octobre leurs préparatifs afin de faire face à une possible "agression" militaire de l'OTAN.

(AFP 7.10) Le principal parti de l'entité serbe de Bosnie, le Parti démocratique serbe, a "averti la communauté internationale" le 5 octobre "qu'une agression de l'OTAN à l'encontre de la Serbie et de la Yougoslavie pourrait engendrer des conséquences sur l'application de l'accord de Dayton" sur la Bosnie. Les USA et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ont dépéché des émissaires en Bosnie pour s'assurer que les Serbes de Bosnie se désolidarisaient des menaces de représailles contre les forces occidentales présentes en Bosnie, proférées par le vice-Premier ministre serbe Vojislav Seselj. Les deux émissaires, Robert Gelbard pour les USA et Robert Barry pour l'OSCE, ont reçu des assurances en ce sens des responsables serbes de Bosnie, notamment de leur président Nikola Poplasen. Les troupes de l'OTAN en Bosnie, au sein de la Force de Stabilisation, ont averti le 6 octobre qu'elles ne toléreraient "aucune menace et aucune intimidation" et tiendront "les personnes ou leurs chefs, qui tolèrent ou profèrent de telles menaces, comme directement responsables".

(AFP 8.10) Le vice-Premier ministre serbe Vojislav Seselj (extrême-droite) a déclaré le 8 octobre qu'en cas d'intervention terrestre de l'OTAN en Serbie, les soldats de l'Alliance "repartiront dans des cercueils" car "la Serbie n'acceptera jamais aucun soldat de l'OTAN sur son territoire". Seselj s'est également demandé comment les accords de paix sur la Bosnie "pourraient survivre à une attaque des Etats-Unis contre la Serbie", et a exclu une conférence internationale sur le Kosovo. Seselj a appelé "tous les anciens volontaires" de sa milice active en Bosnie en 1991 et 1992 "à se tenir prêts" à repartir au combat, et a pressé "tous les pays voisins de ne pas participer à une agression et à ne pas aider l'agresseur", sous peine d'en "subit les conséquences". Cet invitation menaçante était en particulioer adressée à la Roumanie et à la Hongrie. Le vice-Premier ministre serbe a enfin estimé que "tout ce qui peut sortir" des négociations entre Richard Holbrooke et Slobodan Milosevic "est un accord sur la reprise du dialogue avec les Albanais". Aller plus loin aurait pour conséquence que le parti radical serbe (celui de Seselj lui-même) "quitterait le gouvernement", dont la coalition "repose sur une attitude commune concernant le Kosovo". Un député ultranationaliste serbe de Bosnie, Dragan Cavic, a été limogé du nouveau parlement de l'entité serbe de Bosnie par le Haut représentant civil de la communauté internationale, Carlos Westendorp, qui considère que les déclarations de Dragan Cavic constituent "une menace délibérée à la sécurité de la communauté internationale et à la mise en oeuvre de l'acord de paix de Dayton". Le député du Parti démocratique serbe (SDS) avait "averti la communauté internationale qu'une agression de l'OTAN à l'encontre de la Serbie et de la Yougoslavie pourrait engendrer des conséquences sur l'application de l'accord de Dayton". Carlos Westemdorp a égalemment averti le nouveau président de la "Republique serbe" de Bosnie que la présence en RS de Vojislav Seselj était "inacceptable" et serait "interprétée comme un acte hostile destinée à interrimpre la mise en oeuvre" de l'accord de Dayton.

(AFP 9.10) L'arrêté édicté par le gouvernement serbe, interdisant la retransmission par les media locaux d'émissionsen des stations de radio internationales, a pris effet le 9 octobre. La radio des étudiants, Radio-Indeks, a été délogée des locaux qu'elle utilisait dans le bâtiment de Radio-Belgrade le 8 octobre, après que son directeur ait demandé lors d'une réunion officielle "sur quelle base légale le gouvernement avait décrété l'état d'urgence dans les media". L'Association des media électroniques indépendants a estimé pour sa part que l'arrêté gouvernemental n'avait "aucune base légale", et le directeur de la radio indépendante B-02, qui retransmettait les émissions en serbe de la BBC et de Radio Free Europe, a déclaré que l'on pouvait "s'attendre à voir bientôt distribués à la population des postes de rasio recevant une seule station où l'on n'écouterait parler que le gouvernement". A Vienne, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a condamné le 9 octobre la "déclaration de guerre (du pouvoir serbe) contre les media indépendants" et a demandé aux autorités de Belgrade de "lever l'interdiction" de diffusion d'émissions émanant de stations "mondialement reconnues comme une source d'informations impartiales et sérieuses", et de garantir "le droit de tous les journalistes d'informer objectivement". Les stations de radio étrangères peuvent toujours être captées en Serbie, directement par satellite ou sur ondes moyennes.

(AFP 6.10 10.10) Le quotidien "Koha Ditore" a publié les 8 et 9 octobre un plan pour la Kosove élaboré à partir d'un projet américain, complété par le Groupe de contact. Ce plan, qui suggère une solution à la crise kosovare dans le cadre de la Yougoslavie, a été qualifié d'"inacceptable" par le principal négociateur albanais, Fehmi Agani, qui a rappelé que les Albanais de Kosove "n'ont pas renoncé à l'indépendance". Le plan américain originel impliquait la suspension pendant deux à trois ans de la question du statut définitif de la Kosove, et l'octroi pendant cette période, par la Serbie, d'une autonomie de plus en plus grande aux Albanais de Kosove dans les domaines de l'éducation, de la police, de la culture et de l'administration, sur le modèle de l'autonomie dont ils disposaient sous Tito. Le statut définitif de la Kosove -indépendance, répubéique fédérée, autonomie- serait ensuite négocié.

(AP, AFP 13.10) Le président Milosevic a affirmé dans un discours télévisé le 12 octobre que l'accord conclu avec l'émissaire américain Richard Holbrooke "en vue de résoudre les problèmes de façon pacifique et par des moyens politiques" allait éviter à la Serbie et à la Yougoslavie le "danger d'une intervention armée". Slobodan Milosevic a réaffirmé la volonté de la Yougioslavie de "protéger sa souveraîneté et son intégrité territoriale" et a estimé que "les accords atteints sont dans leur ensemble conformes aux intérêts de (la Yougoslavie), aux intérêts de la République de Serbie et de tous ses citoyens, ainsi que de tous les citoyens et communautés nationales au Kosovo". A Prishtine, Adem Demaçi, porte-parole politique de l'UCK, s'est montré très spectique sur la volonté du pouvoir de Belgrade de tenir les promesses faites à la communauté internationale.

(AP 13.10) Bardhyl Mahmuti, représentant de l'UCK en Suisse, a déclaré le 13 octobre que tout accord sur la Kosove excluant son indépendance était inacceptable et n'offrait "aucune perspective". "Nous sommes tout à fait résolus à poursuivre notre guerre de libération si les initiatives et les efforts visant à résoudre les problèmes autour d'une table échouent", a affirmé le représentant de l'UCK, qui s'est dit préoccupé pour la sécurité des "vérificateurs" de l'OSCE, dont il a dit craindre qu'ils ne soient pris en otage comme des soldats de l'ONU l'avaient été par les Serbes en Bosnie.

(AFP 13.10) La direction du Parlement albanais de Kosove a rejeté implicitement le 13 octobre l'accord Milosevic/Holbrooke en affirmant que l'indépendance reste "la seule solution possible" pour la Kosove, et que le conflit ne pouvait être résolu "dans le cadre de la juridiction serbo-yougoslave", alors que l'accord en prévoit précisément la résolution dans ce cadre. La présidence du Parlement de Kosove refuse d'accepter le maintien de la Kosove dans "l'Etat serbo-monténégrin". Le principal négociateur albanais, Fehmi Agani, a pour sa part qualifié de "positif" l'accord Milosevic-Holbrooke, et estimé qu'il créait "des conditions favorables à la reprise de conversations susceptibles de déboucher sur une solution pour la Kosove", mais a cependant précisé qu'il était "difficile de prévoir son issue, Slobodan Milosevic ayant "la mauvaise habitude de faire facilement des promesses et de les tenir difficilement".

(AFP 13.10) Le gouvernement serbe a annoncé le 13 octobre que des élections, supervisées par l'OSCE, seront organisées en Kosove avant l'automne 1999. Il s'agira d'élections "libres et honnêtes" pour les "organes du Kosovo, y compris un scrutin au niveau communal".

(AFP 13.10) L'opposition serbe a salué l'accord Milosevic-Holbrooke, mais a reproché au président Milosevic d'avoir tardé à le conclure. L'Alliance Civique a estimé que Slobodan Milosevic, "après avoir laissé la situation se dégrader", devrait "reconnaître l'échec de sa politique et se retirer". L'Alliance civique réclame l'annulation des "mesures de répression décrétées sous couvert d'un prétendu danger de guerre imminent", et accuse l'ultra-nationaliste Vojislav Seselj (Parti radical, gouvernemental) et le nationaliste Vuk Draskovic (Mouvement serbe du Renouveau, opposition) d'avoir soutenu la "politique suicidaire" de Slobodan Milosevic. Le Parti démocratique accuse quant à lui Slobodan Milosevic d'"irresponsabilité" et lui reproche de ne pas avoir su "éviter une aggravation de la crise en acceptant la venue, il y a six mois, de la mission de Felipe Gonzalez", chargé du dossier kosovar par l'Union européenne. Le PD accuse Slobodan Milosevid d'avoir conduit le pays "au bord de la guerre". Le Parti social-démocrate estime que Slobodan Milosevic "a sans doute cédé une fois de plus sur tous les points sans rien obtenir en contre-partie". Le Parti démocratique réformiste demande au président yougoslave d'"éloigner le danger, devenu réel, de l'instauration des lois martiales et de la dictature".

(AFP 14.10, Reuters 16.10) La Ligue démocratique de Kosove a réclamé le 14 octobre le déploiement d'une force de paix et de médiation internationale en Kosove. "Les forces serbes ne se sont pas retirées de Kosove" et "de plus, des renforts arrivent de Serbie", a assuré le 16 octobre Ibrahim Rugova. Ibrahim Rugova avait estimé le 14 octobre que l'envoi d'une mission de vérification de l'OSCE en Kosove était "un premier pas pour calmer la situation en Kosove", mais avait demandé "des attaques aériennes et des troupes en Kosove pour protéger le peuple albanais".

(AP, AFP 14.10) Deux quotidiens indépendants de Belgrade ont été empêchés de paraître le 14 octobre, après avoir été fermés la veille au soir par les forces de l'ordre, sur ordre du ministère de l'Information (dirigé par l'ultra-nationaliste Aleksandar Vucic) au prétexte d'avoir violé un arrêté gouvernemental du 8 octobre interdisant la publication de textes "portant atteinte aux intérêts du pays" ou "suscitant la peur, la panique et le défaitisme" . Les textes servant de prétexte à l'interdiction de parution des deux journaux portaient, dans "Dnevni Telegraf" sur le "feu vert" donné à l'OTAN pour des attaques contre la Serbie et la Yougoslavie et les divergences entre Belgrade et la communauté internationale sur le déploiement de troupes internationales pour surveiller le respect des accords Milosevic-Holbrooke. "Danas" a été mise sous scellés pour avoir publié... un avertissement du ministre de la Communication à la suite de la parution de textes jugés subversifs, l'un accusant le pouvoir de "défaitisme" et l'autre considérant qu'une intervention de l'OTAN servirait Slobodan Milosevic. "Dvevni Telegraf" et "Danas" étaient parmi les media les plus critiques à l'égard du régime serbo-yougoslave. Le directeur de "Dnevni Telegraf", Slavko Curuvija, a déclaré que la Serbie se dirigeait "vers une complète dictature". Le président de l'Association des media électroniques indépendants (ANEM), Veran Matic, a demandé au gouvernement d'abroger les restrictions imposées à la presse puisque "les raisons qui les ont motivées ont disparu" avec la signature de l'accord Milosevic-Holbrooke.

(AFP 15.10) Le plus influent des quotidiens indépendants serbes "Nasa Borba" a été "provisoirement" interdit de publication le 15 octobre sur ordre du ministère serbe de l'Information pour "violation" du décret gouvernemental interdisant la diffusion de textes "suscitant la peur, la panique et le défaitisme". "Nasa Borba" est le troisième quotidien indépendant interdit de publication au nom de ce décret, après "Danas" et "Dnevni Telegraf". L'un des écrits publié par "Nasa Borba" motivant selon les autorités son interdiction est un communiqué d'un mouvement serbe de défense des droits de l'Homme dénonçant le "terrorisme d'Etat"; un autre reproduisait une déclaration du représentant politique de l'UCK, Adem Demaçi, saluant l'ultimatum de l'OTAN.

(AFP 15.10) Bardhyl Mahmuti, représentant de l'UCK en Suisse, a accusé le 15 octobre la communauté internationale de fermer les yeux sur "les bombardements, la barbarie, la purification éthnique" poursuivie en Kosove par Slobodan Milosevic, et s'est demandé "pourquoi n'agit-on pas" alors que "les menaces de frappes restent en vigueur" et que "Milosevic ne respecte pas ses engagements". Le représentant de l'UCK a demandé à l'OTAN de "frapper car Milosevic ne connaît pas d'autre langage que la force", et a menacé d'une levée par l'UCK de son cessez-le-feu si les pressions internationales n'aboutissent pas. Bardhyl Mahmuti a affirmé que les 14 et 15 octobre, les forces serbes ont bombardé une vingtaine de villages et tiré sur des réfugiés, que les militaires serbes ne se retiraient pas de Kosove mais s'y maintenaient et y camouflaient des chars. Le représentant de l'UCK a critiqué la décision d'envoyer près de 2000 "vérificateurs" désarmés de l'OSCE en Kosove pour vérifier le respect de l'accord sur le terrain : "c'est envoyer 2000 otages" à Milosevic. Il a réaffirmé qu'il n'y aurait pas de solution politique en Kosove sans participation de l'UCK aux négociations, et que l'UCK ne participerait pas à des négociations où ne serait pas débattue l'indépendance de la Kosove : "L'UCK n'accepte aucune solution qui laisse la Kosove sous ou avec la Serbie. Il y a trop de cadavres entre le régime de Belgrade et nous", a déclaré Bardhyl Mahmuti, qui a estimé qu'imposer une négociation avec le seul Ibrahim Rugova était une ingérence dans les affaires albanaises, et a dénié à Belgrade le droit d'appeler à des élections en Kosove.

(AFP, AP 19.10, 20.10) Un projet de loi sur l'Information, qualifié par le ministre de l'Information Aleksandar Vucic (ultra-nationaliste) de "libéral", a été adopté le 20 octobre au Parlement serbe. Il prévoit que les programmes "politiques et propagandistes" des media étrangers seront interdits de diffusion en Serbie, sous peine de fortes amendes. Les media serbes ne seront plus "autorisés à reproduire partiellement ou intégralement, ni en différé, les programmes politiques et propagandistes réalisés par des radios et télévisions contrôlées par des gouvernements étrangers ou des organisations non lucratives", sous peine d'amendes allant de 50'000 à 400'000 dinars (5000 à 40'000 $) Le 8 octobre, le ministère de l'Information, contrôlé par l'extrême-droite de Vojislav Seselj, avait décrété l'interdiction de la retransmission des émissions en serbe de Radio Free Europe, de la BBC, de la Voiy de l'Amérique et de la Deutsche Welle. Trois quotidiens indépendants et deux radios ont déjà été fermés "provisoirement" en vertu de ce décret interdisant en outre la diffusion de textes "suscitant le peur, la panique et le défaitisme" alors que des "menaces d'attaques armées de l'OTAN" planaient sur la Yougoslavie. Inséré partiellement dans le projet de loi, le décret doit rester en vigueur tant que ces "menaces" planeront sur la Yougoslavie. Le propréitaire de "Dvevni Telegraf", un des trois quotidiens interdits, a déclaré le 19 octobre que le nouvelle loi "sonnera le glas des médias indépendants" en Serbie, et l'Association yougoslave des media électroniques (ANEM) a accusé le président Milosevic de vouloir "tirer profit des concessions et des compromis qu'il a dû faire à propos du Kosovo (...) pour instaurer l'absolutisme et la dictature".

(AP 26.10) La police a fait irruption le 25 octobre dans les locaux du journal "Evropljanin", saisissant le matériel du journal pour contraindre son éditeur et son rédacteur en chef (dont le domicile a été cerné pour qu'une saisie de ses biens soit opérée) à payer une amende de 400'000 dinars (55'000 FS) pour avoir "ssayer d'ébranler l'ordre constitutionnel" yougoslave, en publiant un article accusant le président Milosevic de mettre en place une "dictature" et de mener le pays au chaos.

(AFP 27.10) L'UCK rejette tout accord avec les autorités serbes qui ne reconnaîtrait pas le droit à l'autodétermination des Albanais, a affirmé le 27 octobre le représentant politique de l'organisation, Adem Demaçi, qui a assuré que l'UCK "continuera à respecter" la trêve unilatérale qu'elle a proclamée le 8 octobre, et n'entrera pas dans les "villages à population mixte" (albanaise et serbe) dont la police se serait retirée.Le porte-parole de l'UCK en Suisse, Bardhyl Mahmuti, a estimé pour sa part que "si les forces serbes se retirent définitivement de Kosove, il peut y avoir une solution autour d'une table de négociation".

(AFP 27.10) Le chef des services de sécurité de Serbie, Jovica Stanisic, a été limogé, a annoncé la présidence serbe dans un communiqué diffusé le 27 octobre. Jovica Stanisic était également ministre adjoint de l'Intérieur de Serbie. Il a été remplacé par le général Radomir Markovic. Jovica Stanisic était l'un des hommes de confiance de Slobodan Milosevic, et avait pour lui mené des opérations délicates, comme la libération de soldats des Nations Unies pris en otages en mai 1995 par les troupes serbo-bosniaques de Radovan Karadzic, puis la libération de deux pilotes français dont les appareils avaient été abattus par la DCA serbe au-dessus de Pale, près de Sarajevo. Il avait également organisé l'insurrection des Serbes de Croatie en 1991 et coordonné la lutte armée des Serbes de Bosnie. Il avait commencé sa carrière dans les années '70 au sein du département du contre-espionnage yougoslave spécialisé dans la lutte contre les activités du KGB soviétique.

(AP, AFP 28.10) Un représentant de la Ligue démocratique de Kosove, Muhamet Hamiti, a estimé le 28 octobre que Slobodan Milosevic avait gagné la partie contre l'OTAN et "qu'il s'en sortira malgré ce que lui et sa police militaire ont fait ici en Kosove". Le médiateur américain Christopher Hill a rencontré le même jour à Prishtine des membres de l'équipe d'Ibrahim Rugova, chargés de négocier avec Belgrade un accord sur l'avenir de la Kosove. Les discussions ont porté sur un projet d'inspiration américaine, avalisé par le Groupe de contact, qui propose aux Kosovars une autonomie de plus en plus large au cours d'une période transitoire de trois ans. La partie albanaise exige que l'accord comporte une clause prévoyant un référendum sur l'autodétermination de la Kosove à l'issue de cette période.

(AFP 31.10) Le représentant politique de l'UCK, Adem Demaçi, s'est entretenu le 31 octobre avec des responsables des partis albanais de Kosove, pour resserrer les liens entre eux et l'organisation armée. Adem Demaçi a rencontré, au siège de la Ligue démocratique de Kosove (le parti d'Ibrahim Rugova), des membres de la présidence du parlement élu de Kosove. Les participants à la réunion ont souligné la "nécessité d'une coopération étroite entre les facteurs militaires et politiques". Les discussions ont également porté sur la formation d'un gouvernement albanais de Kosove, incluant des représentants de l'UCK, qui y revendique le ministère de la Défense. Adem Demaçi a notamment eu un entretien avec le chef de l'équipe des négociateurs formée par Ibrahim Rugova pour négocier un accord politique avec Belgrade, Fehmi Agani. Les deux hommes ont convenu qu'il état temps de rapprocher les différents courants du mouvement national albanais de Kosove, se sont engagés à "intensifier leur coopération". Le 30 octobre, Adem Demaçi a rendu visite au monastère serbe de Decani, dont il a rencontré le supérieur, le père Sava, afin de "montrer que le peuple albanais ne considère pas le peuple serbe comme un ennemi" et "fait une grande différence entre le peuple et le régime serbe".

(AFP 5.11) Le médiateur américain Christopher Hill a fait état le 5 novembre de "sérieux progrès" dans la recherche d'un réglement politique de la crise kosovare, "non seulement dans la réduction de la violence, mais aussi vers des solutions qui satisferont les intérêts fondamentaux des deux parties". Chriostopher Hill a néanmoins souligné que la méfiance entre Albanais et Serbes était encore "grande comme une montagne" et qu'elle avait "augmenté ces dernières semaines", mais a reconnu que "les deux parties font preuve de sérieux (...) et comprennent que le statu quo est inacceptable". Il a précisé que le projet d'accord qu'il tente de faire accepter par Belgrade et par les Kosovars ne définit pas le futur statut de la Kosove, mais propose une autonomie accrue et évolutive de la Kosove. Il a également déclaré que des négociations directes entre les deux parties ne sont pas un impératif, même si elles sont souhaitables, et que des négociations indirectes (par son intermédiaire, par exemple) peuvent aussi bien faire l'affaire. Selon le quotidien albanais de Kosove "Koha Ditore", la partie albanaise n'est pas satisfaite du projet d'accord proposé par Christopher Hill et exige un référendum sur l'autodétermination de la Kosove, à l'issue d'une période d'"autonomie" de trois ans.

(AFP 14.11, ATS 15.11) En réponse à la présentation le 13 novembre par le médiateur américain Christopher Hill au président serbe Milan Milutinovic de la dernière version du projet de règlement politique du conflit kosovar, la Serbie a proposé le 15 novembre des négociations directes sur la Kosove aux représentants politiques albanais. Elle a accepté pour la première fois la présence de diplomates internationaux à la table des discussions. Le président serbe Milutinovic devrait présider cette réunion, prévue le 18 novembre à Prishtine. Il y a invité le médiateur américain Christopher Hill, les ambassadeurs de Russie, de Chine et d'Autriche (dont le pays assume la présidence tournante de l'Union européenne). La dernière version du projet présenté par Christopher Gill prévoit pour les Kosovars une large autonomie mais ne fait pas mention d'une consultation populaire (référendum d'autodétermination), réclamée par les Albanais. Le président serbe a promis d'"étudier attentivement" le projet de la communauté internationale. Ibrahim Rugova a pour sa part réaffirmé le 13 novembre que l'indépendance de la Kosove était "la meilleure solution". Le gouvernement de Kosove en exil a quant à lui estimé "inacceptable" le projet international pour la Kosove, dans la mesure où il ne fait aucune mention d'un référendum d'autodétermination.

(ATS 16.11) Ibrahim Rugova a rejeté le 16 novembre l'invitation du président serbe Milan Milutinovic à entamer des pourparlers directs sur l'avenir de la Kosove. Le porte-parole d'Ibrahim Rugova, Xhemail Mustafa, a cependant affirmé que la direction albanaise de Kosove s'engageait "pour des négociations bien préparées avec la médiation" des ambassadeurs américain Christopher Hill et autrichien (représentant l'Union européenne) Petrisch. "Toute invitation sérieuse à des pourparlers entre Prishtine et Belgrade doit partir de ce fait et être lancée en coopération et avec l'aide" des deux ambassadeurs, a ajouté Xhemail Mustafa, qui a qualifié l'offre serbe de "geste de propagande", de tentative d'"exclure" les ambassadeurs américain et autrichien "du processus de négociation en vue dun réglement de la crise en Kosove", et de tentative d'"atténuer" les pressions internationales exercées sur Belgrade pour un réglement politique. "Le régime serbe n'est pas favorable à des négociations sérieuses avec la partie albanaise (et) nourrit toujours l'illusion que le problème de la Kosove peut être traité comme une question intérieure à la Serbie", a accusé le porte-parole d'Ibrahim Rugova, pour qui "toute tentative qui ne prendrait pas en compte l'actuelle réalité militaire et politique en Kosove et qui chercherait à occulter le fait que le peuple de Kosove s'est prononcé par référendum pour l'indépendance par des moyens pacifiques est vouée à l'échec". Pour sa part, Fehmi Agani, chef des négociateurs albanais désignés par Ibrahim Rugova, a demandé que les négociations démarrent sur la base d'une "plate-forme issue des propositions des deux parties, albanaise et serbe, et non sur celle du gouvernement serbe". Enfin, l'ancien dirigeant kosovar Mahmut Bakalli a demandé que les interlocuteurs des Albanais de Kosove soient des représentants du gouvernement fédéral yougoslave et non des autorités serbes.

(AFP 16.11) Slobodan Milosevic a demandé le 16 novembre à la communauté internationale d'exercer "une influence résolue et sans équivoque" sur les Albanais de Kosove "afin que cessent les provocations terroristes de groupes de bandits" qui "tentent d'entraver le processus de normalisation accélérée et de règlement pacifique et politique des problèmes du Kosovo". Le président yougoslave a assuré que la Yougoslavie respectait "à la lettre l'accord qu'elle a conclu avec l'OSCE".

(ATS, AFP 17.11, 18.11) L'UCK veut être associée au processus de négociation avec Belgrade sur l'avenir de la Kosove : Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK, a fait une demande en ce sens à Ibrahim Rugova le 17 novembre, et à déclaré que "Rugova peut signer ce qu'il veut, mais sans l'accord de l'UCK, nous nous retrouverons à la case départ". Adem Demaçi a appeler la classe politique kosovare à "changer en profondeur pour admettre l'UCK en son sein" et a affirmé lutter "pour l'unification de toutes les forces politiques albanaises", mais déploré (en visant clairement Ibrahim Rugova) que "certaines personnes aiment trop le pouvoir" et que le mouvement alban ais de Kosove soit divisé "car d'un côté, il y a les forces politiques et de l'autre, les forces militaires", la véritable force étant représentée par l'UCK sur le terrain. Sur place, des journalistes de l'AFP ont pu constater que l'emprise de l'UCK sur les villages qu'elle contrôle a pratiquement totalement éliminé du terrain la LDK d'Ibrahim Rugova, et que ses villages sont désormais totalement administrés par l'organisation armée, les partisans d'Ibrahim Rugova ne s'occupant plus que de l'aide humanitaire. La secrétaire générale de la LDK, Nekibe Kelmendi, a reconnu que le travail de la LDK était "plus difficile (...) dans les régions où est implantée l'UCK".

(Reuters, AFP, AP 18.11) Un nouveau projet de plan de paix américain pour la Kosove, proposant d'associer plus étroitement la Kosove à la Yougoslavie en réduisant sa dépendance à l'égard de la seule Serbie, a été remis aux parties en conflit par l'émissaire américain Christopher Hill et favorablement accueilli par les Albanais. Le projet, daté du 1er novembre et publié le 18 par le quutidien albanais de Kosove "Koha Ditore" propose que la Kosove envoie des députés (une trentaine) au seul parlement fédéral yougoslave et non plus au parlement serbe, dispose d'au moins un représentant au gouvernement fédéral et un juge à la Cour fédérale. Le projet prévoit également que la Yougoslavie garderait la responsabilité des domaines relatifs à l'intégrité territoriale, la défense, la politique étrangère, monétaire et économique. La publication de ce projet coïncide avec la venue à Prishtine du président serbe Milan Milutinovic pour des entretiens de paix présentés par la Serbie comme une alternative à la proposition américaine. Ces entretiens sont boycottés par la partie albanaise et n'ont débuté le 18 novembre qu'en présence de représentants des "minorités" de Kosove (turcs, tziganes, musulmans non albanais, Serbes musulmans, égyptiens) et d'observateurs russes. Milan Milutinovic a estimé qu'un "compromis" entre Serbes et Albanais était "indispensable" pour un "véritable accord". Sans s'opposer à des négociations convoquées par le médiateur américain, il a réaffirmé que la crise kosovare était une "affaire intérieure" à la Serbie et a reproché au projet américain de ne pas se fonder sur l'accord Milosevic-Holbrooke "dans son ensemble", de ne pas respecter "l'égalité totale de toutes les communautés nationales" de Kosove et d'être "à maints égards (...) contraire au système juridique de la Serbie et de la RFY". Il a enfin préconisé pour la Kosove "une auto-administration démocratique dans le cadre de la Serbie et, partant, de la Yougoslavie".

(AFP 20.11) Les autorités yougoslaves ont rejeté le 20 novembre "de la façon la plus énergique" l'avertissement de l'OTAN rendant également responsables de la dégradation de la situation en Kosove forces serbes et UCK. Selon Belgrade, le message du Conseil de l'OTAN contient des affirmations "inexactes, arbitraires et inacceptables". Le ministre adjoint des Affaires étrangères Zlatan Kikic a exprimé sa "stupéfaction" devant le fait que l'OTAN "tente de mettre sur un même plan les activités légitimes des organes de l'Etat et les actions des groupes terroristes" et a dénoncé les rencontres "entre représentants de certains pays et terroristes", qui ne font "qu'encourager l'activité criminelle" de l'UCK qui multiplie "les enlèvements et les assassinats de civils ainsi que les attaques contre des policiers et des membres de l'armée. La direction du Parti socialiste serbe de Slobodan Milosevic a elle aussi accusé l'OTAN de chercher à "établir un équilibre" entre les "bandes terroristes" et les forces de sécurité.

(AFP, AP 21.11) Les autorités serbes ont proposé le 21 novembre un projet d'accord intérimaire sur la Kosove, en réponse au plan élaboré par l'émissaire américain Christopher Hill. Le projet serbe tend à resserrer les liens entre la Kosove et la Serbie -ce qui le rend inacceptable par les Albanais, et exprime un rejet implicite du projet américain, soutenu par le Groupe de contact et l'Union européenne. Le projet serbe ("accord cadre sur l'auto-administration" est supposé avoir été mis au point lors de discussions menées par le président serbe Milan Milutinovic avec des représentants des communautés éthniques non-albanaises de Kosove (Turcs, Tziganes, Musulmans non albanais, Serbes musulmans et Egyptiens). Ces discussions avaient été boycottées par les Albanais. Le projet serbe insiste sur une représentation égale de toutes les communautés éthniques dans les institutions de Kosove, alors que les Albanais représentent à eux seuls 90 % de la population kosovare, et propose une assemblée bicamérale : une "chambre des citoyens" (chambre basse) élue au scrutin direct sans "quotas" éthniques, et une "chambre des communautés" (chambre haute) où chaque groupe éthnique serait représenté par un nombre égal de députés. Le projet serbe n'envisage pas, contrairement au projet américain, de présidence pour la Kosove, mais prévoitcomme le projet américain un Superviseur chargé de veiller à son application (le projet américain prévoit que ce superviseur soit étranger et nommé sur proposition de l'OSCE, le projet serbe prévoit qu'il soit Kosovar). Le projet serbe prévoit une représentation de la Kosove au parlement de Serbie (par 20 députés) et au parlement yougoslave (par 10 députés), alors que le projet américain ne prévoit qu'une représentation au niveau de la Yougoslavie. Les deux projets prévoient une révision de l'accord au terme d'une période intérimaire de trois ans, et des élections dans un délai de neuf mois après la signature de l'accord. La Serbie souhaite en outre un recensement préalable de la population, alors que le plan américain n'envisage ce recensement que lorsque les conditions auront été jugées favorables par l'OSCE. La proposition serbe a d'ores et déjé été rejetée par les Albanais.

(AFP 23.11) Le président serbe Milan Milutinovic a demandé le 23 novembre à la communauté internationale de condamner l'UCK et "prenne des mesures concrètes et visibles afin d'empêcher tout soutien étanger aux bandes terroristes des séparatistes albanais". Lors d'un entretien avec l'émissaire américain Christopher Hill, le président serbe a considéré que "les actes terroristes" de l'UCK "entravent sérieusement le dialogue" serbo-kosovar et "les efforts déployés en vue de stabiliser la situation dans la province". Milan Milutinovic a invité les Albanais de Kosove à discuter du projet serbe d'accord intérimaire, élaboré en réponse au projet américain. Le vice-Premier ministre serbe Zoran Lilic a pour sa part accusé les dirigeants kosovars d'éviter le dialogue "dans le but évident de gagner du temps et de permettre aux terroristes de se réorganiser". Zoran Lilic a invité les Kosovars à "oeuvrer ensemble au renforcement de notre Etat commun", et a demandé aux USA et à l'Union européenne d'inscrire l'UCK sur "la liste des organisations terroristes".

(AFP 24.11) Le représentant politique de l'UCK, Adem Demaçi, a exprimé le 24 novembre sa crainte d'un "nouveau bain de sans" au printemps 1999 en Kosove, et a affirmé que l'UCK, tout en respectant le cessez-le-feu, se préparait "pour défendre les Albanais si nécessaire", car la "coalition" au pouvoir à Belgrade "ne connaît d'autre langage que celui du sang et de la force". Adem Demaçi a affirmé avoir décliné une invitation du président serbe Milan Milutinovic à une rencontre le 25 février, mais a salué dans cette invitation "un premier geste de bonne volonté", qui signifie que "d'une certaine manière le président serbe a reconnu l'UCK en tant que facteur incontournable" dans le "recherche d'un règlement à la crise". Adem Demaçi pose comme conditions à l'ouverture d'un dialogue entre l'UCK et Belgrade : l'arrêt des "provocations" des forces e l'ordre serbes, la libération de "tous les prisonniers politiques" et de "tous les détenus ou disparus" et l'ouverture de négociations au niveau fédéral yougoslave et non au niveau serbe, car "les Albanais ne voient pas de règlement possible de leur problème dans le cadre de la Serbie, même pour une période transitoire". Le projet sertbe de règlement de la crise est d'ailleurs qualifié par Adem Demaçi de "dépassé et inacceptable" du fait précisément qu'il ne prévoit de solution que dans le cadre de la Serbie. Mais l'UCK critique également le projet américain de règlement, qui est "loin de ce que nous souhaitons" (l'indépendance). Elle ne rejette cependant pas ce projet là.

(AFP 24.11) Le président Milosevic a limogé le 24 novembre le chef d'état-major de l'armée fédérale yougoslave, le général Momcilo Perisic, en place depuis 1993, et l'a remplacé par le général Dragoljub Ojdanic, commandant de la 1ère armée (Belgrade et nord de la Serbie). Le général Perisic a été nommé conseiller chargé des questions de défense auprès du Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic, poste qu'il a refusé. Le général Perisic semble avoir été limogé pour avoir désapprouvé les accords Milosevic-Holbrooke.

(AP, ATS, AFP 1.12) L'UCK est prête à reporter son objectif d'indépendance de la Kosove à condition que des garanties lui soient fournies avant la signature du plan de paix américain prévoyant un statut intérimaire, a annoncé le 30 novembre Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK. Adem Demaçi a expliqué que l'UCK était "disposée à accepter la résolution des problèmes étape par étape", sans renoncer à son but, mais à condition que le plan de paix prévoie d'accorder aux Kosovare le droit à l'autodétermination. Le 1er décembre, Adem Demaçi a cependant précisé que l'UCK ne déposera les armes que lorsque la Kosove sera indépendante. D'ici là, "nous acceptons comme solution provisoire que la Kosove soit une république égale en droit dans la Fédération Yougoslave avec la Serbie et le Monténégro, mais avec des garanties internationales".

(AFP 1.12) Le gouvernement yougoslave a condamné "énergiquement" le 1er décembre, dans un mémorandum à la présidence de l'OSCE, les contacts de la communauté internationale avec l'UCK, ou, pour reprendre la formulation du mémorandum, "les terroristes, les assassins, les kidnappeurs qui s'appellent l'UCK", avec laquelle les contacts ayant "pour but de soutenir cette organisation terroristes" sont contraires "aux principes internationaux", violent la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU "qui condamne le terrorisme des séparatistes albanais" et "entravent le processus politique et une solution pacifique". Le gouvernement yougoslave rappelle que le contenu d'un accord sur la Kosove ne peut être à son avis "que le résultat d'un dialogue entzre la délégation de l'Etat et les représentants des communautés éthniques" kosovares, et que ce dialogue ne doit pas être "imposé". Enfin, le gouvernement yougoslave condamne l'Albanie, à laquelle il reproche d'avoir provoqué 170 incidents armés à la frontière albano-yougoslave, en "violation fralgrante de l'intégrité territoriale et de la souveraîneté de la Yougoslavie", le fait que l'Albanie se trouve "dans une situation chaotique n'amoindrissant pas sa responsabilité".

(AFP 7.12, 8.12) Le projet d'accord sur l'avenir de la Kosove présenté par le médiateur américain Christopher Hill a été rejeté par les Albanais le 7 décembre. "Ce projet est inacceptable pour nous" et "ne peut pas servir de base pour des négociations" car "il ne contribue pas au règlement du problème", a affirmé le principal négociateur albanais, Fehmi Agani. Les négociateurs albanais reprochent au plan américain d'être "pratiquement identique à la plate-forme serbe" et ont annoncé qu'ils allaient préparer leur propre projet et le proposer comme "base" de négociation. La dernière mouture du projet américain prévoit le maintien de la Kosove dans le cadre de la Serbie, ce que les Albanais refusent. Quant à l'UCK, elle a fait savoir le 4 décembre qu'elle refusait tout compromis et tout arrangement "même temporaire" avec Belgrade, n'acceptait rien d'autre que l'indépendance de la Kosove et refusait donc toute "cohabitation" entre Serbes et Albanais en Kosove "dans le cadre d'un édifice anti-albanais, anti-démocratique et dénué de perspective tel que la Yougoslavie" -et à plus forte raison que la Serbie. Le 8 décembre, le représentant politique de l'UCK, Adem Demaçi, a qualifié d'"inacceptable" le plan Hill, dans la mesure où il ne mentionne pas l'UCK et ne reconnaît pas aux Albanais le droit à l'autodétermination. Adem Demaçi a considéré en outre que le médiateur américain Christopher Hill était "hypothéqué" par les accords de Dayton et ne s'engageait pas assez ébergiquement "dans la recherche d'une solution rutable et acceptable pour toutes les parties".

(AP, AFP 8.12, 9.12 ) Le projet de plan américain présenté par Christopher Hill, rejeté par les Albanais, l'a également été par les Serbes le 8 décembre. Ratko Markovic, chef de la délégation gouvernementale serbe chargée de négocier avec les Kosovars, a considéré que le plan américain équivalait à "reconstruire toute la Yougoslavie" en ouvrant à la Kosove la voie de l'indépendance."Selon le plan américain, le Kosovo serait un Etat pour les Albanais, qui domineraient dans tous les domaines de la vie, ainsi que dans les institutions d'Etat", a déclaré Ratko Markovic dans un communiqué diffusé par l'agence officielle Tanjug. Ratko Markovic reproche au plan de ne prévoir "aucune garantie contre de possibles discriminations des autres ommunqutés éthniques" vivant en Kosove, et réaffirme la volonté de la Serbie de trouver une "solution de la question du Kosovo dans le cadre de son système juridique et dans l'exercice d'une auto-administration du territoire par toutes les communqutés nationales qui y vivent".

(AP 9.12) Recçu à Paris par le président français Jacques Chirac, Ibrahim Rugova a exprimé sa crainte d'"une escalade" en Kosove, qui signifierait "le plus grand massacre qu'on ait vu juqu'à présent" et une "purification éthnique de masse". Le président kosovar a exprimé son espoir "qu'avec l'installation de la mission des vérificateurs" de l'OSCE "et une grande attention de la communauté internationale, on puisse trouver une solution et aider le processus politique en Kosove".

(AFP 16.12) Ibrahim Rugova a reçu le 16 décembre le "prix Sakharov pour la liberté de l'esprit" 1998, décerné par le Parlement européen, une semaine après avoir reçu à Paris des mains du Premier ministre Lionel Jospin le prix des droits de l'Homme décerné par la Commission consultative française des droits de l'Homme. Ibrahim Rugova a réaffirmé à cette occasion que "seule l'indépendance de la Kosove permettra d'assurer la paix et la stabilité", et qu'il fallait arriver à "un accord transitoire" accompagné d'un "protectorat international", également transitoire.

(AFP 22.12) Un responsable du Département d'Etat américain (ministère des Affaires étrangères), Lawrence Rossin, a rencontré le 22 décembre des membres de l'état-major de l'UCK, dans le village de Dragobilje. Trois membres de l'état-major de l'UCK, Jakup Krasniqi, Rame Buja et Sokol Bashota, ont pris part aux entretiens. Jakup Krasniqi a exprimé l'espoir que "la diplomatie européenne et américaine montrera davantage de compréhension à l'égard de l'UCK", qui s'est déclarée "prête à négocier" et demande "à être associée au processus de négociation". Jakup Krasniqi a en outre affirmé que l'UCK se "démarque de tout acte de violence contre la population civile". Dans un communiqué diffusé le 22 décembre à Prishtine, l'UCK a menacé d'attaquer la police serbe si celle-ci ne se retirait pas des positions qu'elle occupe sur les axes routiers du centre de la province. Le représentant politique de l'UCK, Adem Demaçi, a pour sa part réclamé la constitution d'une équipe de négociation incluant toutes les forces politiques kosovares, qui ne dépendrait plus "uniquement" d'Ibrahim Rugova et au sein de laquelle l'UCK pourrait jouer "un rôle prépondérant".

(AFP 28.12) Le président Milosevic a opéré, par un décret publié le 26 décembre, une vaste puirge dans l'armée fédérale, en remplaçant les titulaires d'une vingtaine de postes-clés, après avoir limogé en novembre le chef d'état-major, le général Momcilo Perisic, et le commandant de l'aviation et de la DCA, le général Ljubisa Velickovic. Les officiers destitués le 26 décembre étaient considérés comme trop loyaux au général Perisic, lequel était conidéré comme trop critique à l'égard du pouvoir en place, à qui il avait reproché d'avoir favorisé l'installation en Kosove d'un véritable "Etat parallèle" albanais. Le général Perisic avait également conseillé aux "politiciens" serbes et yougoslaves de "ne pas entrer en guerre contre le monde entier", ce qui lui avait valu d'être accusé de "défaitisme". Il avait enfin veillé à limiter l'engagement de l'armée contre l'UCK, alors que pour le pouvoir en place "seule une action armée est possible contre les terroristes". La promotion du général Ljubisa Pavkovic à la tête de la 3ème armée yougoslave, qui couvre la Kosove, pourrait être significative de cette volonté d'en découdre avec l'UCK, le général Pavkovic commandant jusqu'alors le corps d'armée de Prishtine et ayant dirigé les offensives de l'été 1998 contre l'UCK.

(ATS. AFP 29.12) L'UCK "maintient" la trève qu'elle a proclamée, mais "ripostera si elle est attaquée", a déclaré le 29 décembre son représentant politique, Adem Demaçi, qui a assuré que l'UCK respecterait sa décision prise en octobre "afin de donner des chances à une solution politique", et a rappelé que l'UCK avait "donné des garanties qu'elle ne menacerait jamais" les vérificateurs de l'OSCE. Adem Demaçi a fait porter au "régime terroriste serbe" l'entière responsabilité de la situation en Kosove, et a accusé Slobodan Milosevic de "chercher à provoquer une intervention de l'OTAN qui lui permettrait de justifier devant son peuple le fait qu'il ne peut tenir la Kosove par la force et doit l'abandonner".

(AFP 29.12) Dans une lettre au Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, le ministre yougoslave des Affaires étrangères Zivadin Jovanovic a estimé que "seule une condamnation claire du terrorisme et l'inscription de l'UCK sur la liste des organisations terroristes" était susceptible d'aboutir à un règlement politique de la crise kosovare. Le ministre a assuré que les autorités yougoslaves ne pouvaient "tolérer" la poursuite des "activités criminelles" de l'UCK. M. Jovanovic raqppelle que les résolutions 1199 et 1160 du Conseil de sécurité condamnent "toute aide étrangère au terrorisme au Kosovo" et affirme que ces dispositions sont "violées grossièrement", l'UCK ayant selon lui acquis des missiles anti-aériens "Stinger".

(ATS, AP 31.12) Le président Milosevic a affirmé dans son message de fin d'année que les efforts occidentaux pour promouvoir l'indépendance de la Kosove allaient contre la volonté du peuple yougoslave. Slobodan Milosevic a également affirmé vouloir consacrer l'année à venir à la préservation de la souveraîneté de la Yougoslavie, au maintien de ses liens avec l'étranger et au soulagement de l'économie, affectée par les sanctions internationales. Le président yougoslave a toutefois déclaré le 30 décembre estpérer qu'une solution politique serait trouvée en 1999 au conflit kosovar, pour un "Kosovo pluriéthnique, basé sur les principes de l'égalité pour tous".

1999

(AFP 4.1.1999) L'UCK a défié à la fois les autorités serbes et Ibrahim Rugova a annonçant le 4 janvier le lancement d'une radio et d'une agence de presse clandestines, la radio "Kosova e lire" (Kosove libre) et l'agence "Kosova Press", qui émettront, selon l'UCK, depuis le territoire sous son contrôle. Un membre de la représentation kosovare à Tirana s'est déclaré "surpris" par l'initiatrive de l'UCK, qui a justifié sa décision par "l'importance extrême" que l'information est appelée à jouer "dans les futurs violents combats contre l'ennemi" serbe. "Ces médias seront la voix authentique du peuple albanais et de l'UCK pour la liberté et l'indépendance de la Kosove", selon le communiqué de l'organisation armée. Pour sa part, Ibrahim Rugova ne dispose en Kosove ni de radio, ni de télévision et doit compter sur les émissions de la radio et de la télévision de Tirana. Le quotidien "Bujku", proche de son parti, la LDK, est empêché de paraître depuis deux semaines par l'imprimerie d'Etat, qui refuse de le tirer, et le Centre d'information créé par la LDK (le KIC) prend de plus en plus de distance à son égard.

(ATS, AFP 8.1) Ibrahim Rugova a réclamé le 8 janvier une intervention de l'OTAN dans la crise kosovare, tout en espérant que le déploiement en cours des "vérificateurs" de l'OSCE "contribuera à apaiser la situation". Le président kosovar a dénoncé le blocage de certaines routes d'accès à Prishtine par des Serbes armés et n'a pas exclu l'existence d'un lien entre ces actions et des "plans (serbes) de partition de la Kosove". "Nous voulons évider une réédition des événements que l'on a connus en Bosnie et en Croatie et nous recherchons avec les médiateurs internationaux une solution provisoire pour la Kosove", a assuré Ibrahim Rugova, qui a réaffirmé que "la meilleure solution serait une Kosove libre et indépendante, (sous) protectorat international comme solution transitoire".

(AP 18.1) L'ancien opposant Vuk Draskovic, président du Mouvement serbe du renouveau, a été nommé le 18 janvier vice-Premier ministre du gouvernement yougoslave, et trois autres membres de son mouvement ont obtenu un poste ministériel. Seklon le communiqué du gouvernement yougoslave, Vuk Draskovic sera en charge des dossiers internationaux.

(AFP 14.1) Le gouvernement yougoslave a adressé le 14 janvier au Comité des Nations Unies pour la suppression de la discrimination raciale un rapport dans lequel il fait porter aux Kosovars la responsabilité de l'absence de dialogue : "Les partis politiques séparatistes albanais et leurs chefs retardent le dialogue et encouragent les terroristes qui continuent de commettre des crimes, des meurtres et des enlèvements", déclare le rapport yougoslave, qui accuse l'UCK d'entretenir "des liens avec des organisations internationales terroristes et islamistes qui s'entraînent en Albanie et dont des membres ont rallié" l'UCK en Kosove. Le rapport affirme que l'UCK est financée par des fonds en provenance de pays islamiques radicaux, de la narco-mafia et du crime international organisé, et demande à la communauté internationale de démanteler les filières d'approvisionnement de l'UCK.

(ATS, AFP 15.1) Ibrahim Rugova s'est déclaré le 15 janvier favorable à une réunion de toutes les forces politiques kosovares à Vienne, sous l'égide de l'OSCE. "Je suis le président de Kosove est ma porte est toujours ouverte", a affirmé Ibrahim Rugova. Selon le quotidien "Koha Ditore", la réunion est prévue le 25 janvier, et le porte-parole de l'émissaire de l'Union européenne en Kosove, Wolfgant Petritsch, s'est déclaré "optimiste" sur son issue : seule "l'unification des représentants politiques albanais (...) peut rendre possible un début de négociation", a-t-il déclaré. Ibrahim Rugova a en outre affirmé qu'il se rendrait à Tirana "à la première occasion", répondant ainsi à l'invitation du gouvernement albanais qui tente lui aussi de réunir les représentants de toutes les forces kosovares. Ibrahim Rugova s'est une nouvelle fois prononcé pour une intervention de l'OTAN en Kosove.

(AFP 17.1) La Ligue démocratique de Kosove (LDK), dont les délégués à l'étranger se sont réunnis à Stuttgart les 16 et 17 janvier, a adopté une résolution demandant "la démilitarisation rapide et conséquente" de la Kosove et le retrait de "toutes les unités militaires serbes et de la police spéciale". La LDK considère que "la communauté internationale n'a pas le droit et ne peut pas se ddégager de ses responsabilités envers un peuple entier, au coeur de l'Europe" et doute que la présence des observateurs de l'OSCE empêche "les unités serbes de commettre de nouvelles atrocités" après le massacre de 45 personnes commis à Racak le 16 janvier. La résolution de la LDK se prononce pour "l'indépendance souveraine" de la province, et la considère comme la seule solution capable de déboucher sur "une solution surable et stable pour l'ensemble de la région du sud des Balkans".

(AFP 18.1, Le Monde 19.1) L'UCK a mise en cause le 17 janvier dans un communiqué la communaité internationale dans le massacre de Racak : "outre le régime serbe, la responsabilité du massacre de Racak revient aussi aux acteurs internationaux qui ne défendent pas les résolutions de l'ONU", déclare l'UCK, qui accuse aussi les responsables politiques kosovars "désunis" de "saboter l'unification des hommes et des moyens dans la lutte pour la liberté et l'indépendance", et qui affirme être "la seule idéologie, la seule institution, le seul gouvernement" albanais de Kosove.

(AP 20.1) Le 20 janvier, le vice-Premier ministre serbe Vojislav Seselj (extrême-droite) a déclaré que la Serbie voulait rejoindre le pacte d'union passé entre la Russie et la Biélorussie, et a demandé aux autorités de Moscou et de Minsk de fixer la date de l'entrée de la Serbie dans cette union, signée en 1997 et qui devrait se concrétiser aux plans économiques, militaires et politiques en 2000.

(AFP 27.1) L'état-major de l'UCK a annoncé le 26 janvier qu'il avait décidé d'engager des "consultations avec les acteurs politiques" albanais de Kosove en vue de la constitution d'une "assemblée" et d'un "gouvernement", sans préciser si ces "consultations" se faisaient en accord avec le président kosovar Ibrahim Rugova. Il semble qu'il s'agit plutôt d'une initiative unilatérale de l'UCK visant à substituer une assemblée qu'elle contrôle à celle élus le 22 mars 1998, contrôlée par la Ligue démocratique d'Ibrahim Rugova, mais qui ne s'est réunie qu'une seule fois et n'a jamais réussi à former un gouvernement. En outre, l'UCK a intimé l'ordre, sous dix jours, à chef du gouvernement kosovar en exil Bujar Bukoshi de lui verser des fonds.

(AFP 28.1) Le Parti socialiste de Serbie de Slobodan Milosevic a rejeté le 28 janvier l'idée d'une conférence internationale sur la Kosove, à laquelle participeraient des représentants de l'UCK. Le même rejet a été exprimé par le leader du Parti radical (extrême-droite), le vice-Premier ministre Vojislav Seselj, qui rejette généralement toute conférence sur la Kosove se tenant à l'étranger. Vuk Draskovic, également vice-Premier ministre, a lui rejeté toute idée de conférence internationale.

(AFP 30.1, 2.2, 3.2) Ibrahim Rugova a accepté le 30 janvier de participer à la conférence de Rambouillet. Veton Surroi a également accepté de participer à la conférence. Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK, a pour sa part réservé sa réponse, avant que de recommander le 2 février à l'UCK de ne pas participer aux négociations de Rambouillet, "organisées à la hâte" et auxquelles l'UCK n'est pas invitée "pour parler de paix mais pour capituler". "L'UCK n'a pas pris les armes pour combattre pour l'autonomie", a résumé Adem Demaçi. Le porte-parole de l'état-major militaire de l'UCK, Jakup Krasniqi, a cependant annoncé le 2 février que "nous sommes certainement prêts à aller à Rambouillet", et que l'UCK revendiquait trois sièges au sein de la délégation albanaise, en exigeant même de la diriger. Le 3 février, l'état-major de l'UCK a annoncé qu'il enverra à Rambouillet une délégation de cinq personnes : Jakup Krasniqi, Ram Buja, Hashim Taçi, Xhavid Haliti et Azem Syla. Adem Demaçi ne fera donc pas partie de cette délégation. Le 30 juin, Rexhep Qosja, chef du Mouvement démocratique unifié, avait également réservé sa réponse. Du côté serbo-yougoslave, Slobodan Milosevic a laissé planer l'incertitude sur la participation des autorités de Belgrade à la conférence, et a annoncé que "les plus hautes instances de Serbie et de Yougoslavie" allaient examiner les propositions du Groupe de contact, et y répondre "dès que possible". Le vice-Premier ministre yougoslave Vuk Draskovic a estimé le 2 février qu'il n'y avait "aucune raison de rejeter l'invitation à se rendre à Paris". Le parti radical (ultra-nationaliste) de Vojislav Seselj s'est pour sa part prononcé contre la participation à la conférence.Selon un compte rendu de l'entretien entre Slobodan Milosevic et le ministre britannique des Affaires Robin Cook, diffusé par l'agence officielle yougoslave Tanjug, le président yougoslave a fait valoir la "disposition ferme et bien connue de la Serbie et de la Yougoslavie à ce que les problèmes au Kosovo, qui est une partie intégrante de la Serbie, soient résolus de manière pacifique en Serbie, avec la participation des représentants de toutes les communautés nationales", y compris les Turcs, les Tziganes et les Musulmans non-albanais.

(ATS, AFP, AP 1.2, 2.2) Le gouvernement yougoslave a convoqué le parlement (où les partisans de Slobodan Milosevic et les ultgra-nationalistes de Vojislav Seselj détiennent ensemble la majorité absolue des sièges) le 4 février pour discuter d'une éventuelle participation aux pourparlers de paix de Rambouillet. Le vice-Premier ministre Vuk Draskovic s'est fermement prononcé pour l'envoi d'une délégation à Rambouillet. Le gouvernement yougoslave a dénoncé le 1er février une "menace ouverte d'agression (de l'OTAN) contre la souveraineté et l'intégrité territoriale" de la Yougoslavie et a exigé une session du Conseil de Sécurité pour "prévenir une agression armée" d'une "organisation militaire régionale (qui) ne détient aucune autorité du Conseil de Sécurité ni aucun droit d'utiliser la force contre des pays indépendants et souverains". L'UCK devrait indiquer le 3 février si elle y prendra part. Le médiateur américain Christopher Hill et le représentant de l'Union européenne Wolfgang Petritsch ont eu une série d'entretiens à Prishtine avec des représentants albanais pour les convaincre d'envoyer une délégation commune et représentative aux pourparlers de Rambouillet. Le 31 janvier, Ibrahim Rugova avait accepté de participer à la conférence de Rambouillet et Rexhep Cosja, représentant du Mouvement démocratique unifié, avait réservé sa réponse. Fehmi Agani, chef de l'équipe de négociateurs désignée par Ibrahim Rugova, a estimé que l'UCK ne pouvait pas "se permettre de faire dérailler (un) processus soutenu par la communauté internationale" et qu'elle y participerait. Le porte-parole de l'UCK, Jakup Krasniqi, a indiqué que l'organisation y était prête, mais sous conditions, tandis qu'Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK, se prononçait contre une participation aux pourparlers et suggérait à l'état-major de l'UCK de "refuser d'aller en France", car ces pourparlers "ne sont pas la bonne manière de résoudre le problème" et ne sont pas "une approche sérieuse". Le 2 février, Adem Demaçi a affirmé qu'on ne demandait pas à l'UCK "d'aller en France pour parler de paix mais pour capituler", et rappelé que "l'UCK n'a pas pris les armes pour combattre pour l'autonomie", mais pour la séparation d'avec la Serbie.

(AFP 3.2) Outre les représentants de l'UCK, la délégation albanaise à Rambouillet (17 personnes) comprendra cinq représentants de la LDK d'Ibrahim Rugova, soit Ibrahim Rugova lui-même ainsi que Bujar Bukoshi, Idriz Ajeti, Edita Tahiri et Fehmi Agani. Le Mouvement démocratique unifié enverra quatre négociateurs : Rexhep Qosja, Hydajet Hyseni, Mehmet Hajrizi et Bajram Kosumi. Trois personnalités indépendantes participeront également aux discussions côté albanais : Veton Surroi, Blerim Shala et Mark Krasniqi.

(AP 3.2) Le Patriarche Pavle, chef de l'église orthodoxe de Serbie, a écrit le 3 février à Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères et co-président de la conférence de Rambouillet, pour lui faire part de sa volonté de participer à la conférence, l'église orthodoxe serbe ayant "des intérêts vitaux" à défendre. Elle serait représentée à la conférence par quatre personnes, dont l'évêque Artemije et le père Sava.

(AFP, AP 4.2) Le Parti socialiste serbe (SPS,au pouvoir) s'est prononcé le 4 février pour la participation de la Serbie aux pourparlers de Rambouillet, lors d'une réunion du parlement. Le Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic en avait déjà fait autant. Avec le SPO, le SPS dispose d'une majorité absolue au parlement serbe, face à l'opposition du Parti radical (SRS) de Vojislav Seselj, opposé à la participation à Rambouillet. La Secrétaire générale du SPS, Gorica Gajevic, a expliqué la prise de position de son parti par "le ferme engagement de notre peuple et de notre Etat à lutter pour la paix, à défendre la Kosovo en tant qu'intérêt vital, national (...) de la Serbie et de la République fédérale de Yougoslavie en tout lieu où l'on débat du Kosovo", et a affirmé l'opposition de son parti à la présence de soldats de l'OTAN en Kosove. Cependant, le vice-Premier ministre serbe Ratko Markovic, membre du SPS, a estimé que certaines positions du Groupe de contact étaient inacceptables, notamment l'absence de condamnation du "pur terrorisme" de l'UCK. Ratko Markovic a également déclaré inacceptable "une souveraineté limitée" de la Serbie sur la Kosove. Le Parlement serbe s'est prononcé par 227 voix contre trois et trois abstentions pour l'envoi d'une délégation à Rambouillet. Même les ultranationalistes du Parti radical ont voté, aux côtés du SPS de Slobodan Milosevic, de la JUL de son épouse Mira Markovic et du SPO de Vuk Draskovic, la résolution approuvant la participation serbe à Rambouillet, mais condamnant en même temps les menaces de frappes aériennes de l'OTAN et rejetant toute "présence de troupes étrangères" sur le territoire yougoislave. La position serbe réaffirme que seuls des moyens politiques peuvent résoudre la crise, que l'intégrité territoriale de la Serbie et de la Yougoslavie doivent être respectées, ainsi que l'égalité de tous les citoyens et groupes éthniques en Kosove, que la solution doit être compatible avec les constitutions de Serbie et de Yougoslavie et les textes internationaux concernant les droits de l'Homme et des minorités et que la Kosove ne devra pas obtenir un statut de République mais seulement une autonomie "la plus complète" possible. La Serbie refuse la présence de troupes étrangères sur son territoire -la Kosove en faisant selon elle partie. Le gouvernement fédéral yougoslave attendait cette décision pour prendre à son tour position.

(AFP, AP 5.2) La présence de toutes les parties impliquées dans le conflit de Kosove est désormais assurée pour l'ouverture le 6 février des pourparlers de Rambouillet. La délégation serbe est arrivée le 5 février, comprenant 15 membres, conduits par le vice-Premier ministre serbe Ratko Markovic et l'émissaire du président Milosevic Vladan Kutlesic. La délégation serbe comprend des représentants des différentes communautés éthniques de Kosove : Serbes, Albanais pro-serbes, Tziganes, turcophones, musulmans non-albanais. La délégation albanaise a été retardée par le refus des autorités serbes, le 5 février, de laisser partir les représentants de l'UCK au prétexte que leurs passeports n'étaient pas en règle, ce qui a entraîné dans un premier temps le refus des autres représentants albanais de partir.

(ATS, AP 5.2) Belgrade est prêt à reconnaître une "substantielle" autonomie à la Kosove, a déclaré le ministre yougoslave de l'Information à la télévision allemande. Milan Komnenic a cependant prédit une "apocalypse" en cas déhcéec de la conférence de Rambouillet, et évoqué la possibilité que l'Albanie "provoque de nouveaux conflits" rendant la guerre "inévitable". Le chef de la délégation serbe aux pourparlers de Rambouillet, le vice-Premier ministre Ratko Ratkovic, a déclaré le 5 février que sa délégation ne "discutera ni ne négociera jamais" avec l'UCK, qu'elle considère comme "une organisation terroriste". Ratko Markovic a affirmé que la Serbie était prête à "affronter toutes les conséquences" de ce refus de discuter avec l'UCK, qui comprend selon lui "des meurtriers de citoyens innocents". L'émissaire européen Wolfgang Petrisch s'est contenté de se demander comment les Serbes envisagaient "une véritable solution pour le Kosovo sans l'UCK".

(AFP, Le Monde 6.2) Selon le "Financial Times", l'UCK et les unités paramilitaires serbes en Kosove devront être désarmées et dissoutes dans les trois mois, selon le plan qui a été soumis aux belligérants le 6 février. Le plan prévoit également la réduction de 10'000 hommes à 2'500 des forces de police serbes en Kosove, et à 1500 hommes des effectifs de l'armée fédérale yougoslave, qui devrait les répartir en trois garnisons le long des frontières albanaise et macédonienne. Le quotidien britannique assure que le plan de paix mis au point par le Groupe de contact a du être hâtivement révisé pour le rendre acceptable par les Serbes.

(AFP 7.2) Les discussions sur l'avenir de la Kosove se sont ouvertes le 7 février à Rambouillet en présence de toutes les parties au conflit, après que les autorités serbes aient finalement laissé les représentants de l'UCK quitter la Kosove, tout en précisant qu'il n'était pas question pour la délégation serbe de s'asseoir à la même table que ces "terroristes". Les délégations serbe et albanaise sont arrivées séparément au château de Rambouillet, mais ont écouté ensemble les allocations introductives du président français Jacques Chirac et des ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook, avant d'avoir des entretiens séparés avec les trois médiateurs, l'Américain Christopher Hill, l'Européen Wolfgang Petrisch et le Russe Boris Maïorski.

(AFP, ATS 8.2) Le plan de paix d'inspiration américaine proposé par le Groupe de contact à la conférence de Rambouillet a été remis aux délégations serbe et albanaise le 7 février. Selon le quotidien albanais de Kosove "Koha Ditore", les demandes présentées par la délégation albanaise, notamment l'organisation d'un référendum d'autodétermination après une période intérimaire (d'autonomie) de trois ans et la signature de l'accord par l'OTAN, "n'ont pas été bien accueillie par les ambassadeurs du Groupe de contact"

(AFP, AP 10.2, 11.2) L'Ambassade de Yougoslavie à Paris a affirmé dans un communiqué le 10 février que la reconnaissance de son intégrité territoriale était une condition d'un accord de paix et que la signature par les délégations serbo-yougoslaves et albanaises présentes à Rambouillet des dix principes édictés par le Groupe de contact était essentielles. "Le refus de la délégation des Albanais du Kosovo de signer ces principes signifie qu'ils ne les approuvent pas et qu'ils veulent mener les pourparlers sur d'autres bases, avant tout sur les bases du séparatisme, estime l'ambassade yougoslave. Les deux co-présidents de la conférence de Rambouillet, les ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook, ont rencontré séparément le 10 février les responsables des deux délégations pour les "rappeler à l'ordre" et les inciter à négocier réellement. Les trois médiateurs internationaux, l'Américain Christopher Hill, l'Autrichien Wolfgang Petritsch et le Russe Boris Maïorski ont rencontré la délégation serbe, pour lui transmettre le même message. Pour sa part, l'UCK a publié une déclaration dans laquelle elle refuse de renoncer à l'indépendance "au travers d'une formulation claire et indiscutable avec des dates précises et un mécanisme distinct qui permettra à la Kosovë de devenir indépendante". L'UCK réitère en outre son exigence "fondamentale" d'un cessez-le-feu garanti internationalement, ainsi que celles de la libération de tous les prisonniers politiques, de l'autorisation de retour en Kosove pour les condamnés par contumace et de la liberté d'enquête en Kosove pour le Tribunal pénal international. Slobodan Milosevic a répété le 10 février dans un communiqué que la solution à la crise de Kosove ne pouvait être trouvée que dans le cadre de la Serbie, et exigé que les Albanais renoncent publiquement à leur projet d'indépendance. Le président serbe Milan Milutinovic est arrivé à Rambouillet le 11 février, porteur d'un message de Slobodan Milosevic, et a rencontré Hubert Védrine et Robin Cook. L'un des problèmes évoqués par les médiateurs internationaux pour "gérer" la conférence était le niveau peu élevé de la délégation serbo-yougoslave, dirigée par un vice-Premier ministre serbe. L'arrivée du président serbe pourrait remédier à ce problème, mais au quatrième jour de négociation, le 10 février, les délégations serbe et albanaise ne sont d'accord sur rien. La délégation serbe a déclaré avoir signé unilatéralement une déclaration de principe reprenant les exigences de la communauté internationales, y compris le respect de l'intégrité territoriale yougoslave, un cessez-le-feu en Kosove, l'amnistie et la libération des prisonniers albanais. Le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook a néanmoins accusé le 11 février les Serbes d'être responsables du blocage des négociations, du fait de leur "insistance (...) pour qu'il y ait d'abord un accord sur la déclaration de principe", et a rendu hommage aux "efforts" de la partie albanaise pour "essayer de trouver un accord politique".

(AFP, AP 12.2, 14.2) Les pourparlers de Rambouillet apparaissaient bloqués le 12 février, à la veille d'une importante réunion d'évaluation, et l'exaspération commençait à monter contre les Serbes, accusés par les autres délégations et certains médiateurs d'être responsables de ce blocage. Le président serbe Milan Milutinovic a affirmé que les négociations ne progresseraient pas tant que les négociateurs albanais refuseront de signer les dix principes d'un accord de paix. Milan Milutinovic a accusé les médiateurs de se livrer à des "jeux" et d'empêcher les discussions directes entre délégations serbe et albanaise. Le président serbe a en outre réaffirmé l'opposition de la Serbie à toute présence de troupes étrangères en Kosove. La Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright est arrivée à Paris le 13 février pour participer à une réunion d'évaluation de l'état des négociations. Une réunion des ministres des Affaires étrangères européens se tenant le 14 février.

(AP, AFP 12.2, 13.2) Xhemail Mustafa, porte-parole d'Ibrahim Rugova à la conférence de Rambouillet, a réaffirmé le 12 février l'attente que le "processus long et important" des négociations de paix puise conduire "éventuellement à une Kosove libre et indépendante". Pour sa part, le président serbe Milan Milutinovic a accusé le Groupe de contact de partialité envers "ses protégés" albanais, et les médiateurs internationaux d'empêcher le dialogue entre les délégations serbes et albanaises, de ne pas leur avoir fourni un projet de plan de paix complet et de se livrer à des "jeux" incompréhensibles. Milan Milutinovic a accusé la délégation albanaise d'entraver les discussions en refusant de signer les dix principes figurant en préambule du projet d'accord de paix, signé par contre par les Serbes, et a menacé l'OTAN d'un "Vietnam européen" en cas de déploiement de troupes en Kosove. Le vice-Premier ministre yougoslave Vuk Draskovic a pour sa part exprimé sa crainte que les USA ne souhaitent l'échec de la conférence "pour imposer leur propre solution". La Secrétaire d'Etat Madeleine Albright se rendra précisément à Rambouillet le 14 février pour sommer les délégations serbe et albanaise de trouver un accord. Le président Clinton a annoncé le 13 février que les USA étaient prêts à déployer 4000 hommes en Kosove.

(AFP 14.2) Selon la Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, qui a réuni le 14 février les délégations serbe et albanaise à la conférence de Rambouillet, "il y a une base d'accord pour des négociations ultérieures et une justification pour que les discussions continuent la semaine prochaine", et les négociateurs albanais auraient "reconnu" que le projet soumis aux deux parties par le Groupe de contact est "équitable". Selon la Secrétaire d'Etat, les Albanais "seraient prêts à signer à la fin des discussions" et les Serbes "ont écouté très attentivement et avec beaucoup d'intérêt" ses déclarations, selon lesquelles "il y avait deux solutions" : un accord ou des frappes militaires. De source serbe, on apprend que la rencontre entre Madeleine Albright et la délégation serbe a été extrêmement vive, mais qu'il s'était essentiel agi d'un monologue de l'Américaine. Afin d'éviter de porter la responsabilité d'un blocage des négociations, la délégation serbe avait déjà proposé le 13 février une rencontre avec la délégation albanaise, qui avait alors refusé. Un négociateur serbe a confié à l'agence AP que la délégation de Belgrade attenmdait des instructions de Slobodan Milosevic, et que "ce que Milosevic dira sera capital et sera mis en oeuvre". Plusieurs ministres des Affaires étrangères des pays membres du Groupe de contact se sont rendus à Rambouillet le 14 février, où les attendait le ministre français Hubert Védrine : outre Madeleine Albright, l'Italien Lamberto Dini, le Britannique Robin Cook et le Russe Igor Ivanov.

(Le Monde 15.2) En donnant aux délégations serbe et albanaise une semaine de délai supplémentaire pour parvenir à un accord de paix, les ministres des Affaires étrangères du Groupe de contact, réunis le 14 février à Paris, ont parlé dans leur communiqué de "progrès plus lents que ce qui était espéré" dans les négocioations. Le communiqué, commun et donc approuvé par les Russes, appelle les partie à consentir à "la mise en place d'une force de police locale et des mesures nécessaires pour mettre fin aux affrontements militaires", et assure que la communauté internationale est "prête à consacrer d'importants moyens civils et militaires" pour aider la Kosove à retrouver la paix. Le communiqué n'évoque pas la menace de frappes aériennes au cas où aucun accord ne serait conclu. Le plan soumis aux deux délégations prévoit un statut d'autonomie que les Albanais considèrent comme insuffisant, et ne mentionne pas le référendum d'autodétermination qu'ils exigent. Les questions de sécurité n'ont pas encore été abordées en raison de l'hostilité qu'elles suscitent chez les Serbes et les Russes. Les Serbes acceptent l'essentiel du plan d'"autonomie" pour la Kosove, mais refusent d'abandonner leur souveraîneté sur la Kosove, et refusent également le déploiement en Kosove d'une force de l'OTAN.

(AFP 15.2) Le président serbe Milan Milutinovic a réitéré le 15 février l'opposition de la Serbie à l'envoi d'une force internationale en Kosove en cas d'accord de paix, et a estimé que la première réunion entre négociateurs serbes et kosovars, organisée le 14 février à Rambouillet par Madeleine Albright, n'avait été que du "bla-bla". S'agissant de la force internationale, le président serbe a estimé qu'elle ne sera pas nécessaire "si l'accord est acceptable par toutes les parties"

(Le Monde 20.2, AFP 22.2 ) Les négociations de Rambouillet devaient prendre fin le 20 février, mais les six ministres des Affaires étrangères du Groupe de contact se sont réunis pour en prolonger le terme jusqu'au 23. De son côté, Slobodan Milosevic a refusé le 19 février de rencontrer l'émissaire américain Christopher Hill, qu'il avait longuement reçu la semaine précédente.

(AP, AFP, Reuters 22.2, 23.2) Le Premier ministre albanais Pandeli Majko a considéré le 22 février dans un communiqué que tout accord de paix sur la Kosove devait permettre aux Albanais de Kosove d'exprimer leur "libre arbitre et leur volonté d'indépendance, et les a assuré du soutien de l'Albanie, quelle que soit leur décision finale sur le plan de paix. Si les discussions échouent, estime le Premier ministre albanais, la faute en incombera aux Serbes. Cependant, ce sont les divergences au sein de la délégation albanaise, entre "durs" de l'UCK et "modérés" autour dÎbrahim Rugova, qui compliquaient le 22 février les négociations. Les Albanais n'avaient toujours pas, le 22, donné leur accord au volet politique du plan du Groupe de Contact, en raison du refus de l'UCK de renoncer à l'objectif de l'indépendance et à la revendication d'un référendum sur ce thpme. L'UCK demande également des garanties sur son avenir après la mise en oeuvre de l'accord et l'installation d'une force internationale, et en particulier sur son éventuel désarmement. Du coup, la délégation serbe accuse la délégation albanaise de bloquer un accord. Le président Milutinovic, interrogé sur les chances d'un accord, a répondu le 22 février : "tout dépend de l'autre partie", albanaise, sur laquelle la Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright a fait (seule, en l'absence des co-présidents de la conférence, les ministres français et britannique des Affaires étrangères) lourdement pression (ainsi que sur les dirigeants de Tirana) le 22 février en leur donnant des assurances sur les volets militaires et politiques du plan de paix, avant que le commandant des forces de l'OTAN, le général Wesley Clark, ne prenne sa suite pour en faire autant et, comme elle, "jouer les Albanais contre les Serbes". La délégation albanaise s'est réunie pour examiner les dernières propositions américaines, alors que le chef de la délégation serbe, Ratko Markovic, déclarait dans une lettre aux co-présidents de la Conférence refuser "d'examiner de nouveaux documents" et que, le 22 février, le président serbe Milan Milutinovic rencontrait Madeleine Albright. Un responsable américain a fait part de son "pessimisme sur les chances d'acceptation du projet (de plan de paix) par les deux parties", mais Milan Milutinovic estimait que "si nous avons un très bon accord, nous pourrions discuter de l'importance et de la nature d'une présence internationale pour (le) mettre en application".

(ATS 23.2) Le délai accordé aux négociateurs serbes et kosovar a expiré à 15 heures le 23 février, sans qu'un accord soit trouvé, mais avec la possibilité que le volet politique d'un plan de paix fasse l'objet d'un accord, après que la délégation albanaise l'ait accepté, en renonçant temporairement à l'exigence d'indépendance, et demandé un délai supplémentaire pour le soumettre à ses mandants, en Kosove. Les délégations serbe et albanaise se retrouveront à Rambouillet à la mi-janvier pour "finaliser" l'accord.

(AFP, Le Monde 24.2) Des "progrès indéniables" ont été annoncés le 23 février après 17 jours de négociations indirectes à Rambouillet entre Serbes et Albanais, mais les principaux obstacles à la conclusion d'un accord de paix durable subsistent, et la prochaine conférence sur la Kosove, qui se tiendra également en France à partir du 15 mars, s'annonce aussi difficile que celle de Rambouillet. Les représentants de l'UCK ont refusé de donner leur aval au document politique, celui-ci ne mentionnant pas la perspective d'un référendum d'autodétermination, et les Serbes refusent le déploiement en Kosove d'une force de l'OTAN. Le document mis au point à Rambouillet décrit minutieusement le statut proposé de la Kosove : institutions démocratiquement élues, forte autonomie, protection des droits de l'Homme, système judiciaire "équitable". Les nouvelles négociations en mars porteront sur "la mise en oeuvre de l'accord", c'est-à-dire toutes les questions de sécurité : retrait des forces serbes, démantèlement de la police, désarmement de l'UCK, présence militaire internationale.

(AFP 23.2, Reuters 24.2) l'UCK a décidé le 14 février de former un "gouvernement provisoire" de Kosove, dont le Premier ministre sera nommé par l'UCK elle-même, et qui aura pour mission de diriger la Kosove jusqu'à la tenue d'élections. Les trois parties albanaises signataires de l'accord de Rambouillet (l'UCK, la Ligue démocratique et le Mouvement démocratique uni) seraient associées à ce gouvernement provisoire. Cerpendant, un autre gouvernement de Kosove, en exil, existe déjà, formé par Ibrahim Rugova après les élections clandestines.Selon son porte-parole Albin Kurti, Adem Demaçi, représentant politique de l'UCK, opposé à l'accord de Rambouillet, a reçu "les pleins pouvoirs pour diriger politiquement l'UCK" dont il a rencontré le 22 février le nouveau commandant militaire, Suleyman Selimi, et son état-major.

(AFP, ATS, Le Monde 24.2, 25.2) La délégation albanaise à la conférence de Rambouillet s'est déclarée le 25 février "optimiste", à son retour à Prishtine. "Nous nous attentons à la signature définirive de l'accord", a indiqué Ibrahim Rugova.Les dirigeants kosovars présents à Rambouillet ont annoncé le 24 février avoir décidé de former un "gouvernement provisoire" de Kosove, en vertu d'un accord entre les délégués albanais à la conférence. Au terme de la conférence, l'UCK, qui a refusé de signer le document politique final, a demandé à pouvoir "consulter sa base" d'ici le 15 mars. Il n'est par conséquent pas sûr que l'UCK soit représentée lors des nouvelles négociations, celles-ci s'ouvrant sur la base d'une acceptation a priori des aspects politiques du règlement.

(AP, Reuters 24.2, 25.2) Le président serbe Milan Milutinovic a déclaré le 23 février qu'"il n'y a pas eu d'accord à Rambouillet" et qu'il faudra adopter "une nouvelle méthode de travail pour trouver une solution". Le président serbe s'est à nouveau opposé à la venue de troupes de l'OTAN en Kosove pour faire respecter un accords de paix, et a reproché aux organisateurs de la conférence de Rambouillet de n'avoir pas permis plus de face à faces entre Serbes et Albanais. Milan Milutinovic a cependant affirmé qu'il y avait un certain consensus entre les deux parties sur l'autonomie de la Kosove, tout en affirmant que le "principal objectif" de la délégation serbe, "qui était de préserver l'intégrité et la souveraîneté de notre pays, a été atteint". Le gouvernement serbe a exprimé le 25 février l'espoir que la conclusion de la conférence de Rambouillet incitera les Occidentaux à lever les sanctions contre la Yougoslavie et la Serbie. De son côté, le porte-parole politique de l'UCK, Adem Demaçi, a réitéré l'exigence de l'indépendance totale de la Kosove et déclaré que les Albanais n'avaient pas à accepter le plande paix de la communauté internationale "au motif que Milosevic l'a refusé".

(AFP, AP 25.2, Le Monde 27.2) Les divisions entre les dirigeants de l'UCK ont éclaté au grand jour avec l'annonce de la création d'un "gouvernement provisoire" dirigé par Hashim Thaçi et dénoncé comme "illégitime" par Adem Demaçi, et par la nomination surprise d'un "commandant en chef" de l'UCK en la personne de Suleyman Selimi, non confirmée par la direction politique de l'organisation (assumée en principe par Adem Demaçi, qui a qualifié la nomination du gouvernement provisoire de "pâle tentative individuelle de gens qui ont fait fiasco aux pourparlers ratés de Rambouillet". Veton Surroi, membre de la délégation albanaise à Rambouillet, a répondu qu'Adem Demaçi n'était rien de plus "qu'un des deux millions de Kosovars". Une grande partie des unités de l'UCK soutiennent cette position. Les négociateurs albanais de Rambouillet, par contre, se donnent deux semaines pour "construire une unité" autour de l'accord proposé, qu'ils qualifient de "convenable" et dont ils attente qu'il apporte "la paix, la stabilité et la démocratie".

(AP, Reuters 26.2) Ibrahim Rugova, de retour en Kosove, a réaffirmé le 26 février son engagement à signer l'accord de Rambouillet après "une consultation (...) à tous les niveaux politiques et militaires" du mouvement albanais de Kosove. Pour sa part, Adem Demaçi a réitéré dans un entretien publié le même jour par le quotidien "Kosova Sot" son refus de cet accord, qui selon lui aboutit à ce que la Kosove "ne deviennt qu'un nouveau département de la Serbie". Les médiateurs internationaux Christopher Hill et Wolfgang Petritsch se rendront en Kosove et à Belgrade avant le mi-mars pour tenter de convaincre les deux parties de "signer l'accord dès que possible". Ils rencontreront notamment Slobodan Milosevic et des représentants albanais.

(AFP 27.2) Les autorités albanaise tentent de rallier l'ensemble des représentants albanais de Kosove au plan de paix de Rambouillet, et notamment Adem Demaçi, qui y reste opposé et auquel la présidence albanaise reproche de ne pas soutenir "la position commune de tous les acteurs albanais de Kosove", et d'empêcher ainsi que "tous les Albanais arrivent à parler d'une seule voix", a déclaré le porte-parole du président Meidani, Sotiraq Hroni. L'Albanie invite tous les dirigeants albanais de Kosove à une réunion le 3 mars à Tirana pour "discuter exhaustivement des prochains pourparlers sur la Kosove", et le ministre albanais des Affaires étrangères Paskal Milo a exprimé l'espoir qu'Adem Demaçi "se joindra à l'équipe de négociateurs, contribuant à la recherche de la meilleure solution pour la Kosove" et aidant "les Albanais à signer ensemble le 15 mars en France".

(AFP, AP 1.3) Adem Demaçi, opposé à l'accord de Rambouillet, "ne figure pas sur la liste des personnes" que le médiateur européen Wolfgang Petritsch doit rencontrer le 1er mars à Prishtine, "et même s'il était présent, nous nous concentrerons sur ceux qui veulent faire aboutir le processus de paix", a déclaré le 1er mars le porte-parole de Wolfgant Petritsch Ian Kickert. Le médiateur européen a rendu les Albanais "responsables aussi" de l'"échec" des négociations de Rambouillet, et déclaré que l'UCK devait accepter que le processus de paix implique sa dissolution. Le porte-parole du ministère albanais des Affaires étrangères, Sokol Gjoka, a pour sa part déclaré que "l'attitude de M. Demaçi n'est pas une bonne chose" et que "les divisions entre Albanais pourront uniquement nuire au processus de paix". La télévision albanaise a par ailleurs annoncé qu'une délégation de l'UCK a été invitée par le Département d'Etat américain à des discussions avec des "milieux politiques et militaires" à Washington, ce qu'un communiqué de l'UCK interprète comme "une reconnaissance de l'UCK", le médiateur américain Christopher Hill expliquant : "nous anticipons une UCK qui serait plutôt une organisation politique et nous allons en parler".

(AFP 2.3) Slobodan Milosevic a "catégoriquement rejeté" le 1er mars, lors d'un entretien avec le président de l'OSCE Knut Vollebaeck, la présence en Kosove d'une force militaire internationale, et réaffirmé que la seule présence internationale tolérable en Kosove était celle de la Mission de l'OSCE. Pour sa part, Knut Vollebaeck a expliqué que les divers points de l'accord de paix forment "un ensemble dont les composantes sont liées entre elles", et que le pouvoir de Belgrade "n'a le choix qu'entre accepter le déploiement de troupes étrangères au Kosovo ou s'engager dans une guerre perdue d'avance". Le président serbe Milan Milutinovic a pour sa part déclaré au médiateur américain Christopher Hill que le volet politique de l'accord de paix était "loin de pouvoir être signé rapidement".

(AFP 2.3) Adem Demaçi a annoncé le 2 mars qu'il démissionnait de ses fonctions de représentant politique de l'UCK, et Hashim Thaçia été désigné par l'UCK pour former un "gouvernement provisoire" de Kosove. Adem Demaçi a réaffirmé sa conviction que l'accord de Rambouillet "n'apportera pas la liberté au peuple albanais de Kosove et ne libérera pas la Kosove de l'esclavage serbe", et a accusé "quelques individus de l'UCK d'avoir abandonné les principes de base du mouvement". La démission d'Adem Demaçi et la nomination de Hashim Thaçi a par contre permis à président de l'OSCE d'affirmer, après avoir rencontré Ibrahim Rugova et des représentants de l'UCK, que "la partie albanaise (...) est prête à signer l'accord".

(AP, AFP 3.3, 5.3) Selon Rexhep Qosja, leader de la Ligue démocratique unie et membre de la délégation albanaise à Rambouillet, a déclaré le 3 mars à Tirana que "la délégation albanaise allait signer l'accord parce que c'est dans l'intérêt historique et actuel du peuple albanais". Rexhep Qosja a souteni la création d'un "gouvernement provisoire" par l'UCK, en estimant que "ce gouvernement engendrera l'unité entre les forces politiques albanaises en Kosove". Le 5 mars, Ibrahim Rugova a déclarl que la délégation albanaise à Rambouillet avait "accepté en principe" l'accord de paix, que sa signature par la partie albanaise dépendait encore "des contacts ultérieurs avec les médiateurs" internationaux mais qu'il n'était "pas exclu" qu'elle puisse intervenit avant le 15 mars, date à laquelle se tiendra à Paris la nouvelle conférence de paix, destinée à parachever l'accord de Rambouillet.

(AP, AFP 5.3, 6.3) Les deux co-présidents de la Conférence de paix sur la Kosove, les ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook, ont souligné le 5 mars que la présence d'une force militaire internationale en Kosove était "indissociable" d'un accord de paix et en constituait la "garantie". Les deux ministres "attendent des parties qu'elles se rendent à la conférence de mise en oeuvre de l'accord", prévue le 15 mars, "en étant prête à finaliser l'accord, y compris les modalités d'une présence militaire internationale", et ont averti "la partie qui ferait obstacle à la finalisation des accords de Rambouillet" qu'elle serait "tenue pour responsable" de son échec et de ses conséquences. En outre, ils rappellent que "ceux qui, par le recours à la violence, contreviendraient aux engagements pris à l'égard de la communauté internationale, (auront) à répondre de leurs actes". La délégation serbo-yougoslave à Rambouillet a répondu le 6 mars en remettant en cause tout ce qui, aux yeux des médiateurs internationaux, semblait avoir été acquis à Rambouillet : tout en se déclarant prêts à reprendre les pourparlers le 15 mars, les négociateurs de Belgrade rejettent l'institution d'une présidence, d'une constitution, d'une assemblée législative et d'unsytème judiciaire autonome pour la Kosove, ainsi que toute modification de la constitution serbe. La délégation accuse les USA "et d'autres pays membres du Groupe de contact" de "semer la confusion" en faisant croire que "l'accord politique est pratiquement adopté et qu'il ne reste plus qu'à le signer le 15 mars", alors qu'il reste "beaucoup à faire" et que le projet d'accord soumis aux deux parties "est loin de pouvoir être signé rapidement". "Une vaste tromperie se profile, régie par les Etats-Unis", dont le seul but est une "occupation du Kosovo par l'OTAN", accusent les négociateurs serbes. Quant à l'UCK, ses représentés, rencontrés le 5 mars par le médiateur européen Wolfgant Petritsch, ont refusés de s'engager et se sont contentés de promettre une réponse pour "dans quelques jours". L'ancien sénateur américain Bob Dole, envoyé spécial du président Clinton, a cependant affirmé que les Albanais lui avaient promis de signer l'accord le 7 mars, et estimé que dès lors, "la pression sera sur le président Milosevic pour qu'il fasse la même chose". Selon Robert Dole, les commandants de l'UCK sont "sûrs à 90 % que leur décision sera positive", même s'il ne s'agit pas de "l'accord parfais, probablement pas de celui que les Albanais auraient rédigé". Le président serbe Milan Milutinovic et le chef des négociateurs serbes à Rambouillet, Ratko Markovic, ont pour leur part dénoncé dans une lettre aux pays membres du Groupe de contact les "manipulations" de Robert Dole, et une campagne visant à convaincre les Albanais de signer un accord "inexistant".

(ATS, AP 6.3) L'ancien sénateur américain Bob Dole, envoyé par Washington pour tenter de convaincre les Albanais de signer le plan de paix de Rambouillet, a déclaré qu'ils avaient "promis" cette signature et qu'à partir de là, "la pression sera sur le président yougoslave Slobodan Milosevic pour qu'il fasse la même chose". Bob Dole a cependant reconnu que l'UCK était restée pour sa part ambigue sur son attitude à l'égard du plan de paix. Le chef de la délégation albanaise à Rambouillet, Hashim Thaci, s'est contenté de faire état de "progrès" dans le processus d'accord, qui aurait "pris une direction très positive", mais a précisé que "le projet est encore discuté par la population de Kosove". Hashim Thaci a réaffiré l'intention des Albanais de participer à la conférence de Paris le 15 mars. Fehmi Agani, autre négociateur albanais, a estimé quant à lui que la signature du projet d'accors par les Albanais interviendra vraisemblablement au début de la deuxième semaine de mars. Quant à la Serbie, son ministre de l'Information Aleksandar Vucic a affirmé que "personne ne signera au nom de la Serbie et de la Yougoslavie un accord qui inclut l'arrivée de troupes étrangères sur le territoire de notre pays".

(AP, AFP, Reuters 7.3, 8.3) Les dirigeants de l'UCK, mis sous pression par les USA, se réunissent le 7 mars pour décider de donner ou non leur accord au plan de paix issu de la conférence de Rambouillet. Après avoir rencontré le ministre albanais des Affaires étrangères Paskal Milo, le chef de la délégation albanaise à Rambouillet, Hashim Thaçi, a rappelé que "les composantes politiques et militaires" albanaises de Kosove avaient "donné leur accord de principe" au plan de paix et a affirmé que le processus de consultation au sein de la partie albanaise, en Kosove même, "a pris une direction très favorable à la signature d'un accord". En réalité, seule l'adhésion de l'UCK à cet accord fait encore problème, les autres composantes de la délégation albanaises étant prête à signer. Hashim Thaçi a insisté pour que des "forces de l'OTAN sous commandement américain" soient déployées en Kosove pour garantir l'accord, et a exclu le désarmement de l'UCK (prévu cependant par le projet d'accord), en affirmant que "L'UCK doit préserver ses droits en tant que force de défense de Kosove". Un membre de l'état-major de l'UCK, Sokol Bashota, a pour sa part affirmé que son organisation "ne signera qu'un accord garantissant l'expression libre de la volonté du peuple", c'est-à-dire un référendum sur l'indépendance "au terme d'une période transitoire de trois ans". Un commandant de l'UCK, Ramush Hajredinaj, a déclaré, s'agissant du désarmement de son organisation, que "ne pas avoir d'armée serait une grave erreur". Les Etats-Unis exercent de fortes pressions en ce sens sur les Albanais, afin de pouvoir rendre les seuls Serbes responsables d'un échec de l'accord. Le médiateur américain Christopher Hill s'est rendu le 8 mars en Kosove pour y rencontrer les commandantsde l'UCK, qui ont soulevé de fortes objections au plan international et ne souhaitent pas le signer rapidement. Un nouvel obstacle a été soulevé par eux, celui de la présence de troupes russes en Kosove, ce que l'accord de Rambouillet ne prévoit pas et que les commandants de l'UCK refusent. Finalement, le Département d'Etat américain a annoncé dans la soirée du 8 que la direction de l'UCK était prête à signer l'accord.

(AFP 8.3) Slobodan Milosevic a déclaré le 8 mars au ministre allemand des Affaires étrangères Joshka Fischer qu'un accord de paix en Kosove devra "exclure" la présence de troupes étrangères. Le président yougoslave a demandé aux pays européens de "soutenir" la Yougoslavie "dans sa lutte contre le terrorisme", au lieu "d'exercer des pressions sans fondement sur la RFY".

(ATS 8.3, Reuters 12.3, AFP 13.3, 14.3) La direction de l'UCK a "approuvé" le projet d'accord débattu à Rambouillet, mais ne l'a pas signé. Elle conditionne cette signature par l'arrêt des opérations des troupes serbes. Les sept commandats régionaux de l'UCK et quatre représentants de sa direction politique sont supposés s'être réunis à l'ouest de Prishtine, mais les journalistes et les observateurs internationaux n'en ont trouvé aucune trace à l'endroit prévu pour la réunion. Le 12 mars, une rencontre a eu lieu entre les chefs militaires de l'UCK et le responsable politique de l'organisation, Hashim Thaqi, qui a assuré qu'il rapporterait un plan de paix signé par l'UCK avant le 15 mars.Le 11, l'UCK a publié un communiqué ambigu affirmant que le plan proposé "n'offre pas la meilleure des solutions (et) comporte des failles et des insuffisances", mais que "cela ne préjuge pas de l'avenir. Le 12, Hashim Thaçi a assuré que la décision de l'UCK serait annoncée "rapidement" -mais elle ne l'était toujours pas le 14. La délégation albanaise aux négociations de Paris est arrivée le 13 au soir à Paris. Elle comprend une quinzaine de représentants.

(AFP, AP 9.3, 10.3, 11.3) Le médiateur américain Richard Holbrooke s'est rendu le 9 mars à Belgrade pour tenter de convaincre Slobodan Milosevic d'autoriser le déploiement en Kosove d'une force internationale, alors que l'UCK n'a toujours pas décidé de signer l'accord de Rambouillet (le porte-parole de l'UCK, Jakup Krasniqi, expliquant au quotidien albanophone "Kosova Sot" que les chances d'une signature de l'accord par l'UCK "sont de 50/50", et que tout dépendait des résultats de la visite d'une délégation de l'UCK aux Etats-Unis. Belgrade refuse le déploiement de la force de paix internationale en Kosove. Richard Holbrooke est chargé par le département d'Etat américain de faire "pression sur les dirigeants de la RFY et de la Serbie pour qu'ils acceptent l'accord de Rambouillet dans ses aspects politiques, civils et militaires". "Nous sommes à quelques jours d'une tragédie de bien plus grande dimension", a déclaré l'émissaire américain à son arrivée à Belgrade, tout en affirmant qu'il ne venait pas "dicter au peuple serbe ce qu'il (doit) faire (mais) l'aider à résoudre un problème de longue date". Après huit heures de discussion avec Richard Holbrooke, Slobodan Milosevic a réitéré son refus d'une présence militaires étrangère en Kosove, et a émis de fortes réserves sur le volet politique de l'accord de Rambouillet. "Au Kosovo, il n'y a pas de guerre, mais une lutte contre le terrorisme relevant, comme partout au monde, de l'obligation et de la responsabilité des organes de l'Etat", a affirmé le président yougoslave.

(AFP 11.3) Le président Milosevic a "résolument et définitivement rejeté" le déploiement en Kosove d'une force "militaire ou policière" multinationale, a affirmé le 11 mars le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov, à l'issue d'une rencontre avec Slobodan Milosevic, qui lui a déclaré que les autorités yougoslaves étaient "en mesire avev la participation de la mission d'observation de l'OSCE au Kosovo d'assurer comme il faut la mise en oeuvre des accords qui seront conclus à Paris".

(AFP 12.3, 13.3) Slobodan Milosevic a campé sur ses positions le 12 mars lors de ses entretiens avec les ministres russe, Igov Ivanov, et grec, Georges Papandréou, des Affaires étrangères, et a rejeté "résolument et définitivement" le déploiement en Kosove d'une force "militaire ou policière multinationale". Pour le président yougoslave, un accord sur la Kosove "ne peut contenir que des solutions politiques, et nullement militaires". Le porte parole du parti de Slobodan Milosevic, Ivica Dacic, a déclaré pour sa part qu'aucune troupe étrangère ne pouvait se déployer sur le territoire yougoslave "sans invitation" de la Yougoslavie, position qui est également celle de la Russie.

(AFP, AP 12.3, 13.3) A Prishtine, Ibrahim Rugova a affirmé que la partie albanaise était prête à signer l'accord de Rambouillet, alors que l'UCK n'a toujours pas déterminé sa position définitive en ce sens, et déclare dans un communiqué le 12 mars que cet accord "n'est pas la solution que nous voudrions", même s'il ne "ferme pas toutes les portes vers d'autres routes dans l'avenir". Une rencontre des commandants de l'UCK a eu lieu dans la Drenice, et Hashim Thaçi, chef de la délégation albanaise à Rambouillet, a appelé "toutes les forces politiques" albanaises de Kosove à accepter le plan. Les chefs de l'UCK entretienent l'incertitude sur leur acceptation du plan de paix, et une réunion élargie de l'"état-major" de l'organisation a eu lieu le 13 mars, avant le départ de la délégation albanaise pour Paris.

(AFP, ATS 15.3, 16.3, 17.3) Serbes et Albanais ont repris leurs discussions le 15 mars à Paris. Le 15, la délégatgion albanaise a accepté le plan de paix international. Dans une lettre adressée aux ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook, co-présidents de la conférence de paix, Hashim Thaçi, chef de la délégation albanaise, s'est déclaré "disposé à signer l'accord au nom de sa délégation". La conférence de Paris doit se concentrer sur les aspects de mise en oeuvre, notamment militaire, du statut d'autonomie proposé pour la Kosove. La pression internationale se concentre sur la délégation serbe, qui a maintenu son refus du projet d'accord. La conférence était le 17 mars dans l'impasse du fait de ce refus -et de l'importance des troupes massées par la Serbie et la Yougoslavie à la frontière avec la Macédoine et l'Albanie.Le président serbe Milan Milutinovic a accusé les médiateurs internationaux de vouloir imposer une "solution frauduleuse" à la crise, alors que le médiarteur européen Wolfgant Petritsch menaçait de ne plus être "disponibles pour des négociations et des discussions sur l'accord".

(AFP 16.3) La délégation serbe à la conférence de Paris a accepté de discuter du volet politique du plan de paix, mais y a présenté une vingtaine d'amendements rejetés par le Groupe de contact et les médiateurs américain, russe et européen, au motifs qu'ils portaient "sur des éléments de fond et remettraient en cause les éléments-clefs des accords de Rambouillet". La délégation serbe a catégoriquement refusé d'entrer en matière sur les modalités d'application de l'accord. Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a précisé que des ajustements de celui-ci étaients envisageables, mais qu'ils devront être "très limités" pour ne pas "remettre en cause" son acceptation par la partie albanaise.

(AFP 15.3) La délégation albanaise a annoncé le 15 mars son intention de signer le projet d'accord de paix en Kosove, ce qui a permis aux Occidentaux, soulagés, d'accentuer la pression sur la Serbie et la Yougoslavie, rendues par avance seules responsables d'un éventuel échec de la conférence de Paris. Hashim Thaçi, représentant de l'UCK et président de la délégation albanaise, a annoncé que celle-ci avait "décidé, à l'unanimité, de dire oui à l'accord", et en a informé les co-présidents de la conférence, les ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook,ainsi que leur collègue américaine Madeleine Albright. Du côté serbe, le président Milan Milutinovic a annoncé continuer "à travailler sur l'accord politique", et l'état-major de l'armée yougoslave a annoncé qu'"en raison des pressions renforcées sur la République fédérale de Yougoslavie et des menaces d'intervention armée, (...) les soldats ayant terminé leur service militaire seront retenus 30 jours de plus". Les Etats-Unis se sont félicités de la réponse positive des Albanais, qui selon le porte-parole du Département d'Etat, James Rubin, "met désormais la pression sur Belgrade" et fait de Slobodan Milosevic "le seul obstacle à la paix au Kosovo"

(AFP 16.3, Reuters 17.3) La délégation serbe à Paris a soumis le 15 mars aux médiateurs internationaux et aux représentants du Groupe de contact un document d'une vingtaine de pages proposant des modification au volet politique du plan de paix. S'agissant de l'accord de la partie albanaise au plan de paix, le président serbe Milutinovic a déclaré que "les Albanais vont signer quelque chose qui n'existe pas", un tel accord ne pouvant exister que s'il est accepté dans les mêmes termes par toutes les parties, ce qui n'est pas le cas. La partie serbe entend discuter du volet politique de l'accord avant toute discussion sur son volet militaire. Les co-présidents de la conférence de Paris, les ministres français et britannique des Affaires étrangères Hubert Védrine et Robin Cook, considèrent pour leur part que seuls des ajustements très limités de l'accord peuvent être envisagés. Au sein du Groupe de contact, les réticences serbes sont interprétées par les Américains comme un refus définitif justifiant le début d'un "compte à rebours" pour des frappes militaires, alors que les Européens considèrent avoir encore "quelques jours" pour convaincre Russes et Serbes. Les USA ont accusé le 17 mars les Serbes de ne pas "négocier sérieusement"., alors que le président serbe Milan Milutinovic accusait les médiateurs internationaux, qui ont rejeté les demandes serbes et yougoslaves de renégociation du plan politique, de vouloir imposer une "solution frauduleuse".

(AFP 17.3) Au troisième jours des négociations de Paris, celles-ci étaient dans l'impasse et la délégation albanaise se préparait à signer seule l'accord de paix, au grand plaisir des Américains, qui ont souliogné par la voix de Christopher Hill que "les Albanais du Kosovo ont faut tout ce qu'ils avaient dit, ce qui n'est pas le cas de l'autre partie". Les médiateurs internationajx ont prévenu que les discussions allaient s'achever rapidement : "c'est seulement une question d'heures. Au-delà, nous ne seront plus disponibles pour des négociations", a averti le médiateur européen Wolfgang Petritsch. La Russie a demandé aux Serbes de faire un effort et d'adopter "l'approche la plus constructive afin d'aboutir à un accord politique" et d'éviter de donner aux Américains un prétexte pour imposer une intervention militaire, mais la délégation de Belgrade exige toujours des amendements au volet politique du projet, auquel elle reproche de donner beaucoup trop d'attributs étatiques à l'autonomie kosovare. Les Occidentaux refuse quant à eux toute modification de fond du projet.

(AFP 16.3, 21.3) Plusieurs commandants de l'UCK ont dénoncé l'accord de paix accepté par leurs représentants politiques, qu'ils ont accusés d'être "prêts à toutes sortes de compromis" et d'être les "tenants d'une politique destructrice et anti-nationale". Deux responsables de l'UCK qui ont participé aux pourparlers de paix à Paris ont affirmé le 20 mars que l'organisation était décidée à "poursuivre la lutte armée si l'OTAN n'intervenait pas" en Kosove.

(ATS 18.3) La délégation albanaise a signé le 18 mars à Paris l'accord de Paix sur la Kosove. Hashim Thaçi, Ibrahim Rugova, Veton Surroi et Rexhep Qosja ont signé pour les Albanais et les médiateurs américain Christopher Hill et européen Wolfgang Petritsch pour la communauté internationale.

(ATS 18.3) Les autorités religieuses musulmanes, catholiques et orthodoxes de Kosove ont appelé à la paix le 18 mars, dans une déclaration commune réclamant notamment "l'arrêt de tous les actes de violence", "la paix, la sécurité et la liberté" et l'"établissement d'un système viable" en Kosove. La déclaration ne désigne ni les "agresseurs" ni les "victimes" du conflit kosovar.

(ATS 19.3, AFP 21.3) La délégation serbe à la conférence de Paris a refusé de signer le "prétendu accord signé unilatéralement" la veille par "les spéaratistes albanais", accord que les Serbes considèrent comme "un faux" et auquel ils opposent un "accord multi-éthnique sur l'auto-administration du Kosovo". La 2ème armée de Yougoslavie ripostera "sans hésiter" à une éventuelle "agression" contre des objectifs militaires, a déclaré son commandant, le général Radosav Martinovic.

(ATS, AFP 19.3) La Conférence de Paris sur la Kosove a été officiellement ajournée le 19 mars, après le rejet serbe du plan de paix international. Les Occidentaux affirment se préparer à mettre à exécution leurs menaces de frappes militaires et commencent à évacuer leurs diplomates et les 1400 vérificateurs internationaux de l'OSCE. Les discussions de Paris se sont achevées sur une mise en cause claire de la responsabilité de Slobodan Milosevic, qui selon le président français Jacques Chirac porte "l'entière responsabilité" de l'échec de la conférence.

(AFP 19.3) Dans un communiqué diffusé le 18 mars, la délégation serbe à la conférence de Paris sur la Kosove déclare que le plan de paix signé par la délégation albanaise est "le fruit des leaders du mouvement séparatiste et terroriste albanais et de leurs sponsors américains", qu'il "annihile l'égalité en droit des communautés et favorise les Albanais" en Kosove, "en en faisant l'élément dominant". Le président Milutinovic a pour sa part qualifié de "faux" et de "grande tromperie" le document signé par les Albanais, document qui selon lui "n'a jamais été discuté avec le groupe de contact".

(ATS 22.3) La justice serbe a condamné un quotidien en langue albanaise et son rédacteur en chef. Ils devront payer des amendes d'environ 74 000 francs pour avoir «propagé l'intolérance et la haine parmi les nations et minorités nationales vivant en Serbie+. Un des deux textes publiés qui ont amené à la condamnation accusait l'armée yougoslave de «tuer, torturer et maltraiter+ des civils albanais. L'autre article reproduisait une déclaration de Hashim Thaçi, un des chefs de l'UCK, accusant les forces serbes de «génocide+.

(ATS 22.3) Selon le vice-premier ministre yougoslave Vuk Draskovic, la délégation yougoslave aux pourparlers sur le Kosovo à Rambouillet avait donné son accord de principe au plan de paix et à son application par une force étrangère. «Comment est-il possible que l'on affirme à présent qu'il n'y a eu aucun texte d'accord à Rambouillet et Paris?+, s'interroge M. Draskovic dans le quzotidien "Blic", en ajoutant, dans une allusion au président serbe Milan Milutinovic, qu'il «ne veut pas s'associer à ceux qui avancent de telles affirmations+.

(AFP 23.3) Le président serbe Milan Milutinovic a demandé le 23 mars au parlement serbe de voter "résolument" contre toute présence de troupes étrangères en Kosove. M. Milutinovic a appelé les députés à faire preuve d'unité : "ne nous perdons pas dans les débats, donnons une réponse résolue : pas de troupes étrangères!", a-t-il lancé. "La perte du Kosovo n'est pas seulement la perte du Kosovo, c'est la perte de l'Etat serbe et du peuple serbe dans son ensemble", a-t-il ajouté.

(AP 23.3, 24.3) La mission de l'Américain Richard Holbrooke pour amener le président Milosevic a acvcepter l'accord de paix a échoué, et Richard Holbrooke a quitté Belgrade le 23 mars pour se rendre à Bruxelles, où il s'est entretenu avec les responsables européens et de l'OTAN. Richard Holbrooke a déclaré que la situation était "la plus mauvaise depuis quatre ans". Les déclarations se sont multipliées du côté de l'OTAN pour annoncer l'immince de frappea aériennes : "nous n'avons pas d'autre choix que de déployer les moyens que nous avons préparés", a déclaré le Chancelier allemand Schröder, "le danger de l'inaction est supérieur au danger de l'action", a déclaré le président américain Clinton, l'OTAN agira "à moins que M. Milosevic ne choisisse la voie de la paix", a déclaré le Premiere ministre briotannique Tony Blair, "nous frapperons avec célérité et force", a annoncé le général Wesley Clark, commandant des forces de l'OTAN. Pour autant, la Yougoslavie ne semble pas être impressionée. La secrétaire général du PS au pouvoir, Gorica Gajevic, a déclaré au parlement serbe, le 23 mars : "si on nous impose la guerre, nous nous défendrons contre les agresseurs par tous les moyens". Le Parlement serbe a cependant accepté d'étudier les modalités ("l'étendue et la nature") d'une "présence internationale" en Kosove. Le gouvernement yougoslave a décrété le 23 mars au soir l'état d'urgence dans tout le pays, avec effet immédiat, en raison de "la menace de guerre imminente, le danger d'une agression contre la Yougoslavie". Le 24 mars, le président Milosevic a appelé les Yougoslaves à défendre leur pays "par tous les moyens". Estimant que la "Kosovo (n'est) que la porte destinée à permettre aux troupes étrangères d'entrer" en Yougoslavie, Slobodan Milosevic s'est cependant dit "déterminé à poursuivre le processus politique" et à "trouver une solution pacifique aux problèmes du Kosovo". Les diplomates américains, allemands et britanniques ont reçu l'ordre de leurs gouvernements de quitter Belgrade

La recherche de la paix pendant la guerre

(Reuters, AP 25.3) Le vice-Premier ministre yougoslave Vuk Draskovic a estimé le 25 mars que les bombardements de l'OTAN en Yougoslavie avaient "détruit" le plan de paix pour la Kosove, mais assuré que la Yougoslavie restait disposée à accorder une "autonomie maximale" à la Kosove. Pour Vuk Draskovic, l'attaque de l'OTAN "fait militairement le jeu des séparatistes et terroristes albanais". Pour sa part, le patriarche Pavle, chef de l'église orthodoxe serbe, a appelé les autorités yougoslaves à "tout faire pour la paix" et les pays occidentaux à "cesser les bombardements de la Yougoslavie et à chercher une issue à la crise par la négociation".

(AP 26.3) Alors que le vice-Premier ministre yougoslave Vuk Draskovic déclarait que l'ordre d'expulsion des journalistes originaires des pays de l'OTAN, donné le 25 mars par le ministre de l'Information serbe Aleksandar Vucic, avait été suspendu, que les journalistes qui sont déjà partis pouvaient revenue et que des instructions avaient données pour que leur travail soit possible, car le gouvernement "ne considère pas les journalistes comme ses ennemis", le ministre serbe de l'Information, Aleksandar Vucic, a confirmé le 26 cet ordre d'expulsion et qualifié Vuk Draskovic de "responsable incompétent qui fait parfois des déclarations stupides et qui ne doit pas être traité sérieusement".

(AP 27.3) Le chef politique de l'UCK, Hashim Thaçi, a réclamé le 27 mars "une action rapide et énergique du monde démocratique en faveur de la défense du peuple albanais" de Kosove, et a estimé que le seul moyen pour l'OTAN d'arrêter l'offensive serbe en Kosove, ou "la guerre fait rage" était l'envoi de forces terrestres. Hashim Thaçi a également mis en garde contre l'extension du conflit en Macédoine et en Albanie.

(AP 28.3) Les autorités serbes ont interdit d'émission le 27 mars la télévision indépendance "Soko Television", de Soko Banja, qui avait diffusé des images de CNN et de Sky News. Le 24 mars, la radio indépendante B92 a été interdite d'émission et son directeur Veran Matic interpellé, à la suite de la diffusion en continu d'un programme informant des derniers développements de la crise de Kosove. La radio a cependant poursuivi ses émissions, mais sur internet, et a été relayée par plusieura radios occidentales, dont la BBC

(AFP 30.3) Slobodan Milosevic s'est dit prêt à reprendre des négociations sur la Kosove, mais n'a pris aucun engagement ferme et a exigé un arrêt préalable des frappes de l'OTAN, lors de ses entretiens le 30 mars avec le Premier ministre russe Primakov. "Nous demeurons fermement attachés à un règlement politique par des négociations", a affirmé le président yougoslave, qui a appelé la communauté internationale à adopter une "approche constructive" et a précisé que la question de Kosove ne pouvait être réglée "que par des moyens politiques". Slobodan Milosevic a accusé l'OTAN de conduire les Balkans "au bord d'une nouvelle explosion" a affirmé que le peuple serbe "héroïque a prouvé que la force des armes ne peut pas le bruser". Il a posé deux conditions préalables à un réglement politique : "l'arrêt total du soutien de l'OTAN aux séparatistes kosovars qui ont emprunté la voie de la terreur" et le "retour à la situation qui a précédé la concentration de forces de l'OTAN aux frontières de la Yougoslavie". "L'arrêt de l'agression" et le rétablissement de la paix permettront, a-t-il assuré, à "tous les citoyens indépendamment de leur appartenance nationale et religieuse (...) de rentrer librement dans leurs foyers". Enfin, Slobodan Milosevic a réaffirmé l'attachement de la Yougoslavie à un "processus politique (permettant) de garantir à tous l'égalité et une vie paisible au Kosovo dans le cadre d'une Serbie unie et d'une Yougoslavie indépendante et souveraine", ce qui excluerait pour la Kosove un statut d'autonomie réelle.

(AFP 31.3) Réunie le 31 mars autour de Slobodan Milosevic, la direction yougoslave s'est déclarée convaincue que sa politique "vaincra la politique criminelle" de l'OTAN, et a affirmé qu'"en dépit des plus violentes attaques auxquelles notre pays est confronté depuis la Deuxième Guerre Mondiale", la Yougoslavie continuera "de mener une politique de principe avec comme option fondamentale l'égalité de tous les citoyens, peuples et Etats".

(AFP 31.3) Ibrahim Rugova est apparu, sain et sauf (après qu'on ait annoncé de source kosovare qu'il avait été blessé, et de source de l'OTAN qu'il était en fuite et se cachait, et que sa maison avait été brûlée) le 31 mars à son domicile (intact) de Prishtine, sous surveillance de la police serbe. Le Centre d'information serbe (MC) de Prishtine a organisé le 31 mars une rencontre entre Ibrahim Rugova et la presse. Le président kosovar a appelé à l'arrêt des bombardements de l'OTAN, et invité Belgrade à s'engager "sur une voie diplomatique" et à accepter l'accord de Rambouillet. "J'ai un message pour Belgrade : coopérer. Et pour l'OTAN, comprendre l'autre partie. Ne pas tuer des gens et aider à trouver une solution", a déclaré Ibrahim Rugova.

(AFP 1.4) Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova se sont rencontrés le 1er avril à Belgrade pour la première fois depuis près d'un an et se sont engagés par écrit à oeuvrer pour la paix. Cette rencontre est un véritable coup de théâtre, survenu alors que l'OTAN poursuivait pour la neuvième journée consécutive ses bombardements contre la Yougoslavie, et que la Kosove était frappée d'une véritable catastrophe humanitaire. Dans un document commun, Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova se déclarent "en faveur du processus politique" et convaincus que "les problèmes ne peuvent être réglés que par des moyens politiques". Le ministre allemand de la Défense, Rudolf Scharping, s'est cependant montré "très réservé" sur l'authenticité du communiqué montré par la télévision serbe, et le Secrétaire général de l'OTAN Javier Solana a exprimé ses doutes que "Rugova fasse librement ce qu'il fait".

(Reuters 4.4) L'OTAN a émis le 4 avril de sérieuses réserves sur la réalité de la rencontre, le 1er avril à Belgrade, entre Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova, qui n'est pas libre de ses mouvements et doit se présenter plusieurs fois par jour à la police, selon le porte-parole de l'agence, Jamie Shea, qui a ajouté que la mison de Rugpva a Prishtine était occupée par la police. Selon Jamie Shea, le film présenté à la télévision yougoslave montrant Milosevic et Rugova souriants et côte à côte daterait en réalité de 1997, et le message de Rugova diffusé par la télévision serbe sous la forme d'un appel à la fin des bombardements de l'OTAN aurait été truqué, et serait en réalité un appel à la fin de la violence en Kosove. Pour les media yougoslaves, au contraire, Rugova et Milosevic seraient convenus le 1er avril de rechercher une issue pacifique au conflit kosovar et seraient "parvenus à une position commune sur un engagement mutuel en faveur d'un processus politique"; or Rugova avait au contraire estimé, le 29 mars dans un entretien avec le "Spiegel" allemand, qu'il fallait que l'OTAN envoie rapidement des forces terrestre en Kosove, "et au besoin menacer de détruire entièrement la Serbie", sans quoi "un chaos incontrôlable se produira"

(Le Monde 3.4) Le président Milosevic a limogé le 1er avril huit généraux de la deuxième armée, stationnée au Monténégro, à l'insu du président monténégrin Milo Djukanovic. L'OTAN s'est déclarée "très inquiète" d'un possible putsch militaire au Monténégro. Cette inquiétude a également été exprimée par les USA et la Grande-Bretagne. Les USA ont prévenu le président Milosevic que si des forces étaient transférées de Serbie au Monténégro, l'OTAN lancerait "des attaques encore plus intensives qui viseront tout particulièrement ces forces".

(ATS 2.4) Les autorités serbes ont ordonné le 2 avril l'arrêt des programmes par satellite de la radio indépendante B92, dont les locaux à Belgrade ont été fermés et dont le directeur, Sasa Mirkovic, a été limogé et remplacé par un partisan de Slobodan Milosevic, Alekasandar Nikacevic.

(AFP 3.4) Le responsable politique de l'UCK, Hashim Thaçi, a annoncé le 2 avril la formation d'un nouveau gouvernement kosovar, dont les principaux postes ont été attribués à des membres de l'UCK, et qui sera dirigé par Hashim Thaçi lui-même. L'UCK a lancé un appel à la mobilisation générale de tous les Kosovars, y compris ceux de la diaspora.

(AFP 5.4, 10.4, Le Monde 6.4) Selon le porte-parole de l'OTAN, citant des sources proches du président kosovar, Ibrahim Rugova ne semble pas avoir "de liberté de mouvement". Ibrahim Rugova a rencontré le 5 avril l'ambassadeur de Russie à Belgrade, Iouri Kotov. Il a réitéré après cette rencontre son appel à l'arrêt des bombardements de l'OTAN et demandé au gouvernement yougoslave d'être "plus coopératif avec la communauté internationale". Il a également demandé aux autorités serbes de pouvoir quitter Prishtine pour aller à l'étranger "contribuer au processus" de paix. L'agence officielle yougoslave Tanjug a annoncé le 9 avril que de hauts responsables yougoslaves avaient rencontré Ibrahim Rugova à Prishtine.

(AFP, ATS 6.4, 7.4, Le Monde 7.4) Le gouvernement yougoslave a décrété un "cessez-le-feu unilatéral" en Kosove à partir du 6 avril à 20 heures, pour la période de la Pâques orthodoxe, a annoncé l'agence Beta. Les autorités yougoslaves ont en outre proposé à Ibrahim Rugova l'élaboration en commun d'un "accord provisoire" conduisant à terme à une "autonomie substantielle" de la Kosove, et dans l'immédioat à l'"auto-administration des communautés nationales albanaise et serbe et des autres communautés nationales" de Kosove. Belgrade a en outre invité Ibrahim Rugova à oeuvrer à un "programme pour le retour des réfugiés, avec une participation adéquate du (HCR) et du (CICR). L'OTAN a rejeté cette trêve, la jugeant insuffisante. Le Secrétaire général de l'OTAN Javier Solana a estimé que le président Milosevic devait avant tout cessez-le-feu "répondre aux exigences posées par la communauté internationale". Le président Clinton a rappelé que les conditions pour un arrêt des frappes de l'OTAN sont le retrait des forces serbes de Kosove, l'acceptation par Belgrade d'une forme militaire internationale en Kosove, l'accord des autorités yougoslaves pour une Kosove multi-éthnique et démocratique et le retour des réfugiés dans leurs foyers. Les autres pays de l'OTAN ont égalément rejeté la trêve yougoslave, considérée par contre par la Russie comme une "chance à ne pas laisser passer"^et comme un "tournant sérieux dans les événements". Le président français Jacques Chirac a jugé l'offre serbo-yougoslave "indispensable" mais "insuffisante".

(AFP 7.4) Au lendemain du rejet par l'OTAN du cessez-le-feu unilatéral décrété par Slobodan Milosevic, les observateurs constatent la caducité de l'accord de Rambouillet sur l'autonomie de la Kosove, et l'absence de réelle solution alternative, comme l'indépendance, la partition ou le retour au statut du Kosovo dans la Yougoslavie de Tito. Pour le directeur de l'Institut international d'études stratégiques de Londres, John Chipman, il n'y a que trois solutions : l'application de l'accord de Rambouillet ("la meilleure des trois, mais aussi la moins probable"), la partition ("la plus logique, mais la plus difficilement acceptable politiquement", car elle impliquerait "la reconnaissance du fait accompli de l'épuration éthnique") ou l'indépendance, qui "réveillerait les craintes de l'émergence d'une grande Albanie musulmane au coeur des Balkans". Pour Jonathan Wyal, directeur de l'institut RUSI, l'accord de Rambouillet est mort "le jour où la première bombe de l'OTAN a explosé". Pourtant, c'est toujours à cet accord que se réfèrent les occidentaux qui ont attaqué la Yougoslavie de Milosevic. Pour Jonathan Eyal, l'offensive de l'OTAN prépare en fait la partition du Kosovo.

(AP 8.4) Le Secrétaire général de l'OTAN Javier Solana a estimé le 8 avril que le président Milosevic était condamné, à terme, à "disparaître de la scène politique", tout en admettant qu'il faudra probablement encore "le rencontrer pour arrêter l'emploi de la force". "Notre position est de trouver un accord sur la base des accords de Rambouillet", a précisé le Secrétaire général de l'OTAN, qui a cependant ajouté que la situation était désormais "très différente" de celle qui prévalait lors de la négociation de Rambouillet.

(AP 7.4) Ibrahim Rugova est toujours en surveillance surveillée à Prishtine, en dépit des affirmations des autorités serbes selon lesquelles il serait libre, a affirmé le 7 avril l'entourage de Rugova, dont le domicile est sous contrôle de la police serbe depuis le 31 mais, la police ayant même, selon la même source, viré tout le quartier de ses habitants, hors Rugova et ses collaborateurs. Selon le secrétaire du leader kosovar, Adnan Merovci, celui-ci aurait choisi de rester à Prishtine en dépit de l'épuration éthnique et des bombardements de l'OTAN, alors qu'il disposait de plusieurs moyens de s'enfuir. Le 6 avril, le gouvernement yougoslave a déclaré qu'il travaillait à l'élaboration d'un plan de paix avec Ibrahim Rugova, en affirmant que celui-ci ne subissait aucune pression. L'OTAN a demandé que Rugova puisse être "libéré"pour pouvoir lui-même défendre sa position.

(AP 10.4) L'agence officielle yougoslave Tanjug a annoncé le 9 avril une troisième rencontre entre Ibrahim Rugova et des responsables yougoslaves, à Belgrade ou à Prishtine, afin de trouver les "moyens de résoudre la situation actuelle" en Kosove. Ibrahim Rugova se serait entretenu avec le vice-Premier ministre serbe Ratko Markovic et le vioce-Premier ministre yougoslave Nikola Sainovic.

(AFP 10.4) Le président Milosevic mise ouvertement sur le leader albanais de Kosove Ibrahim Rugova pour faire avancer un processus de paix, instaurer un gouvernement provisoire kosovar et favoriser le retour des réfugiés. Le porte-parole du ministère yougoslave des Affaires étrangères, Nebosja Vujovic, a déclaré qu'Ibrahim Rugova avait "un mandat de la communauté albanaise pour discuter du réglement de la situation politique au Kosovo", et a affirmé que Belgrade ne discuterait "plus avec des bandits et des terroristes" -allusion à l'UCK. Le vice-Premier ministre yougoslave a rencontré à deux reprises Ibrahim Rugova à Prishtine. Le porte-parole du ministère yougoslave a en outre affirmé que Rugova est "resté de son plein gré au Kosovo" et que sa liberté de mouvement "n'est absolument pas limitée"

(AP 10.4) Selon l'hebdomadaire allemand "der Spiegel", c'est contraint et forcé qu'Ibrahim Rugova a rencontré début avril le président Milosevic. En outre, le pouvoir de Belgrade interdirait à Rugova et à sa famille de quitter le pays, et l'aurait placé en résidence surveillée à Prishtine. Ce serait également sous la contrainte que Rugova aurait rencontré à Prishtine l'Ambassadeur de Russie en Yougoslavie.

(AP 11.4) Le patron du journal indépendant, "Devni Telegraf" critique envers le président Milosevic, a été tué par balles le 11 avril au centre de Belgrade, par au moins deux hommes armés, devant son domicile. Le journal avait été interdit et condamné à plusieurs reprises à de lourdes amendes par le régime Milosevic. Sa publication avait continué grâce à son transfert au Montenegro.

(Le Monde 12.4, Balkan-List 11.4) Ibrahim Rugova fait l'objet de pressions et de menaces de la part des autorités yougoslaves, affirme la journaliste allemande Renate Flottau, qui a passé six jours dans la maison d'Ibrahim Rugova à Prishtine, sous la surveillance constante des forces serbes, installées dans la maison même. L'écrivain kosovar Sabri Hamiti a affirmé le 8 avril qu'Ibrahim Rugova était l'"otage de Milosevic"

(AP 11.4) Le vice-Premier ministre yougoslave, Vuk Draskovic, a déclaré au "Journal du Dimanche" de Paris que la Yougoslavie était prête à signer un accord avec Ibrahim Rugova et à accepter l'autonomie de la Kosove, avec "le plus haut degré d'autonomie" possible, mais"dans le cadre de la Serbie", même sous garantie d'une "présence étrangère", et avec une "démilitzarisation du Kosovo" (sauf aux frontières).

(RSF 12.4) Le directeur du quotidien indépendant serbe "Dnevni Telegraf", Slavko Curuvija, fondateur du magazine "Evropljanin" (L'Européen) a été assassiné à Belgrade le 11 avril, par des inconnus cagoulés. Il avait été condamné le 8 mars à cinq mois de prison pour avoir publié un article mettant en cause le vice-Premier ministre serbe Milovan Bojic. Accusé fréquemment de "trahison" par les autorités, Slavko Curuvija avait déjà à plusieurs reprises été menacé de mort.

(AFP 13.4, 18.4) Le parlement yougoslave a voté le 12 avril en faveur de l'adhésion de la Yougoslavie à l'Union (économique et douanière) formée par la Russie et la Biélorussie. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est arrivé le 14 avril à Belgrade où il a rencontré Slobodan Milosevic. Le 18 avril, la Yougoslavie a rompu ses relations diplomatiques avec l'Albanie en motivant cette décision par "l'engagement direct de l'Albanie aux côtés des USA et de l'OTAN contre la RFY".

(AFP 17.4.99) Le gouvernement yougoslave a rejeté l'idée de l'ONU d'une force militaire internationale garantissant le retour des réfugiés en Kosove, avec à la clef la suspension des raids de l'OTAN. Le gouvernement yougoslave s'est cependant déclaré prêt à accepter une force civile internationale.

(Le Monde 17.4) Ibrahim Rugova a rencontré le 16 avril à Belgrade le président serbe Milan Miutinovic et le vice-Premier ministre yougoslave Nikola Sainovic. Selon l'agence officielle Tanjug, les trois hommes ont estimé que la paix en Kosove était un préalable à toute solution politique. Les USA ont estimé qu'Ibrahim Rugova ne jouissait pas de sa liberté d'expression et d'action et ont demandé qu'il puisse quitter le pays".

(AP 19.4.99) Le chef politique de l'UCK, Hashim Thaci, a appelé le 19 avril les responsables politiques et les intellectuels kosovars à regagner la Kosove. "L'heure de la réconciliation a sonné" (entre Albanais de Kosove), a déclaré Hashim Thaçi à la télévision albanaise (de Tirana).

(AFP, ATS 20.4) Le patriarche de Russie Alexis II a rencontré à Belgrade Ibrahim Rugova le 20 avril, pour un entretien portant, selon la télévision serbe, sur "un réglement pacifique des problèmes du Kosovo". Un porte-parole de l'ambassade américaine en Macédoine a affirmé le 20 avril qu'Ibrahim Rugova était "assigné à résidence" à Prishtine. Un collaborateur d'Ibrahim Rugova, Adnan Merovci, a pour sa part affirmé qu'Ibrahim Rugova avait lui-même "décidé de rester en Kosove, là où sont ses racines".

(AFP, ATS 26.4, 27.4) Le vice-Premier ministre yougoslave Vuk Draskovic a semblé se démarquer du président Milosevic en l'appelant indirectement, le 25 avril, à coopérer avec la communauté internationale pour faire cesser les bombardements de l'OTAN. Dans une interview télévisée le 25 avril, Vuk Draskovic a appelé "ceux qui dirigent le pays" et les "prétendus patriotes" à ne "plus mentir au peuple et à lui dire enfin la vérité", c'est-à-dire que "nous sommes seuls, (que) l'OTAN n'est pas près de s'effondrer, (que) la Russie n'aidera pas militairement la Yougoslavie et (que) l'opinion internationale est contre nous". Le 25 avril, Vuk Draskovic a affirmé que le gouvernement yougoslave est prêt à accepter le déploiement d'une force de l'ONU en Kosove, même si cette force comprenait des éléments appartenant à des pays de l'OTAN, et qu'il s'agit là d'une "position commune de Milosevic et Tcherrnomyrdine". Vuk Draskovic a en outre évoqué la possibilité d'appeler à des manifestations pour la démocratie et la liberté de la presse, après la destruction d'installations de la télévision publique serbe par l'OTAN et la réquisition des stations de télévision privées, dont "Studio B", contrôlée par Vul Draskovic, pour y suppléer.

(ATS, AFP 28.4) Vuk Draskovic a été limogé le 28 avril par le Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic de son poste de vice-Premier ministre, "en raison de ses interventions publiques contraires auix positions du gouvernement et pour atteinte au prestige du gouvernement", selon un communiqué de celui-ci. Les trois ministres membres du parti de Vuk Draskovic, le Mouvement serbe du renouveau, ont démissionné. Les responsables de l'OTAN ont tiré du limogeage de Vuk Draskovic l'enseignement optimiste que "les choses bougent", et qu'il s'agissait de "la première fracture visible" au sein du régime de Belgrade.

(ATS, AFP 28.4, 29.4, 30.4, 1.5 Le Monde 28.4) Le Parti socialiste serbe de Slobodan Milosevic s'est déclaré le 28 avril favorable au déploiement d'une "mission des Nations Unies" en Kosove, en précisant le 29 avril qu'une telle mission ne pourrait être que "civile et non armée" ne pourrait comprendre des pays membres de l'OTAN et donnerait "un rôle dominant à la Russie" . Goran Matic, ministre et membre du Parti de la gauche unie de Mirjana Markovic a estimé que "les grandes lignes de base d'un règlement au Kosovo" allaient prochaînement être "raffermies" et que les "intérêts" des Etats-Unis et de la Yougoslavie "se recouperont". Le 30 avril, le ministre yougoslave des Affaires étrangères Nebosja Vujovic a annoncé que Belgrade était prête à accepter l'envoi en Kosove d'une "mission internationale civile et sans armes". Le ministre a énoncé sept principes pour un réglement politique, dont le respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la Yougoslavie et le retrait des forces de l'OTAN des zones frontalières, et a réitéré le refus de la Yougoslavie d'accpter "une force militaire d'occupation" en Kosove. L'OTAN a estimé que ces propositions ne méritaient pas un "examen sérieux" et étaient "loin de satisfaire les demandes de la communauté internationale", position également exprimée par les USA.

(ATS 28.4) Le président serbe Milan Milutinovic et le président élu de Kosove Ibrahim Rugova ont signé le 28 avril un accord visant à un réglement pacifique et politique de la crise en Kosove. Aucune précision n'a été donnée sur le contenu de cet accord.

(AFP 4.5, Le Monde 3.5) Slobodan Milosevic a proposé, dans un entretien à l'agence de presse américaine UPI et dans une lettre à Bill Cliton, remise au pasteur Jesse Jackson à la faveur de la libération des trois prisonniers américains, un plan de paix en six points, passant par "la cessation de toutes les activités militaires", le "retrait simultané des troupes de l'OTAN (...) et la réduction (des troupes yougoslaves) de leur niveau présent de 100'000 hommes à celui d'une garnison normale de 11'000 à 12'000 hommes", et aurait en outre, selon le ministre grec des Affaires étrangères Georges Papandréou, accepté le principe d'une "force internationale qui aurait un caractère policier". Bill Clinton a pour sa part maintenu que les frappes aériennes ne cesseront que lorsque Slobodan Milosevic montrera "qu'il est prêt à mettre fin au cauchemar du peuple kosovar" et qu'une pause dans les bombardements ne "sera possible que lorsqu'elle aidera clairement les objectifs" des Alliés.

(AFP, Le Monde 5.5) Le président Milosevic serait, selon le "Financial Times" de Londres du 5 mai, qui s'appuie sur des "sources proches du gouvernement" yougoislave, en train de travailler sur un projet de déploiement d'une force de paix de l'ONU en Kosove. Cette force serait légèrement armée, comprendrait un important contingent russe et également des contingents de pays membres de l'OTAN -mais ne participant pas aux raids contre la Yougoslavie, comme la Grèce, le Portugal, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque.

(Le Monde 7.5) Slobodan Milosevic s'est prononcé le 6 mai dans un communiqué pour la relance du "processus politique" par des "négociations directes" et pour un "accord équitable sur toutes les questions". Pour le président yougoslave, les négociations directes impliquent "l'arrêt de l'agression (de l'OTAN), le rétablissement de la paix et le retour des citoyens yougoslaves dans leurs foyers". Le gouvernement yougoslave a accepté l'envoi d'une mission d'évaluation humanitaire de l'ONU sur son territoire, à partir du 15 mai.

(AP 5.5.99) Le leader albanais de Kosove Ibrahim Rugova a quitté la Yougoslavie le 5 mai pour Rome, où il devait rencontrer le Premier ministre Massimo d'Alema. Rugova se trouvait en résidence surveillée à Prishtine depuis le début des bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie

(ATS, AP, AFP 5.5, 9.5, Le Monde 9.5) Ibrahim Rugova est arrivé le 5 mai à Rome, comme "hôte du gouvernement italien" et avec l'accord des autorités de Belgrade, Slobodan Milosevic ayant directement organisé la venue d'Ibrahim Rugova avec le ministre italien des Affaires étrangères Lamberto Dini. Le président élu de Kosove a eu des entretiens avec le Premier ministre italien Massimo D'Alema et avec Lamberto Dini, et a été placé sous haute protection. Un porte-parole de l'OTAN a exprimé sa satisfaction de l'arrivée du président kosovar , dont l'Alliance avait été avertie par l'Italie. Ibrahim Rugova se serait prononcé le 8 mai, lors d'un entretien avec l'émissaire russe Viktor Tchernomyrdine, pour un statut d'autonomie de la Kosove au sein de la Yougoslavie et pour le désarmement de l'UCK. Le 6 mai, Ibrahim Rugova s'était prononcé pour "l'installation en Kosove de forces internationales, de forces de l'OTAN et d'autres pays" et pour le "retrait des forces serbes", et avait souligné que le peuple kosovar, y compris l'UCK, cherchait une issue pacifique à la crise, mais le "gouvernement provisoire" de Kosove, sous contrôle de l'UCK, a appelé le président kosovar à afficher "clairement son soutien à la lutte menée par l'Armée de libération".

(AFP 11.5, Le Monde 11.5) La Yougoslavie a annoncé le 10 mai un retrait partiel de ses forces de Kosove, au motif que "les opérations au Kosovo contre la soi-disant UCK sont terminées". L'OTAN a refusé le 11 mai d'accorder la moindre valeur à l'annonce par la Yougoslavie du retrait partiel de ses troupes de Kosove, continue d'exiger un "début de retrait total (...), crédible et vérifiable" et maintient ses opérations de bombardements. Le président Milosevic continue par ailleurs de rejeter le déploiement en Kosove de forces militaires de l'OTAN.

(AFP, ATS 13.5, 15.5) Ibrahim Rugova a affirmé le 12 mai que l'indépendance de la Kosove demeurait son objectif, après une période d'autonomie transitoire de trois ans. Se présentant comme "le leader des Albanais de Kosove en exil", Ibrahim Rugova a qualifié l'UCK d'"organisation extrémiste". Ibrahim Rugova a affirmé à l'hebdomadaire allemand "Focus" que l'on "pouvait négovier avec les Serbes et leur chef, le président Milosevic", et a demandé "en contrepartie" que les Serbes négocient "avec nous, les représentants des Albanais de Kosove".

(ATS 14.5) La télévision serbe a accusé le 13 mai de "trahison" et de "collaboration avec l'agresseur" le président monténégrin Milo Djikanovic et le chef du Parti démocratique serbe Zoran Djindjic, après qu'ils aient rencontré le Chancelier allemand Gerhard Schröder.

(Reuters 17.5.99 / AFP 19.5) Un important mouvement d'opinion contre la guerre serait en train de naître en Serbie, selon la télévision monténégrine, qui a fait état de violents incidents le 17 mai à Aleksandrovac, où un millier de personnes ont tenté d'empêché le retour de soldats vers le Kosovo, après une permission. Le Maire de la ville aurait été "littéralement lynché". A Krusevac, plus de 5000 personnes se sont également rassemblées pour exiger "la fin de la guerre" réclamer le retour des soldats, aux cris de "nous voulons nos fils, pas des cercueuils". Des accrochages ont opposé manifestants et policiers devant le siège des syndicats et celui de la municipalité. Les manifestations se sont poursuivies le 18 mai. Des manifestants ont pénétré dans l'immeuble de la télévision locale. Les media officiels serbes n'ont pas fait état de ces manifestations, mais l'armée a annoncé avoir engagé une "procédure en vertu de l'état de guerre" contre les instigateurs de ce mouvement de protestation. Début mai déjà, à Cacak, dont le Maire préside le parti d'opposition "Serbie ensemble", plusieurs manifestations d'opposition à la guerre s'étaient produites.

(ATS 18.5, 19.5, Rijesti 18.5, Le Monde 20.5) Des manifestations contre la guerre ont éclaté en Serbie le 17 mai, à Aleksandrovac (sud), où un millier de personnes ont manifesté à l'occasion du départ de réservistes vers la Kosove après une permission, et alors que les corps de trois soldats originaires de la Ville venaient d'y être rapatriés. Le 18 mai, plus de 3000 personnes ont manifesté à Krusevac devant la Municipalité, après le retour dans cercueils de sept soldats originaires de la ville et morts en Kosove, pour exiger "la fin de la guerre" et le retour des réservistes actuellement mobilisés en Kosove, aux cris de "Nous voulons que nos fils rentrent, mais pas dans des cercueils". La police militaire yougoslave est intervenue.Les maires des deux villes, aux mains du SPS de Slobodan Milosevic, ont été violemment pris à partie par les manifestants. Près de 1000 soldats de la région de Krusevac sont retournée le 19 mai en camion et en armes dans leur ville natale, où ils ont défilé au pas et en tirant en l'air, puis ont été démobilisés.

(AFP 18.5, Canal + 19.5) Ibrahim Rugova a affirmé le 17 mai aux ministres des Affaires étrangères européens n'avoir signé "aucun document" avec le président Milosevic, mais, dans un entretien avec l'hebdomadaire allemand "die Woche", s'est néanmoins di prêt à négocier avec le président yougoslave. Ibrahim Rugova s'est prononcé pour le désarmement de l'UCK en cas de retrait de Kosove des forces serbes, et contre toute vente d'armes à l'UCK par la communauté internationale si une force internationale est mise en place en Kosove. Le président kosovar a déploré la "lutte de pouvoir" que se livrent son parti, la Ligue démocratique de Kosove, et l'UCK, et exprimé la crainte qu'elle ait des conséquences "tragiques". Ibrahim Rugova rappelle qu'il a été "élu président d'une Kosovë libre" et qu'il est encore "respecté comme tel par la population".

(Courrier des Balkans 18.5) Dans une interview au "Courrier des Balkans", Zoran Djindjic, président du Parti démocratique de Serbie, qui dirige 25 municipalités en Serbie (dont celles de Nis et Cacak), et qui se dit menacé d'arrestation, demande l'arrêt des bombardements de l'OTAN et que "tout" soit fait "pour que les réfugiés puissent rentrer chez eux au plus vite". "La catastrophe humanitaire est prioritaire sur la crise politique", affirme l'opposant serbe, pour qui "la guerre ne fait que renforcer Milosevic" dont le "régime a toujours eu besoin de la guerre, d'abord en Croatie et en Bosnie, puis au Kosovo". Zoran Djindjic rappelle que les bombardements de l'OTAN ont permis au président yougoslave "de se débarrasser des médias libres et de l'opposition démocratique", et se déclare favorable au "déploiement d'une force internationale au Kosovo". Il appelle la communauté internationale à "négocier avec Milosevic, mais en faisant en sorte que ces négociations ne renforcent pas encore son pouvoir", et l'Europe à aider "enfin la société civile à se construire" et à soutenir l'opposition démocratique, les médias et les syndicats. "Ce n'est qu'en soutenant l'opposition démocratique que l'on a une chance de se débarrasser enfin du régime de Milosevic", affirme le leader de l'opposition, pour qui "ce n'est pas aux USA de chasser Milosevic mais au peuple serbe".

(ATS, AFP 19.5, 21.5, Le Monde 19.5) Slobodan Milosevic a indiqué le 19 mai être prêt à discuter d'une solution politique pour la Kosove, sur la base des principes convenus par le G-8. Le porte-parole du gouvernement fédéral yougoslave et le président serbe Milan Milutinovic ont déclaré le 18 mai que les principes d'un règlement sur lesquels Russes et Occidentaux se sont mis d'accord sont "acceptables" comme base d'une négociation -mais l'OTAN a réagi en déclarant que ces principes n'étaient pas négociables. L'arrêt des bombardements de l'OTAN est une "condition préalable" au règlement du conflit kosovar, a déclaré le 21 mai le porte-parole du ministère yougoslave des Affaires étrangères. Le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook a quant à lui affirmé qu'il n'y aurait pas d'arrêts des bombardements tant que Belgrade n'aura pas fait "de progrès" vers la conclusion d'un accord.

(AFP 21.5.99) Les signes de contestation du pouvoir de Slobodan Milosevic s'amplifient en Serbie, avec des manifestations contre la guerre à Cacak (dont le maire, d'opposition, est recherché par la police militaire pour avoir rendu le pouvoir responsable des bombardements de l'OTAN). Krusevac et Aleksandrovac, où des parents de soldats enrôlés au Kosove ont exigé le retour de leurs fils. De sources militaire américaine, on estime qu'au moins 500 soldats, et peut-être 1000, auraient déserté en Kosove, ce que les autorités yougoslaves ont démenti. A Belgrade, les manifestations de soutien au pouvoir faiblissent.

(Reuters 24.5) Le mouvement de protestation contre la guerre au Kosovo se poursuit en Serbie avec, dans trois villes, Krusevac, Aleksandrovac et Raska, des manifestations pour le retour des réservistes. Ces manifestations ont rassemblé plusieurs milliers de personnes. A Prokuplje, une manifestation est annoncée le 24 mai lors du rapatriement des corps de onze soldats tués au Kosovo.

(ATS 27.5, 30.5) Ibrahim Rugova a visité le 26 mai le camp de réfugiés de Blace, en Macédoine, et y a été vivement applaudi par les réfugiés Lpsovars. Le président kosovar a justifié l'action de l'OTAN contre la Yougoslavie comme une "action de paix et non de guerre". Ib rahim Rugova a applaudi le 27 mai l'inculpation de Slobodan Milosevic pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, mais n'en a pas pour autant exclu de traiter avec le président yougoslave et "avec les gens qui représentent actuellement le peuple serbe" pour trouver une solution à la crise de Kosove. La décision de La Haye va "aider le processus de paix dans la région", a considéré Ibrahim Rugova, qui s'est établi en Italie, sur invitation du gouvernement italien.

(AFP, ATS 28.5, 29.5, 30.5) Le président Milosevic s'est prononcé le 27 mai, le jour de son inculpation par le Tribunal pénal international pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, pour un règlement "sans délai" du conflit kosovar, en passant "de la voie militaire à la voie politique". Le 28 mai, le gouvernement yougoslave a annoncé accepter les principes généraux du G-8, soit un retrait de l'armée yougoslave de Kosove, la mise en place d'une force de paix internationale et le retour des réfugiés. Le gouvernement yougoslave accepte également que la crise de Kosove soit réglée par un accord politique sur une autonomie "substantielle" garantissant l'égalité des citoyens et des communautés nationales. Cette annonce a été faite à l'issue des entretiens entre Slobodan Milosevic etViktor Tchernomyrdine. Belgrade est d'accord pour que le Conseil de Sécurité adopte une résolution conforme à la Charte de l'ONU. Le 29 mai, les agences russe Itar-Tass et yougoslave Tanjug ont annoncé que Slobodan Milosevic avait accepté un plan russe de déploiement en Kosove d'une force internationale sous l'égide de l'ONU, "dans la zone frontalière" et avec la participation de pays de l'OTAN n'ayant pas participé aux frappes contre la Yougoslavie. L'armée yougoslave a assuré qu'elle était prête à mettre en oeuvre "toutes les initiatives de paix" du président Milosevic, mais averti que des troupes d'intervention terrestre en Kosove subiraient "un enfer".

(Tanjug 28.5 / Reuters 30.5) Après un entretien de plus de huit heures entre le Premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine et le président yougoslave Slobodan Milosevic, à Belgrade, le 28 mai, l'agence officielle yougoslave Tanjug a annoncé que le Yougoslavie est prête à accepter les principes du plan de paix du G8, dont le retait des troupes yougoslaves de Kosove et le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix.

(AFP, AP 31.5, 1.6, 2.6, 3.6, Le Monde 31.5) La direction yougoslave a confirmé le 31 mai qu'elle acceptait les principes fixée par le G-8 pour un réglement du problème du Kosovo, et a appelé le Conseil de Sécurité de l'ONU à adopter une résolution permettant de mettre fin à la crise. Le vice-Premier ministre Vojislav Seselj (extrême-droite) a approuvé le 30 mai la prise de position du pouvoir serbo-yougoslave. "Un réglement pacifique doit l'emporter et cela est possivle, avant tout en rendant aux Nations Unies leur rôle fondamental", a déclaré Slobodan Milosevic le 1er juin. Le président Yougoslave s'est prononcé en faveur d'un "accord politique" permettant "le retour des réfugiés dans leurs foyers et éliminera les graves conséquences humanitaires provoquées par les bombardements". Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que Belgrade était prête à ramener les effectifs de ses troupes en Kosove à leur "niveau des temps de paix". Le général Pavkovic, commandant la 3ème armée yougoslave, opérant en Kosove, a précisé que la Yougoslavie acceptait "tous les principes du G-8, modifiés seulement sur deux points qui concernent le départ de l'armée et de la police et la présence de forces de paix internationales". Le ministère allemand des Affaires étrangères a annoncé avoir reçu, en tant qu'il assume la présidence de l'Union européenne, une lettre du gouvernement yougoslave acceptant les conditions du G-8 mais n'exprimant pas une acceptation explicite de la présence d'une troupe de maintien de la paix "robuste". Le 2 juin, quelques heures avant que la Yougoslavie n'accepte finalement les conditions du G-8, l'ambassadeur yougoslave auprès des Nations Unies affirmait que la Yougoslavie n'acceptera jamais d'accueillir des troupes occidentales sur son sol : "L'OTAN ne peut pas être le gardien de la paix parce qu'elle s'est déjé discréditée elle-même" par ses bombardements, a affirmé l'ambassadeur, qui a également déclaré que la Yougoslavie n'accepterait qu'un retrait partiel de ses troupes en Kosove.

(AFP 4.6) Le président yougoslave Slobodan Milosevic a accepté le 3 juin le plan de paix présenté par l'Union Européenne et la Russie, impliquant le retour des forces serbes et yougoslaves de Kosove dans un délai de sept jours, et le déploiement d'une force internationale en Kosove. En échange, l'OTAN suspendra ses activités militaires, dès la début d'un "retrait vérifiable" des forces serbo-yougoslaves de Kosove. Le plan de paix prévoit en outre la mise en place d'une administration provésoire pour la Kosove, et une autonomie "substantielle" de la Kosove "à l'intérieur de la RFY", ainsi que le "retour en sécurité et libre de tous les réfugiés et personnes déplacées", sous la supervision du HCR, et un accès "sans entraves" au Kosovo pour toutes les organisations humanitaires. Outre le président Milosevic, et avant lui le parlement serbe, puis le parlement monténégrin, l'UCK a fait savoir qu'elle approuvait le plan de paix

(Reuters 5.6.99) Le Parti radical serbe (SRS, ultra-nationaliste) du vice-Premier ministre Vojislav Seselj a annoncé le 5 juin son retrait du gouvernement, pour protester contre la "capitulation" de Slobodan Milosevic devant l'ÔTAN. ce retrait devrait prendre effet dès que commencera à être appliqué l'accord de paix en Kosove, qui y autorise le déploiement de troupes de l'OTAN. Le SRS dipose de 82 sièges sur 250 au Parlement et de 15 postes ministériels sur 36.


Le plan de Paix du G-8

`Afin de progresser vers un règlement de la crise du Kosovo, un accord doit être conclu sur les principes suivants:

Les autres éléments requis sont: un calendrier rapide et précis pour les opérations de retrait, qui prévoit sept jours pour le retrait des troupes, 48 heures pour le retrait des armements de défense aérienne de la zone de sécurité mutuelle de 25 kilomètres, et le retour, sous la supervision de la présence internationale de sécurité des personnels chargés de quatre missions précédemment précisées, dont les effectifs seront limités à quelques centaines, pas des milliers.

La suspension des actions militaires aura lieu après le début d'un retrait vérifiable. Les discussions sur l'accord militaro-technique et ses conséquences ne prolongeront pas la période prévue pour le retrait.''


(Reuters 3.6) Le Parlement serbe se réunit le 3 juin en session extraordinaire pour examiner le plan de paix du G8 pour le Kosovo, que les émissaires de l'Union européenne, Martti Ahtisaari, et de la Rusie, Viktor Tchernomyrdine, ont présenté le 2 juin au président Milosevic. Le plan de paix est fondé sur le retrait des forces yougoslaves du Kosovo, le retour des réfugiés, l'acceptation par Belgrade d'une présence internationale civile et militaire et une autonomie "substantielle" du Kosovo.

(AFP 3.6, 6.6 Le Monde 4.6) Convoqué le 3 juin, le Parlement serbe a accepté (par 136 voix contre 74, moyennant 3 abstentions, un refus de vote et 36 absences) "les propositions apportées par les représentants de la communauté internationale", les émissaire russe Vikor Tchernomyrdine et finlandais (pour l'Union européenne) Maarti Ahtisaari, c'est-à-dire le plan de paix du G-8. L'extrême-droite (Parti radical) a voté contre le plan. La présidence yougoslave a confirmé cette acceptation dans un communiqué. Les USA ont néanmoins annoncé que les frappes aériennes de l'OTAN se poursuivront jusqu'à la vérification de la mise en oeuvre du plan de paix. A Belgrade, alors que le parti radical annonçait le 5 juin qu'il allait quitter le gouvernement et que le Parti démocratique de Zoran Djindjic accusait le régime de "poursuivre la répression" contre les opposants pour "détourner l'attention de la défaite" subie contre l'OTAN, le parti socialiste de Milosevic déclarait que l'accord conclu "confirme et sauvegarde l'intégrité territoriale et la souveraineté de notre Etat, tandis qu'il confie aux Nations Unies le règlement du problème du Kosovo". La "Gauche yougoslave" de Mira Markovic considérait que "la résistance opposée pendant deux mois" à l'OTAN a eu des "effets positifs", dont les faits que "Le Kosovo demeure au sein de la Yougoslavie" et que les Nations Unies vont prendre en charge le règlement politique du problème.

(AFP, ATS, Reuters 4.6, 6.6, 7.6, Le Monde 5.6) L'OTAN devrait décider rapidement d'une suspension des bombardements contre la Yougoslavie si celle-ci coopère. Le président américain et les Premiers ministres britannique et néerlandais se sont en tous cas exprimés dans ce sens, et les bombardements pourraient cesser dès le 6 ou le 7 juin, si un accord militaire entre l'OTAN et la Yougoslavie est conclu. Des généraux de l'OTAN et de l'armée yougoslave se sont rencontrés le 5 et le 6 juin à Blace, à la frontière entre la Macédoine et la Yougoslavie. puis sur la base aérienne de Kumanovo, sous contrôle français, pour fixer les détails techniques du retrait serbo-yougoslave de Kosove. Les discussions ont été qualifiées de "constructives" le 5 juin par l'OTAN, qui a exigé la désactivation de la DCA yougoslave pour pouvoir suivre à basse altitude le retrait des forces, mais selon une source proche des entretiens, le 6, les discussions pourraient capoter, la délégation yougoslave refusant de signer le document qui lui a été soumis par le général Michael Jackson, chef de la future force de paix en Kosove (KFOR). Le 6, les discussions ont d'ailleurs été ajournées. Le partie yougoslavie demande notamment que le délai de retrait des forces serbo-yougoslaves soit porté de 7 à 14 jours. L'OTAN a menacé d'intensifier à nouveau ses bombardements sur la Yougoslavie. Les alliés préciseront à l'armée yougoslave les itinéraires et les modalités de leur retrait. Des plans en vue du déminage de la zone frontalière devraient également être dressés. Martti Ahtisaari a espéré un début de retrait "dans le courant du week-end" et une suspensation des bombardements dans les jours suivants. La force de paix (KFOR), commandée par le général britannique Michael Jackson, pourrait entamer son déploiement dès le 8 juin en Kosove, selon des sources américaines.

(Le Monde 6.6, AFP 6.6) La Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France ont lié le 5 juin toute aide financière à la reconstruction en Yougoslavie au départ du président Milosevic, que Tony Blair a qualifié de "dictateur", alors que Jacques Chirac appelait de ses voeux l'établissement d'un "régime démocratique" en Serbie et Yougoslavie et que Gerhard Schröder rappelait que Slobodan Milosevic restait inculpé de crimes contre l'humanité. Quant à Bill Clinton, il a estimé que le maintien au pouvoir de Slobodan Milosevic restait une "question ouverte" mais que le "régime autoritaire" de Belgrade ne pourrait recevoir qu'une "aide humanitaire limitée". Le porte-parole du département d'Etat, James Rubin, est allé plus loin en évoquant un "échange" entre une aide financières des USA à la Serbie pour sa reconstruction et le remise du président Milosevic au Tribunal pénal international. Quant à l'Albanie, elle a estimé qu'aucun plan de paix en Kosove n'aboutira tant que Slobodan Milosevic sera au pouvoir.

(AFP, ATS 7.6, 8.6) Les négociations entre l'OTAN et la Yougoslavie ont été interrompues dans la nuit du 6 au 7 juin, car les responsables militaires yougoslaves insistaient pour maintenir jusqu'à 15'000 hommes en Kosove, a indiqué le 7 juin le ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook. Une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU est également posée par Belgrade comme une condition nécessaire à l'entrée de toute force internationale en Kosove, alors que l'arrêt des bombardements est posé par la Russie comme une condition nécessaire au vote de cette résolution, et que le début vérifiable d'un retrait des forces serbo-yougoslaves de Kosove est posé par l'OTAN comme une condition nécessaire à l'arrêt de ses bombardements. Les entretiens ont repris le 8, toujours sur les modalités du retrait des troupes serbes de Kosove.

(AP 9.6.99 / AFP, AP, ATS 10.6, 11.6) Les militaires de l'OTAN et de Belgrade ont signé le 9 juin un accord technique militaire sur le retrait des forces serbes de Kosove, entreant en vigueur le 10, ouvrant la voie à une suspension des raids aériens et à l'arrivée d'une force internationale de paix, précédés du vote d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Les troupes serbes ont 24 heures pour évacuer la zone 3 de Kosove (le nord du pays), six jours pour évacuer la zone 1 (sud-est) et neuf jours pour évacuer la zone 2 (centre). Elles devront ensuite être stationnées à au moins 5 kilomètres des limites de la Kosove. Le vice-ministre des Affaires étrangères Nebosja Vujovic a cependant affirmé le 10 juin que la Yougoslavie conserverait le contrôle des entrées en Kosove après le retrait de ses troupes. La signature de l'accord, annoncée par la télévision d'Etat serbe, a été saluée à Belgrade et Prishtine par des tirs de joie de la DCA, d'armes légères et par un concert de klaxons. A Belgrade, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour célébrer la signature de cet accord et la fin des bombardements de l'OTAN. Le président Clinton, les Premiers ministres français Jospin, britannique Blair et italien d'Alema et le ministre des Affaires étrangères allemand Joshka Fischer ont salué la conclusion de l'accord, approuvé par le Conseil de l'OTAN, qui a chargé le général Wesley Clark de vérifier le retrait serbe. L'accord a été présenté par les media yougoslaves comme une victoire de "la politique de la paix (...) conduite par le gouvernement yougoslave et le président Slobodan Milosevic". Les partis politiques, à l'exception des ultra-nationalistes de Vojislav Seselj, ont tous salué l'avènement de la paix, mais les partis d'opposition ont réclamé des comptes pour les morts et les destructions causées par trois mois de bombardements, et Seselj a prédit le 10 des "problèmes" en Kosove, dont le principal responsable sera la KFOR, qu'il a qualifiée d'"occupant".

Pour le général yougoslave Svetozar Marjanovic, cela signifie que "la guerre est terminée", et pour l'agence officielle yougoslave Tanjug "l'agression contre la Yougoslavie est terminée", mais pour le président américain Bill Clinton, il ne s'agit que d'une "étape importante". L'UCK a annoncé le 10 juin dans un communiqué qu'elle décrétera un cessez-le-feu dès le début du retrait des troupes serbes.

(ATS 10.6) Peu après l'annonce de la fin des bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie, le 10 juin, le président Milosevic a déclaré $ la télévision que "l'agression" de l'OTAN était terminée et que la paix avait eu "raison de la violence" sans que la Yougoslavie n'ait "donné le Kosovo", et en excluant que la Kosove puisse obtenir l'indépendance.

(IWPR 14.6) Une compétition s'est engagée entre les différents leaders albanais rivaux pour le contrôle de la future administration autonome de Kosove. Divisée et dispersés dans toute l'Europe, les leaders albanais de Kosove reviennent dans les fourgons de la KFOR. Ibrahim Rugova, président élu de Kosove, et Hashim Thaci, responsable politique de l'UCK et premier ministre du gouvernement formé par celle-ci, tentent tous deux de s'imposer et d'imposer leurs organisations (la LDK pour le premier, l'UCK pour le second) comme la force politique principale de la "Kosove libérée". Thaci a sur Rugova l'avantage de disposer d'une force militaire, qui devrait théoriquement être désarmée par la KFOR mais que celle-ci ne désarme que très lentement et très partiellement. L'UCK refuse de reconnaître Rugova en tant que président de Kosove et l'accuse d'avoir "collaboré" avec Slobodan Milosevic alors que celui-ci le tenait quasiment prisonnier. Le gouvernement de Tirana, l'UCK et les leaders albanais de Macédoine ont proposé fin mai la création d'un "Conseil de sécurité albanais" au sein duquel seraient représentés ou siégeraient tant Rugova et ses partisans que l'UCK et des intellectuels et militants albanais indépendante. Cette proposition a été de fait repoussée par Ibrahim Rugova, qui a également refusé de rencontrer Hashim Thaci..


(ATS 17.6, Le Monde 16.6) Plusieurs partis d'opposition serbes recueillent des signatures au bas d'une pétition demandant la démission de Slobodan Milosevc. La pétition a été lancée par l'Alliance de six partis démocratiques, qui réclament la démission du président, la levée de l'état de siège et des élections anticipées, et saluent la suspension le 10 juin des "frappes de l'OTAN". Le Parti radical (ultra-nationaliste) ne s'est évidemment pas associé à cette démarche, mais s'est retiré du gouvernement, désormais composé uniquement de représentants du SPS de Slobodan Milosevic et de la JUL de son épouse Mira Markovic. Le Saint Synode des évêques orthodoxes a également appelé le 15 juin Slobodan Milosevic a démissionner : "Confrontés à la situation tragique de notre peuple et de notre Etat fédéral et convaincus que le nom de Dieu, et non le Tribunal instrumentalisé de La Haye, incarne la Justice, nous exigeons que l'actuel chef de l'Etat et son gouvernement présentent leur démission", déclare l'assemblée des évêques, pour qui "les nombreux problèmes internationaux et l'isolement de notre pays sur la scène internationale ne peuvent être résolus ni surmontés avec le gouvernement actuel, ni dans les circonstances présentes". Les évêques demandent également aux Serbes de Kosove de "rester sur leurs terres ancestrales et de ne pas abandonner leurs lieux sacrés".

(RSF 18.6) Malgré la signature d'un accord de paix entre l'OTAN et la Yougoslavie le 9 juin, l'état de guerre qui limite considérablement la liberté d'expression des media en Serbie n'a pas été aboli. Quatre stations de radio et une chaîne de télévision ont été fermée, et un journaliste a été emprisonné. Le 9 et 10 juin, les éditions destinées à la Serbie du journal bosno-serbe indépendant "Nezavisne Novine" ont été saisies. Dans la nuit du 12 au 13, l'équipement de la chaîne de télévision locale de Mladenovac, filiale de la chaîne privée nationale Studio B, a été saisi. Le 13, Studio B a reçu l'ordre de continuer à retransmettre les journaux télévisés de la télévision officielle RTS. Le 14, une action en justice a été intentée contre le propriétaires des stations de radio Senta et VK à Kikinda, pour diffusion sans licence, après que ces stations aient été une première fois fermées le 2 avril "pour avoir agi contre les intérêts du pays pendant la guerre". Enfin, le directeur de la chaîne de télévision Soko TV est en prison depuis le 23 avril pour avoir divulgué des informations "subversives".

(AFP 20.6) 19 réservistes de l'armée yougoslave ont été condamnés le 19 juin à Uzice par une cour martiale, pour insoumission, à des peines de un à quatre ans de prison.

(ATS 21.6) Le Premier ministre de Kosove en exil Bujar Bukoshi est rentré le 21 juin à Prishtine, accompagné de trois de ses ministres, d'Allemagne où il était réfugié depuis 1991, date à laquelle il avait été désigné par le président Rugova à la tête du gouvernement kosovar en exil. Ibrahim Rugova lui-même s'est rendu à Prishtine le 20 juin. Il a l'intention d'y établir une structure adminitrative permanente pour la Kosove afin de collaborer avec l'OTAN et l'ONU.

(ATS 21.6, 24.6) Le gouvernement yougoslave a proposé le 21 juin au parlement de se réunir pour lever l'état de guerre, après l'arrêt formel de la campagne de l'OTAN contre la Yougoslavie, et a abrogé tous les décrets pris en vertu de l'état de guerre, notamment celui interdisant aux hommes de 18 à 60 ans de se rendre à l'étranger. Le Parlement a levé l'état de guerre le 24 juin.

(Reuters 22.6, 26.6) l'Alliance pour le changement (regroupement de partis d'opposition serbes) a déclaré le 21 juin que "le moment est venu de renverser le cours politique de la Serbie et de demander des comptes à ceux qui ont détenu un pouvoir absolu depuis dix ans". Une série de manifestations nationales devrait être organisée pour demander des élections anticipées et davantage de démocratie. Le leader social-démocrate Vuk Obradovic a déclaré le 26 juin que l'opposition pourrait organiser son propre scrutin si Slobodan Milosevic refusait d'organiser des élections.

(Le Monde 24.6) Le "Groupe des 17" économistes serbes indépendants a lancé un appel le 23 juin à la communauté internationale pour que la Yougoslavie ne soit pas exclue des projets de stabilisation et de développement des Balkans, préparés par les Occidentaux. Selon le coordinateur du groupe, Mladjan Dinkic, le PIB yougoslave baissera de plus de 40 % en 1999 du fait du conflit, la production industrielle chutera de 45 %, les exportations de 55 % et les importations de 58 %. Entre 200'000 et 250'000 personnes se retrouveront au chômage en raison de la destruction des sites industriels, et 500'000 autres par excès de main d'oeuvre, le taux de chômage passant de 25 à 33 %. Le groupe chiffre les dommages de la guerre à près de 30 milliards de dollars, et le coût total de la reconstruction au même niveau. Les besoins les plus urgent sont d'ordre humanitaire et concernanent la réparation des centrales et des transformateurs électriques. Le "Groupe des 17" estime que "sans assistance étrangère large", le PNB par habitant de la Yougoslavie ne dépassera pas 975 dollars à fin 1999, soit le tiers de son niveau de 1989, ce qui rendra impossible le maintien des services de santé, de sécurité sociale ou d'éducation, déjà mis à mal, et pourrait provoquer une émigration massive. Par ailleurs, des menaces planent d'inflation et de dévaluation du dinar.

(Reuters, AFP, ATS 24.6, 25.6, 26.6) Pour la deuxième journée consécutive, des réservistes de l'armés yougoslave ont dressé le 24 juin des barrages sur des ponts, routes et autoroutes du centre de la Serbie, à Kraljevo, Cerovacainsi qu'entre Belgrade et Nis, afin de réclamer le paiement de primes de guerre. Ces manifestations se sont poursuivies le 25 juin, notamment dans la ville natale de Slobodan Milosevic, Pozarevac. Elles ont cessé le 26 juin, après que les soldats aient obtenu le paiement de leur solde et que le mouvement ait failli dégénérer en conflit armé avec la police, lorsqu'un groupe de soldat mit un blindé armé d'un canon anti-aérien et d'un missile en position devant le siège de la police de Kraljevo et menacé de tirer.

(ATS 29.6, AFP 30.6) Le président Milosevic s'est prononcé le 29 juin en faveur de "réformes" et pour un remaniement du gouvernement yougoslave, en offrant un partage du pouvoir à Vojislav Seselj et Vuk Draskovic. Il a affirmé que la rétribution des militaires et l'attribution de logements aux personnes privées du leur par les frappes de l'OTAN sont des priorités gouvernementales.


(AFP, ATS 29.6, 30.6, 1.7) Environ 10'000 personnes ont manifesté le 29 juin à Cacak à l'appel de l'opposition, pour réclamer des élections anticipées, la démission de Slobodan Milosevic et la démocratisation de la Serbie. La police avait bloqué la ville et des manifestants venant de Belgrade, Uzice, Valjevo, Kraljevo et Kragujevac n'ont pu rejoindre la manifestation. Une nouvelle manifestation de l'opposition a été annoncée à Uzice.

(AFP 1.7) Le Premier ministre yougoslave Momir Bulatovic a entamé le 1er juillet des consultats sur un remaniement du gouvernement fédéral, avec des responsable d'une demie-douzaine de formations politiques, mais en l'absence du parti gouvernemental (socia-ldémocrate) du Monténégro et de celui des Hongrois de Voïvodine, qui ont boycotté la réunion.

(ATS 1.7) Plusieurs centaines de retraités ont manifesté dans le centre de Belgrade le 1er juillet, pour exiger l'augmentation du montant minimum des retraites (qu'ils perçoivent en outre actuellement avec quatre mois de retard) et en réclamant la démission du président Milosevic.


(AFP 3.7) Plus de 5000 personnes ont manifesté sans incident le 2 juillet à Novi Sad, pour protester contre le régime de Slobodan Milosevic.

(AFP 3.7) Le chef politique de l'UCK Hashim Thaçi est descendu le 2 juillet dans les rues du centre de Prishtine, où des milliers d'Albanais ont manifesté pour célébrer le neuvième anniversaire de la proclamation de l'indépendance de la Kosovë, en 1990, par le gouvernement kosovar d'alors.

(AFP 3.7) Les représentants de la communauté albanaise et l'église orthodoxe serbe ont lancé le 2 juillet un premier appel commun au rétablissement de la sécurité en Kosove et à la "réconciliation" entre Serbes et Albanais, en affirmant leur volonté d'y collaborer ensemble.


(AFP, AP 6.7, 7.7, 8.7, 9.7, Le Monde 8.7, 9.7) Le 5 juillet, 20'000 personnes ont réclamé à Leskovac la démission de Slobodan Milosevic et du préfet Zizojin Stefanovic .L'ancien Maire de Belgrade, et président du Parti démocratique (DS), Zoran Djindjic, est rentré à Belgrade le 4 juillet. Le 6, un rassemblement de plusieurs milliers de personnes s'est tenu en sa présence à Uzice. Zoran Djindjic a appelé à des manifestation quotidiennes jusqu'à la démission de Slobodan Milosevic. Le 8, l'opposition a manifesté à Prokuplje, alors que les partisans de Slobodan Milosevic contre-manifestaient. Des coups de feu ont été tirés, le siège du Parti socialiste serbe de Slobodan Milosevic a été lapidé par les manifestants. Le même jour, Zoran Djondjic s'est rendu en Kosove pour appeler les Serbes à y rester, et a été pris à partie par un groupe de partisans de président Milosevic au monastère de Gracanica. Les manifestants lui ont reproché d'avoir "pris la fuite" au Monténégro pendant les bombardements de l'OTAN. Zoran Djindjic a également recherché le soutien de l'Eglise orthodoxe, qui s'est déjà prononcée pour un changement à la tête de l'Etat. Le 8 juillet, Zoran Djondjic a signé un texte dénonçant la "responsabilité du régime de Belgrade et des extrémistes albanais" dans le conflit, et appelant à "la transformation urgente et totale de la Serbie en un régime démocratique". Une nouvelle manifestation de l'opposition a rassemblé environ 2500 personnes à Leskovac, pour demander la démission de Slobodan Milosevic.

(RSF 7.7) Reporters sans Frontières s'indigne dans un communiqué le 7 juillet de la condamnation à 30 jours de prison d'un technicien de la télévision de Leskovac, Ivan Novkovic, qui avait appelé le 1er juillet à manifester contre Slobodan Milosevic et contre le préfet de Leskovac. La condamnation du technicien illustre le manque de liberté de la presse en Serbie", estime RSF, qui a demandé sa libération "immédiate" et "l'ouverture des medias audiovisuels à toutes les opinions et tendances politiques dans le pays", où l'ensemble de medias électroniques indépendants sont toujours contraints de diffuser les bulletins d'information de la télévision ou de la rasio d'Etat, sous peine de représailles. Trois chaînes de télévision et deux chaînes de radio régionales ont été fermées pour s'y être refusées. La principale chaine de radio privée du pays, B92, fermée le 24 mars, a été reprise en main par des proches du régime et la plupart de ses journalistes congédiés.


(Le Monde 9.7) Ibrahim Rugova affirme dans un entretien au "Monde" qu'il faut "créer les conditions d'un retour des Serbes". Annonçant son retour en Kosove dans la deuxième semaine de juillet, Ibrahim Rugova nie qu'il y ait division "au sein de la population" entre ses partisans et ceux de l'UCK, et s'affirme respecté comme "président élu" et comme "leader politique" de la communauté albanaise. Le président kosovar considère que "la première tâche à accomplir pour le moment est de reconstruire la vie démocratique, les institutions" et "commencer (la) réconciliation avec les Serbes et créer les conditions pour qu'ils reviennent". Ibrahim Rugova déclare attendre de Bernard Kouchner "la reconstruction de la vie politique, sociale et économique du Kosovo" et se prononce pour "des élections rapides" et pour "la possibilité pour le peuple de voter en faveur de l'indépendance ou de continuer à faire partue de la Fédération yougoslave", "la meilleure chose" étant selon lui l'indépendance, "solution idéale, y compris pour la Serbie et la Macédoine qui resteront stable". Le président kosovar récuse l'idée d'une "Grande Albanie", qu'il qualifie d'"utopie" ("on ne sait pas ou cela peut conduire") et appelle au "changement démocratique" en Serbie, changement dont il perçoit "le commencement".

(AP 9.7) L'Alliance pour le Changement (SZP) a annoncé le 9 juillet qu'elle allait lancer le 12 juillet une pétition à Belgrade pour réclamer le départ du président Milosevic.

(AFP, AP 11.7) Un proche collaborateur de Zoran Djindjic, Goran Vesic, a été condamné par contumace à deux ans de prison pour insoumission, ont annoncé le 10 juillet les journaux belgradois. Gorav Vesic dément pour sa part avoir jamais été réserviste ni appelé à combattre pendant laes bombardements de l'OTAN, et ni lui, ni ses avocats n'ont reçu communication de la sentance. Le Parti démocratique dénonce le fait que 40'000 Serbes et 12'000 Monténégrins peuvent être jugés en secret par des tribunaux militaires, aorps avoir été "arrêtés à tout moment sans savoir qu'ils faisaient l'objet d'une enquête ou d'un procès". Zoran Djindjic et Velimir Ilic, maire de Cacak, sont dans ce cas.

(AFP 11.7) Dans un entretien avec le quotidien allemand "die Welt", le chef de l'Eglise orthodoxe serbe, le patriarche Pavle, considère que le président Milosevic devra rendre des comptes pour les massacres commis en Kosove.


(AFP 14.7) La police a empêché le 13 juillet environ 2000 manifestants d'opposition d'entreprendre une marche à Leskovac. Environ autant de manifestants ont pu par contre à Zrenjanin, en Voïvodine, se rassembler pour exprimer leur opposition au régime. Le 14, 5000 personnes ont manifesté à Subotica, en présence de Zoran Djindjic, et avec le soutien du parti hongrois et des sociaux-démocrates de Voïvodine, où la municipalité de Becej a réclamé la démission de Slobodan Milosevic, après que Novi Sad, Nis et Sombor en aient fait autant. Six manifestants de l'opposition à Veljevo et Leskovac ont été condamnés à des peines de 5 à 30 jours de prison.

(AFP 13.7, 14.7) Le Parti démocratique de Zoran Djindjic a annoncé avoir demandé le 13 juillet à la Cour constitutionnelle yougoslave de constater que "le président Slobodan Milosevic n'est pas en mesure d'accomplir ses tâches constitutionnelles". Zoran Djindjic a également annoncé, lors d'une manifestation de l'opposition à Jagodina, l'organisation "dans une quinzaine de jours d'une marche sur Belgrade", pour obtenir la démission de Slobodan Milosevic -lequel a obtenu le soutien de l'armée yougoslave, par la voix du général Nebojsa Pavlovic.


(AFP 13.7, 14.7, 17.7) Les Belgradois ont continué le 13 juillet à signer la pétition lancée par l'opposition, et réclamant le démission de Slobodan Milosevic, malgré l'interdiction de cette action par la police. Lancée par la SZP et le syndicat indépendant Nezavisnost, la pétition aurait déjà obtenu plus de 300'000 signatures en quinze jours.

(AFP 16.7) Selon Vuk Draskovic, président du Mouvement serbe pour le renouveau, l'hypothèse "terrifiante" d'une guerre civile en Serbie est "plausible" et "il serait criminel de ne pas en tenir compte".

(AFP 16.7, Le Monde 16.7) L'administrateur de l'ONU en Kosove Bernard Kouchner a ouvert le 16 juillet à Prishtine le premier Conseil consultatif regroupant les parties représentées à la conférence de Rambouillet afin de mettre en place les institutions visant à la mise en place d'un gouvernement autonome de Kosove. Il s'est déclaré "attristé" de la décision de la Ligue démocratique de Kosove d'Ibrahim Rugova de ne pas participer à ce Conseil, auquel participe en revanche le Premier ministre autoproclamé Hashim Thaçi, chef politique de l'UCK.


(AFP 16.7) Hashim Thaçi, dirigeant politique de l'UCK l'a posée, dans une interview à l'AFP, en partenaire de l'ONU et de l'OTAN pour la reconstruction de la Kosove, et s'est dit favorable à une société "multi-éthnique" en Kosove, incluant les Serbes. Hashim Thaçi s'est dit heureux quÎbrahim Rugova ait accepté son "invitation" à rentrer en Kosove.

(Le Monde 16.7, AFP 17.7) Ibrahim Ruhova est revenu pour quelques heures en Kosove le 15 juillet, accueilli par des milliers d'Albanais sur la route parcourue par sa voiture, de Skoplje à Prishtine. Ibrahim Rugova a affirmé avoir pour objectif de coopérer avec l'administrazion internationale des Nations Unies et avec la KOFOR pour "la reconstruction du pays et l'instauration de la démocratie et du pluralisme politique", et s'est prononcé contre le départ des groupes éthniques minoritaires de Kosove . Il a exprimé son espoir d'"élections dans quelques mois" et son souhait que toutes les forces politiques soient représentées dans les nouvelles institutions kosovares. Pour autant, son parti, la Ligue démocratique de Kosove, a boycotté le 16 juillet le premier Conseil transitionnel de Kosove réunissant à Prishtine personnalités kosovares serbes et albanaises, sous la présidence de Bernard Kouchner. La LDK proteste contre le trop petit nombre de sièges qui lui ont été attribués au sein de cette instance.


(AFP 17.7, 18.7) Deux coalitions d'opposition serbe ont noué le 16 juillet une alliance, l'Alliance pour le Changement (SZP), qui s'est donné pour objectif la destitution de Slobodan Milosevic, mais à laquelle Vuk Draskovic, leader du Mouvement serbe du renouveau (SPO) a refusé de s'associer. Zoran Djindjic a appelé "deux millions de personnes à descendre dans la rue pour réclamer la démission de Milosevic", que onze municipalités serbes réclament également. Le 16 juillet, un millier de personnes à Leskovac, plusieurs centaines à Valjevo, environ 4000 à Sremska Mitrovica et plus de 10'000 à Kraljevo ont également réclamé le départ de Slobodan Milosevic. Le 17, 15'000 personnes manifestaient à Kragujevac, où Vuk Draskovic a lui aussi demandé la démission de Slobodan Milosevic et la formation de gouvernements provisoires serbe et yougoslave et des "élections libres (...) selon les règles démocratiques en vigueur en Europe. 300 personnes ont manifesté pour la 13ème journée consécutive à Leskovac pour demander la libération d'un homme emprisonné pour avoir appelé à une manifestation d'opposition. Le président du parlement serbe, Dragan Tomic, a accusé l'opposition de poursuivre la destruction de la Serbie entamée par l'OTAN.

RSF 21.7, Le Monde 22.7, Libération 4.8, AFP 6.8) Le contingent français de la KFOR a installé et mis en service à Mitrovica une radio FM, baptisée "Accord FM", diffusant 24 heures sur 24 de la musique occidentale et, en albanais et en serbe, la météo et des messages sur les dangers des mines et les précautions à prendre avant de consommet de l'eau. Les projets mixtes (serbo-albanais) de media publics en Kosove mis sur pied par l'ONU sont en revanche bloqués, à l'image du redémarrage de la radio-télévision de Prishtine (RTP), abandonnée par les journalistes et techniciens serbes et contrôlée sans pouvoir émettre par l'UCK, qui refuse le partage de l'émetteur avec les Serbes. Une rencontre entre les représentants des anciens employés albanais et serbes de la RTP, organisée par la KFOR, avait tourné le 28 juin au pugilat après que chaque partie ait tenté de prendre de force le contrôle de la station. Seuls les journalistes de l'ONG suisse "Media Action" sont parvenus à faire travailler ensemble des journalistes serbes et albanais, produisant des programmes dans les deux langues pour les différentes radios libres diffusées en Kosove. L'OSCE doit créer une commission des media en Kosove. L'Union européenne de radio-télévision (UER) a pour sa part mis en place une télévision indépendance, qui devrait commencer à émettre le 1er septembre. Depuis le 15 juillet, une radio de langue albanaise (Radio 21) émet en FM à Prishtine, diffusant un bulletin d'information quotidien. Radio 21 émettait déjé via les radios internationales, notamment la BBC, et par satellite, grâce au réseau des medias électroniques indépendants de Serbie (ANEM). Ses émissions en FM ont été rendues possibles grâce notamment au soutien en matériel de Reporters sans Frontières, et l'aide logistique et le soutien des autorités françaises et de l'OSCE. Reporters sans Frontières entend également aider "d'autres stations (...) serbes ou albanaises" en Kosove, "pour favoriser l'émergence d'un vrai pluralisme".

(IWW 28.7) La montée de la contestation en Serbie, y compris dans des couches de la population et des régions jusqu'alors acquises au pouvoi, ébranle le Parti socialiste serbe de Slobodan Milosevic (SPS), mais sans encore offrir de réelles perspectives de le renverser. De nombreux observateurs le pensent au contraire capable de trouver une stratégie lui permettant de rester encore longtemps au pouvoir, en réorientant son discours politique d'une position nationaliste à une position de développement pacifique. Le SPS revendique 600'000 membres -chiffre très probablement très surestimé, ce qui ne l'empêche pas d'être le plus grand parti politique de Yougoslavie. Il est dirigé de manière autocratique par Slobodan Milosevic, donc l'épouse, Mirjana (Mira) Markovic, dirige le parti de la Gauche YXougoslave (YUL), allié du SPS -le couple Milosevic formant également une coalition politique. Le SPS est cependant traversé de tendances et de courants divers : on y trouve d'abord un "SPS pro-YUL", composé de membres proche de Mira Markovic, et donc les membres les plus connus sont le Premier ministre serbe Marko Marjanovic, le vice-président yougoslave Nikola Sainovic et le secrétaire général du SPS Gorica Gajevic. Il existe ensuite un "SPS neutre", composé de membres dont les relations avec la YUL sont faibles ou indéfinies, comme le président serbe Milan Milutinovic, le vice-président serbe Ratko Markovic, le ministre des Affaires étrangères Jovanovic et le mibistre de l'Intérieur Vlajlo Stoijkovic. Il existe enfin un "SPS-indépendant" (ou "modéré", ostensiblement critique à l'égard de la YUL, et composé de vieux militants du parti comme l'ancien et l'actuel vice-présidents du SPS Milorad Vucelic et Zoran Lilic. Ce groupe pourrait théoriquement basculer dans l'opposition, et la position de ses personnalités est fragile : Lilic est constamment menacé de renvo, par exemple. Pour sa part, Vucelic est proche du leader du parti démocratique Zoran Djindjic et de la direction monténégrine. Une scission du SPS n'est pas à exclure, à laquelle pourraient participer des personnalités comme l'ancien chef de la police politique Jovica Stanisic.

(IWW 3.8) Alors que les Nations Unies ont commencer de recruter du personnel pour l'administration internationale de la Kosove, l'UCK a déjà nommé ses propres administrations locales dans toute la province. Certaines villes (comme Malijevo) sont totalement sous le contrôle de l'UCK, qui y fait régner sa loi, installe une police locale et des points de contrôle, et ignore totalement la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU qui désigne la Mission intérimaire des Nations Unies, l'UNMIK (MINUK) comme seul gouvernement légitime de ce qui, théoriquement, reste une province yougoslave, sinon serbe. L'UNMIK recrute quelque 2000 employés étrangers pour administrarer la Kosove, avec 3000 policiers étrangers, alors que le "gouvernement provisoire" de Hashim Thaçi, c'est-à-dire l'UCK, a nommé ses propres administrations locales dans les 28 municipalités de Kosove. Ainsi, à Malijevo (60'000 personnes, 45 villages) l'UCK a nommé Gani Krasniqi comme gouverneur. Selon Sergio Vieira de Mello, ancien administrateur intérimaire de l'ONU pour la Kosove, son successeur Bernard Kouchner ne verrait pas d'inconvénient à travailler avec des autorités civiles nommées par l'UCK à condition qu'elles occupent leur poste "de manière démocratique et inclusive", ne faisant pas de discrimination entre les habitants, sinon la KFOR leur retirera leurs postes.

(AFP 4.8) Le Parti démocratique des socialistes (DPS) du président monténégrin Milo Djukanovic a annoncé qu'il ne participera pas aux consultations sur un remaniement du gouvernement yougoslave, entamées le 5 août par le Premier ministre yougoslave (et chef de l'opposition monténégrine) Momir Bulatovic.

(AFP 5.8) Deux partis d'opposition ont refusé des postes au sein du gouvernement fédéral yougoslave dans le cadre du remaniement proposp par le Premier ministre fédéral Momir Bulatovic, dont le Mouvement serbe du renouveau de Vuk Draskobic a réclamé la démission, estimant que son maintien à son poste ne ferait qu'aggraver la crise politique de la Yougoslavie et de la Serbie.

(Corr 5.8, AFP 6.8) Le chef de l'UCK Hashim Thaçi, puis un porte-parole de l'ONU, Nadia Younes,a annoncé le 5 août avoir rencontré la veille Ibrahim Rugova, en présence de Bernard Kouchner, pour discuter de la composition du Conseil de transition de Kosove, et selon Hashim Thaçi, Premier ministre autoproclamé de Kosove, Ibrahim Rugova, président élu de Kosove, aurait accepté de mettre fin au boycott qu'il observe et fait observer par son parti, la LDK, du Conseil de transition depuis le 16 juillet, date de la première et unique réunion du Conseil


Slobodan Milosevic et Mira Markovic (AFP 6.8) Le Président Milosevic a averti le 6 août dans une allocution télédiffusée qu'il ne cédera pas aux pressions de l'opposition, qui réclame sa démission, et dont il a qualifié l'activisme de "poursuite de l'agression de l'OTAN" qu'il a accusée de "saper de l'intérieur notre stabilité" et de tenter de réaliser "les buts qu'elle n'a pu réaliser en lançant 22'000 tonnes de bombes sur notre pays". Slobodan Milosevic a en outre prévenu la communauté internationale que la Yougoslavie n'acceptera aucun changement du statut du Kosovo, et a rappelé que la communauté internationale a donné des garanties "finales et définitives" sur le maintien de la souveraîneté yougoslave sur le Kosovo

(AFP 8.8) Environ 3500 personnes ont manifesté le 7 août à Vrbas à l'appel de l'opposition, contre le pouvoir en place à Belgrade. Le chef de la diplomatie italienne, Lamberto Dini, a estimé que le Serbie se trouvait "à la veille d'un moment important, peut-être décisif", pour entamer des changements démocratiques dans son système.

(AFP 8.8) Ibrahim Rugova a condamné les violences commises contre les Serbes en Kosove et les a assurés de sa protection, tout en réaffirmant sa volonté d'indépendance pour la Kosove, dans un entretien à l'hebdomadaire allemand "Spiegel".


(AFP 9.8, Le Monde 11.8) Les deux principaux leaders de l'opposition serbe, Vuk Draskovic et Zoran Djindjic, ont annoncé le 9 août qu'ils participeront ensemble à une manifestation réclamant la démission de Slobodan Milosevic, le 19 août à Belgrade. Vuk Draskovic a cependant précisé que cela ne signifiait pas un "rapprochement des partis", et encore moins une union de l'opposition. Les deux hommes ont rencontré le patriarche de l'église orthodoxe serbe, Mgr Pavle, qui ne participera pas à la manifestation de l'opposition le 19 août à Belgrade. Le 10 août, cependant, le Saint-Synode des évêques orthodoxes serbes a appelé Slobodan Milosevic à démissionner, et les présidents serbe et yougoslave à ne "pas prendre leur peuple et leur Etat en otages". La rencontre a notamment porté sur un projet de gouvernement serbe de transition, sur lequel les deux leaders de l'opposition sont en principe d'accord, tout en divergeant sur les modalités de sa mise en oeuvre, Vuk Draskovic demandant notamment que le gouvernement "ait le soutien de la majorité du parlement", ce qui impliquerait un accord avec les partis actuellement au pouvoir. L'ancien chef de l'état-major fédéral yougoslave, le général Momcilo Perisic, destitué en 1998 pour avoir critiqué Slobodan Milosevic et qui s'est rangé du côté de l'opposition, a créé de son côté un nouveau parti, le Mouvement pour une Serbie démocratique (PDS).

(IWW 3.8, AFP 15.8) Le gouvernement provisoire de Kosove, désigné unilatéralement par l'UCK, est furieux de sa non-reconnaissance par la communauté internationale, alors qu'il est de toute évidence la seule instance émanant de la communauté albanaise à exercer un réel copntrôle de la situation sur le terrain. Le "Premier ministre" Hashim Thaci, ses "ministres" et leurs adjoints, conseillers, secrétaire et gardes du corps se sont installés au centre de Prishtine, dans l'ancien siège de la Chambre économique du Kosovo. La communauté internationale, pour sa part, considère que son principal partenaire local est le Conseil transitoire que Bernard Kouchner tente de former, et qui comprend des représentants de chaque parti ou faction albanais et serbe. Les relations entre les autorités internationales et l'UCK se sont dégradées, et 'administrateur provisoire de l'ONU en Kosove, Bernard Kouchner, a déclaré au chef de l'UCK Hashim Thaci que sa "patience" était "à bout". Bernard Kouchner a également estimé que le retour en Kosove d'Ibrahim Rugova était un "signe encourageant" et a exprimé l'espoir qu'il contribuerait à arrêter "l'épuration éthnique qui se fait maintenant contre les Serbes et les Tziganes".

(Le Monde, Le Courrier 14.8) Ibrahim Rugova a finalement cédé aux pressions de ses partisans au sein de la communauté internationale, en acceptant de participer, sans statut spécial, au Conseil intérimaire mis sur pied par Bernard Kouchner. Le président élu de Kosove a déclaré au "Monde" qu'on ne pouvait pas "laisser tout le pays" à l'UCK. Pour sa part, le "gouvernement provisoire de Kosove" nommé par l'UCK a désigné un représentant diplomatique auprès des organisations internationales à Genève, en la personne de Naim Malaj.

(AFP 15.8) Plusieurs centaines d'opposants ont manifesté le 14 août à Valjevo et Kragujevac, et 2500 à Zajecar, contre le pouvoir de Slobodan Milosevic. L'Alliance pour le changement (coalition de partis d'opposition) a déclaré à Zajecar que le rassemblement prévu le 19 août à Belgrade ne serait que "le premier d'une Série", alors que le Parti démocratique de Serbie (DSS) annonçait qu'il n'y participerait pas.

(AFP 15.8) Le Premier ministre serbe Mirko Marjanovic a qualifié l'"Alliance pour le changement" d'"organisation terroriste", dans une déclaration publiée le 15 août par "Politika". Mirko Marjanovic qualifie les leaders de l'Alliance pour le changements de "serviteurs de l'OTAN", de "dégénérés", de "vendus", de "tueurs à gage" et de "plus grands ennemis" de la Serbie et de la Yougoslavie, et appelle "le peuple et le pays" à s'opposer à eux. Le Premier ministre accuse nommément Vesna Pesic, dirigeante de l'Alliance civique de Serbie, d'avoir "annoncé des règlements de comptes physiques et l'assassinat de ceux qui ne sont pas d'accord avec elle". Vesna Pesic avait souhaité des changements démocratiques en Serbie par des moyens démocratiques, sans exclure "la méthode roumaine si cela est nécessaire". Quant à la Gauche Yougoslave (YUL) de Mira Markovic, elle accuse l'opposition d'être "un groupe de mercenaires qui sont contre leur peuple et contre leur pays".

(IWW 17.8) Le dernier remaniement ministériel opéré par Slobodan Milosevic a évincé deux vice-Premiers ministres et onze ministres, sans changer grand chose à la "couleur" politique du gouvernement yougoslave. Les nouveaux ministres viennent tous des trois partis dirigeants, le SPS de Milosevic, la YUL de son épouse et le Parti radical de Vojislav Seselj, qui détient deux postes de vice-présidents et trois de ministres. La première victime du remaniement est le vice-Premier ministre Zoran Lilile, nommé conseiller de Milosevic pour les relations économiques extérieures, et dont le renvoi est attribué à ses liens avec le général Momcilo Perisic, devenu opposant.

(IWW 13.8) Le général Momcilo Perisic, ancien chef d'Etat-major de l'armée yougoslave, a créé un nouveau parti d'opposition, le Mouvement pour une Serbie démocratique. Une cinquantaine de personnes ont assisté à la première session plénière de ce mouvement, et un comité exécutif de 10 membres a été nommé. Perisic a assuré n'avoir aucune ambition politique personnelle. Son mouvement est le second parti politique serbe à être formé par un général, l'autre étant le Parti social-démocrate du général Vuk Obradovic, membre (à la différence du mouvement de Perisic) de l'Alliance pour le changement, et qui s'est déclaré déçu que Perisic ait décidé de créer une nouvelle organisation plutôt que de rejoindre un parti existant, alors que l'opposition serbe est déjé excessivement fragmentée. Le pouvoir de Belgrade quant à lui qualifie Perisic de "général américain" et fait circuler la rumeur des liens entre Perisic et l'ancien vice-Premier ministre, renvoyé par Milosevic, Zoran Lilic. Selon cette rumeur, Perisic et Lililc tenteraient de provoquer une scission au sein du Parti socialiste de Serbie, au pouvoir, pour entraîner avec eux son aile réformiste. Perisic serait également en contacts avec la direction monténégrine, en particulier le Premier ministre Filip Vujanovic. Une autre rumeur attribue la création du parti de Perisic à une tentative de sa part d'éviter une inculpation pour crimes de guerre et se faisant passer pour un opposant : Perisic fut en effet chef d'état-major de l'armée fédérale pendant presque toute la guerre de Bosnie, y compris au moment des massacres de Srebrenica, et est soupçonné d'être responsables des bombardements de Mostar.

(AFP 16.8, IWW 17.8) L'administrateur de l'ONU en Kosove Bernard Kouchner a annoncé le 16 août un réexamen global de la législation en vigueur en Kosove, après une réunion le 15 août avec 50 juges et procureurs albanais et serbes. Les juges et procureurs albanais avaient menacé de démissionner après l'annonce par l'ONU et la KFOR de la "reprise" et de l'application en Kosove de la loi yougoslave en vigueur avant l'intervention de l'OTAN, mais ils ont finalement renoncé à cette mesure après la réunion du 15 août. Ils demandent que toutes les lois adoptées après la suppression de l'autonomie de la Kosove, en 1989, soient déclarées nulles et non avenues.

(IWW 17.8) La Mission des Nations Unies en Kosove se trouve dans une situation précaire, travaillant sans véritable budget et sans réel système financier, avec moins d'un cinquième des forces de police sur lesquelles elle comptait, et une équipe de moins de 1000 personnes. Par contre, l'arrivée massive des ONG et des institutions internationales en Kosove crée l'illusion d'une "sortie de crise", avec leurs 50'000 employés (indigènes et étrangers), ce qui fait d'elles les principaux employeurs de Kosove, employeurs versant des salaires incomparables à ceux du secteur local : les chauffeurs, les interprètes et les réceptionnistes albanais de ces organisations gagnent jusqu'à 1200 DM par mois (environ 1000 FS), alors que le salaire d'un professeur d'université plafonne eà 200 DM (180 FS) par mois. La meilleure façon de s'enrichir légalement en Kosove est de louer sa maison ou son appartement aux employés étrangers des organisations internationales, prêts à payer de dix à cent fois le salaire mensuel d'un salarié kosovar.

(AFP 17.8) Vuk Draskovic a annoncé le 17 août qu'il renonçait à prendre la parole lors du rassemblement de l'opposition prévu pour le 19 à Belgrade. Le général Momcilo Perisic annoncé quant à lui qu'il ne participera pas au rassemblement.

(AP 18.8, Le Monde 19.8) Vesna Pesic, dirigeante de l'Alliance Civique de Serbie et figure emblématique (et rare) de l'opposition démocratique serbe, a quitté le 18 août la Serbie pour se réfugier au Monténégro, après que le Procureur général de Serbie ait ordonné la veille une enquête contre elle en l'accusant d'avoir appelé publiquement au renversement du régime de Slobodan Milosevic, ce qui pourrait lui valoir 20 ans de prison. Vesna Pesic attribue ces poursuites à la volonté du pouvoir d'"intimider" la population avant la manifestation du 19 août à Belgrade, où elle aurait du prendre la parole. A Belgrade, le chef du mouvement de la résistance civile de Valjevo a été brutalement interpellé par des policiers et passé à tabac.


(AFP 19.8, 20.8) Plus de 150'000 personnes (15 à 25'000 selon les media officiels) ont participé le 19 août à la grande manifestation nationale convoquée par l'Alliance pour le changement, malgré les divergences entre l'Alliance et le Mouvement serbe du renouveau de Vuk Draskovic, qui avait annoncé qu'il ne prendrait pas la parole lors de la manifestation, pour finalement y intervenir, mais pour soutenir la proposition gouvernementale d'élections anticipées et se distancer de l'idée lancée par l'Alliance d'un gouvernement de transition. L'Alliance a annoncé le 20 août qu'elle organisera des manifestations quotidiennes à partir du 21 septembre si Slobodan Milosevic n'a pas démissionné d'ici là. Le quotidien gouvernemental "Borba" a pour sa part affirmé que la manifestation avait été une "débâcle complète", et les media officiels ont insisté sur les divisions de l'opposition.
(Le Monde 19.8, AFP, AP 21.8, 22.8) L'Alliance pour le changement, dominée par le Parti démocrate de Zoran Djindjic, a rejeté l'offre du pouvoir d'organiser des élections anticipées. Le coordinateur de l'Alliance, Vladan Batix, a déclaré le 18 août devant 25'000 personnes à Nis : "Nous ne voulons plus de leurs élections où ils trichent", et a réclamé des "élections sous l'égide de l'OSCE". Par contre, Vuk Draskovic, chef du Mouvement serbe du renouveau, a accepté l'offre gouvernementale et accusé l'Alliance de ne pas vouloir d'élections, de ne pas rechercher "d'accord politique" et de préférer "compter les fusils et les Serbes morts plutôt que les bulletins de vote". A quoi Zoran Djindjic a répliqué qu'il était "désormais clair pour tout le monde que la politique ne se fait plus dans les bureaux du gouvernement ou au palais (présidentiel) mais dans les rues et sur les places". Vuk Draskovic et Zoran Djindjic ont renoncé à toute coopération. Plusieurs centaines de manifestants ont réclamé le 21 août à Valjevo et Kragujevac la démission de Slobodan Milosevic.

(Le Monde 19.8) Selon un sondage publié le 18 août par l'institut indépendant "Partner", 72 % des Serbes seraient en faveur du remplacement du président Milosevic.

(AFP, Reuters, AP 21.8, 22.8) Le Conseil de transition en Kosove s'est réuni pour la seconde fois le 21 août à Prishtine, en présence cette fois d'Ibrahim Rugova -mais en l'absence d'Hashim Thaçi (qui avait été présent lors de la première réunion du Conseil, à laquelle en revanche Ibrahim Rugova était absent). Le "chef de cabinet" de Hashim Thaçi, Bilal Sherif, le représentait le 21 août. Les représentants serbes au Conseil ont proposé une division éthnique de la Kosove afin de protéger la minorité serbe des agressions de la majorité albanaise. Bernard Kouchner a répondu qu'il étudierait cette proposition, mais qu'il n'y était a priori pas favorable. Les représentants albanais l'ont purement et simplement refusée. Momcilo Trajkovic, chef du "Mouvement de résistance serbe" (opposant à Milosevic) a expliqué que sa proposition devait être comprise comme une mesure provisoire de maintien de toutes les populations du Kosovo, tout en affirmant que "le Kosovo pluri-éthnique a vécu" et qu"une division par cantons" pouvait seule préserver "la position des Serbes et la pluri-éthnicité". Les elclaves serbes seraient situées dans les zones où les Serbes étaient majoritaires avant les bombardements de l'OTAN, et les villes resteraient mixtes.

(AFP, AP 23.8) Vuk Draskovic a affirmé le 23 août que le pouvoir de Belgrade était "prêt" à déclencher une guerre civile et que certains opposants acceptaient cette éventualité, tout en se préparant à "fuir encore une fois pour attendre la fin de la guerre". Zoran Djindjic a répondu que les seules violences possibles en Serbies seraient celles d'une éventuelle répression du mouvement démocratique, et a estimé que la seule chose "de très positif" que Milosevic avait faite "pendant ses 10 années de règne" est d'avoir "uni son peuple", mais "dans la pauvreté, le mécontentement et le désespoir". Le coordonnateur de l'Alliance pour le changement, Vladan Batic, a pour sa part estimé que des "failles" se manifestaient au sein du régime, mais qu'une alliance de l'Alliance avec le parti de Vuk Draskovic était "désormais impossible".

(AFP, AP 24.8) Cinq généraux yougoslaves ont affirmé dans une lettre ouverte publiée par le quotidien "Blic" que l'armée yougoslave empêchera une "guerre civile fratricide" et "en tant qu'institution dépolitisée", ne participera pas aux "événements politiques". De leur côté, plusieurs dirigeants de l'opposition serbe, dont Zoran Djindjic et Vuk Obradovic ont rencontré au Monténégro le nouvel émissaire américain pour les Balkans, James Dobbins et l'ont assuré que l'opposition serbe réussira à dépasser ses divisions. Les représentants de l'Alliance pour le changement en ont profité pour demander une meilleure protection pour les Serbes de Kosove. Par aillurs, les syndicats indépendants de Serbie ont exigé la démission de Slobodan Milosevic d'ici au 10 décembre, et menacé d'une grève générale si le président yougoslave restait à son poste.

(AP 25.8, 26.8) Le porte-parole du Parti socialiste serbe de Slobodan Milosevic, Ivica Dacic, a annoncé que le gouvernement était prêt à organiser des élections législatives anticipées, le quotidien indépendant "Blic" annonçant que ces élections pourraient avoir lieu le 7 novembre. Dans un communiqué le 26 août, Slobodan Milosevic a qualifié ses opposants de "mercenaires" des Etats-Unis, lesquels sont alliés à des "meurtriers, des traficants de drogue et des terroristes" (l'UCK). Un millier de retraités ont le même jour défilé à Belgrade pour réclamer le versement de leurs pensions (et non leur transformation en bons d'électricité et de bois de chauffage). Les pensions de retraite, non versées depuis des mois, sont d'environ 50 dollars par mois (300 FF, 75 FS).

(Reuters 26.8) Zoran Djindjic s'est déclaré le 26 août favorable à une "cantonisation" éthnique de la Kosove, "parce que les cantons éthniques sont de toutes façons une réalité et parce que les Serbes du Kosovo ont besoin d'autonomie (et) ne peuvent pas être dirigés par les Albanais". Djindjic a d'autre part réaffirmé que son parti, le Parti démocratique, ne participera pas à des élections tant que Slobodan Milosevic n'aura pas démissionné, et poursuivra ses manifestations pour le contraindre à la démission. Zoran Djindjic a déclaré que la Yougoslavie avait besoin d'un gouvernement de transition composé d'experts pour lancer un programme de provatisations, éliminer le monopole de l'Etat sur l'information et organiser des élections démocratiques dans un délai de six mois à un an.

(Reuters, AP 27.8) Le ministre serbe de l'éducation a décidé de placer la rentrée des classes en Serbie sous le signe de l'"agression" de l'OTAN contre la Yougoslavie, et de "perpétuer le souvenir de la guerre et exalter la défense de la patrie". 2500 enfants ont été victimes de traumatismes graves liés aux bombardements, selon l'UNICEF. Par ailleurs, le ministère yougoslave de la Justice a cité le 27 août à comparaître pour crimes de guerre pendant les bombardements, les présidents, Premiers ministres, ministres des Affaires étrangères et de la Défense des USA, de Grande Bretagne, de France et d'Allemagne, ainsi que le secrétaire général et le chef militaire de l'OTAN.

(AFP 29.8) Le Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic a accusé le 28 août Bernard Kouchner d'agissements "anti-serbes" et estimé qu'il devrait être "relevé de ses fonctions" d'administrateur de l'ONU pour la Kosove.


(Le Monde 1.9, Libération 4.9) Hashim Thaçi, "Premier ministre" du gouvernement provisoire autoproclamé par l'UCK, a annoncé le 28 août son intention de former un parti politique, qui se voudra l'héritier de l'UCK. Dans un entretien au "Monde", Hashim Thaçi a indiqué que l'annonce officielle de la création de ce nouveau parti se fera avant le 19 septembre. Un autre responsable de l'UCK, Bardhyl Mahmuti, ancien représentant politique de l'UCK en Suisse, a également décider de créer un nouveau parti, le Parti de l'unification démocratique (PBD), surgeon du Mouvement Populaire de Kosove (LPK), lui-même issu de la fusion de plusieurs groupes marxistes-léninistes, Le PBD revendique le soutien de "plusieurs commandants" de l'UCK et de personnalités comme Jakup Krasniqi. Même la LDK d'Ibrahim Rugova se revendique de l'UCK, à laquelle elle a "fourni beaucoup de combattants", comme le déclare Bujar Bukoshi, également "Premier ministre" d'un second "gouvernement" de Kosove, issu, lui, des institutions parallèles (mais élues) mises sur pied dans la clandestinité par Ibrahim Rugova et la LDK dès le début des années '90. Mais pour Bujar Bukoshi, "L'UCK a joué son rôle militaire, maintenant l'heure est à la politique". Du côté de la communauté internationale, on estime, en particulier à l'OSCE, que "si on organisait des élections demain, M. Rugova l'emporterait encore haut la main", grâce notamment à un solide réseau de militants en province et à son bastion de Prishtine, et aux fonds qu'elle a collectés pendant dix ans auprès de la disparo kosovare, en particulier en Allemagne et en Suisse, et qui pourraient atteindre les 300 millions de dollars. Hashim Thaçi se garde d'ailleurs bien d'appeler à la tenue rapide d'un scrutin, qu'il sait risquer de perdre. Pendant ce temps, l'UCK tente de se transformer progressivement en une "garde nationale", ce qu'autorise l'accord sur le désarmement de l'UCK -lequel envisage cette "garde nationale" comme "participant du processus politique visant à déterminer le futur statut de la province", en échange de quoi l'UCK a accepté de déposer les armes, puis de se dissoudre en principe le 19 septembre. Les deux premiers projets de l'UCK pour sa transformation allaient cependant au-delà de celui d'une "garde nationale", et en faisait une petite armée de 5000 hommes, avec moyens héliportés et unités de génie, ce que l'OTAN ne semble pas prête à accepter et que l'ONU refuse. Une autre possibilité serait de transformer l'UCK en une sorte de "sécurité civile", mais légèrement armée. Une "garde d'honneur" pourrait également voir le jour, mais toutes ces possibilités sont bien en deçà de ce que souhaite l'UCK elle-même. La question centrale est de savoir ce qui se passera le jour où la KFOR quittera la Kosove, celle-ci ne pouvant selon la KFOR elle-même se passer d'une force de sécurité et de structures élémentaires de défense -surtout dans l'hypothèse, caressée par l'UCK, de son indépendance. Pour Bernard Kouchner, "les gens qui se sont battus dans les rangs de l'UCK (...) ont besoin de se retrouver, entre compagnons, dans une structure solide, disciplinée, bien équipe, dotée d'un esprit de corps, capable de remplir des missions légitimes et honorables dont ils pourront être fiers

(AFP 1.9) Une partie des enfants kosovars a repris le 1er septembre le chemin de l'école, mais cette rentrée s'est faite dans la division entre élèves Serbes et Albanais, et alors qu'une majorité d'écoles sont inutilisables.

(AP 1.9) La ministre fédérale yougoslave des Réfugiés et des Affaires humanitaires, Bratislava Morina, a annoncé le 1er septembre que la Yougoslavie pourrait mettre fin à l'"hospitalité" dont elle ferait preuve en Kosove envers les Nations Unies, dès lors que "l'ONU s'est associée aux terroristes et à leur chef Hashim Thaçi".

(AFP 2.9) Le gouvernement serbe sera remanié d'ici à la mi-septembre, a annoncé le vice-Premier ministre (Vojislav Seselj (extrême-droite), l'actuel Premier ministre Mirko Marjanovic gardant probablement son poste.

(AFP 3.9) Bernard Kouchner a promulgué le 3 septembre une directive faisant du mark allemand la principale monnaie de Kosove, tout en décourageant l'utilisation du dinar yougoslave dans ce qui reste théoriquement une province yougoslave. L'agence officielle yougoslave Tanjug a immédiatement accusé Kouchner de "violer la souveraîneté de la Yougoslavie". La directive de l'ONU autorise l'usage, concuremment au mark, du dollars américain et du franc suisse, mais en réalité, le mark deviendra la monnaie quasi officielle de Kosove, les impôts étant payée en marks et des frais supplémentaires étant réclamés pour tout paiement en dinar. Le même jour, l'ONU a mis en place officiellement la collectce de droits de douane pour former un "début de budget" et lutter contre la mafia. Le premier poste de douane a été ouvert à la frontière macédonienne, à Djeneral Jankovic.

(AFP 8.9) Un accord de principe pour transformer l'UCK en une "force civile à vocation humanitaire" a été trouvé récemment avec les dirigeants de l'UCK et doit être soumis à la communauté internationale par Bernard Kouchner, a déclaré le général Jean-Claude Thomann, numéro deux de la KFOR.


(AFP, AP, Reuters 15.9, 16.9, 17.9, 18.9, 19.9) La KFOR a mis en garde l'UCK le 15 septembre contre "toute tentative de former une Force de Défense du Kosovo ou tout autre groupe militaire ou paramilitaire du Kosovo", à quatre jours de la date butoir pour la démilitarisation de l'UCK. Pour sa part, Bernard Kouchner a déclaré à Moscou qu'il était confiant en cette démilitarisation, et persuadé qu'elle serait achevée avant le délai du 19. L'administrateur civil de l'ONU en Kosove tente d'obtenir le soutien de la Russie à la création d'un corps civil constitué d'anciens membres de l'UCK et d'autres Kosovars, corps destiné à la reconstruction du territoire, mais dont la Russie craint qu'il ne soit qu'une manière de dissimuler une perpétuiation de l'UCK. 10'700 anciens membres de l'UCK (mais dont la plupart n'ont sans doute jamais été combattants) ont été enregistrés par l'Organisation internationale des Migrations dans un programme de réinsertion dans la "vie civile normale". Le 16 septembre, l'UCK a affirmé avoir achevé son désarmement et avoir restitué 10'000 armes à la KFOR. Le porte-parole de la KFOR s'est dit le lendemain "satisfait" de cette restitution. Une période "transitoire de deux mois" sera nécessaire pour mettre en place le corps civil de paix après la démilitarisation de l'UCK, a annoncé le 17 septembre Bernard Kouchner. Le 18 septembre, plus de 100'000 personnes ont assisté à la première et en principe dernière grande parade de l'UCK avant sa transformation en corps civil et désarmé Les négociations pour cette transformation ont cependant été ajournées le 19 septembre au soir, alors qu'il s'agissait d'une date butoir pour la démilitarisation totale de l'UCK. Ce report ne remet cependant pas en cause les accords conclus entre le général Michael Jackson et Hashim Thaçi. Le 19 septembre à minuit, l'UCK a cessé toute existence formelle.

(AFP 18.9) Hashin Thaçi s'en est vivement pris le 17 septembre à Bernard Kouchner, qu'il a qualifié de "roi", alors qu'un autre responsable de l'UCK accusait l'ONU de vouloir faire des Kosovars un "peuple dépendant".

(AP 15.9) Le procès intenté par les autorités serbes et yougoslaves contre les chefs d'Etat et de gouvernements et les ministres et responsables militaires occidentaux considérés par Belgrade comme responsables de crimes de guerre lors des bombardements du printemps 1999, a été reporté le 15 septembre du fait, selon les explications officielles, de l'absence des prévenus. Le tribunal a décidé le report du procès afin de vérifier si les accusés (Bill Clinton, Madeleine Albright, William Cohen, Jacques Chirac, Javier Solana, Wesley Clark) avaient bien reçu les assignations à comparaître.


(AFP 16.9) L'opposition serbe réunie au sein de l'Alliance pour le changement a adopté le 16 septembre un programme d'action visant à contraindre Slobodan Milosevic à démissionner de la présidence yougoslave et à instaurer en Serbie un gouvernement provisoire chargé de préparer des élections. 5000 personnes réunies à Novi Sad ont acclamé celui que l'Alliance a choisi pour diriger un éventuel "gouvernement de transition" composé d'experts : Dragoslav Avramovic, 82 ans, ancien gouverneur de la Banque Centrale yougoslave. Les participants ont demandé l'"assignation en responsabilité" de Milosevic et sa démission en raison des "conséquences de sa politique désastreuse depuis dix ans". Le texte adopté demande des élections "libres, démocratiques et équitables" sous contrôle de l'OSCE, "l'ouverture de la Serbie à tous les Etats et organisations internationales, la mise en place d'institutions démocratiques dans un Kosovo doté du plus haut degré d'autonomie, la redéfition des relations entre la Serbie et le Monténégro, une refonte du système politique, la protection des droits de l'Homme et des droits des minorités". L'Alliance entend organiser chaque jour à partir du 21 septembre des manifestations pour exiger le départ de Milosevic, et le coordonateur de l'Alliance, Vladan Batic, a franchement annoncé une "insurrection pacifique", alors que le président de la Ligue des sociaux-démocrates de Voïvodine appelait ses partisans à prendre d'assaut le 21 septembre l'assemblée de Voïvodine et "expulser ceux qui l'occupent illégalement".

(IWW 17.9) La valeur du dinar yougoislave au marché noir ne cesse de baisser, et est passée de 8,2 dinars pour un DM fin 1998 à 13 dinars pour un DM mi-septembre 1999. alors que son taux officiel de 6 dinars pour un DM reste inchangé. De nombreux Serbes anticipent une dévaluation qu'ils considèrent comme imminente, et craignent un retour à l'hyper-inflation de 1993. Le gouvernement a nié préparer une dévaluation, et deux journalistes qui affirmaient le contraire ont été arrêtés le 15 septembre. Le taux de change officiel, surévaluant le dinar, entrave les exportations et facilite les importations. En outre, l'Etat y perd sur le revenu des taxes douanières (fixées évidemment en fonction du taux officiel).

(Reuters 19.9) La télévision publique de Kosove a repris le 19 septembre ses émissions, par la diffusion d'un entretien avec Bernard Kouchner et des reportages d'actualité. Cependant, seuls une minorité des anciens salariés albanais de la télévision kosovare, licenciés en 1990 par le régime serbe, ont été réengagés par la chaîne, dont le directeur par intérim, l'Allemand Richard Dill, a expliqué que le choix des employés s'était fait en fonction de seuls critères de compétence.


(AP, Reuters, AFP, 19.9, 20.9, 21.9, 22.9, 23.9, 24.9) Vuk Draskovic a annoncé dans un entretien au quotidien "Blic" du 19 septembre que son parti, le Mouvement serbe du renouveau, participera aux manifestations de l'opposition si Slobodan Milosevic ne répond pas favorablement à l'appel à "des élections démocratiques, libres et équitables". Le 21 septembre, une manifestation convoquée par l'Alliance pour le Changement a rassemblé environ 20'000 personnes à Belgrade -soit moins de manifestants qu'espérés par l'opposition, mais plus qu'espérés par le gouvernement. De semblables manifestations ont eu lieu dans 18 villes serbes, notamment à Novi Sad (7000 manifestants) et Nis, avec un succès plus grand qu'à Belgrade, où la police avait installé un important dispositif, notamment devant les bâtiments officiels. Le 22 septembre, la manifestation quotidienne à Belgrade ne rassemblait plus que 5000 personnes environ, et 3000 à 5000 le 23. A Nis et Novi Sad, en revanche, les manifestations ont connu un plus grand succès, avec environ 5000 participants. Le 24, cependant, environ 20'000 personnes sont descendues dans la rue à Belgrade, 15'000 à Nis, 7000 à Novi Sad et Cacak. Le 25, 40'000 personnes manifestaient à Belgrade, 5000 à Kragujevac, 2000 à Valjevo et Krusevac, un millier à Sombor. Zoran Djindjic a déclaré le 23 que "si nous ne réussissons pas, le pire arrivera : Milosevic restera encore au pouvoir pour plusieurs décennies". L'Association des syndicats indépendants, qui regrouperait 150'000 travailleurs en Serbie, a décrété une grêve générale pour le 21 septembre. Le leader de l'Alliance, Zoran Djindjic, avait appelé la veille à une "énorme pression de la population" pour des "élections libres dans lesquelles Milosevic sera battu à plate couture", et s'est déclaré persuadé que "des manifestations de rue quotidiennes sont le seul moyen de changer ces dirigeants non démocratiques" et qui, à l'instar de Milosevic, sont "un poids pour (le) pays" et empêchent "la survie élémentaire" du peuple. L'Alliance a prévu d'organiser des manifestations quotidiennes à Belgrade et seize autres villes de Serbie, et son coordinateur, Vladan Batic, a prédit "deux millions" d'opposants dans les rues après deux ou trois mois de manifestations. Les manifestations ont cependant repris dans une certaine morosité et un sentiment d'impuissance très répandu dans la population face au pouvoir.

(AP, AFP 20.9 21.9) L'armement du futur "Kosovo Corps" né de la transformation de l'UCK était au coeur des divergences entre la KFOR, l'ONU et l'UCK, l'UCK refusant les conditions de sa transformation en force civile. Le commandant de la KFOR, le général Jackson, et l'administrateur de l'ONU, Bernard Kouchner, ont fini par accepter le 20 septembre à l'aube après une nuit de négociations d'accorder à l'UCK un délai supplémentaire, jusqu'au 21 à minuit, pour arriver à un accord. Cet accord a finalement été signé le 20 par Hashim Thaçi, et Agim Ceku pour l'UCK, ainsi que par Bernard Kouchner et Michael Jackson, après que le commandant des forces de l'OTAN en Europe, le général Wesley Clark, soit intervenu. L'UCK a obtenu un peu plus des 200 armes que l'OTAN accordait initialement au corps, qui se nommera officielllement "Force de Protection du Kosovo" (KPC), aura une mission strictement civile et un effectif maximum de 5000 hommes. Dès le 21 septembre, les membres de l'UCK devront cesser de porter leur uniforme et leur insigne. A Belgrade, l'agence gouvernementale Tanjug a qualifié de "farce" les négociations avec l'UCK et a affirmé que l'OTAN avait "cédé au chantage des terroristes de l'UCK (en repoussant) la date butoir". Russes et Serbes sont opposés à toute formule permettant à l'UCK de survivre à sa dissolution officielle. Le chef de la communauté serbe de Kosovska Mitrovica a dénoncé un pas de plus vers la création d'un Kosovo indépendant et l'établissement d'une "armée séparée", ce qui ne fait que "renforcer ceux qui parmi les Serbes sont désireux de créer une formation (armée) faisant contre-poids". Le ministère russe des Affaires étrangères à dénoncé également "la création de formations paramilitaires ou semi-militaires sous quelque nom que ce soit".

(AP 23.9, afp 24.9) Le gouvernement yougoslave a demandé le 23 septembre au Conseil de Sécurité de l'ONU d'annuler l'accord entre l'OTAN et l'UCK sur la démilitarisation de celle-ci et sa transformation en corps civil. Le gouvernement yougoslave a adressé au Conseil de Sécurité un message dans lequel il souligne que la formation du "Corps de protection du Kosovo" (TMK) viole le plan de paix de l'ONU, et légalise de facto une "organisation terroriste". Dans le même temps, Rada Trajkovic, membre du Conseil serbe du Kosovo, a annoncé que les Serbes allaient constituer en Kosove cinq cantons placés sous leur propre autorité et doté d'un "Corps serbe", dans certains quartiers de Prishtine et de sa région, et dans celles de Mitrovica, Gnjilane, Pec et du Mont Sara. Nikola Kabasic, du Conseil national serbe, a annoncé le 24 septembre une unité serbe sur le même modèle que la TMK, mais "plus multi-éthnique" que lui, car comprenant "des Serbes, des Monténégrins, des musulmans et des Roms", et même "10 % d'Albanais pour ceux qui vivent dans le nord de Kosovska Mitrovica". Trois jours après la transformation de l'UCK en TMK, des divergences profondes sont apparues entre l'ONU, l'OTAN et l'UCK, qui voit dans la TMK le produit de sa transformation en une armée, alors que l'ONU et la l'OTAN considère le TMK comme une force civile et multiéthnique.

(AP 20.9) Le chef politique de l'UCK, Hashim Thaçi, a annoncé le 20 septembre la création d'un nouveau parti politique, qui n'a pas encore de nom, et qui militera pour une Kosove indépendante et démocratique. Thaçi a entamé des négociations avec d'autres responsables politiques albanais pour que son parti dispose de la base la plus large possible et puisse capitaliser le prestige dont jouit l'UCK.

(Reuters 24.9) L'ancien commandant des forces armées yougoslaves, le général Momcilo Perisic, a appelé le 24 septembre le Parlement fédéral à destituer Slobodan Milosevic, qu'il accuse de compromettre "le fonctionnement de l'Etat et de toutes ses institutions" par un "système politique basé sur l'irresponsabilité, la violence, la corruption et le vol". Perisic compte sur "trente députés pour réclamer une séance spéciale du parlement". Une majorité de 158 députés, dans les deux Chambres, est requise pour le dépôt d'une motion de censure contre le président, et la Cour constitutionnelle doit également rendre son avis. Ces conditions seront évidemment difficilement remplies, le parlement étant dominé par les partisans de Milosevic et la Cour constitutionnelle sous son contrôle.

(Reuters 27.9, 28.9) 50'000 personnes environ ont manifesté le 26 septembre à Belgrade pour réclamer le départ de Slobodan Milosevic. Le 27 septembre, 15'000 personnes ont à nouveau manifesté à Belgrade, 8000 à Nis, 6000 à Novi Sad, 5000 à Cacak et 2000 à Kragujevac, au septième jour de la protestation quotidienne organisée par l'Alliance pour le Changement, alors que Vuk Draskovic, qui refuse toujours de s'y associer, déclarait que "Milosevic ne peut être battu par des concerts et des défilés". A Novi Sad, cependant, le chef de l'opposition de Voïvodine, Nenad Canak, a annoncé la formation d'un "gouvernement de transition", qu'il dirigera en tant que Premier ministre. A Belgrade, les manifestants organisaient un "procès" de Sllbodan Milosevic et Mira Markovic, accusés d'avoir ruiné l'Etat. Le président Milosevic a pour sa part célébré le 28 septembre, en compagnie du président serbe Milan Milutinovic, et sous les applaudissements de centaines d'ouvriers, l'effort de reconstruction de la Yougoslavie, lors d'une cérémonie de remise en service de la raffinerie de Pancevo, bombardée et pratiquement détruite par l'OTAN. C'était la première apparition publique de Milosevic depuis trois mois. Le président yougoslave a assuré que la Yougoslavie remporterait la bataille de sa reconstruction grâce à son unité, et malgré les pressions extérieures.

(AP, AFP 29.9, 30.9) L'Alliance pour le changement et le Mouvement du renouveau ont estimé le 29 septembre qu'elles pourraient définir le 30, au cours d'une réunion, une stratégie commune de l'opposition face au pouvoir de Slobodfan Milosevic. Les divergences subsistent cependant sur la question de savoir sur quelle plate-forme cette stratégie commune serait décidée, le Parti du renouveau proposant la sienne, impliquant des élections anticipées, Les manifestations continuent et à Belgrade le 29 septembre, une manifestation de plus de 20'000 personnes se dirigeant vers la résidence de Slobodan Milosevic dans le quartier de Dedinje a été violemment chargée par la police anti-émeute. Au moins 22 personnes ont été blessées. Les responsables de l'Alliance pour le changement ont annoncé leur intention de poursuivre les manifestations quotidiennes et de se rendre dans le quartier de Dedinje "un de ces prochains jours". Le 30 septembre, la police anti-émeute a à nouveau bloquéune manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui tentaient de se rendre devant le bâtiment principal du gouvernement fédéral. Des manifestants et des journalistes ont été matraqués. 25'000 personnes ont manifesté le même jour à Novi Sad et plusieurs milliers à Nis.

(Reuters 1.10, AFP 2.10, 3.10) Près de 50'000 personnes ont manifesté le 1er octobre dans 15 villes serbes contre le pouvoir de Slobodan Milosevic. A Belgrade, la police a empêché une nouvelle fois l'Alliance pour des changements de manifester dans le quartier résidentiel où se trouve la résidence du président yougoslave. Plus de 40'000 personnes ont réclamé la démission de Slobodan Milosevic, dans une dizaine de villes serbes, le 2 octobre. A Belgrade (photo), plus de 10'000 manifestants qui marchaient vers le principal hôpital de la ville pour exprimer leur solidarité aux personnes blessées les jours précédents par la police, ont été repoussées par celle-ci. Un procureur de Belgrade a ordonné le 1er octobre une enquête pour identifier "les auteurs directs et les meneurs" de violence commises la 30 septembre lors d'une manifestation de l'opposition. Les USA ont vivement critiqué l'usage de la violence policière pour réprimer les manifestations de l'opposition à Belgrade. Le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a également condamné la "répression des manifestations", et considéré comme "un signe encourageant" les "éléments d'unification" de l'opposition serbe : "Nous agissons en aidant les différents opposants, pour qu'il y ait un changement à Belgrade, parce qu'il est clair que ce régime n'a apporté que des malheurs à toute la région", a déclaré le ministre.

(IWW 21.9) Les pressions contre les media indépendants se multiplient en Serbie. En trois jours, du 9 au 11 septembre, les tribunaux serbes ont condamné un hebdomadaire de Cacak, "Cacanski glas", à 400'000 dinars d'amence pour avoir publié une déclaration d'un responsable du Mouvement serbe du renouveau de Vuk Draskovic, accusant le chef de la police financière de Cacak d'iorrégularités. A Belgrade, deux journalistes du quotidien "Novosti" ont été interrogés pour avoir publié un article sur la chute du dinar. A Kralijevo, du matériel appartenant à la station de radio locale "Gléobus" a été volé et ses locaux détruits. La radio rediffuse des programmes de radios étangères. A Kikinda, le journal indépendant "Kikindske" a été inculpé à la suite d'une plainte déposée par le rédacteur du journal pro-gouvernemental "Komuna", traité par "Kikindske" de va-t-en guerre paranoïaque et menteur. öe quotidien belgradois "Politika Ekspress" a violemment attaqué le 6 septembre l'hebdomadaire indépendant "Nin", qui avait publié un entretien avec le chef de l'UCK Hashim Thaçi.

(AFP, AP 3.10, 4.10, 6.10, 9.10) Vuk Draskovic a été blessé le 3 octobre dans un accident de voiture lors duquel quatre de ses conseillers sont morts, dont son beau-frère et financier. Le véhicule du leader du Mouvement serbe du renouveau a percuté un camion à une quarantaine de kilomètres de Belgrade. Vuk Draskovic a dénoncé un "attentat" et une "tentative d'assassinat" dans la collision routière. Le 6 octobre, lors des obsèques de trois des quatre victimes de la collission, Vuk Draskovic a promis de "venger" les personnes tuées et de "décapiter" le régime de Milosevic, qu'il a qualifié d'"empire du mal qui ne cause que la mort et qui a tout détruit". La police a pour sa part fait savoir que l'accident était vraisemblablement du à la vitesse excessive du convoi de Vuk Draskovic, qui selon la police roulait à plus de 150 km/heure sur un tronçon où la vitesse maximale autorisée était de 80 km/heure. Le chauffeur du poids lourd transportant du sable et qui a heurté le convoi est toujours porté disparu.

(AFP, AP 4.10, 6.10) Quelque 30'000 personnes ont à nouveau manifesté le 3 octobre dans plusieurs villes serbes à l'appel de l'Alliance pour le changement, pour réclamer la démission de Sllbodan Milosevic. Le 5, la police anti-émeute a bloqué et repoussé sans violence quelque 4000 manifestants au centre de Belgrade. Dans six autres villes de Serbie, plus de 20'000 manifestants ont répondu à l'appel de l'Alliance poour le changement. Le 6, plusieurs milliers de personnes à Belgrade, environ 5000 à Nis et autant à Novi Sad ont à nouveau manifesté. En outre, 2000 ouvriers de l'usine d'armes de Kragujevac ont manifesté en faveur de hausses de salaires.

(AFP 9.10) Plus de 5000 personnes ont manifesté le 8 octobre contre le président Milosevic à Belgrade, où 3000 personnes ont à nouveau manifesté le 9, au milieu de milliers de supporters fêtant la victoire de la Yougoslavie contre la Croatie en match de qualification pour l'Euro2000 de football. Les partis d'opposition avaient installé un écrant géant pour suivre la rencontre, qui s'est soldés par un match nul 2 à 2.

(RSF 7.10) Dans une lettre adressée à Bernard Kouchner, Reporters sans Frontières (RSF) s'inquiète des menaces proférées contre deux journalistes albanais, Veton Surroi et Baton Haxhiu, par l'agence de presse de l'UCK, Kosova Press, que RSF accuse de tenir un "discours de la haine". Le 2 octobre, Veton Surroi et Baton Haxhiu, directeur et rédacteur en chef de "Koha Ditore" (principal quotidien albanais de Kosove), ont été accusés par "Kosova Press" d'être des "espions à la solde du régime de Milosevic". L'auteur de l'article, Merxhan Avdyli, affirmait que les deux journalistes, qu'il qualifiait de "mafieux" "n'ont pas leur place dans une Kosove libre", et déclarait qu'il ne serait "pas surpris qu'ils deviennent les victimes d'actes -tout à fait compréhensivles- de vengeance". Les "actions criminelles" reprochées aux deux journalistes, et pour lesquels selon l'agence de l'UCK ils "ne doivent pas rester impunis", consistent simplement à se soucier du sort des communautés minoritaires de Kosove (Serbes et Tziganes, notamment).

(AFP 11.10, AP 13.10) Les principaux leaders de l'opposition serbe ont boycotté le 11 octobre une réunion avec l'Union européenne à Luxemburg, en refusant de signer avant le début de la réunion, comme l'exigeait l'UE, une déclaration comportant une série d'engagements, dont celui de livrer une fois au pouvoir tous les responsables yougoslaves inculpés par le Tribunal pénal international, dont Slobodan Milosevic -lequel a accusé à Veskovac l'opposition de vouloir "conduire le pays vers une guerre civile". Vladan Batic, l'un des dirigeants de l'Alliance pour la changement, a néanmoins assuré le 13 octobre que "les relations entre l'opposition démocratique en Serbie et l'Union européenne sont excellents", malgré "quelques incompréhensions". Selon lui, l'Alliance a l'intention d'"intensifier (ses) relations avec l'Union européenne et (d')instaurer une coopération spécifique (...) sur des questions humanitaires, sur l'amélioration des conditions de vie et les questions économiques".

(AP 11.10) Bernard Kouchner a fait état le 11 octobre de progrès rapides dans la restauration de la paix civile en Kosove, tout en reconnaissant que "c'est très difficile". "Nous sommes au milieu de gens qui veulent prendre en mains leur destin d'autonomie" et "il faut composer avec eux tout en maintenant la légitimité du mélange entre les communautés", a déclaré l'administrateur de l'ONU en Kosove au terme d'une rencontre avec le Premier ministre français Lionel Jospin. Bernard Kouchner a reconnu que la protection des minorités, notamment des Serbes et des Tziganes, "est très difficile à assurer pleinement", mais a fait valoir que les écoles rouvrent leurs portes, que la douane fonctionne à nouveau et que la télévision a recommencé à émettre. A Prishtine, plusieurs centaines d'employés albanais de l'hôpital de Kosovska Mitrovica (secteur français) ont manifesté devant le QG des Nations Unies pour exiger de pouvoir retrouver leur poste. L'hôpital est situé dans la partie serbe de la ville, et les Serbes considèrent la présence des Albanais comme une menace pour leur sécurité.

(AFP, Reuters 14.10, 16.10, 17.10) Les représentants des principaux partis de l'opposition serbe ont signé le 14 octobre à Belgrade, en présence de la presse, un accord sur les conditions de leur participation à d'éventuelles élections anticipées, dont ils réclament l'organisation "au plus tôt". La coalition d'opposition de Voïvodine n'a cependant pas signé l'accord, qui prévoit la révision des listes électorales, un système à la proportionnelle, le libre accès aux media et la présence d'observateurs internationaux, l'estimant trop conciliant avec le régime en place. A Nis, le président serbe Milan Milutinovic, venu participer à la réouverture d'un pont bombardé par l'OTAN au printemps, a été conspué par 6000 manifestants de l'opposition, séparés de 2000 manifestants du PS serbe, séparés les uns des autres par une centaine de politiciers anti-émeute. Le 16 octobre, plus de 3000 personnes ont à noufeau déflié dans le centre de Belgrade pour exiger la démission de Slobodan Milosevic. Zoran Djindjic a annoncé de "nouvelles formes de pression" sur le pouvoir. Le 17 octobre, tôt dans la matinée, une bombe a été lancée contre le domicile du responsable local du Parti démocratique de Djindjic, à Valjevo, où des centaines d'affiches ont été collées montrant Djindjic sous l'apparence d'un enfant porté dans les bras du président américain Bill Clinton.

(Reuters 27.11) 8000 personnes ont manifesté le 27 novembre à Nis à l'appel de l'opposition (pour une fois unie) en accusant le pouvoir yougoslave d'empêcher la livraison de mazouz par l'Union européenne.

(IWW 25.11) La communauté internationale se prépare aux difficultés d'organisation des premières élections libres en Kosove. Le premier problème sera de déterminer les critères du droit de vote (lieu de naissance, durée de résidence, ascendance ?) et de choisir entre le "droit du sol" et le "droit du sang". Un autre problème sera celui du droit de vote des Kosovars émigrés (500'000 en Europe, sans compter les 100'000 Serbes qui ont quitté la Kosove en deux ans). La solution pourrait être de "tester" un processus démocratique en organisant d'abord des élections locales, puis en passant aux élections générales

(IWW 30.11) Le Mouvement pour le Renouveau Serbe (SPO) a réitéré le 20 novembre ses accusations de tentative d'assassinat contre son leader Vuk Draskovic, et affirmé détenir les "preuves" (dont des témoignages directs) que les services de sécurité serbes étaient impliqués dans l'accident de circulation ayant coûté la vie à deux personnes le 3 octobre. Le chauffeur du camion responsable de la collision avait pris la fuite, mais le affirme pouvoir prouver que le camion appartenait au SDB (Sécurité d'Etat, lequel aurait fait disparaître tous les rapports le concernant. Le SPO accuse en outre le SDB de l'assassinat d'un responsable des douanes, le 4 octobre, Petar Rejic, "témoin clé" de l'accident et lié au frère de Slobodan Milosevic, et affirme que les services secrets américains et ruases savent "qui a ordonné l'assassinat de Draskovic".

(IWW 26.11, AFP 30.11, 3.12) Le pétrole destiné par l'Union européenne, dans le cadre d'une opération"Energie pour la démocratie", aux villes de Nis et Pirot, contrôlées par l'opposition, était toujours bloqué par les douanes yougoslaves à Presevo le 26 novembre, alors que les maires de deux villes, le représentant de l'Union européenne à Belgrade et les ambassadeurs de Finlande, des Pays-Bas et du Portugal attendaient les camions. Les deux maires ont prévenu que les réserves de pétrole des deux villes étaient presque épuisées, et que deux ou trois jours de chauffage seulement étaient encore assurés. Le 26, la centrale de chauffage collectif de Nis a été arrêtée par la municipalité, ce qui a été dénoncé comme une "mise en scène" par les autorités de Belgrade, qui affirment y avoir trouvé encore 4000 tonnes de fuel et ont fait arrêter le directeur de la centrale (qui a été libéré le 29 novembre) et reprendre le fonctionnement de la centrale le 28 novembre . Le 30 novembre, les 14 camions-citernes transportant le fuel européen étaient toujours bloqués à la frontière au prétexte qu'ils dépassaient le poids maximal autorisé en Serbie. Les maires de Nis et Pirot, ainsi que le Parti démocratique et l'Alliance pour le changement, ont rendu le pouvoir de Belgrade responsable de la situation. Le 3 décembre, le porte-parole de l'Union européenne a annoncé que les camions retournaient en Macédoine après que les autorités yougoslaves aient "accumulé les obstacles pour empêcher ce chargement de fuel d'atteindre sa destination". Une nouvelle tentative de livraison du fuel aux villes de Nis et Pirot est cependant envisagée. Les maires des deux villes ont protesté contre les "obstructions" du pouvoir de Belgrade, lequel a annoncé qu'il envosait lui-même du fuel à Nis, à la demande de la section locale du Parti de Slobodan Milosevic.

(RSF 27.10, 9.12, IWW 3.12, AP 11.12, AFP 12.12) Dans une lettre adressée au ministre yougoslave de l'Information, Reporters sans Frontières a protesté le 27 octobre contre la lourde amende infligés à la société éditrive du quotidien indépendant "Danas", condamnation qui "risque d'entraîner la fermeture de la firme et du quotidien" et qui de ce fait "s'apparente à une forme de censure". La société Dan Graf a été condamnée le 26 octobre à 280'000 dinars d'amende (28'000 dollars au cours officiel) pour abus de la liberté de la presse, sur plainte du vice-Premier ministre (d'extrême-droite) Vojislav Seselj, à qui le journal avait par arreur attribué une déclaration qu'il n'avait pas faite. Une année après l'introduction de la loi sur l'information publique, le bilan est inquiéàtant : 4 journaux indépendants (les quotidiens Nasa Borba, Dnevni Telegraf et NT Plus, l'hebdomadaire Evropljanin) et une dizaine de radios et de télévisions locales ont dû fermer pour des raisons financières après que de lourdes amendes leur eussent été imposées pour diffamation, ou propagation de fausses nouvelles. Le propriétaire de Dnevnin Telegraf et d'Evropljanin a été assassiné le 11 avril (les tueurs n'ont jamais été retrouvés). Tous les media albanais de Kosove ont été poursuivis, dont "Koha Ditore", ainsi que l'hebdomadaire "Parlament" du Sandzak. La radio B92 de Belgrade a été occupée par une organisation pro-Milosevic, qui l'a transformée en porte-parole du régime. La maison d'édition ABC Glas a fait l'objet de 52 poursuites, et son directeur, Slavoljub Kacarevic de 26 accusations. Aucune enquête n'a jamais été menée par la Justice avant les condamnations, et une seule affaire a abouti à une relaxe. Des condamnations de journalistes à des peines de prison ont également été prononcées, contre le rédacteur en chef de la radio-TV "Soko" de Sokobanja (un an de prison ferme), des journalistes de Dnevni Telegraf (cinq mois fermes), le propriétaire de "Radio City" à Nis (deux mois fermes). Des intimidations plus physiques se sont aussi produites : les voitures du rédacteur en chef de "Radio Globus" de Cacak et du directeur d'ABC ont été incendiées et le domicile d'une correspondante de Danas et de Radio Free Europe, à Valjevo, a été visé par un attentat, Reports sans Frontières a protesté le 9 décembre contre les lourdes amendes infilgiées à trois media indépendants à Belgrade, et l'expulsion de deux correspondans étrangers (hongrois) de Serbie. Le 8 décembre, sur plainte du Parti radical serbe (extrême-droite) et du ministre (radical) de l'Information Aleksandar Vucic, la chaîne de télévision Studio B (appartenant au SPO de Vuk Draskovic), et les quotidiens privés "Danas" et "Blic", ont été condamnés respectivement à 300'000, 310'000 et 360'000 dinars(40 dinars = 1 Euro) pour avoir reproduit un communiqué du SPO accusant le pouvoir d'avoir tenté d'assassiner Vuk Draskovic. Le 11 décembre, Aleksandar Vucic a déclaré que le gouvernement ne permettra plus "aux prétendus médias indépendants" de publier des "mensonges" et des "diffamations (...) sur ordre des Etats-Unis et de l'OTAN". Le 11 décembre, la police a saisi les presses de l'imprimerie ABC, qui refusait de payer l'amende de 3,1 mios de dinars (1,7 million de FF, 400'000 FS) qui lui avait été infligée pour avoir imprimé des tracts de l'opposition.

(AFP 7.12) Les premiers camions citernes de fuel de l'Union européenne sont arrivée le 7 décembre dans les centres de chauffage de Nis et Pirot, après y avoir été autorisés le 6 par les autorités yougoslaves à s'y rendre. Les maires (opposition) des deux villes ont exprimé une satisfaction prudente, estimant que les problèmes avec les autorités n'étaient pas résolus. Une autre livraison de fuel européen est prévue "dans les prochains jours", a annoncé le chargé d'affaires de l'Union européenne à Belgrade, Michael Graham. L'UE veut en outre étendre le programme "Energie pour la démocratie" à d'autres villes d'opposition.

(AFP 7.12) Le dinar yougoslave a chuté de plus de 5 % en trois jours sur le marché noir, et s'échangeait le 6 décembre au cours de 19-20 dinars pour un mark. Selon l'économiste Jurij Bajec, cette dévaluation de fait est due à une hausse des paiements publics, due aux comptes de fin d'année des entreprises et de l'Etat, suscitant la crainte de l'inflation. Dans les transactions au noir entre entreprises, le DM aurait atteint le cours de 30 dinars. Les prix des denrées alimentaires de base (pain, lait, huile), contrôlés par le gouvernement, sont restée inch angés, mais le pétrole, rationné à 20 litres par mois, est presque impossible à trouver dans les stations-service au prix officiel de 10 dinars, mais peut l'être au prix de 1,2 DM, soit 23 ou 24 dinars. Le salaire mensuel moyen est de 50 dollars et le coût de la guerre avec l'OTAN se monterait à 60 milliards de dollars.

(AFP 9.12) Flora Brovina, militante albanaise de Kosove des droits de l'Homme, a été condamnée le 9 décembre à Nis à 12 ans de prison pour activités liées au "terrorisme" pendant la guerre.

(Reuters 10.12 Six mois après l'arrivée des forces de l'OTAN en Kosove, les responsables de l'administration civile de l'ONU se réunissent le 12 décembre pour marquer l'événement et tirer un premier bilan. Selon Ibrahi, Rugova, ces six mois sont "un grand succès" pour l'ONU, mais selon le vice-président du Conseil des Serbes du Kosovo, Randjel Nojkic, "si l'on ne voit pas de signe positif à court terme, la communauté internationale sera confrontée à un fiasco". L'ONU espère lancer la co-administration (entre elle et une administration kosovare) d'ici au début de l'année 2000.

(Reuters 11.12) Hashim Thaçi a exhorté le 11 décembre la mission de l'ONU en Kosove à accélérer la mise en place de l'administration mixte ONU-Kosovars, et a regretté que Bernard Kouchner et Ibrahim Rugova ne soient pas "prêts à former cet organisme", l'administrateur de l'ONU en Kosove et le président élu de Kosove craignant la mainmise de l'ex-UCK sur sa composante kosovare.

(AP 11.12, AFP 12.12) Vuk Draskovic, président du Parti du renouveau serbe (SPO), a donné le 11 décembre un délai de quatre jours (au 15 décembre) au pouvoir pour convoquer des élections anticipées, sans quoi le SPO participera à des manifdestations unitaires avec les autres forces d'opposition. La coalition de l'Alliance pour la changement a accueilli froidement cette prise de position du SPO.

(AFP 13.12) L'administrateur de l'ONU en Kosove, Bernard Kouchner, a annoncé le 13 décembre à Prishtine la création d'un nouveau code pénal pour la Kosove, fondé sur celui en vigueur avant la suppression du statut d'autonomie de la province par Slobodan Milosevic, en 1989. Les magistrats kosovars refusaient d'appliquer la loi yougoslave. Les représentants de la communauté serbe ont refusé par avance d'appliquer la nouvelle réglementation, que Bernard Kouchner a expliqué par une volonté de rompre avec "dix ans d'apartheid" et de donner au système judiciaire les moyens de répondre à la violence : "depuis cinq mois, seuls 35 procès, et seulement à Prizren, ont été achevés, (alors qu')il y a eu plus de 4000 meurtres et seulement quatre procès pour meurtre", a souligné Bernard Kouchner" 400 nouveaux juges et procureurs vont être nommés en décembre, et 200 autres en janvier et février. 1800 policiers internationaux sont arrivés en Kosove, où ils devraient être 4800 au total. l'ONU devrait annoncer le recrutement d'environ 600 anciens policiers albanais au sein de la police locale, composée pour l'heure de 170 hommes en tout et pour tout.

(RSI 15.12) L'administrateur de l'ONU Bernard Kouchner a signé le 14 décembre un accord sur la création d'une administration "conjointe" (ONU-Kosovars) pour la Kosove. Théoriquement, tous les partis politiques et toutes les communautés, y compris les Serbes, devraient participer à cette administration, mais aucun Serbe n'a participé aux négociations finales, ni à la cérémonie de signature de l'accord. L'administration conjointe devrait dans un premier temps surtout servir à court-circuiter l'administration parallèle mise en place par l'UCK. Les Serbes n'en reprochent pas moins à l'ONU de ne pas les protéger suffisamment sur le terrain. Quant à la participation albanaise à l'administration conjointe, elle est le fait de partis et de courants (ceux d'Ibrahim Rugova d'une part, de Rexhep Qosja d'autre part, de Hashim Thaçi enfin) qui n'arrivent pas à s'entendre.

(AFP 17.12) L'Alliance pour le changement (SZP) a annoncé le 17 décembre la fin des manifestations quotidiennes contre le régime de Slobodan Milosevic, après la manifestation prévue le 18 décembre à Belgrade. L'Alliance a décidé de continuer ses actions "sous une forme différente".

(AFP 28.12) La télévision d'Etat serbe (RTS) a annoncé le 28 décembre que le président Milosevic avait procédé à des remaniements au sein de l'armée yougoslave. Le général Stefanovic a pris le commandement du corps d'armée de Prishtine, en remplacement du général Lazarevic, promu au commandement de la troisième armée.

(ATS 30.12) Les partis de l'opposition serbe ont accepté de se réunir le 10 janvier pour se mettre d'accord sur une stratégie de lutte commune pour "des élections anticipées démocratiques à tous les niveaux". Un appel en ce sens avait été lancé par Vuk Draskovic, chef du Mouvement du Renouveau (SPO), qui avait précédemment refusé de participer aux manifestations communes auxquelles l'Alliance pour le changement l'appelait.

2000

(IWPR 7.1) Après les accusations de tentative d'assassinat de Slobodan Milosevic, portées contre des agents français, c'est un groupe serbe clandestin, l'"Armée de libération serbe" (OSA) qui est accusé par un tribunal militaire de Belgrade de comploter contre Milosevic, les généraux Pavkobic et Lazarevic et Vuk Draskovic. Sept hommes sont traduits depuis le 5 janvier devant ce tribunal. Ils ont été arrêtés entre le 17 et le 29 décembre et sont accusés d'appartenir à l'OSA, qualifiée d'"organisation terroriste dont les membres ont juré de changer par la force le système de la République fédérative de Yougoslave". La tentative d'assassinat contre Vuk Draskovic dont ces hommes sont accusés correspond à l'"accident" de voiture dans lequel quatre membres du parti de Draskovic ont été tués, et c'est la première fois que des autorités yougoslaves admettent la possibilité qu'il se soit agi d'une "tentative d'assassinat". Les sept hommes accusés sont tous serbes. L'un d'eux, Boban Gajic, est un lieutenant de l'armée fédérale, originaire de Batajnica. Les six autres sont originaires de Krusevac. L'un des accusés, Milutin Pavlovic, a admis connaître l'existence d'un groupe armé, mais a affirmé qu'il était destiné à "combattre les terroristes albanais". Selon l'Institute for War and Peace Reporting de Londres, trois des accusés seraient d'anciens réservistes déserteurs de l'armée fédérale

(AFP 9.1) L'opposition serbe va tenter une nouvelle fois le 10 janvier de surmonter ses divisions et d'élaborer une stratégie commune face au pouvoir. A l'initiative du Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic, les représentants d'une quinzaine de formations devraient se réunir pour décider des moyens d'imposer des élections anticipées. Le SPO propose que l'opposition dans son emsemble réclame la convocation d'élections anticipées à tous les niveaux (municipales, législatives, présidentielles) avant fin avril. En l'absence de réponse positive du pouvoir, une manifestation unitaire de l'opposition devrait être organisée le 9 mars -alors que le SPO s'est abstenu de participer, depuis six mois, aux manifestations de l'opposition.


Réunion de l'opposition serbe, le 10 janvier 2000 (AFP, Reuters 9.1) L'opposition serbe a tenté une nouvelle fois le 10 janvier de surmonter ses divisions et d'élaborer une stratégie commune face au pouvoir. A l'initiative du Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic, les représentants d'une quinzaine de formations, dont les principales, ainsi que l'évêque Artemije de l'église orthodoxe du Kosovo, et président du Conseil national serbe (SNV) du Kosovo, se sont réunisr pour décider des moyens d'imposer des élections anticipées. Le SPO a proposé et obtenu que l'opposition dans son emsemble réclame la convocation d'élections anticipées à tous les niveaux (municipales, législatives, présidentielles) avant fin avril. En l'absence de réponse positive du pouvoir, une manifestation unitaire de l'opposition devrait être organisée le 9 mars -alors que le SPO s'était abstenu de participer, depuis six mois, aux manifestations de l'opposition. L'opposition exige également l'abolition de la loi sur l'information, et demande aux USA et à l'Europe de lever leurs sanctions contre la Yougoslavie, si Milosevic accepte les élections anticipées, après quoi la Yougoslavie devrait pouvoir réintégrer l'OSCE. Elle demande "l'instauration dune auto-administration locale" pour les Serbes et les non-albanais du Kosovo et l'accroissement de l'aide humanitaire aux réfugiés en Serbie et au Monténégro. L'opposition demande également que la KFOR défende les frontières avec l'Albanie et la Macédoine des "intrusions criminelles sur le territoire du Kosovo", protège le retour des Serbes et des autres non-albanais au Kosovo et engage une "action décisive contre les terroristes albanais et les pillards". Enfin, elle demande, dès qu'un accord aura été trouvé avec le pouvoir sur les élections, le retour au Kosovo de militaires et de policiers yougoslaves. Elle Seul le chef du Mouvement pour une Serbie démocratique, le général Momcilo Perisic, a refusé de signer l'accord de l'opposition, à qui il reproche de ne pas exiger la démission de Milosevic. Perisic a cependant estimé que les autres demandes de l'opposition unie étaient "dans l'ensemble acceptables". Le gouvernement a refusé, dans sa première réaction officielle à l'accord de l'opposition, d'organiser des élections anticipées.

(Reporter 8.1) Dans un entretien au magazine "Reporter", le commandant en chef de la KFOR, Klaus Reinhard considère que le Kosovo n'est plus une province de la Serbie, mais "selon la Résolution 1244 (...) une région située aux frontières de la Serbie (...), actuellement sous l'administration des Nations Unies et qui n'est plus soumise à l'administration ni au contrôle de Belgrade".

(Courrier des Balkans, 13.1) Six mois après la guerre au Kosovo, les media sont toujours sous surveillance en Serbie : les poursuites judiciaires pleuvent sur les journaux et les stations de radio indépendants, et la rupture est accomplie entre les media serbes et monténégrins, ces derniers étant beaucoup libres (ils n'ont d'ailleurs pas respecté la censure militaire yougoslave à laquelle ils étaient soumis pendant la guerre). En Serbie, la guerre elle-même a considérablement compliqué le travail des media et contraint les journaux à réduire leur pagination (les bombardements ont perturbé la distribution, provoqué une pénurie de papier et des coupures d'électricité) en même temps qu'ils accroissaient la demande populaire d'information crédible. Une association des journalistes indépendants (NUNS) regroupe 900 membres et gère le Centre des Media, "un lieu réellement professionnel, créatif et indépendant" selon "Le Courrier des Balkans", mais presque tous les quotidiens indépendants ont été fermés depuis 1998. Cependant, les journalistes indépendants serbes affirment qu'il existe en Serbie une véritable presse indépendante, même si elle vit dans des conditions très précaires, contrairement à ce qui prévaut en Croatie. Toutefois, l'attitude de ces media indépendants pendant la guerre a parfois été douteuse, accusent les media indépendants monténégrins : s'il est compréhensible qu'ils se soient focalisés sur les bombardements de leurs villes et de leur pays par l'OTAN, il l'est moins qu'ils aient presque totalement omis d'évoquer l'exode de centaines de milliers d'Albanais de Kosove (mais la censure les en auraient probablement empêché), et moins encore qu'ils aient parfois repris purement et simplement les thèmes de la désinformation officielle, affirmant par exemple comme "Vreme" l'inexistence des destructions commises en Kosove par les forces serbo-yougoslaves. Certains journaux comme "Republika", ou une radio comme Radio-Pancevo, n'ont par contre jamais cessé de critiquer l'hypocrisie frappent aussi les media indépendants. D'autres, comme "Danas", ont expliqué à leurs lecteurs qu'ils étaient soumis à la censure mais ont refusé de s'aligner sur le vocabulaire et la phraséologie recommandés par les autorités, et ont tenté d'écrire "entre les lignes" : "nous avons essayé de rester normaux dans des temps anormaux", explique le rédacteur en ched adjoint de "Danas", Radomir Licina. Certains journaux monténégrins ont été interdits de diffusion, ou condamnés à des amendes en Serbie, comme "Monitor", condamnés à une amende de 400'000 DM et interdit de diffusion (l'hebdomadaire a cependant continué à être diffusé, mais par contrebande, en Serbie).


(AFP 16.1) Le chef de milice "Arkan", de son vrai nom Zeljko Raznatovic, inculpé de crimes contre l'humanité par la justice internationale, a été abattu le 15 janvier à Belgrade, ainsi que deux de ses proches, Milenko Mandic, son agent d'affaire, et Dragan Garic. Ancien criminel de droit commun, Arkan avait créé la milice des "Tigres", qui avaient sévi en Croatie, notamment à Vukovar, en Bosnie, notamment à Bijeljina et Zvornik, et en Kosove. Reconverti ensuite dans les affaires, il avait fondé le Parti de l'unité serbe (PSJ) Les USA et la Grande-Bretagne ont regretté que son assassinat empêche à jamais son procès. Les mobiles de l'attentat sont incertains. Certaines sources incriminent le pouvoir, avec qui cependant Arkan avait de bonnes relations, car "avec la disparition d'Arkan, un témoin important contre Milosevic est sorti de la scène". Un ancien responsable yougoslave d'Interpol, Budimir Babovic, a exprimé sa certitude (partagée par un responsable de l'opposition, Vladan Batic)que "le meurtre ne sera jamais élucité"
Les obsèques d'Arkan, porté par ses (AFP, AP, Reuters 17.1, 18.1, 21.1, IWPR 16.1, 18.1, Vijesti 17.1, Reporter 18.1) Les obsèques d'Arkan ont eu lieu le 20 janvier, alors que la presse de Belgrade continue à évoquer diverses hypothèses sur les circonstances et le mobile de l'assassinat du chef de milice, les autorités gardant quant à elles le silence. La Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright a fait savoir dans un communiqué que les USA auraient préféré qu'Arkan soit "jugé à La Haye pour ses crimes de guerre" plutôt que d'être assassiné à Belgrade. Un ami d'Arkan, l'avocat Toma Fila, a cependant assuré "qu'il ne serait en aucun cas allé à La Haye, et surtout pas pour trahir qui que ce soit", et a récusé l'hypothèse d'un assassinat commandité par le pouvoir pour faire taire un témoin gênant. Le 18 janvier, le quotidien pro-gouvernemental "Politika" a affirmé qu'un complice de l'assassin avait été arrêré blessé, et opéré, et que les autorités attendaient qu'il reprenne conscience pour l'entendre. Selon "Politika", qui ne donne pas le nom de l'homme en question, Arkan "connaissait" son tueur et le complice de celui-ci, qu'il aurait salués et avec qui il aurait parlé. Le pouvoir de Belgrade dénonce une "politisation" de l'assassinat d'Arkan, alors que le SPO de Vuk Draskovic accuse "le régime" d'être à l'origine de cet assassinat, pour "faire oublier le massacre" de quatre membres du SPO le 3 octobre. Le quotidien pro-gouvernemental "Dnevnik" de Novi Sad a affirmé le 21 janvier qu'Arkan avait été liquidé par trois anciens membres de sa milice, et deux anciens policiers. Pour sa part, l'"Institute for War and Peace Reporting" (IWPR) de Londres rappelle qu'"Arkan naviguait entre le milieu de la pègre et celui de régime, mais n'appartenait à aucun des deux", mais que "tous deux avaient de bonnes raisons de souhaiter sa mort". l'IWPR rappelle également qu'Arkan avait commencé sa "carrière" comme braqueur de banques en 1973 en Europe occidentale, puis s'était associé à la police politique yougoslave, avant que de créer sa milice (les "Tigres" dès 1990), puis un parti politique (le Parti de l'unité serbe) et de se faire élire au parlement serbe. En même temps, il semblait avoir établi d'excellentes relations avec l'adversaire monténégrin de Slobodan Milosevic, Milo Djukanovic, qu'il avait soutenu lors de l'élection présidentielle au Monténégro. Arkan était d'ailleurs de père monténégrin. Il s'était également lancé dans les "affaires" et était propriétaires de toutes sortes de commerces et d'entreprises (de la pâtisserie à la société de gardiennage, en passant par les bureaux de change, un casino et les sociétés d'exportations de fruits). Il était recherché par Interpol pour crimes crapuleux et par le Tribunal pénal international pour crimes de guerre.

(AFP 23.1) La police de Belgrade a annoncé le 22 janvier qu'elle avait arrêté le meurtrier d'Arkan, en la personne d'un ancien policier de 23 ans, Dobrosav Gavric, détenu à l'hôpital de Loznica, et ses deux complices, Dejan Pitulic, également ancien policier, et Vujadin Krstic. La police n'a pas précisément donné le mobile du crime mais a évoqué le "milieu criminel" comme étant son origine. Les deux anciens policiers étaient semble-t-il en relations avec le milieu. La police a annoncé que l'enquête continuait.

(IWPR 25.1) Cher de milice, Arkan était aussi un trafiquant et un contrebandier prospère, faisant des affaires sur tout, de l'essence aux engrais, et contrôlant un véritable empire commercial basé en grande partie sur l'embargo occidental. Sa fortune était estimée à plusieurs dizaines de millions de DM, acquis grâce au soutien de l'Etat, des importateurs, des banquiers et de la police. Le trafic de carburant était sans doute son activité la plus rentable. Il disposait d'une compagnie, la SDG, avait accès grâce à ses contacts dans la police à des informations confidentielles lui donnant une longueur d'avance sur ses concurrents. Arkan était également actif sur les marchés (légaux et illégaux) du café et des cigarettes étrangères, utilisant dans ce dernier cas ses relations monténégrines (au sein de l'Etat et de la mafia locale) et des engrais artificiels.

(Reporter 19.1) Sonja Biserko, directrice du Comité Helsinki pour les droits de l'Homme en Serbie, appelle, dans une interview au journal "Reporter", à "une sorte de tutelle de la communauté internationale" sur la Serbie afin d'y permettre "un dégrisement général" et sa "dénazification". Considérant que le "problème fondamental de la scène politique" serbe est son "manque de diagnostic et de recul réel par rapport aux évènements", Sonja Biserko constate qu'"il n'y a pas beaucoup de différence entre le pouvoir et l'opposition", qui manque d'un "programme alternatif" et qui a "discrédité l'idée du pluralisme politique" par "son attitude irresponsable". Par ailleurs, "la confrontation avec l'histoire récente est une condition indispensable pour que des changements se mettent en place" en Serbie, estime Sonja Biserko, pour qui "il est nécessaire de confronter le crime commis au nom du peuple serbe" et de faire la différence entre les "porteurs et les exécutants de la politique de guerre", afin que chacun puisse se "poser la question de sa contribution passive et indirecte" à cette politique.

(IWPR 21.1) Alors que Belgrade continue à distribuer des récompenses et des médailles, de nombreux parents de soldats yougoslaves morts pendant le conflit de Kosove refusent ces décorations offertes à titre posthumes à leurs enfants. Des parents ont également cité les autorités yougoslaves à comparaître devant des tribunaux pour répondre de la mort de leurs fils, et exigent des réparations. D'autres parents accusent les supérieurs de leurs enfants d'être directement responsables de leur mort, voire de les avoir eux-mêmes abattus parce qu'ils tentaient de les empêcher de se livrer au pillage. Un capitaine de la police a également refusé, pour lui-même, d'être décoré, ce qui lui a coûté son poste. Le père d'un soldat mort a expliqué que son fils n'avait pas perdu la vie "pour la patrie, mais pour Slobodan Milosevic et sa famille", et que les parents de 41 autres soldats morts, originaires de Kraljevo, se réuniront le 13 avril au cimetière local en hommage à leurs enfants. Il ne se passe cependant pas un jour sans que les media officiels ne rapportent que des médailles et des décorations soient accordées à des soldats, des officiers, des policiers, des ouvriers reconstruisant les immeubles détruits par les bombardements de l'OTAN. 4500 décorations ont été décernées pendant l'automne en le début de l'hiver 1999-2000 à des personnes ayant participé à la "défense réussie contre l'OTAN" et à la "rapide reconstruction du pays".

(Reporter 26.1) Les parents de soldats tués à la guerre demandent des dommages et intérêts à l'armée fédérale yougoslave (VJ) et menacent, en cas de non-rponse dans les trois mois, de porter ces demandes devant les tribunaux. Près de huit mois après la fin de la guerre entre l'OTAN et la Yougoslavie, le nombre exact de victimes civiles et militaires des bombardements de l'OTAN reste inconnu. Le président Milosevic a cependant déclaré, dans un communiqué rendu public le 10 juin 1999, que 462 membres de la VJ avaient été tués pendant "l'agression" de l'OTAN, mais le général Pantelic, adjoint au chef d'état major, a donné au début 2000 le chiffre de 542 morts, plus les blessés décédés après le conflit, et sans compter les disparus. Toutes les victimes (ou leurs ayant-droit) ont droit à des dédommagements, qu'il s'agisse d'appelés, de volontaires ou de réservistes, mais la loi n'exprime que ce droit, le montant du dédommagement étant laissé à l'appréciation du tribunal (la Cour suprême de Serbie doit rendre son jugement). Un représentant de familles de soldats tués a appris que l'armée avait, officieusement, offert des dédommagements pécuniers de 26'000 dinars (1300 DM) pour chaque membre (ascendant ou descendant direct) de la famille d'un soldat tué, et 50'000 dinars (2500 DM pour les membres de la famille d'un sous-colonel. Un petit nombre de familles s'est déjà adressé au tribunal pour obtenir le règlement de dédommagement. Selon la loi, les familles ont trois ans pour ce faire.

(AIM 22.1) prévues dans le courant de l'année 2000, les élections parlementaires et présidentielles en Kosove pourraient ne pas avoir lieu, les élections locales étant quant à elles maintenues. Les partis albanais de Kosove, à commencer par la LDK et les partis issue de l'UCK, avaient portant affirmé que ces élections représentaient leur priorité politique, mais la communauté internationale (ainsi que de plus en plus de responsables kosovars) doute de plus en plus ouvertement de la possibilité de tenir des élections régulières, pluralistes et sécurisées à bref délai. Un haut responsable de l'administration internationale de la Kosove a prévenu les politiciens locaux que seule la Mission de l'ONU pour le Kosovo (MINUK) avait le mandat d'exercer le pouvoir en Kosove, et d'y organiser des élections. Les obstacles à cette organisation sont nombreux : outre les problèmes de sécurité, il y a des problèmes de définition de l'électorat et d'ouverture de réelles possibilités de choix démocratique et pluraliste sur l'ensemble du territoire. En outre, la division de la scène politique albanaise entre "modérés" et "radicaux", division portant à la fois sur l'objectif de l'indépendance, les relations avec la communauté serbe de Kosove et les méthodes d'action politique, pose problème à la communauté internationale, qui ne tient pas à voir s'exprimer un vote massif en faveur des partisans de l'indépendance de la Kosove, alors que les forces internationales sont intervenues dans le conflit kosovar sur la base d'un plan excluant cette éventualité, au profit d'un statut de large autonomie au sein d'une Yougoslavie transformée.

(AFP 23.1) Le leader de l'extrême-droite serbe Vojislav Seselj a relancé le 23 janvier l'idée de la "Grande Serbie" lors du congrès du Parti radical serbe tenu à Belgrade : "Nous ne renoncerons jamais à la sainte lutte pour libérer tout ce qui est serbe, pour libérer la République serbe de Krajina, libérer la Republika Srpska et libérer le Kosovo", a proclamé Seselj, qui a ajouté que "tout ce qui nous a été pris, tout ce qui est aujourd'hui occupé, nous pouvons le reprendre si nous sommes unis". S'agissant du Monténégro, le même discours a été tenu par le leader du parti radical : "Personne n'a le droit de détacher le Monténégro de la Yougoslavie".

(Beta 27.1) La présidence du Comité Helsinki des droits humains de Serbie, Sonja Biserko, a accusé le 25 janvier l'opposition serbe, et en particulier Vuk Draskovic et Zoran Djindjic, d'avoir passé des accords avec Arkan "via des affaites illégales ou liées à la sécurité", et d'avoir toujours entretenu des contacts avec les autorités. Le Parti démocratique de Zoran Djindjic a réfuté ces accusations et dénoncé une "conscience délatrice qui estime coupable l'ensemble de la nation". Le PD accuse Sonja Biserki, qu'il qualifie de "promotrice auto-déclarée des droits humains", de vouloir "disqualifier l'opposition démocratique aux yeux du public international" en accusant "la nation serbe d'être génocidaire".

(RSF 24.1) Dans une lettre adressés au ministre serbe de la Justice, Dragoljub Jankovic, "Reporters sans Frontières" (RSF) proteste contre les lourdes amendes infligées au quotidien indépendant "Danas" et à deux de ses journalistes, dénonce l'utilisation de la loi sur l'information d'octobre 1998 pour museler la presse indépendante, s'inquiète des menaces d'emprisonnement des journalistes et dénonce le harcèlement financier dont "Danas" est victime depuis des mois, et qui pourrait conduire à sa fermeture. Le journal a été condamné à une amende de 150'000 dinars (4000 euros), son directeur Dusan Mitrovic et un rédacteur à des amendes de 60'000 dinars (1500 euros) pour avoir critiqué la situation matérielle et politique de l'agence de presse officielle Tanjug, et les conditions de travail de ses employés. Le quotidien et les journalistes ont 24 heures pour payer les amendes, après quoi les biens matériels du journal pourraient être saisis. Depuis octobre 1988, le journal a été condamné cinq fois, pour un montant total d'amendes de 1,55 million de dinars (41'000 euros).

(RSF 2.2) Dans une lettre adressés au ministre serbe de l'Intérieur, Vlajko Stojikovic, Reporters sans Frontières (RSF) proteste le 2 février contre la saisie de l'hebdomadaire indépendant "Reporter", édité à Banja Luka (République serbe de Bosnie), et a demandé aux autorités serbes d'assurer la libre circulation de la presse bosno-serbe en Serbie. Des exemplaires de l'hebdomadaire ont été saisis par la police à la frontière du Monténégro. L'hebdomadaire, très critique envers le régime de Belgrade, est interdit de diffusion depuis le 16 octobre 1999 en Serbie, mais aucun motif officiel n'a jamais été donné à cette interdiction.

(Vreme 29.1) Un tiers de la population yougoslave survit en dessous du seuil de pauvreté et est incapable de subvenir sans aide à ses besoins essentiels. Le taux de pauvreté en Yougoslavie approche les 30 % et 3 millions de personnes peuvent, selon les critères internationaux, être considérées comme pauvres. Les 1,2 million de retraités, qui vivaient déjà à la limite du seuil de pauvreté, touchent leurs rentes (de 30 DM par mois pour les rentes minimum et de 65 DM par mois pour les rentes moyennes, ce qui permet d'acheter 4 à 10 oeufs par jour...) avec plusieurs mois de retard, les allocations familiales (versées à environ 700'000 personnes) sont perçues avec un an de retard au moins. Selon la Croix-Rouge ougoslave, 1000'000 personnes ne doivent leur subsistance qu'aux soupes populaires. En outre, la Serbie bat tous les records de chômage, avec 800'000 chômeurs selon les statistiques officielles (soit un taux de chômage de 25 %), et le double selon les estimations officieuses prenant en compte les personnes qui ne sont pas recensées comme chômeuses mais n'ont pas de travail. Les indemnités chômage sont de 230 dinars par mois (10 DM).

(IWPR 1.2) Après avoir été traités régulièrement d'espions à la solde de l'étranger, d'éléments subversifs et de traîtres, les opposants serbes sont de plus en plus fréquemment accusés d'homosexualité, quoique celle-ci ne soit plus un délit en Yougoslavie depuis six ans. Cette exploitation d'une homophobie profondément ancrée dans l'opinion publique est assez ancienne : en 1991 déjà, Slobodan Milosevic avait propagé la rumeur selon laquelle l'ancien président slovène Janez Drnovsek était homosexuel. Plus récemment, c'est l'Alliance pour le changement qui a été la cible d'accusations de ce type, la "Gauche yougoslave unifiée" de Mira Markovic accusant ses dirigeants d'avoir "des penchants" à l'homosexualité. L'association homosexuelle Akadija a été condamnée sous l'accusation de bénéficier d'une aide financière étrangère pour promouvoir des "sectes subversives" en Yougoslavie, et des media pro-gouvernementaux ont dénoncé des liens entre Arkadija et l'Alliance pour le changement, laquelle a immédiatement démenti, ce qui lui a valu d'être accusée par Arkadija d'être aussi homophobe que le pouvoir. Pour la présidente du Comité Helsinki pour les droits de l'Homme, Sonjia Biserko, cette homophobie généralisée "est un signe de fascisme dans notre société, et particulièrement au sein de l'appareil d'Etat". Les homosexuels yougoslaves réclament une plus grande protection juridique, et notamment qu'une loi proscrive toute discrimination.

(IWPR 1.2) Certains Albanais de Kosove considèrent que la décision de la communauté internationale de gouverner la Kosove avec les politiciens locaux menace le projet indépendantiste. Le lancement fin janvier de l'administration mixte de la Kosove, entre l'ONU et les responsables politiques kosovars, a ainsi été quelque peu gâché par la résistance persistante des Albanais à l'égard de la nouvelle institution, la Structure administrative commune provisoire (JIAS), entrée en fonction le 1er février, et destinée à remplacer les nombreuses institutions autoproclamées ou parallèles créées par les Albanais, et en particulier par l'UCK, depuis la prise de contrôle de la Kosove par la MINUK en juillet. Le Parlement élu de Kosove, dominé par le parti d'Ibrahum Rogova, a cependant décidé de continuer à fonctionner, au moins pour un temps, alors qu'il devait s'autodissoudre. Du coup, l'ancien chef de l'UCK, Hashim Thaci, a menacé de faire lui aussi refonctionner ses propres institutions si Rugova ne dissolvait pas les siennes. La rivalité au sein de la communauté albanaise entre Hashim Thaci et Ibrahim Rugova, et leurs partis respectifs, est considérée par nombre d'observateurs comme un osbtacle au bon fonctionnement du nouvel exécutif, lequel n'a de plus pas (encore) réussi à s'attirer la participation de représentants serbes.

(AP 2.2) Un tribunal militaire de Belgrade a inculpé le 2 février sept personnes de complot en vue d'assassiner le président Milosevic, le dirigeant de l'opposition Vuk Draskovic et le général Nebosja Pavkovic. Les sept (le lieutenant de l'armée yougoslave Boban Gajic et six civils) sont également accusés d'avoir créé une organisation terroriste, l'Armée de libération serbe (OSA) et de comploter pour renverser le pouvoir en place. Ils seront jugés à Nis. Vuk Draskovic accuse cependant le pouvoir, et non un groupe terroriste d'opposition, d'avoir tenté de le tuer, et c'est un responsable de son parti, Borivoje Borovic, qui assure la défense des accusés, dont il affirme qu'ils étaient engagés dans des "opérations contre les insurgés albanais" en Kosove en 1998 et 1999.

(AFP 2.2) Le président élu de Kosovë, Ibrahim Rugova, a annoncé dans un communiqué le 2 février la dissolution de toutes les institutions de la République autoproclamée de Kosovë, soit son gouvernement, son parlement et sa présidence, et toutes les autres structures, conformément à l'accord sur l'administration conjointe du territoire, passé avec l'ONU. De son côté, Hashim Thaçi a également annoncé la dissolution de son propre gouvernement provisoire, rival de celui institué par Ibrahim Rugova.

(AIM 1.2) Le garde du corps et chef de la sécurité de Vojislav Seselj, Petar Panic, dit "Pana", a été blessé le 28 janvier dans un attentat à Belgrade. Lui-même avait été à plusieurs reprises accusé d'avoir commis divers crimes : en septembre 1995, de l'assassinat d'un propriétaire de discothèque, en octobre 1995 d'avoir posé quatre bombes à Belgrade, en juin 1997 d'avoir agressé un avocat. A chaque fois, "Pana" s'en était tiré en plaidant la légitime défense ou en fournissant des alibis. Il n'est pas le premier garde du corps de personnalités politiques à être assassinléou à mourir dans des circonstances mystérieuses : trois des gardes du corps de Vuk Draskovic sont morts dans un accident de la circulation très suspect, le 3 octobre 1999; un ancien chef de la sécurité du Parti démocratique de Zoran Djindjic a été tué ou, selon le version officielle, s'est suicidé en décembre 1999. En janvier 2000, le garde du corps du coordinateur de l'Alliance pour le changement, Vladan Batic, a été blessé.

(Reporter 2.2) Depuis dix ans, les partis de l'opposition serbe, à la seule exception de l'Alliance Civique, dénoncée pour cette raison comme "parti traître", ont adhéré au nationalisme, voire l'ont encouragé, et ont même, pour certains, formé des milices ou des groupes paramilitaires : le Mouvement serbe du Renouveau (SPO) de Vuk Draskovic a créé sa "Garde Serbe" et préconisé le refoulement en Albanie de tous les Albanais entrés en Serbie depuis 1941. Zoran Djindjic, chef du Parti démocrate, a quant à lui rencontré Radovan Karadzic à Pale. Le Parti social-démocrate (SDS) a soutenu les guerres de "purification éthnique". Vesna Pesic, leader de l'Alliance Civique, estime que "l'opposition a contribué à enflammer le nationalisme en Serbie", alors que le SPS de Slobodan Milosevic et le SRS de Vojislav Seselj sont qualifiés par elle d'"ultranationalistes".

(IWPR 4.2) Les familles qui demandent à être indemnisées par l'armée yougoslave pour la mort de leurs proches tués en Kosove affirment être grugées par des offres dérisoires équivalant à 10'000 DM, et un bloxage des demandes de dommages et intérêts. Les familles de soldats commencent à intenter des procès à l'armée, après l'expiration du moratoire sur les indemnisations, introduit en avril alors que les bombardements de l'OTAN battaient leur plein. Certains plaignants réclament jusqu'à l'équivalent de 2 millions de DM. Plus de 500 soldats yougoslaves ont été tués lors de la guerre en Kosove, et les parents ne peuvent plus réclamer de dommages et intérêts s'ils n'ont pas auparavant fait une demande direcvte d''indemnisation auprès de l'armée, qui a trois mois pour répondre à ces demandes, qui ne peuvent être jugées que par les tribunaux des villes où les soldats servaient au moment de leur mort, c'est-à-dire dans la plupart des cas en Kosove même, où il n'y a plus de tribunaux militaires yougoslaves, ceux-ci étant transférés en Serbie sans que les familles sachent où, et quand. Selon une source militaire anonyme, les demandes des familles se monent à un total de 1,5 milliard de DM.

(ANEM 10.2) Le 8 février, lors d'une conférence de presse donnée à la suite de l'assassinat du ministre yougoslave de la Défense Pavle Bulatovic, le vice-Premier ministre et leader d'extrême-droite serbe Vojislav Seselj a accusé les media indépendants d'être des "traîtres" et des "criminels", et d'être impliqués dans le meurtre de Bulatovic. "Tous ceux qui travaillent pour les Américains devront en supporter les conséquences. Quelles conséqueces ? Les pires possibles", a déclaré Seselj, qui, s'adressant à un journaliste de B292, lui a lancé "Vous travaillez contre votre pays, vous êtes payés avec de l'argent américain pour détruire votre pays. Vous êtes des traîtres, vous êtes de la pire espèce ! Il n'y a personne pire que vous !"

(IWPR 11.2) En Serbie, la nomenklatura politique contrôle toujours le débat public et repousse toute tentative de lui faire assumer la responsabilité de la défaite du pays dans la crise kosovare. Ce n'est pas seulement le régime en place, mais également la quasi totalité des partis d'opposition et la majorité des intellectuels qui participent de ce refus de voir la réalité en face, et de cette volonté de rendre également responsable toutes les composantes de l'ancienne Yougoslavie de son l'effondrement. Jusqu'à la crise de Kosove, la communauté internationale elle-même a hésité à désigner clairement la responsabilité du pouvoir de Belgrade. Du coup, aucune alternative ne se profile en Serbie, et si l'objectif "territorial" de la Grande Serbie apparaît actuellement comme irréalisable à court terme, il s'est mué en objectif "culturel" (celui d'une "Grande Serbie" constituée non d'un territoire, mais d'une langue et d'une culture commune). L'opposition, quant à elle, personnalise la responsabilité en accusant le président Milosevic d'être à peu près seul responsable des défaites serbes, et en oubliant ses propres responsabilités et sa propre participation au nationalisme "grand serbe". La présidente du Comité Helsini pour les droits de l'Homme en Serbie, Sonja Biserko, a accusé Zoran Djindjic et Vuk Draskovic d'avoir été en bons termes avec le chef de milice Arkan, et de lui avoir été "liées, soit par le biais de transactions criminelles, soit par celui du service de sécurité de l'Etat". Pour Sonja Biserko "l'opposition a été étroitement associée aux centres du pouvoir". A quoi un conseiller de Vuk Draskovic, Ognjen Pribicevic, rétorque que ce sont les déclarations de la présidente du Comité Helsinki qui "profitent directement à Slobodan Milosevic". Sonja Biserko a fait l'objet de menaces, a reçu lettres et coups de téléphone anonymes.

(IWPE 11.2) A en croire la télévision d'Etat serbe, la reconstruction des infrastructures détruites par les bombardements de l'OTAN en Serbie se poursuit sur un rythme quasiment frénétique : la moitié des 64 ponts détruits ou endommagés auraient déjà été réparés, et les travaux entrepris sur 21 autres ponts devraient être achevés le 7 juillet. En même temps, on annonce de source officielle que le coût des travaux est nettement inférieur aux premières estimations faites par des économistes indépendants. Selon l'Institut pour la Paix et l'analyse de la guerre (IWPR), ces apparences sont toutefois "trompeuses", le rythme des travaux étant assuré "grâce à l'exploitation éhontée de la main d'oeuvre" et des entreprises, qui doivent travailler pratiquement pour rien -et ne payent donc pratiquement pas leurs travailleurs, lesquels doivent travailler jour et nuit par n'importe quel temps. Une centaine d'ouvriers d'une entreprise ayant réparé le pont Smederevo-Kovin l'ont bloqué pour protester contre le fait de ne pas avoir été payés du tout. Environ 200 entreprises et 140'000 travailleurs sont ainsi exploités, alors que les salaires moyens "normaux" dans la construction n'atteignent pas même les 40 DM par mois. De nombreux travailleurs ne reçoivent que le salaire minimum (11,5 DM), et encore, parfois avec jusqu'à dix mois de retard.

(IWPR 15.2) Le président Milosevic intensifie ses efforts pour que les 90'000 Serbes restée en Kosove se retournent contre la nouvelle administration kosovare. Le pouvoir de Belgrade a déclaré aux Serbes de Kosove que soutenir la nouvelle autorité mise en place par l'ONU équivalait à soutenir l'indépendance de la Kosove. Des conférences sont organisées dans les enclaves serbes pour dénoncer les instances internationales qui, de fait, gouvertnent la province. Lors de ces réunions, Bernard Kouchner, administrateur de l'ONU pour la Kosove, est accusé de "collaborer avec la mafia de la drogue albanaise pour provoquer la séparation du Kosovo". Paradoxalement, ces conférences sont protégées par des gardes de sécurité mis à disposition par la mission de l'ONU . Un organisme fidèle à Milosevic, le "Conseil exécutif intérimaire du Kosovo", qui gouvernait la province avant le conflit avec l'OTAN, se réinstalle dans les enclaves serbes, où il sert d'autorité, verse les salaires, les retraites et l'aide humanitaire et commence à organiser une Assemblée serbe pour le Kosovo, composée de membres du parti radical serbe (extrême-droite) et du SPS de Milosevic, et qui donne des directives à la population serbe. Curieusement, ces institutions parallèles ressemblent beaucoup à celles que les Albanais avaient mises en place sous la présidence d'Ibrahim Rugova, alors que le régime serbe administrait la province. Le "contre-pouvoir" mis en place par Belgrade au Kosovo, et qui dispose d'un journal hebdomadaire (Novo Jedinstvo) sept stations de radios en Kosove (et en projette d'autres, ainsi qu'une télévision, émettant depuis Mitrovica et Prishtine, avec des programmes élaborés à Belgrade) sert surtout, semble-t-il, à saper le travail du Conseil national serbe, reconnu, lui, par l'ONU, et qui regroupe sous la houlette de l'évêque Artemije et de Momcilo Trajkovic les Serbes modérés en prônant la réconciliation et la coexistence entre Serbes et Albanais. Artemije et Trajkovic sont accusés de collaborer avec les "terroristes albanais" et les "agresseurs de l'OTAN".

(IWPR 15.2) Les conjonctures vont bon train en Yougoslavie sur l'assassinat du ministre de la Défense, Bulatovic. Selon le commentateur serbe Aleksandar Tijanic, "les auteurs probables du contrat contre Bulatovic pourraient être un petit groupe interne privé comprenant ce mélange serbe particulier d'intérêts politiques, commerciaux et sécuritaires". Tijanic exclut que les responsables de l'assassinat soient Albanais ou Monténégrins (Bulatovic était monténégrin), et estime que l'assassinat du ministre "soulève en fait la question de savoir qui dirige réellement la Serbie", où le monopole d'Etat de la "violence physique a été tédtruit", où "la violence et la haine (...) sont présentes partout" et où "tous les Serbes risquent un jugement sommaire, effectué par une source cachée de pouvoir, qui ne prend qu'une sorte de décision incontestable (et avec qui) il n'y a pas de négociation possible". Bulatovic, "un homme discret, politiquement modéré et accomodant", sans grandes ambitions, était l'oncle d'un truand assassiné en 1998, Darko Asanin, mais celui-ci avait fait sa carrière tout seul, sans que son oncle, professeur à Podgorica (Monténégro) ne l'y aide.

(IWPR 15.2) Le Parti socialiste au pouvoir en Serbie semble certain de gagner les prochaines élections locales, selon le correspondant à Belgrade de l'Institute for War & Peace Reporting (IWPR) de Londres, Srdjan Staletovic. Le SPS a limogé des centaines de ses responsables en vue de préparer ces élections. Il avait perdu celles de 1996, l'opposition ayant gagné plusieurs villes importantes, dont Belgrade. Ivica Dacic, porte-parole du SPS, a été chargé de la branche locale du parti à Belgrade, et aurait reçu mandat de gagner "par tous les moyens" les élections locales. En décembre 1999, 505 chefs locaux du parti et 670 secrétaires ont été limogés en Voïvodine.

(AFP, Reuters 17.2) Slobodan Milosevic a exalté le 17 février, lors du congrès du Parti socialiste de Serbie (SPS), la "lutte pour l'indépendance et la liberté" en affirmant que le SPS était "à la tête" de cette lutte depuis dix ans, et a fait l'éloge de la "résistance" yougoslave à l'OTAN. Plus de 5000 personnes ont salué Slobodan Milosevic à son arrivée au centre des conrès Sava, à Belgrade. Les participants au congrès ont particulièrement applaudi, d'entre les délégations étrangères présentes, celles du PC chinois, de la Russie et du parti Baas irakien. Slobodan Milosevic a été réélu à l'unanimité président du SPS. Le président du parlement serbe, Dragan Tomic, a pour sa part accusé l'opposition serbe d'avoir causé "presque autant de ravages que les bombardements de l'TAN" dans la vingtaine de villes qu'elle contrôle. Quant au Premier ministre serbe, Mirko Marjanovic, il a promis une croissance économique de 10 % par an et, en 2010, un revenu par habitant de 5000 dollars.

(IWPR 18.2) Les media indépendants de Serbie ripostent aux attaques du leader d'extrême-droite Vojislav Seselj, en annonçant qu'il le boycotteront, lui et son parti, après qu'il ait menacé de les "liquider". Quatorze journaux, magazines et media électroniques se sont mis d'accord sur ce boycott, qui ne porte cependant pas sur les déclaration de Seselj en sa qualité de vice-Premier ministre de Serbie -lequel avait en outre déclaré en janvier que seuls trois partis resteraient présents sur la scène politique yougoslave : le sien (le Parti radical), celui de Slobodan Milosevic (le Parti socialiste) et celui de l'épouse de ce dernier, Mira Markovic (la Gauche yougoslave unifiée).

(IWPR 22.2) Des rumeurs persistantes de reprises des bombardements de l'OTAN se sont emparées de la population de Belgrade, et d'une reprise du conflit, non plus à propos de la Kosove, mais à propos du Monténégro, contre lequel Slobodan Milosevic est suspecté de préparer une offensive militaire pour éviter son propre effondrement politique en Serbie. Une "rumeur sur la rumeur" prétend que celle-ci serait en fait répandue par la police politique, pour inciter la population à "serrer les rangs" derrière le pouvoir. Les récents assassinats de personnalités proches du pouvoir, et la tentative présumée d'assassinat contre Vuk Draskovic, ont encore accru la paranoïa ambiante, les leaders politiques, y compris ceux de l'opposition, s'entourent désormais de gardes du corps, circulent dans des voitures blindées et escortées, fortifient leurs domiciles.

(Reporter 23.2) A l'initiative de l'Association indépendante des journalistes de Serbie, les directeurs et les rédacteurs en chef des media privés et non-gouvernementaux les plus importants de Serbie ont décidé de boycotter le Parti radical serbe, à la suite des déclarations duvice-Premier ministre Vojislav Seselj, qui a qualifié les journalistes indépendants de "traîtres", de "conspirateurs", d'"assassins" et les a ouvertement menacés. Le boycott engage les 32 membres de l'Association des media électroniques indépendants (ANEM), une centaine de media locaux et les journaux, radios et télévisions privées les plus importants (dont Beta, B2-92, Studio B, Vreme, Republika, Danas). En 1992, une première tentative de Boycott de Seselj par les journalistes serbes avait échoué )le leader du Parti radical avait alors inscrit sur une liste d'"indésirables" toutes les personnes dont le nom ne se terminait pas par le suffixe serbe "ic").

(Courrier des Balkans 24.2) Les élections municipales doivent se tenir avant la fin de l'année en Serbie. D'après les sondages, et compte tenu de la situation du pays, l'opposition devrait l'emporter -du moins si elle ne se redivise pas. Selon les observateurs, cette victoire de l'opposition pourrait signifier le début de la fin du régime, et celui-ci pourrait donc être tenté par une épreuve de force, avant les élections (par la confection d'une loi électorale sur mesure, ou un redécoupage des circonscriptions), ou après (par refus d'admettre une éventuelle défaite). Une autre solution serait la provocation d'un conflit avec le Monténégro, qui serait le prétexte à un report des élections et à une relance du nationalisme serbe.

(Vreme 26.2) Les salariés de plus de 900 lycées et écoles primaires de Serbie (sur 1618 établissements) se sont mis en grève fin janvier pour obtenir un niveau de salaire qui leur permettre d'enrayer la dégradation continuelle de leurs conditions de vie. Fin février, après quatre semaine de grève, celle-ci se poursuivait. 4 organisations syndicale ont signé à la mi-février un document exigeant une augmentation du salaire minimum de 20 % du salaire moyen serbe. Le gouvernement a réagi à la grève, avec retard, d'abord en dénonçant la présence de "mercenaires étrangers" dans les rangs des grévistes, puis en menaçant ceux-ci de sanctions. Des négociations se sont ouvertes au bout de trois semaines de grèves, le gouvernement proposant une augmentation de 10 % des salaires, proposition refusée par les syndicats. L'éducation publique serbe compte plus de 100'000 salariés, touchant pour la plupart des salaires équivalant à moins de 100 DM (80 FS, 320 FF) par mois.

(RSF 7.3) Dans une lettre au ministre serbe de la Justice, Reporters sans Frontières (RSF) a protesté le 7 mars contre l'attaque par la police des locaux de la chaîne de télévision "Studio B" de Belgrade, le 6 mars. Cinq individus en uniformes de police ont pénétré dans les locaux de la télévision, contrôlée par le Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic, ont blessé deux employés et détruit une partie du matériel. RSF dénonce le harcèlement continuel dont la télévision privée est la victime depuis des mois : amendes prohibitives, taxes d'utilisation des fréquences encore plus prohibitives (et exigées plusieurs fois), dépradations...

(IWPR 7.3) Neuf ans après la manifestation qui avait failli, le 9 mars 1991, renverser le régime de Slobodan Milosevic, les Serbes sont amers : le 9 mars est devenu un mythe politique, à cause de ce qui aurait pu se passer, et ne s'est pas passé : un changement de régime, pacifique. La République fédérative socialiste de Yougoslavie existait encore en 1991, mais les Républiques déclaraient leur indépendance les unes après les autres, à l'exception du Monténégro. L'autonomie de la Kosovë avait été abolie en 1989 déjà. Le principal parti de l'opposition d'alors, le Mouvement du renouveau serbe (SPO) avait organisé un grand rassemblement sur la place de la République de Belgrade. L'espoir était celui d'un changement démocratique. La réalité fut une répression brutale, qui fit deux morts et des centaines de blessés et d'arrestations. Belgrade fut transformée en champ de bataille, où les manifestants ripostaient à coups de pierre aux matraques de la police. Des chars avaient été envoyés par le régime dans les rues de Belgrade. Milosevic semblait aux abois -mais dans les mois qui suivirent, il retourna la situation en détournant l'attention du public serbe vers la situation désespérée des Serbes de Bosnie et de Croatie. L'opposition préféra le nationalisme à la démocratie et se rallia é la "croisade serbe". De nombreux protagonistes de la tentative de soulèvement de 1991 sont toujours présents sur la scène politique : Vuk Draskovic, instigateur des manifestations et leader du SPO, a changé à plusieurs reprises d'allégeances, se rangeant tour à tour du côté des autorités et du côté des opppsants; le leader estudiantin Zarko Jokanovic est devenu l'un des chefs de la "Nouvelle démocratie", qui fit partie de la coalition gouvernementale. Le général Momcilo Perisic, aujourd'hui dans l'opposition, s'illustra par les attaques serbes contre Zadar et Mostar. Le général Vuk Obradovic, lui aussi actuellement dans l'opposition (social-démocrate), soutenait le nationalisme "grand serbe"

(IWPR 7.3) Le gouvernement serbe s'est lancé dans une entreprise de "démoralisation" systématique des autorités locales des villes contrôlées par l'opposition. Ainsi, le gouvernement a supprimé l'aide financière accordée à la ville de Kraljevo (qui a accueillu 25'000 réfugiés de Kosove) et privé les municipalités du revenu des impôts locatifs des biens appartenant à l'Etat. Un programme de privatisation de ces biens, justifié par la nécessité de financer la reconstruction du pays après les bombardements de l'OTAN, a particulièrement frappé les villes dirigées par l'opposition, comme Kraljevo. L'Etat a de plus négligé d'entretenir ou de réparer les infrastructures de ces municipalités, a taxé les aides internationales fournies à certaines d'entre elles (comme Pirot et Nis, qui avaient reçu du carburant de l'Union européenne) et multiplié les pressions sur l'opposition, y compris contre les élus locaux (comme le maire de Nis, Zoran Zivkovic, traduit devant un tribunal sous l'accusation d'avoir répandu de fausses informations. Les media contrôlés par l'Etat ont pris le relais en affirmant que les problèmes rencontrés dans les villes contrôlées par l'opposition, à commencer par Belgrade, sont dus à l'incompétence de celle-ci.

(IWPR 10.3) L'opposition et les media indépendants serbes sont frappés par la répression. Début mars, la chaîne de télévision indépendante Studio B a diffusé des images d'un jeune militant de l'opposition frappé par cinq jeunes hommes sortis d'un véhicule garé devant le ministère serbe de l'Intérieur. Quelques jours plus tard, la police est descendue en force dans les locaux de Studio B, frappé deux employés, endommagé du matériel de diffusion de la télévision privée et de la radio B2-92, et provoqué l'arrêt de la diffusion de la radio. Auparavant, Studio-B avait été condamnée à de nombreuses amendes au protexte d'infraction à la loi sur l'Information, et le matériel de diffusion de son émetteur du mont Kosmaj a mystérieusement été volé. Le quotidien de Belgrade "Vecernje Novosti" a quant à lui été repris en main, après avoir ouvert ses pages éditoriales à des opposants au régime : un nouveau rédacteur en chef, Dusan Cukic, issu du parti de Slobodan Milosevic, a été nommé pour remettre "Vecernje", le plus fort tirage de la presse serbe, sur le droit chemin. Le 9 mars, une station de radio et de télévision de Cuprija a été fermée. La veille, "Radio Boom" de Pozarevac avait été privée d'antenne. Certaines sources ajoutent à ce tableau la préparation d'une milice de 1500 partisans de Slobodan Milosevic, dont des éléments de la pègre belgradoise, chargée de perturber les manifestations de l'opposition. Débus mars, la police est entrée en force dans un lycée de Belgrade pour arrêter un élève qui avait participé à une conférence de presse annonçant des manifestations d'étudiants. "Otpor" a annoncé que 200 de ses miliotants avaient été arrêtés dans les derniers mois. A Novi Sad, 66 militants de la Logie des Sociaux-démocrates de Voïvodine ont été arrêtés alors qu'ils collaient des affiches protestant contre la venue dans la ville du Premier ministre serbe Mirko Marjanovic. Trois journalistes et photographes, travaillant pour l'agence de presse "Beta", le quotidien "Blic" et Radio Free Europe, ont été frappés par des partisans du pouvoir.

(RSF 15.3) La fermeture de la radio-télévision municipale de Pozega dans la nuit du 12 mars porte à huit le nombre de media fermés ou suspendus par le régime de Belgrade depuis le début de l'année, et à dix-huit le nombre de ceux victimes de la répression, puisque les locaux de trois autres media ont été victimes d'actes de vandalisme et que sept organes de presse ont été condamnés à de lourdes amendes. La police a forcé l'entrée des locaux de RTV Pozega, contrôlée par l'opposition, et confisqué son matériel au prétexte que la chaine ne dispose pas de licence et n'a pas réglé les taxes d'utilisation des fréquences -ce que la chaîne démend. Le 8 mars, les autorités avaient fermé la radio "Boum 93" de Pozarevac; le 9 mars, la radio "Tir" et la télévision "Nemanja" de Cuprija, ainsi que la ratio sportive "Golf" de Belgrade ont été fermées. Le 28 janvier, l'imprimerie ABC, qui imprime le quotidien "Glas Javnosti", a été mise en faillite. Le quotidien "Vecernje Novosti" a été sommé de "fusionner" avec "Borba", proche du pouvoir, et un partisan du pouvoir, Dusan Cukic, a été nommé à sa tête. La télévision "TV5" de Nis a été sommée de quitter ses locaux au plus tard le 25 avril, alors qu'elle dispose d'un bail jusqu'en 2004. Le 29 janvier, les locaux du quotidien "Blic" à Kragujevac ont été la cible d'actes de vandalisme; quinze jours plus tard, dans la nuit du 14 au 15 février, une partie de l'équipement du journal "Novine Vranjske" a été volé; trois semaines après, le 6 mars, des individus masqués ont pénétré de force dans les locaux de la télévision "Studio B", contrôlée par le SPO (opposition), blessé deux employés et détruit une partie du matériel. Plusieurs quotidiens ont enfin été condamnés à des amendes de plusieurs milliers d'euros (ou de plusieurs milliers de dollars) : "Nedeljne Novine", "Nezavisna svelost" à 100'000 dinars (9000 euros), "Nin" et Vecernje Novosti" à 150'000 dinars (13'500 euros), "Srpska rec" à un total de 750'000 dinars (67'500 euros), et "Danas" à un total d'un million 850'000 dinars (166'500 euros). En mars, le ministère des Télécommunications a ordonné à plus de 200 radios et télévisions de payer une redevance pour l'utilisation des fréquences, sous peine de fermeture. Pour "Reporters sans frontières", ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'une "nouvelle vague de répression lancée contre les media indépendants du pays" depuis l'assassinat du ministre de la Défense, Pavle Bulatovic, et après que le vice-Premier ministre (d'extrême-droite) Vojislav Seselj, suivi par de nombreux media officiels, ait menacé les journalistes indépendants.

(IWPR 15.3) La plupart des leaders de l'opposition serbe partagent, sur la question kosovare, une position proche de celle de Slobodan Milosevic, et parfois même plus intransigeante que la sienne. Pour le Conseiller politique de Vuk Draskovic (SPO), le Kosovo est "le problème majeur de la politique serbe", avant la réforme économique, les relations avec l'Europe et la démocratisation. Par contre, les petits partis sociaux-démocrates tentent de défendre une ligne plus "souple" et moins "nationaliste", à l'égard non seulement du Kosovo mais également de la Voïvodine et du Sandjak. Nenad Canak (Ligue des sociaux-démocrates de Voïvodine) a ainsi proposé que les trois régions (Kosovo compris) soient toutes transformées en Républiques, au sein de la Yougoslavie, et Zarko Korac (Union sociale-démocrate) appelle à ne plus "diaboliser" l'intervention étrangère et à faire représenter les intérêts des Serbes de Kosovo par des organisations non-gouvernementales. Enfin, la coalition de l'opposition (l'Alliance pour le Changement) soutient les initiatives démocratiques proposées par les principaux représentants serbes de Kosove, l'évêque Artemije et Momcilo Trajkovic.

(IWPR 15.3) Des centaines de réservistes de l'armée yougoslave sont descendus dans les rues de Kraljevo pour protester contre la modibilisation décrétée par les autorités yougoslaves. A Stubal, environ 200 manifestants ont accueilli les responsables du gouvernement chargés de rassembler les réservistes en leur criant (en référence au fils du président Milosevic) "Allez chercher Marko !", et les ont chassé du village avec des gourdins. Le dernier rappel de réservistes a commencé au début mars dans le centre et le sud de la Serbie, dans les villes de Nis, Leskovac, Vranje, Kraljevo, Raska, Krusevac et Kursumlija. Cette mobilisation affecte particulièrement des régions contrôlées par l'opposition, et plus particulièrement encore les régions qui ont reçu du carburant de chauffage de l'Union européenne dans le cadre d'un programme "Energie pour la démocratie", en hiver 1999-2000. Le chef d'état major de l'armée fédérale, le général Pavkovic, a démenti toute mobilisation de réservistes et affirmé qu'il n'était question que d'un rappel pour "entraînement régulier". Les recrues, elles, sont convaincues que Milosevic prépare une nouvelle guerre, dans le sud de la Serbie pour combattre les partisans albanais, en Kosove contre l'OTAN, ou au Monténégro contre la police monténégrine et les partisans de Djukanovic. A Kraljevo, 15 % seulement des réservistes ont répondu à l'appel. Le 13 mars, 200 réservistes ont manifesté pour demander des explications à l'armée et exiger l'arrêt immédiat du rappel des anciens combattants (et la démobilisation de ceux qui ont déjà été rappelés). Les autorités militaire ont fait appel à la police civile pour les aider à rassembler ceux qui refusent de rejoindre l'armée. Des accusations de brutalités policières ont été portées : des réservistes auraient été ligotés pour être emmenés, d'autres auraient été battus.

(IWPR 15.3) Le ministère serbe de l'Agriculture a interdit le 2 février les exportations de denrées alimentaires au Monténégro, en Macédoine et en République serbe de Bosnie. Cette interdiction, qui semble essentiellement destinée à faire pression sur le Monténégro, en le contraignant à s'approvisionner sur le marché international à des prix plus élevés, va coûter à la Serbie (en pertes d'exportations) environ 40 millions de dollars par mois selon les économistes indépendants du "G17". La Chambre de commerce yougoslave a demandé au gouvernement serbe de lever les barrières à l'exportation. Avec la seule Macédoine, la Yougoslavie a échangé en 1999 350 millions de dollars de marchandises.

(IWPR 17.3) Une groupe d'hommes de mains du régime, surnommés les "hommes en noir", serait devenu une véritable police politique parallèle, selon l'opposition. Il s'agirait d'un groupe de voyous, aidés par la police, mais n'obéissant à aucune loi, et sans existence légale (ce qui permet au pouvoir de nier leur existence, ou tout rapport avec eux). On croit savoir qu'ils viennent de diverses villes de Serbie, de Bosnie et du Monténégro, ont tous un passé douteux et ont tous une dette à l'égard du régime, qui les aurait notamment laissé profiter du marché noir et de la contrebande. En retour, ils ferait le "sale boulot" pour lui : agressions contre des militants de l'opposition (notamment ceux d'"Otpor", intimidation contre d'autres membres, plus "rangés", de l'opposition légale, infiltration des milieux étudiants, saccage d'imprimeries et de radios privées.

(IWPR 17.3) L'avenir du Sandjak est sombre, quelle que soit l'issue des conflits opposant la Serbie au Monténégro, d'une part, et aux Albanais de la région frontalière avec la Kosove, d'autre part. Les musulmans du Sandjak quittent de plus en plus nombreux leur région pour la Turquie et l'Allemagne, craignant d'être entraînés dans un nouveau conflit, qui aurait des implications directes, et violentes, au Sandjak lui-même. Les dirigeants de la communauté musulmane du Sandjak (250'000 personnes) demandent à la population de rster sur place, et assurent que les relations entre les diverses communautés de la région (Monténégrins, Albanais, Serbes, Roms et Musulmans) restent bonnes, et dépit des tentatives de les dresser les unes contre les autres. Mais divisé à l'intérieur, frontalier de la Kosove, de l'Albanie et de la Bosnie, le Sandjak a été affecté par toutes les guerres yougoslaves. Plus de 100'000 musulmans ont déjà quitté la région en huit ans, dès le début de la guerre de Bosnie en 1992 (les forces serbo-yougoslaves ont alors expulsé les musulmans vivant à la frontière bosniaque pour stopper le transit des armes et des hommes partant soutenir les Bosniaques. Au début de la campagne de bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie, beaucoup de musulmans du Sandjak ont à nouveau fui, en Bosnie, pour échapper à l'enrôlement dans l'armée yougoslave. Les musulmans du Sandjak craignent une partition de leur région dans le cas d'une séparation de la Serbie et du Monténégro, et souhaitent préserver la fédération yougoslave pour éviter cette partition. Malgré leur opposition à Belgrade, ils s'opposent donc également aux tendances indépendantistes monténégrines.

(RSF 21.3) Selon "Reporters sans Frontières", la répression des media indépendants et d'opposition en Serbie "n'a jamais atteint un tel degré" que celui atteint actuellement, et que RSF qualifie de "verrouillage total de l'espace médiatique". Depuis le début 2000, vingt organes de presse ont été victimes des "représailles du régime" de Belgrade. Avec les radiotélévisions municipales de Kraljevo, fermée le 18 mars, de Pozega, fermée le 12 mars, et de Pirot, fermée le 14 marsdix media ont été fermés ou suspendus. Le 8 mars, la radio "Boum" de Pozarejac a été fermée; le 9, la radio "Tir" et la télévision "Nemanja" de Cuprija; à Nis, la télévision TV% risque la fermeture. Sans être fermée officiellement, des media sont attaqués matériellement : le 29 janvier, les locaux du quotidien "Blic" à Kragujevac ont été mis à sac par des inconnus; mi-février, une partie de l'équipement du journal "Novine Vranjske" a été volé; le 6 mars, c'est la télévision "Studio B" qui a été vandalisée. Des amendes de plusieurs centaines de milliers de dinars (100 dinars = 9 euros) ont frappé les journaux "Nedeljne Novine", "Nezavisna svetlost", "Nin", "Vecernje Novosti", "Danas" (qui a reçu un total de près de deux millions de dinars d'amendes), "Srpska rec" et la télévision "Studio B". Enfin, le ministère des télécommunications a sommé, sous peine de fermeture, pèlus de 200 radios et télévision de payer une redevance pour l'utilisation de fréquences d'émission.

(IWPR 24.3) Dans un texte publié par l'Institute for War & Peace Reporting de Londres, Vojislav Kostunica, leader de l'opposition serbe (et futur président yougoslave) revient, un an après le début de l'offensive de l'OTAN contre la yougoslavie, sur ce qu'il considère comme "l'erreur qui a mis fin à tout espoir d'une solution négociée de la crise du Kosovo", l'usage de la force par l'OTAN pour résoudre la crise kosovare. Pour Kostunica, un an après, "l'espoir que des gens de différentes nationalités et religions puissent vivre de nouveau ensemble a été anéanti", et les "seigneurs de la guerre et de la mort de Washington" ont provoqué plus de "dommages matériels et spirituels" que les régimes qui ont sévi dans les Balkans; le "tissu de la société à prédominance albanaise du Kosovo" est détruit par "les affrontements entre les Albanais". Kostunica considère que les élections municipales prévues au Kosovo "ne peuvent avoir (...) qu'une seule fonction : justifier la purification éthnique" contre les Serbes, et que ceux-ci doivent s'abstenir de participer aux institutions intérimaires mises en place par l'ONU tant que les réfugiés serbes qui ont quitté le Kosovo n'y sont pas revenus.

(Vreme 25.3) Branislav (Branko) Lainovic, homme d'affaire et trafiquant proche du pouvoir, puis des autonomistes de Voïvodine a été abattu le 20 mars devant un hôtel de Belgrade, de deux balles dans la tête. Le tueur s'est enfui. Lainovic est la cinquième personnalité a être assassinée depuis le début de l'année en Yougoslavie, après Arkan le 15 janvier, le ministre fédéral de la Défense le 7 février, Mirko Tomic le 13 février et Radoslav Trlajic le 25 février. Lainovic se vantait de disposer de renseignements sur beaucoup de monde, notamment sur les formations paramilitaires, la police, l'armée et la criminalité, et affirmait pouvoir mobiliser une "garde personnelle" de 200 hommes armés.

(IWPR 28.3) Les habitants de la Sumadija se préparent à la rébellion contre le pouvoir de Belgrade. Cette région du centre de la Serbie, entre Cacak, Kragujevac et Kraljevo a une vieille tradition d'opposition au pouvoir central. Les manifestations ont commencé à Kraljevo par celles des enseignants, puis des étudiants, puis des habitants réclamant la reprise d'un émetteur de télévision saisi par les autorités fédérales, puis des réservistes de l'armée fédérale refusant de répondre à l'appel de l'armée. A Cacak, les habitants ont organisé une surveillance permanente de la station de télévision de la ville, et posé des pièges à ours près de l'émetteur. Les villes de la région sont passées à l'opposition en 1997.

(Reporter 29.3.2000) Dans un entretien à "Reporter", le colonel Dragan Vuksic, collaborateur de l'ancien chef de l'armée yougoslave le général Momsilo Perisic, affirme que jusqu'au limogeage de ce dernier, l'armée fédérale yougoslave a une "une attitude critique envers la politique de Slobodan Milosevic" et a représenté "une certaine barrière pour la réalisation de cette politique au Kosovo et Metohija". Le colonel Vuksic affirme que "la révolte couvait dans l'armée" contre Milosevic, et confirme que certaine officiers supérieurs pensaient même à un coup d'Etat contre le régime, mais qu'ils ne pensaient qu'à "restaurer la Yougoslavie communiste antérieure" (celle de Tito) et n'avait "pas pris conscience des changements en Europe". Le colonel affirme également que l'armée avait clairement averti Milosevic de ce qu'il adviendrait en cas de conflit avec l'OTAN, et avoir lui-même, le 7 avril 1999, demandé la démission de Milosevic et la formation d'un gouvernement de "salut national" négociant l'arrêt des bombardements de l'OTAN et l'élaboration d'un "programme de crise" pour le Kosovo.

(IWPR 31.3) Selon des enquêtes réalisées par le Centre pour l'étude des alternatives et l'Institut des sciences sociales de Belgrade, qui ont interrogé près de 4000 personnes, plus d'un tiers (35 %) d'entre elles envisageaient l'usage de la force pour provoquer un changement de gouvernement, alors que seuls 3 % des sondés se déclaraient partisans du statu quo. Les deux tiers des "sondés" ont exprimé leur mécontentement à l'égard du pouvoir, et seuls 4 % ont estimé que le président Milosevic faisait un bon travail. Un tiers des sondés ont déclaré que la présidence fédérale était l'institution de l'Etat en laquelle ils avaient le moins confiance, et 8 % ont exprimé une confiance absolue en la présidence fédérale. L'opposition ne recueille pas une confiance importante non plus, et 20 % des sondés se disent favorables à un soulèvement populaire, 16 % pensent que le système s'effondrera tout seul et seulement 17 % que le changement viendra des élections. La moitié des "sondés" souhaitent un changement progressif et pacifique

(IWPR 31.3) A coups de manifestations, de concerts folks, de tables-rondes et d'émissions de télévision, le régime de Milosevic célèbre le premier anniversaire du déclenchement de l'offensive de l'OTAN contre la Yougoslavie en transformant cette guerre (et cette défaite au Kosovo) en une victoire.

(AFP 3.4) La décision d'une partie des chefs de la communauté serbe de Kosove de coopérer (pendant au moins trois mois, sous condition) avec l'ONU a mis en évidence les divisions de la communauté, entre ceux (notamment au nord, autour de Mitrovica) qui espèrent une partition de la Kosove et refusent de coopérer avec l'ONU, et ceux (notamment dans les enclaves serbes du centre et du sud) qui considèrent que l'avenir passe par une Kosove "*multi-éthnique" et veulent coopérer avec l'ONU. Lors d'une réunion du Conseil national serbe (SNV) le 2 avril au monastère de Gracanica, il a été décidé de nommer un observateur du Conseil d'administration intérimaire (IAC) créé en décembre par l'ONU, et que les Serbes boycottaient. Des leaders serbes de Mitrovica, qui ne participaient pas à la réunion, et ont été soutenu depuis Belgrade par l'extrême-droite (Parti radical) ont dénié à celle-ci la légitimité de prendre une décision, et le SNV de Mitrovica s'est autoproclamé SNV de tout le Kosovo, à quoi le porte-parole du SNV à Granica, le père Sava, a répliqué que le maire autoproclamé de Mitrovica, et chef du SNV de cette ville, ne représentait que ce SNV local et ne prenait en compte "que la partie nord de la province, ce qui n'est rien d'autre que la division du Kosovo". Le SNV "officiel" a exprimé plusieurs exigences parallèlement à sa décision de coopérer avec l'ONU, notamment l'arrêt des violences anti-serbes, des enquêtes sur les meurtres et les enlèvements de Serbes. Si aucun progrès n'est constaté dans la situation des Serbes dans les trois mois, le SNV pourrait à nouveau rompre toute coopération avec l'ONU.

(IWPR 4.4) La presse indépendante serbe fait l'objet de mesures entravant sa diffusion, et dont elle rend responsable le gouvernement. Les éditeurs des journaux indépendants affirment que celui-ci organise délibérément une pénurie de papier, et les force à réduire leur prix de vente jusqu'à le faire tomber en-dessous du seuil de rentabilité. Le seul producteur de papier journal en Yougoslavie, l'usine Matroz, a suspendu sa production le 25 mars, et le vice-président du gouvernement serbe, Fragan Tomic, a repoussé sa date de réouverture, initialement prévue le 1er avril, au 10 avril, en prétextant une grève en Hongrie interrompant les importations de cellulose. L'éditeur de "Blic" rétorque que les autorités organisent elles-mêmes la pénurie pour forcer les journaux indépendants à réduire leur pagination, ou à acheter du papier journal d'importation avec un taux de change excessif (supérieur non seulement au taux officiel, mais même au taux du marché noir). Le ministère du Commerce a en outre ordonné à "Blic" et à "Glas" de réduire leur prix de vente de six à huit dinars l'exemplaire, en estimant que les deux journaux faisaient des bénéfices excessifs. Pour les éditeurs, qui relèvent que le coût de l'impression de leurs journaux a doublé, cette réduction aboutirait à une perte de 41 centimes par exemplaire vendu. On relève par ailleurs que les journaux pro-gouvernementaux n'ont pas les problèmes des journaux privés : "Borba" est directement financé par le gouvernement, "Politika" et "Ekspress-Politika" ne sont pas soumis à l'impôt.

(Reporter 5.4) Selon l'Institut fédéral des statistiques, le coût du "panier du consommateur" serbe atteignait 4329 dinars en février (au prix officiels, les prix réels augmentant le coût du panier de 265 dinars), alors que le salaire moyen était de 1675 dinars en moyenne en Serbie (de 3309 dinars au Monténégro), auxquels s'ajoutent en moyenne 120 à 200 dinars d'allocations familiales (pour ceux qui en reçoivent). Le salaire réel peut cependant être, dans les rpgions défavorisées du sud de la Serbie, quatre fois plus bas que le moyenne yougoslave : il était de 437 dinars dans la cordonnerie et la maroquinerie (21'469 salariés). Selon un sondage mené par le centre d'étude "Alternativa" de Belgrade en septembre 1999, 70 % des Serbes craignaient la famine, et selon l'Association nutritionniste yougoslave, un tiers des enfants serbes sons sous-alimentés, les habitants adultes reçoivent 2000 calories par jour au lieu des 3100 considérés comme normaux, et à la naissance, les filles pèse 100 grammes de moins qu'en 1989, et les garçons 300 grammes.

(Monitor 7.4) Après quatre mois d'attente, le gouvernement serbe a finalement répondu à la demande de la Cour Suprême fédérale d'adopter une nouvelle loi électorale pour l'assemblée fédérale. L'ancienne loi est déclarée anticonstitutionnelle, sous prétexte qu'elle repose sur un système "à l'anglaise" (uninominal à un tour) et autorise la révocation des députés. La nouvelle loi, présentée aux députés, et évidemment adoptée, le 11 avril répare ces deux "fautes" de l'ancienne, mais modifie également celle-ci sur toute une série de points favorisant les forces fidèles à Slobodan Milosevic : ainsi, un parti qui se verrait refuser des candidats sous quelque prétexte "administratif" que ce soit verrait son siège contesté attribué à un autre parti, par une commission de vérification des listes constituée du président du Parlement, du secrétaire du Parlement et des représentants des groupes parlementaires. C'est selon cette nouvelle loi que seront élus, parmi les députés actuels du parlement serbe, les nouveaux représentants serbes au "Conseil des Républiques" (le Sénat, théoriquement paritaire serbo-monténégrin, mais boycotté par les représentants de la majorité monténégrine). Pour les représentants monténégrins et de la Voïvodine opposés à Milosevic, la nouvelle loi n'est qu'un instrument de perfection du contrôle de Milosevic sur l'ensemble de la Yougoslavie, et de réglement de comptes avec le gouvernement monténégrin, qui lui échappe.

(Reuters 10.4) Le président serbe Milan Milutinovic a été opéré du coeur, a annoncé l'agence officielle Tanjug. Le président serbe est également le suppléant possible, pour un intérim de deux mois, du président Yougoslave Slobodan Milosevic en cas de démission de celui-ci en cours de mandat. Comme Slobodan Milosevic, Milan Milutinovic a été inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

(RSF 12.4) Alors que l'opposition annonce une manifestation contre le régime de Milosevic pour le 14 avril, le pouvoir serbe lance une nouvelle offensive contre les media indépendants et d'opposition. Les amendes continuent de frapper quotidiennement les media contestataires, et leur montant total s'élevèrait, selon Reporters sans Frontière, à 25 millions de dinars (plus de 3,5 millions de FS). Pour la première fois, des media condamnés ont annoncé publiquement qu'ils refuseraient de payer les sommes dues Le 10 avril, la télévision municipale de Belgrade, Studio B, contrôlée par l'opposition et condamnée à 450'000 dinars d'amende (après l'avoir déjà été à 700'000 dinars) a déclaré ne plus vouloir "participer à cette comédie juridique"; le 11 avril, les responsables du quotidien indépendant Narodne Novine, de Nis, ont également refusé de payer les 400'000 dinars auxquels ils ont été condamnés. Plus de 200 media électroniques n'ont pas vu leurs licences renouvelées et sont menacés de fermeture. La pénurie de papier frappe la presse écrite : l'unique fabricant de papier journal, Matroz, a suspendu sa production et la licence d'importation de papier journal a été refusée aux éditeurs indépendants. Deux quotidiens indépendants ("Blic" et "Glas Javnosti") ont été frappés d'une décision de baisse de 25 % de leur prix de vente. L'imprimerie de Glas Javnosti a été mise en faillite, un proche du régime a été nommé directeur et rédacteur en chef du quotidien "Vecernje Novosti", des locaux de journaux ont été mis à sac. Depuis le début de l'année, une dizaine de media indépendants ont été fermés et une trentaine ont été condamnés. Le quotidien indépendant "Danas" et son rédacteur en chef sont poursuivis par l'agence officielle Tanjug, qui leur réclame 1 million de dinars de dommages et intérêts pour un texte critiquant l'agence. Le 11 avril, l'hebdomadaire indépendant "Vreme" est passé en justice sur plainte du ministère de la Culture. Le 2 avril, l'hebdomadaire d'opposition "Kikinske Novine" a été frappé d'une amende de 280'000 dinars. En février, l'hebdomadaire "Nin" et le quotidien "Vecernje Novosti" ont été frappés chacun d'une amende de 150'000 dinars. Le 10 mars, l'hebdomadaire du SPO "Srpska Rec" a été condamné à 450'000 dinars d'amende pour avoir accusé la police d'être impliquée dans un attentat contre Vuk Draskovic. Le 13 mars, le ministère fédéral des Télécommunications a donné un délau au 31 mars à 168 radios et 67 chaînes de télévision pour régler les taxes d'utilisation des fréquences, les media en question n'ayant cependant jamais reçu de notification écrite du montant à honorer. Plusieurs radios et télévisions privées ont été purement et simplement fermées : "Boum93" de Pozarevac le 8 mars, "Tir" et "Nemanja" de Cuprija le 9 mars, la radio-télévision municipale de Pozega le 12 mars, puis la télévision municipale de Pirot, celle de Kraljevo le 18 mars. A Nis, la télévision TV% est menacée de fermeture.


Belgrade, 14 avril 2000 AFP 14.4, 16.4) Plus de 70'000 personnes se sont rassemblées le 14 avril au centre de Belgrade à l'appel de l'opposition pour réclamer des élections anticipées. C'était la plus grande manifestation à Belgrade depuis août 1999. es quinze principaux leaders de l'opposition se sont adressés à la foule. Parmi eux, les deux rivaux, Vuk Draskovic et Zoran Djindjic, qui a déclaré : "Nous sommes la force qui va libérer la Serbie". Un responsable du mouvement étudiant "Otpor" (Résistance) a affirmé, à propos de Slobodan Milosevic : "nous n'aurons pas de seconde chance cette année, c'est lui ou nous". L'opposition, qui a conclu en janvier un accord pour une stratégie commune, veut contraindre le pouvoir à organiser des élections anticipées à tous les niveaux, ce que le pouvoir a refus. L'agence officielle Tanjug a qualifié la manifestation de "meeting de soutien à l'OTAN" et le ministre serbe de l'Information, Aleksandar Vucic, a déclaré le 15 avril qu'il n'y aurait pas d'élections législatives anticipées en Serbie en 2000.

(Vreme 15.4) Un incendie a détruit six étages de l'Université de Novi Sad, en Voïvodine, tuant une employée et détruisant six salles de rédaction de télévisions, radios et d'un journal, mais les media touchés sont à la fois des media gouvernementaux et d'opposition

(RSF 19.4) L'agence de presse indépendante serbe "Beta" a été condamnée à une amende de 150'000 dinars (environ 20'000 FS, 80'000 FF), et son directeur ainsi que sa rédactrice en chef à des amendes de 80'000 dinars pour avoir affirmé que le ministre yougoslave de l'Information, Goran Matic, était propriétaire d'une station de radio et pour avoir rendu compte de l'accusation portée contre le gouvernement par le mouvement d'opposition "Otpor" d'avoir fait tuer le directeur d'un journal indépendant, Slavko Curuvija, le 11 avril 1999.

(Reuters 23.4) Les leaders de l'opposition, l'église orthodoxe et les représentants en exil d'une ancienne famille régnante serbe ont lancé le 23 avril un appel conjoint à la tenue d'élections libres. L'appel a été signé notamment par le prince Alexandre Karageorgevitch, Zoran Djindjic, Vojislav Mihailovitch, maire de Belgrade et représentant Vuk Draskovic, et Nenad Canak.

(AP 25.4) Zika Petrovic, directeur de la compagnie aérienne yougoslave JAT et ami proche de Slobodan Milosevic, a été assassiné le 25 avril à Belgrade devant sa maison, d'au moins une balle dans la tête. Il était membre de la JUL (Gauche unie yougoslave), le parti de Mira Markovic, l'épouse de Slobodan Milosevic. Il venait d'annoncer la prochaine privatisation de la JAT.

(Beta 27.4) La chaîne de télévision belgradoise Studio B a reçu le 10 avril une amende de 450'000 dinars (environ 17'000 FS) pour avoir diffusé une déclaration d'une avocate accusant un inspecteur de police d'être impliqué dans l'"accident" de voiture ayant coûté la vie à quatre responsables du Mouvement serbe du renouveau (SPO), et lors duquel le leader du SPO, Vuk Draskovic, avait été blessé. Le quotidien indépendant de Nis, "Narodne Novine", a été frappé d'une amende de 400'000 dinars (environ 16'000 FS) pour avoir évoqué la mobilisation des réservistes de l'armée yougoslave dans la région. Le 18 avril, l'agence de presse "Beta" a été condamnée à une amende de 310'000 dinars (environ 12'000 FS) pour avoir publié un reportage sur une manifestation du mouvement d'opposition "Otpor". L'hebdomadaire "Vreme" a reçu une amende de 350'000 dinars pour avoir cité l'ancien directeur du Théâtre national de Belgrade, accusant le ministre de la Culture de l'avoir renvoyé de son poste. Le journal local "Kikindske Novine" a été amendé de 200'000 dinars (environ 7000 FS) pour avoir publié une déclaration de l'Association des journalistes indépendants de Voïvodine. C'était la sixième amende consécutive frappant ce journal. "Studio B" et "Narodne Novine" ont annoncé qu'ils ne paieraient pas leurs amendes. La chaîne de télévision locale de Kraljevo a refusé de payer la taxe d'obtention de fréquence réclamée par le gouvernement. Les comptes des media refusnt de payer ont été bloqués par le gouvernement, mais les propriétaires des media privés ont assuré financièrement la poursuite de leur fonctionnement. Le 19 avril, le ministre des Télécommunications yougoslave, Ivan Markovic, assurait que "même Dieu ne réussira pas à sauvegarder un seul émetteur" appartenant à des media n'ayant pas payé leurs amendes et diffusant sans autorisation officielle, media qu'il a qualifiés de "démons travaillant à la solde du fascisme des grandes puissances". Au total, près de 30 millions de dinars d'amendes (soit environ 1 million de FS) ont été imposées aux media yougoslaves d'octobre 1998 à avril 2000.

(Reuters 2.5) Le Mouvement du Renouveau serbe (SPO) de Vuk Draskovic a annoncé qu'il boycottera la séance parlementaire du 3 mai au cours de laquelle seront élus de nouveau députés fédéraux yougoslaves à la Chambre haute du Parlement fédéral, où la Serbie et le Monténégro disposent chacun de vingt sièges, et qui est dominé par une coalition formée de membres du parti socialiste de Slobodan Milosevic, du parti radical de Vojislav Seselj et de la Gauche yougoislave de Mirs Markovic. Le boycott du SPO, justifié par le fait que les autorités n'ont pas retrouvé les responsables de la mort de quatre cadres du parti décédés en octobre dans un mystérieux accident de voiture dont Vuk Draskovic lui-même n'est sorti que miraculeusement indemne, devrait permettre au régime de Belgrade de renforcer encore sa majorité au Sénat yougoslave.

(Reuters 4.5) Le 20ème anniversaire de la mort de Tito a été célébré en Yougoslavie (et dans les Etats issus de l'ancienne Yougoslavie) dans un mélange d'indifférence et de nostalgie. Plusieurs centaines de personnes, autour de sa veuve, Jovanka, et de dizaines d'anciens combattants de la Guerre Mondiale, ont difilé à Belgrade devant la tombe de Tito, et plusieurs milliers se sont rendus dans sa ville natale, Zagorje, en Croatie. Le petit fils de Tito, qui porte le même nom que son grand-père, Josip Broz, a affirmé que "les gens ont la nostalgie" du temps de l'ancienne Yougoslavie. Le pouvoir de Belgrade n'a quant à lui organisé aucune célébration, ni participé à celles organisées indépendamment de lui. Par contre, en Croatie, la radio nationale a consacré de longues minutes à l'évocation de la splendeur passées de la Yougoslavie non-alignée, et en Bosnie le parti social-démocrate a organisé une cérémonie commémorative, et un sondage a indiqué que la majorité (59 %) de la population bosniaque portait un jugement positif sur le rôle de Tito.

(IWPR 5.5) Les conditions qui règnent dans l'armée yougoslave provoquent un mécontentement général des soldats et des officiers, et poussent de plus en plus d'entre eux à quitter l'armée. Les soldats se plaignent de l'insuffisance de leur solde et de leur entraînement, et d'un matériel défectueux. Des membres de la 63ème brigade d'élite des parachutistes (les commandos d'élite de l'armée yougoslave) accusent le général Pavkovic, chef d'état-major de l'armée fédérale, d'avoir transformé l'unité en une force de sécurité personnelle, et d'utiliser ses membres pour accompagner sa femme lors de ses achats à Belgrade. Certains des meilleurs éléments de l'armée l'auraient quittée pour l'étranger, ou pour créer des agences de surveillance et de police privée, ou s'engager dans la police. De nombreux militaires commencent à sympathiser avec l'opposition. Conscient de la montée du mécontentement au sein de l'armée, l'état-major aurait envoyé des officiers supérieurs dans les casernes pour tenter de l'étouffer, et accuser l'opposition d'en être responsable et de le manipuler.

(RSF 10.5) Reporters sans Frontières proteste auprès du rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l'Homme en Yougoslavie, Jiri Dienstbier, contre l'arrestation et la détention du journaliste Miroslav Filipovic, arrêté le 8 mai et accusé de "crime visant la sécurité de l'Etat", d'"espionnage" et de "diffusion d'informations mensongères". . Pour RSF, l'arrestation du journaliste marque "un degré supplémentaire dans l'offensive générale lancée par les autorités serbes contre les médias indépendants et d'opposition". Membre du parti d'opposition de Zoran Djindjic, Filipovic est correspondant de "Danas", de l'Agence France-Presse, de l'"Institute for war ans peace reporting" de Londres, et du Comité Helsinki pour les droits de l'Homme. Les 8 et 9 mai, en même temps que Filipovic était arrêté à Kraljevo, une dizaine de journalistes, y compris de représentants de la presse internationale, étaient interpellés à Pozarevac.

(IWPR 12.5) Les nouveaux partis politiques se multiplient en Kosove, avant les élections municipales. Outre la LDK (Ligue démocratique) d'Ibrahim Rugova et le Parti pour la prospérité démocratique (PPDK) de Hashim Thaçi, on note d'abord la présence d''une Alliance pour l'avenir de la Kosove (AAK), créée par l'ancien commandant de l'UCK Ramush Hajradinaj, plus "radicale" que le parti de Thaçi, et qui réunit plusieurs petits partis (le Mouvement Populaire de Kosove LPR, le Parti des nations albanaises unies (UNIKOMB), le Parti parlementaire de Kosove (PPK) et le Mouvement de libération nationale. Un autre ancien commandant de l'UCK, Naim Maloku, a pour sa part créé un Parti du centre libéral (PQLK), plus modéré que le PPDK mais plus radical que la LDK. Ce parti pourrait être rejoint par des "dissidents" de la LDK, comme Fadil Hysaj ou Milazim Krasniqi, déçus par la "modération" d'Ibrahm Rugova. Pour partciper aux élections locales, les partis doivent être enregistrés auprès de la Mission des Nations Unies, et bénéficier de 4000 signatures de soutien. Plusieurs petits partis risquent d'être éliminés par cette condition (ce pourrait être le cas des sociaux-démocrates et des démocrates-chrétiens).

(Vreme 13.5) Selon des sources proches du bureau du chef du Pacte de stabilité pour l'Europe du sud-est, Bodo Hombach, la privatisation des petites et moyennes entreprises publiques de Kosove devrait commencer avant les élections locales. De ces privatisations, il est attendu la création d'emplois pour la population locale. Quant aux grandes entreprises publiques et leurs filiales (une cinquantaine d'entreprises au total), leur sort serait en suspens. Un projet pilote de privatisation d'une centaine de moyennes compagnies nationales. La mission de l'ONU pourrait "bientôt" commencer à offrir des concessions pour l'exploitation des ressources naturelles et énergétiques. Les fonds ainsi récoltés serviraient à la reconstruction de l'économie kosovare et à un programme social destinà à la population locale. Avant la prise en main de la Kosove par l'ONU, sur 193 moyennes et grandes sociétés kosovares, 88 étaient contrôlées par le Fond serbe pour le développement. Dans 76 sociétés, le propriétaire était le représentant d'une société serbe, et 29 sociétés étaient directement la propriété de sociétés serbes.

(AFP 14.5) Après avoir renoncé à tenir un meeting le 9 mai dans la ville natale du président Milosevic, Pozarevac, l'opposition serbe a appelé ses partisans à se rassembler le 15 mai à Belgrade. Le metting de Pozarevac devait répondre à l'interpellation d'opposants dans cette ville, mais avait été annulé à la dernière minute du fait des mesures prises par les autorités pour le gêner, sans l'interdire (contrôles de police, barrages, interpellations d'opposants etc...)

(AFP 14.5) Le chef du gouvernement de Voïvodine, Bosko Perosevic, un proche de Slobodan Milosevic, a été assassiné le 13 mai à Novi Sad, en pleine foire agricole internationale. L'auteur présumé du meurtre, Milivoje Gutovic, arrêté aussitôt après, était originaire du même village que sa victime, qu'il connaissait. Ses proches assurent qu'il n'avait "aucune raison" de tuer Perosevic, qu'il tenait même en haute estime. Le pouvoir et l'opposition serbes s'accusent réciproquement d'avoir commandité le meurtre. La police a affirmé que l'assassin était membre du Mouvement serbe du renouveau (SPO) de Vuk Draskovic et du groupe d'opposition (plutot estudiantin) "Otpor" (Résistance). Le SPO et Otpor ont tous deux démentis. La police de Novi Sad a accusé des membres et sympathisants d'Otpor et du SPO d'avoir "été les instigateurs et les inspirateurs de ce crime". Vuk Draskovic a pour sa part assuré que "les commanditaires du crime étaient dans la salle" où a eu lieu l'hommage funèbre à Bosko Perovic auquel assistaient notamment Slobodan Milosevic et Mira Markovic, ainsi que la secrétaire générale du parti de Milosevic, Gorica Gajevic, qui a, elle, accusé l'OTAN d'avoir inspiré l'assassinat en mettant "ses armes entre les mains des valets et des renégats locaux pour qu'ils accomplissent (pour elle) le sale travail, pour qu'ils sèment la peur".

(AFP 15.5) Devant plus de 20'000 personnes, les leaders de l'opposition serbe ont appelé à Belgrade, le 15 mai, à la désobéissance civile contre le pouvoir de Slobodan Milosevic. La manifestation qui a duré plus de deux heures s'est déroulée place de la République, dans le centre de la capitale, pendant plus de deux heures, sous le mot d'ordre "Stop à la terreur - Pour des élections démocratiques". Vuk Draskovic a appelé à l'unité "contre les assassins, les terrorstes (...) qui gouvernent la Serbie", et a invité "les juges, les procureurs, les officiers de l'armée, la police, les journalistes des media d'Etat" à refuser "l'obéissance à la terreur". Zoran Djindjic a affirmé que "pacifiquement, sans armes, nous secouerons la Serbie, nous ferons tomber ce qui est pourri et nous ferons de cette année celle de la résistance jusqu'à la victoire". Il a apporté le soutien de son parti, le Parti démocratique, qui domine l'Alliance pour le changement, au mouvement "Otpor" (résistance", dont le représentant, Branko Illic, a appelé à la "résistance non-violente, à une rebellion pacifique, civile, obstinée et massive".

(AFP, Reuters, RSF 17.5, 18.5) Le gouvernement serbe a décidé de prendre le contrôle de Studio B, télévision de la municipalité de Belgrade contrôlée par l'opposition, en l'accusant d'avoir appelé à "renverser le pouvoir". Dans la nuit du 16 au 17 mai, des policiers anti-émeutes ont occupé les locaux de Studio B, et muselé en même temps deux radios indépendantes, B2-92 et Index, émettant grâce à Studio B. Les journalistes du quotidien indépendant "Blic" ont été empêchés d'accéder à leurs bureaux, situés dans l'immeuble de Studio B. La veille, l'imprimerie "Borba" avait refusé d'imprimer le journal. Le gouvernement a nommé un proche du régime, Ljubomir Aleksic, à la tête de Studio B, à la place de Fragan Kojadinovic, qui a qualifié cette prise de contrôle de "banditisme d'Etat". L'opposition a répliqué en appelant les "citoyens de la Serbie" à une manifestation le 17 mai devant la Mairie de Belgrade, et à "toutes les formes de désobéissance", notamment au blocage des axes routiers, à des manifestations et à des grèves. En outre, l'opposition a annoncé des "réunions extraordinaires des conseils municipaux" des villes serbes qu'elle contrôle, et dénoncé l'entrée de la Serbie "dans une dictature ouverte". Zoran Djindjic a annoncé des manifestations quotidiennes à Belgrade. Au soir du 17 mai, plusieurs milliers de partisans de l'opposition ont manifesté à Belgrade. Au même moment, la dernière radio non-gouvernementale de Belgrade, Padio Pancevo, annonçait que son émetteur avait été coupé par les autorités. Reporters sans frontières (RSF), l'Union européenne et les USA ont condamné l'offensive gouvernementale contre les media indépendants. Le Secrétaire général de RSF, Robert Ménard, a dénoncé un "acte indamissible" qui est "le point d'aboutissement du harcèlement continuel dont est victime Studio B", et participe du "nettoyage médiatique en cours en Serbie". Depuis le début de l'année, Studio B a été condamnée à six amendes, d'un montant total de près de 2,4 millions de dinars (plus de 216'000 euros). RSF a demandé au Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, Mary Robinson, d'intervenir auprès des autorités serbes afin d'empêcher un black-out total de l'information en Serbie.

(IWPR 19.5) Avec la fermeture de ses media indépendants, la Serbie a fait un pas vers un conflit intérieur grave. Les media gouvernementaux ont donné le ton en titrant "punissez les terroristes" (c'est-à-dire l'opposition), "les leaders terroristes exigent la destruction de notre pays", et en qualifiant les militants de l'opposition de "mercenaires de l'OTAN". Les plus importants media électroniques indépendants ont été fermés. De nombreux militants du mouvement "Otpor" et des partis politiques d'opposition ont été arrêtés. Le 17 mai, une manifestation de l'opposition protestant contre le fermeture des media indépendants a été brutalement réprimée par la police à Belgrade. De fait, un état d'urgence a été proclamé, sans le dire, par le pouvoir de Belgrade, alors que des responsables du pouvoir sont abattus dans des circonstances mystélrieuses (comme Bosko Perosevic, homme clé du pouvoir en Voïvodine, ou le ministre yougoslave de la Défense Pavle Bulatovic, ou le directeur de la compagnie aérienne Zika Petrovic.

(Reuters 21.5) Environ 3000 personnes ont participé le 21 mai, pour la cinquième journée consécutive, à une manifestation de protestation contre la fermeture par les autorités de la télévision Studio-B. La veille, un millier de personnes avaient manifesté pour la même raison. Les manifestations avaient commencé le 17 avec 30'000 manifestants, et de violents incidents entre manifestants et policiers, faisant soixante blessés dans les rangs des premiers et quatre dans ceux des seconds., Le 18, alors que 10'000 personnes manifestaient à nouveau devant l'hôtel de ville de Belgrade, contrôlé par l'opposition., des affrontements se sont encore produits entre forces de l'ordre et manifestants. A Nis, plusieurs centaines de manifestants se sont également rassemblée, prenant à partie des élus locaux du Parti socialiste de Slobodan Milosevic, dont deux ont du être hospitalisés après avoir été frappés à coups de baton.

(IWPR 26.5) Une quinzaine de jeunes hommes masqués ont attaqué à coups de battes de base-ball des manifestants de l'opposition, le 23 mai, à la Faculté d'Agriculture de l'Université de Belgrade. Une dizaine de manifestants ont été blessés. A l'approche de la manifestation du mouvement "Otpor" (Résistance) du 27 mai à Belgrade, il ne se passe pas un jour sans qu'un militant de l'opposition soit agressé ou errâté. Le ministre de l'Information a ordonné le 18 mai la fermeture de toutes les universités belgradoises.

(IWPR 26.5) Les efforts accomplis pour installer des media audiovisuels diffusés par voie terrestre (cable ou voie hertzienne, mais non satellitaire) en Kosove se heurtent au manque de directrives précises des autorités internationales, constate lun correspondant de l'Institute for war & Peace Reporting de Londres. Une nouvelle tour de transmission a pourtant été installée sur le mont Golesh, près de Proshtine, mais le seul réseau de télévision couvrant totalement la Kosove reste celui, public et dirigé par l'Union européenne de diffusion, de Radio Television Kosova, qui produit deux heures de programme par jour et les diffuse par satellite. Des stations privées ont cependant commencé à être financées, notamment par les USA : Koha Vision et TV21 ont ainsi reçu récemment 400'000 US$ pour l'achart d'équipements.

(AP 28.5) Les dirigeants du Parti démocratique (Zoran Djindjic et Vojislav Kostunica) et du Mouvement serbe du Renouveau (Vuk Draskovic) sont arrivés le 28 mai à Moscou, invités par le parti réformiste Iabloko, pour tenter de convaincre le pouvoir russe de cesser d'apporter son soutien à Slobodan Milosevic. Les opposants serbes devaient être reçus par le Patriarche Alexis II, et peut-être par le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov. Vuk Draskovic a demandé à Moscou de cesser "de soutenir le régime de Belgrade et (de faire) de son mieux pour transformer la Serbie en un Etat démocratique" et la faire sortir de l'"état de terreur" où elle est plongée actuellement, selon lui.

MediaPlan 29.5) La Serbie s'achemine vers une situation de censure généralisée de fait, sans base légale explicite. Les radios Studio B (reprise par le pouvoir) et B92 ne peuvent plus diffuser depuis leur studio. Les journaux indépendants "Blic" et "Glas Javnosti" ont réduit leur pagination de moitié. L'imprimerie ABC a été mise en faillite parce qu'elle refusait d'arrêter d'imprimer un bulletin d'opposition. En octobre 1998, une nouvelle loi sur l'information a permis de frapper les media indépendants d'amendes atteignant un total de près de 5 mios de DM (env. 4 mios FS, 16 mios FF).

(IWPR 31.5) La campagne de l'opposition au régime de Milosevic semble être un échec, face à une répression efficace (fermeture des media indépendants et des universités, passages à tabac des militants, procès). Il pourrait bien cependant s'agir pour le pouvoir d'une victoire à la Pyrrhus, témoignant surtout de l'apathie de la vie politique. 15'000 personnes ont malgré tout manifesté à Belgrade contre la prise de contrôle par le pouvoir de la radio-télévision Studio B. L'opposition semble avoir deux problèmes : ses divisions, et son incapacité à capitaliser un mécontentement général. Une partie des forces de l'opposition dispose en outre d'une parcelle de pouvoir, au niveau local, et craint de le perdre en cas d'affrontement généralisé. Le leader du Mouvement du Renouveau Serbe, Vuk Draskovic, qui a été ministre de Milosevic, a appelé à la prudence et semble espérer devenir "une sorte de Poutine pour Milosevic", et l'ancienne présidente de l'Alliance Civique de Serbie (GSS), Vesna Pesic, opposante non compromise, elle, pense que Milosevic et Draskovic ont conclu une sorte d'entente, contre l'opposition radicale du mouvement "Otpor", qui remplir progressivement le vide laissé par l'opposition politique. Pour Sonja Biserko, présidente du Comité Helsinki pour les droits de l'Homme en Serbie, "l'opposition est incompétente, corrpomue, immorale et nationaliste", et "le seul acteur vraiment dynamique de la scène politique serbe est Milosevic".

(Monitor 26.5, IWPR 2.6) Selon des rumeurs persistantes, le Président Milosevic s'apprêterait à convoquer des élections locales et fédérales en octobre, pour profiter de la désagrégation apparente de l'opposition serbe, et du probable boycott de ces élections par la majorité monténégrine. Les élections dans les deux républiques (Serbie et Monténégro) sont elles programmées pour 2001. Le pouvoir s'apprêterait en outre à faire adopter une série de lois répressives (lois antiterroriste et sur les armes, loi sur le financement étranger d'organisations non gouvernementales)

(AP 3.6) Quarante opposants yougoslaves, dont un enfant de onze ans, membre du groupe étudiant Otpor (Résistance) ont été arrêtés et mis en détention le 2 juin, dans plusieurs villes de Serbie. Deux membres d'Otpor arrêtés le 2 mai après une bagarre avec des proches du fils de Slobodan Milosevic ont vu leur détention provisoire prolongée d'un mois par le tribunal de Pozarevac, alors qu'ils ont été blessés dans les bagarres et que de nombreux témoignages indiquaient qu'ils n'en étaient pas les fauteurs, mais les victimes. Ils ont été inculpés de tentative de meurtre.

(IWPR 13.6) Le leader serbe modéré du Kosovo Momcilo Trajkovic pourrait se présenter aux élections locales au Kosovo, contre la volonté du pouvoir de Belgrade, qui a appelé les Serbes du Kosovo à boycotter le scrutin prévu en octobre et a empêché les kosovars serbes réfugiés en Serbie de s'inscrire sur les listes électorales. Momcilo Trajkovic a récemment démissionné du Conseil national serbe, qui défend les intérêts des Serbes du Kosovo mais ne participe pas aux élections, et a laissé entendre qu'il pourrait se présenter sous les couleurs du Mouvement serbe de résistance, un parti qui défend actuellement une ligne modérée et accepte de participer aux institutions mises en place par les Nations Unies.

(AP 16.6) Vuk Draskovic, leader du Mouvement serbe du renouveau (SPO) a été légèrement bles